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CHAPITRE II

LE PREMIER ETAT DU DOGME CHRETIEN. LA PREDICATION DE JÉSUS ET DES APOTRES K

Quelles qu'aient été les influences qui se sont exercées plus tard sur le développement de la doctrine chrétienne, ce développement est toujours parti de la prédication de Jésus-Christ et des apôtres. Cette prédication est la vraie source immédiate du dogme chrétien ; c'est là que nous le trouvons en son premier état et dans sa forme native.

L'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres nous est connu par le Nouveau Testament. Non pas que nous soyons assurés de posséder dans les écrits du Nouveau Testament tout cet enseignement. Œuvres d'édificalion et souvent de circonstance, ils n'ont pas la prétention d'être des exposés didactiques et complets de la doctrine du Maître et de ses disciples. La première et la seconde génération chrétiennes ont dû recevoir sur certains points des indications qui n'ont

i. c'est ce qu'on appelle improprement la « Théologie du Nouveau Testament ». On trouvera dans G.-B. Stevens, The Theology of the New Testament-, p. 593, i'énuméralion des principaux travaux complets sur celte matière. Les plus connus et les plus récents sont ceux de B. Weiss, Lchrbuch der bibliichen Theol. des N. T., T édit., Berlin, 1903; J.Holtz- MANx, Lehrbuch der neutestamentl. Theol., 2" édit., Leipzig, 19H; J. BovoN, Théologie du Nouveau Testament, 2» édit., Lausanne, 1902 et suiv. ; Weikei., Di'bl. Theol. des N. T.; et Stevens lui-même, op. cit., Eciinburgh, iSO.i.

point trouvé place dans nos livres canoniques. Des paroles ont été citées comme venant de Notfe-Seigneur, que ces livres n'ont point rapportées. On en a çà et là relevé quelques-unes; mais elles sont généralement trop peu importantes et d'ailleurs trop faiblement attestées pour qu'il soit nécessaire d'en tenir compte. Pratiquement, c'est avec le Nouveau Testament seul que nous devons reconstituer dans ce volume le dogme chrétien dans sa première forme.

Ici toutefois, des distinctions s'imposent déjà. Bien que l'antiquité, en effet, n'ait mis aucune différence d'autorité entre les enseignements de Jésus-Christ et ceux des apôtres, et que ceux-ci n'apparaissent que comme l'écho et la prolongation de ceux-là, il n'en est pas moins vrai qu'entre la prédication de Jésus-Christ et la fin de la période strictement apostolique il s'est écoulé de nombreuses années — deux tiers de siècle environ, — pendant lesquelles la doctrine du Maître a été soumise à la réflexion et a pu recevoir des développements importants. On a toujours admis qu'à l'enseignement personnel de Jésus les apôtres, organes eux-mêmes du Saint-Esprit, avaient pu apporter des compléments doctrinaux ou autres, le supposant comme base première et nécessaire et s'harmonisant d'ailleurs parfaitement avec lui * . La Révélation évangélique ne s'est close qu'à la mort du dernier apôtre ; et si donc nous voulons donner de son contenu un exposé historiquement fidèle, nous devons en distinguer, dans la mesure du possible, les manifestations

1. CeUe observalion est imporlante : elle va à rassurer les théologiens qui auraient des répugnances à admettre que l'enseisnement apostolique a été, sur certains points, plus complet et plus étendu que celui de Jésus-Christ. Les apôtres ont expliqué l'enseignement du Maître; ils ont développé et mis en relief ce que celui-ci n'avait fait qu'indiquer ou insinuer. Mais leurs explications étaient autorisées, comme les paroles qu'elles commentaient, et ont, pour nous, la même valeur. loan., XYl, 13, 14.

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successives, et ne point présenter pêle-mêle des éléments d'âge différent. "

On peut compter cinq de ces manifestations : i° L'enseignement pex'sonnel de Jésus-Chi'ist ; — 2° L'enseignement des apôtres avant l'apparition de saint Paul ; — 3° L'enseignement de saint Paul; — 4" Celui des apôtres après saint Paul; — 5° Celui de saint Jean. Cette division est aisée à justifier, et sauf pour les parties 2 et 4 que l'on peut réunir dans un simple aperçu comme est le nôtre, elle s'impose. Nous allons donc la suivre.

§ i. — L'enseignement personnel de Jésns-GJirist d'après les Synoptiques.

C'est dans l'Evangila que se trouve rapporté Teiiseignement personnel de Jésus-Christ. Les synoptiques nous en livrent la teneur ordinaire, et dans une rédaction qui en reproduit sans doute de plus près la forme première. Le quatrième évangile nous en a peut-être conservé certaines révélations plus profondes et, en toute hypothèse, a traduit déjà en une autre langue plus qu'il n'a rendu littéralement les discours du Maître. Ces deux sources cependant peuvent et doivent être utilisées si l'on veut aboutir à un exposé exact et complet ^ . On évitera seulement de mêler Içurs

1. Deux questions se présentent ici que je ne saurais discuter, mais dans lesquelles, naturellement, je devais prendre parti. Premièrement, les discoui'S rapportés par le quatrième évangile comme discours de Jésus-Christ peuvent-ils être considérés comme représentant, en définitive, sa prédication, et partant, peuvent-ils être utilisés pour exposer l'enseignement du Maître? Voir, pour la solution afflrmative, J. Bovon, Théologie du Nouv- Testam., I, 2« édit., p. 162 sqq. ; F. Godet, Commentaire sîir l'évang.de saint Jean, I, 4« édit., Neueiiatel, 1902, p. 138 sqq.; Batiffol, Six leçons swr les Évangiles, Paris, 1897, p. 123 sqq-; Stevens, Thç Theology ofthe New Testam., p. 176; E. Jacquier, Histoire des liv7-es du N. T., IV, p. 229 et suiv. — DeuxièmemçRt, dans les sj^nop-

témoignages, car le ton et le point de vue en sont si différents qu'on aurait bien de la peine à les fondre en un tout harmonique ^ .

L'idée centrale de l'enseignement de Jésus d'après les synoptiques, idée à laquelle on peut le ramener tout entier, est celle du Royaume de Dieu. Les Juifs connaissaient le mot ^, et depuis longtemps attendaient la chose. Jean-Baptiste avait annoncé que ce royaume n'était pas loin (Mt., m, 2) : Jésus déclare qu'avec lui il est venu ou du moins il s'est approché (ecpôacEv, Mt., xii, 28).

Qu'est-ce que ce royaume? L'expression 8«ciX£{a toïï Qeou, employée exclusivement par saint Marc et saint Luc, est équivalente à l'expression paoïXet'a rôîv oùpavcov de saint Matthieu ; mais elle serait mieux traduite par règne que par royaume de Dieu, car pasO^ai'a désigne originairement la domination même, le droit de direction que l'on exerce, et seulement par dérivation et secondairement le domaine où s'exerce ce pouvoir et les sujets qu'il atteint.

tiques eux-mêmes, tout en reconnaissant leur fidélité d'ensemble, n'y a-t-il pas lieu de Taire un départ, et de distinguer ce qui vient réellement du Sauveur en personne de ce qu'un développement ultérieur — mais antérieur à leur rédaction — de l'enseignement apostolique ou de la pensée ciirétienne lui a fait attribuer? Plusieurs auteurs récents ont en effet tenté d'opérer ce partage. Mais, à supposer même qu'il soit possible et légitime (ce qui est fort contestable), nous ne saurions l'entreprendre ici, et il ne conduirait en somme pour notre but à aucun résnltat appréciable, puisque même les auteurs rationalistes admettent généralement que la doctrine transmise par les synoptiques est bien, sauf peut-ôtre en quelques détails, la doctrine originale de Jésus. Voir là-dessus B. Weiss, Lehrbiich der biblisch. Theol., §§ ■10, H; Lagranck, iîeuMe biblique, 4903, p. 299, 300; Rose, Études sur les évangiles, 2* édit., Paris, 1902.

!.. Outre les ouvrages généraux signalés plus haut, voir la littérature spéciale dans Steveks,op. cit., p. S9i, et Boyon, op. cit., I, 389, note d, et 402, note 3. On ajoutera P. BA.TiFFot, L'enseignement de Jésus d'après les évang. sygnopt., T éd., Paris, 1910. — {UU = saint Matthieu ; Me. = saint Marc, Le. = saint Luc).

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