Apoloqet
ils se ressemblent, et aussi en quoi le langage de TertuUien est plus précis que celui de saint Hippolyte, et celui de Novatien plus exact que celui de saint Hippolyte et de TertuUien. Tous trois admettent d'abord l'existence éternelle en Dieu du Logos. Son existence distincte, personnelle est toutefois plus faiblement marquée chez saint Hippolyte (fjiovoç wv iroXùç ^v) , plus nettement chez TertuUien [quein secundum a se facerei), absolument chez Novatien pour qui, dès ce premier instant, le Verbe se distingue de son principe comme un fils du père [ui non innatum sed natum prohern]. Par contre, TertuUien et saint Hippolyte ont mis en pleine évidence le caractère intellectuel de cette première production du Logos. — Cependant le moment de la création est arrivé. Nos trois auteurs considèrent qu'alors il se produit — suivant notre manière de concevoir — une modification complémentaire dans l'état extérieur du Logos. Mais elle apparaît moins profonde chez Novatien que chez TertuUien, moins profonde chez TertuUien que chez saint Hippolyte. Pour le premier, elle est plutôt une procession ad extra, une mise en rapport du Fils avec le monde qu'il va créer [processit ex Patine) ; pour le second, elle est comme un complément de sa génération, un enfantement qui rend sa naissance parfaite en manifestant son activité [haec est nativitas perfecta seî^monis); pour le troisième, elle est une génération par laquelle il se montre pleinement iTspo; au Père. Saint Hippolyte et TertuUien se tiennent évidemment, pour le langage, plus près des apologistes grecs, et ce langage doit être interprété et justifié comme nous l'avons fait pour saint Justin et pour ThéophUe d'Antioche^ Le langage en quelque sorte matérialiste de TertuUien notamment ne doit pas
i. Voir ci-dessus, p. 2S0 et suiv.
LA. THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNB.
398 LA THÉOLOGIE ANTENIOÉENNE.
faire illusion, et il n^s'agit, dans ce qu'il <lit, qued'unenfantement et d'une prolation au sens métaphorique, puisque l'auteur remarque lui-même que le Verbe est toujours dans le Père et un en substance avec lui [S). -^ Enfin, pour nos trois écrivains, le Verbe :eBt identique au Fils ; mais, pour Novatien, il est Fils dès le principe ; pour Tertullien, il le devient complètement par son enfantement ; pour saint Hippolyte, cette filiation, commencée par la génération du Logos, ne s'épanoïiUt définitivement que dans rincarnation en Jésus-Christ. ïl y a donc incontestablement progrès dans l'exposé dogmatique de saint Hippolyte à Novatien, et l'on peut raisonnablement penser que les admonestations du pape Calliste n'y ont pas été étrangères. Celui-ci faisait re* marquer à saint Hippolyte et à Tertullien le danger de dithéisme auquel conduisait telle ou telle de leurs façons de parler. Il était choqué du rapport chronologique trop intime que leur exposé paraissait établir entre la génération du Verbe et sa mission créatrice ', choqué d'entendre dire que le Père n'avait pas été toujours Père, et qu'il y eut un temps où le Fils n'était pas Fils ^ ; choqué encore de certaîneB conceptions bizarres d'Hippolyte 2, ou d'expressions trop matérialistes de Ter-
i. Ceci vise le passage de TertuUieQ, Adv. Hermogenam, S : « Quia et pater Deus est, et iudpx Deus est, îion idep tame-Q pater jet iudex getaper quia Deus semper. Nam noc pater potuît esse ante filium, nec iudex ante delictum. Fait auleoi tempus cura et delictum et lilius non fuit, quod iudjcei» et qui patrem dominum faceret. » On s'est demandé s'il ne s'agirait pas ijci des fils adopUfs que sont les justes plutôt que du Fils par nature ; mais la teneur du chap. 18 rend cette interprétation improbable. D'autre part, il nç Xaut pas entendre la f(?rn)ule çje Tertullien dans le sens où les ariens diront plus tard du Verbe Tjv ^OT? 2ï;e pùx ^v. Cette fojrrnuie chez lui « signifie seuiement qu'il y eut un lenîps où ie Verbe. nç s'était pas ïq,anjfepîé hors 4§ Dipu, ne pouvait être appelé le premier-né de toute création, n'avait pas acquis (c^OJplèteœeHt) ce iitre de Fils de Dieu qai est attafhé à sa révélalioB extérieure » (d'Alès, La théol. de Tertullien, p. 9S).
2. Je pense ici à cette idée singulière avancée dans les Philosopkouniena, X, 33, p. 518, que si Dieu avait voulu faire l'homme Dieu
tuUien qui présentaient' le Père comme une masse substantielle dont le Fils était une partie. Il vit dans ce langage un péril, et, sans condamner ces docteurs, dont le fond et l'ensemble de l'enseignement était correct, il les avertit cependant. Novatien profita plus tard de ces avertissements : il corrigea ce que le langage de ses prédécesseurs avait de défectueux. Mais, tout en reconnaissant ces défauts, on serait injuste si l'on ne reconnaissait d'autre part avec quelle netteté ces docteurs se prononçaient sur l'éternité, la divinité, l'origine du Verbe ex substantia^atris, sa distinction personnelle d'avec lui, et son unité de nature avec le Père. Plus de cent ans d'avance, ils anticipaient vraiment les définitions de Nicée ^
Quel est leur témoignage sur la troisième personne de la Trinité, le Saint-Esprit?
Saint Jérôme a accusé Lactance d'en ignorer la divine personne dans ses épîtres à Demetrianus — aujourd'hui perdues — et de le confondre tantôt avec le Père, tantôt avec le Fils ^. Ce sont des reproches dont il est actuellement impossible de vérifier la justesse^, les ouvrages de Lactance qui nous sont parvenus ne contenant rien à ce sujet que l'on puisse re-
(6eôv cre Troi^aai), il l'aurait pu : « l'exemple du Verbe te le prouve ». C'est un mot dit en passant, et dont il est diflicile de préciser le sens et la portée.
1. Les données trinitaires de S. Cyprien peuvent être négligées tant elles sont maigres. Lactance dépend de ïertuUien, mais il simplifie son explication sur la question qui nous occupe. Le Verbe, esprit semblable au Père, est produit antérieurement à la création [Instit., II, 9, col. 294; cf. IV, 6, col. 641; 8, col. 466 suiv.). Sa naissance est inexplicable, mais cependant puisque, d'après les Écritures, il est la parole de Dieu, il a dû — par analogie — sortir de sa bouche comme une voix et un son ifiumvoce ac sono ex Dei are processit, lY, 8). Ce Verbe ainsi proféré ne fait pas qu'il y ait deux dieux : l'unité divine est sauvegardée pas l'unité de substance et d'opérations dans le Père et le Fils (IX, 29).