Ep. LIX
5. Ep. XLVIII, 3. — On sait que certains manuscrits du De catholicae ecclesiae unitate offrent un texte qui, sans modifier le fond des déclarations de saint Cyprien sur la dignité de l'Église romaine, leur donne cependant plus de relief et de force. Plusieurs critiques y ont vu des interpolations tendancieuses faites à l'instigation de Rome : is fecit cui prodest. D. Chapman, au contraire, a cru pouvoir attribuer ces variantes et additions à saint (Cyprien lui-même. Le texte dit pur serait celui qu'il aurait lu au concile de 2S1 ; le texte amendé serait celui qu'il en- Toya quelques rnois après aux confesseurs romains, et qu'il avait adapté à ses nouveaux lecteurs. M" Batiffol explique les choses un peu différemment. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais ingénieuse, et qui a rallié de sérieux suffrages. Voir J. Chapman, Les interpolations dans le traité de saint Cyprien sur l'unité de l'Église, dans la Revue bénédictine, t. XIX, XX, 1902, 1903. E. W. Watson, The interpolations in St Cyprian's De unitate ecclesiae, dans Journal of theol. Studies, tom. Y, 1904. P. Ba-c TiFFOL, L'Église naissante, p. 440-447.
426 LA THÉOLOGIE ANTENICEENNB.
ce centre constitue et manifeste l'unité de l'Église Mais Cyprien s'arrête là, ou, du moins, il ne tire pas, dans la querelle baptismale, les conséquences de ses principes. Pratiquement, il avait accordé à Etienne le droit d'intervenir dans les affaires de Gaule pour déposer l'évê que d'Arles, Marcianus, et en faire élire un autre à sa place * ; théoriquement il refuse à l'évêque de Rome tout pouvoir supérieur pour maintenir l'unité dont il est le centre et dont il tient les fils convergents. Cyprien insiste sur ce qu'il a dit, qu'encore que l'Église soit fondée sur Pierre, cependant tous les apôtres ont reçu même pouvoir que lui et même honneur : « Hoc erant utique et ceteri apostoli quod fuit Petrus, pari consortio praediti et honoris et potes tatis^. » Aussi, poursuit-il, Pierre — au contraire d'Étienne — ne s'est pas attribué la primauté (« ut diceretse primatum teaere » ), et n'a pas exigé des nouveaux venus, de saint Paul en particulier, l'obéissance'. 11 n'existe pas dans l'Église d' « episcopus episcoporum » qui ait le droit d'imposer tyranniquement ses volontés à ses collègues. Chaque évêque gouverne en toute indépendance son diocèse, et ne rendra de comptes qu'à Dieu seul : il ne saurait être jugé par ses pairs non plus que les juger; tous doivent attendre le jugement de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi, conclut saint Cyprien, il n'est pas permis, dans la question du baptême des hérétiques, de rompre la communion avec ceux qui ne sont pas de notre sentiment :
« Neque enim quisquam nostrum episcapum. se episcoporum constituit, aut tyrannico terrore ad obsequendi necessitatem collegas suos adigit, quando habeat omnis episcopus pro licentia libertatis et potestatis suae arbi-