Ep. LXXI
LA THEOLOGIE LATINE AU ni" SIECLE. 427
trium proprium, tamque iudicari ab alio non possit quam nec ipse possit alterum iudicare, sed expectemus univers! iudicium Domini nostrî lesu Christi *.
Il est impossible, quoi qu'on fasse, d'effacer le sens de ces déclarations, et de croire que celui qui les a faites avait une idée claire et complète de la primauté pontificale. Elles étonnent de la part d'un homme si épris d'unité, et qui comprenait si bien les conditions d'un bon gouvernement. Peut-être, indépendamment des entraînements de la polémique, s'expliquent-elles, en partie du moins, par l'influence de Tertullien, que saint Gyprien avait beaucoup étudié, et par ce fait que notre auteur s'est préoccupé de l'unité de chaque église particulière, dont l'évêque est le centre, beaucoup plus que de l'unité de l'Eglise universelle. Ses actes d'ailleurs n'ont pas correspondu tout à fait à sa théorie, et l'on a remarqué avec raison qu'en centralisant, comme il l'a fait, entre ses mains, le gouvernement 4e l'Eglise d'Afrique, et en préparant pour Carthage le titre de siège primatial, il avait donné à ses déclarations en faveur de Rome, centre de l'unité catholique, un commentaire pratique qui ne fut pas perdu, et qui contribua au groupement de plus en plus prononcé du monde chrétien autour du successeur de saint Pierre. En tout cas, c'est méconnaître absolument la réalité que de prétendre, comme on l'a fait, que saint Gyprien est ici le porte-parole de tous ses contemporains, et qu'en lui nous entendons toute l'Église du iii^ siècle. Gette Église gardait et développait, sur le point qui nous occupe, la tradition de Glément, d'Ignace et d'Irénée.
i. Sententiae episcoporum, prooem. Epp. LXXII, 3; LXXIII, 26.
428 LA THÉOLOGIE ANTÉNICEENNE.
S 5. — Les sacrexaents. L'initiation chrétienne >.
On chercherait en vain, dans les auteurs latins du iii^ siècle, une théorie générale des sacrements. Les principes qu'ils ont énoncés en cette matière l'ont été par eux à propos des sacrements particuliers dont ils ont eu à parler; et c'est donc dans leurs traités spéciaux qu'il les faut découvrir.
Tertullien et saint Cyprien ont employé le mot sacramentum dans des sens multiples, bien qu'apparentés entre eux; mais ils ont connu aussi le sens de sacrement, rite sanctificateur, qui signifie et produit la grâce 2. Le sacrement est le signe de la grâce, parce que le rite extérieur, l'ablution corporelle par exemple, est l'image de la purification intérieure de l'âme ^. Il en est l'agent producteur, parce que l'eau, sanctifiée par l'invocation du Saint-Esprit, jouit elle-même du pouvoir de purifier l'âme et de la sanctifier*. Il y a un parallélisme intime qu'explique l'union du corps et de l'âme entre ce qui se passe extérieurement et ce qui s'opère intérieurement dans l'administration du rite sacramentel. C'est par le corps que le signe sensibleatteint l'âme et y produit des effets spirituels analogues à ceux qu'il produit sur la chair. Ecouton» Tertullien :
1. Sur ce point particulier, voir E. de Backer, Sacramentum, le mot et l'idée représentée par lui dans les œuvres de Tertullien, Louvain, 1911. J.-B. PouKENS, Sacramentum dans les œuvres de saint Cyprien, Bulletin d'anc. Littér. et d'Arch. chrétiennes, II (1912), p. 27S-289. P;. PouRRAT, La théologie sacramentaire, 4® édit., Paris, 1910.
2. Par exemple TERTui.L.,-De praescr., 40; De bapt., 1, 9; Adv. Marc.,. l, 14; S. Cypr., Epist. LXXII, 1 ; LXXHI, 20, 21, 22; Ad Demetr., 26.