Instit., IV, 30, col
422 LA THÉOLOGIE AÎSTÉNIOÉENNE.
dans les deux sens que ce mot comporte, tantôt signifiant que la vraie Eglise est celle qui est partout répandue ^ tantôt signifiant que la grande Église est seule à posséder la vraie doctrine.
Enfin, nous avons vu ci-dessus que toute l'argumentation de Tertuliien et de saint Cyprien contre les hérétiques et les scliismatiques est fondée sur l'idée d'apostolicité de l'Église. Cette Église seule enseigne la vérité et peut se dire la vraie Eglise qui est reliée aux apôtres par son origine, et n'est autre chose que l'Église de Pierre et des apôtres étendue et dilatée.
Tels sont les caractères de l'Église. Comment estelle gouvernée? Saint Cyprien surtout va nous le dire.
Cette Église, on l'a vu, comprend l'évêque, un clergé, des fidèles ; mais elle est établie sur les évêques, et ce sont eux qui la gouvernent et l'administrent : voilà le droit divin : « Inde per temporum et successionum vices episcoporum ordinatio et ecclesiae ratio decurrit ut ecclesia super episcopos constiluatur, et omnis actus ecclesiae per eosdem praepositos gubernetur... Cum hoc itadivina lege fundatum sit, miror, etc. 2, » Chaque Église particulière est comme ramassée dans son évêque, si bien qu'en n'e'tant plus avec lui on n'est plus dans l'Église : « Unde scire debes episcopum in ecclesia esse et ecclesiam in episcopo, et si qui cum episcopo non sit in ecclesia non esse^. » Les évêques sont les successeurs des apôtres : ceux-ci ont été les évêques d'autrefois, et les évêques actuels sont les apôtres de maintenant : « apostolos, id est episcopos^» ; et de
i. Par exemple, Tertull., Depraescr., SIS, 30.
2. Ep. XXXII!, 1; cf. Epp. JII, 3; XLVIH, 4; LV, 8; LXVI, 1, 8.
S. Ep. LXYI, 8.
4. Epp. III, 3; XLV, 3; cf. la Lettre de Firmilien, LXXV, 16 et les
Senienliac episcoporum, 79.
même que les apôtres ne formaient qu'un seul collège apostolique, de même qu'il n'y avait qu'un seul pouvoir d'apôtre participé de tous in solidiim, ainsi tous les évêques ensemble ne forment-ils qu'un seul corps, ainsi n'y a-t-il qu'un seul épiscopat auquel tous les membres de l'épiscopat participent : « Episcopatus unus est cuius a singulis in solidum pars tenetur* »; et si l'un d'eux vient à faillir, les autres doivent venir on aide à son troupeau *.
Voilà comment saint Cyprien et ses contemporains conçoivent l'Eglise : ils la conçoivent comme une vaste société, une dans sa foi et gouvernée • par un sénat d'évêques formant un corps 3. Et maintenant assignentils à ces évêques un chef? Donnent-ils à ce Sénat une tête? Admettent-ils une autorité supérieure qui établisse et conserve cette unité dont ils sont si jaloux ? Reconnaissent-ils, en un mot, à l'évêque de Rome une autorité de juridiction entre et sur ses collègues ?
Il n'est pas douteux qu'à Rome on ait revendiqué cette priniauté. On se rappelle avec quelle vigueur le pape Victor, à la fin du ii^ siècle, avait agi dans la question de la Pâque, pour obtenir la soumission des Eglises d'Asie''. Avec plus de raison encore, dans l'affaire des rebaptisants, le pape Etienne exigea, lui aussi, même contre des conciles nombreux et sous peine d'excommunication, l'obéissance. Il s'autorisa de sa qualité de successeur de saint Pierre et se posa en
De cath. eccl. unit., 3 ; Epist. LXVÎII, 3.
Epist. LXVIII, 3.
3. Cf. Tertull., De baptismo, 17; Adv. Prax., 32, etc.; De aleaforibus, 1-4. Dans Depudiciiia,H, on sait que Tertullien, montaniste, renversera ou du moins ébranlera cette conception hiérarchique de l'Église, et tendra à substituer au pouvoir de l'évêque le pouvoir du spirituel ou du prophète favorisé des communications du Paraclet. A côté et au-dessus de VEcclesia numerus episcoporum il mettra rJ?cc?e*ea spirilus. Cest l'anarchie sous le nom d'inspiration privée.
4. EcsÈBK, Hist. eccles,, V, 24, 9.Surlasignincation et l'importance de cet acte, voir J. Turmel, Histoire du dogme de la papauté, p. 74-80.
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évêque des évêques ^ . Ce sentiment d'autorité ne lui était pas personnel. Même privé de son évêque, le pape Fabien, le clergé de Rome écrit au clergé de Carthage sur un ton de commandement que n'explique pas le seul fait que Rome est la capitale de l'empire 2. D'autre part, il est remarquable que c'est au pape Denys que les orthodoxes, choqués par la teneur des lettres de leur évêque Denys d'Alexandrie, portèrent leurs plaintes vers 260 ^ ; et que l'empereur Aurélien, jugeant entre Domnus et Paul de Samosate pour savoir lequel des deux devait jouir des bâtiments de l'église d'Antioche, « ordonna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d'Italie et de Rome l'avaient adjugée'' ». TertuUien ne saurait être invoqué sans doute comme un témoin de la primauté romaine pour les titres àe pontifex maximits et d'episcopus episcoporum qu'il donne par ironie à Calliste^, ni même pour l'éloge qu'il avait fait auparavant de l'Eglise de Rome, fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul ^. Il observe cependant que l'Église a été fondée sur Pierre comme sur un rocher, et que les clefs du ciel ont été remises à Pierre et par lui à l'Église \
Quant à saint Cyprien, on sait combien différemment amis et ennemis de la papauté ont interprété sa pensée, et comment quelques-uns en ont fait un tenant intégral de la primauté romaine et de ses conséquences^,
1. s. Cypr., Bpts<. LXXi, 3; Sententiae episcoporum, Prooemium. Le mot episcopus episcoporum est de saint Cyprien, mais il traduit exactement l'attitude du pape.