‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 22 sur 1102 · LA a;iIÉ0LO&iE ANTBNICÉENNE · texte numérisé non relu

LA a;iIÉ0LO&iE ANTBNICÉENNE

^glorifié auprès du Père avant que le monde existât (xvir, 5) ; c'est du oiel qu'il vient et ;au ciel qu'il retourne (vi, 62; cf. 33-, 51) : car le Père, qui est rplus grand que lui (xiv, 28), Ta envoyé dans le monde (m, 16) pour y remplir une mission (v, 36; xiv, 31; xv, 10, etc.), pour y parler, pour y juger, jpour y agir aussi en son nom (viii, 26 ; x, 32, 37).

Toutefois l'objet propre de 'la mission d« Jésus n'est pas déjuger le monde, mais de le sauver (m, 17; cf. IV, 42), de lui donner la vie éternelle : c'est l'idée qui revient constamment (ni, 16, 36; jv, 14, etc.). Jésus est la vie (xiv, 6), et il vient pour nous la communiquer abondamment (x, 10). Il est la lumières aussi et il vient pour éclairer le monde (m, 19; viii, 12; xii, 46), pour lui faire connaître Dieu, car connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ, c'est la vie éternelle {xvii, 2, 3). A ce ministère de doctrine s'ajoute uin ministère de souffrance obscurément annoncé, Jésus doit donner sa chair pour la vie du monde (vi, 51) ; il est le bon pasteur qui meurt pour son troupeau (x, 11, 18) : c'est l'ordre du Père (x, 18).

Comment recevoir cette lumière, communier à cette vie, profiter de cette rédemption qui nous sont oSfe rie s? Em. nous attachant à la personne de Jésus, en ne faisant qu'un avec lui. Jésus est uni au Père, nous devons être unis à Jésus pour être unis à Dieu ' c'est toute l'cco- :n,omie du salut, il ôst^a lumière qui conduit à la vie (viii, 12; XII, 46), la porte du barcaii par loù il faut casser (x, 7, 9), le bon pastenj dont il faut être la brebis (x, 11, 14), bien;plus le cep dont nous sommes les branches, de qui seul nous pouvons recevoir la sève surnaturelle, en qui seul nous pouvons po:rter des fruits (xv, 1-7). D'où la nécessité pour nous ûe demeurer dans son amour comme il demeure dans l'amour de son Père (xv, 7-10). Après cela, les autres

L'ENSEIGNEMENT BE JÉSUS £3" SES iiPOTRES. 79

conditions du salut sont celles à peu près -que V&n ti'ouve chez les synoptiques ; jenaitre dB l'eau et de l'Esprit (m, 3-7), croire en la -parole du Sauveur (jo, 16; V, 24; vi, 40-47), manger sa ehair et boire son «an:g (VI, 52, 59).

Semblable également est l'idée qui nous est donnée de l'Église et de son organisation (xiii, 20; xvii, 18;; XX, 23; icxi, 15-17); mais une doctrine qui se trouve puissamment mise en lumière à cette occasion -est celle du Saint-Esprit. Il est nettement distingué du Père «t du Fils (xiv, 16, 26; xvi, 7, 13-15) : il procède (IxTropsuE- ■zaï) du premier (xv, .26), mais il leçoit i^a^Mvti) du second (xvi, 14, 15) ce qu'il diraet annoncera aux apôtres (xvi, 13^ 14; .XIV, 26); et cela parce que tout ce qui^est au Père est aussi au Fais (xvi, 15). L'un -et l'antre l'envoient (xïv, 16, 26 ; XV, 2ô; xvi, 7), mais il n'«n est pas séparé, car âe Père et .le Fils l'accompagnent dans -sa descente dan"s les fidèles (xiv, 23). C'est l'Esprit de vérité (xav, ±ê^ 17;; xv, 26, etc.), dont le rôle est de rendre témoignage à J;ésus-Christ, c-est-à^dire de confirmer intérieurement :S0n easedg-nement -(xv, 26), d'en donner aux iapôtreslapleine intelligence, -et s'il le iwaït, l'explication nécessaire (xi V, 26.; xvi, 13). Avec ces-apôtres il restera éteimellement (xiv, 16, 17) : «n revanchiO le monde ne peut le Tecevoir (xiv, 17), et il témoigne contre Le jmonde (xvi, 8-11), car ce "monde, à 'qui le Christ est étranger (viii, 23; xvm, -36), -haït Jésos- Christ et son Église (xv, 18-23) , et le Sauveur n'a pas prié pour lui (xvii, 9).

Bien que tous les hommes en effet soient, en principe, appelés à devenir les enfants de Dieu (x, 16; xi, 52 ; xHj 32), tous ne répondent pas à son appel. Cette infidélité était prédite (xti, 37-40) ; elle est la conséquence des conseils divins, car nul ne vient à Jésus s'il n'est tiré par le Père (vi, 44), et celui-ci n'a donné ;à

eo LA THÉOLOGIE ANTENICÉBNNË.

son Fils qu'un certain nombre d'hommes (xvii, 6) ; elle est la conséquence aussi de la malice humaine. On repousse la lumière parce qu'on veut mal agir (m, 19-2i), parce qu'on veut faire sa propre volonté et se confier en soi-même (vu, 17, 18; ix, 41).

Ce rejet de la lumière amène le jugement. Le Sauveur maintient à ce mot son sens originel : c'est un triage, une ségrégation : « En ceci consiste le jugement que la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (m, 19). Ainsi, le jugement commence dès l'instant que l'on refuse de recevoir Jésus- Christ. Celui qui ne croit pas est déjà jugé par son incrédulité même (m, 18) : il n'a pas besoin d'un juge extérieur; son endurcissement et la parole qu'il a méprisée suffiront à faire éclater au dernier jour l'état de séparation où il s'est mis (xii, 48). En ce sens, celui qui croit n'est pas jugé (m, 18; v, 24). Et ainsi il est vrai que Jésus n'est pas venu pour juger (m, 17 ; «I, 47; cf. viii, 15), parce que les méchants se jugent, se ségrègent eux-mêmes : et d'autre part il est vrai qu'il est venu pour juger, parce que son avènement a été l'occasion du triage qui s'est opéré entre ceux qui veulent et ceux qui ne veulent pas voir (ix, 39). . Ce premier jugement intérieur et caché n'empêche pas qu'il ne doive y en avoir un autre, général et éclatant, présidé par le Fils, à la fin du monde. A sa voix tous ressusciteront, les bons pour la vie, les méchants pour le jugement (v, 28, 29). Cette résurrection des bons paraît être spécialement due à l'influence de Jésus-Christ (vi, 39, 40, 44), à ce qu'ils auront mangé sa chair et bu son sang {vi, 54). Quant au sort des uns et des autres, il ne sera en définitive que le développement goûté et ressenti de ce qui était déjà ici-bas : pour les justes l'épanouissement de la vie qu'ils possédaient

en vertu de leur union avec le Christ (vi, 47; xiv, 3), pour les méchants la mort et la colère de Dieu perma» nente sur eux (m, 36; cf. viii, 24).

On voit assez, sans qu'il soit nécessaire d'insister, combien le ton de ce dernier exposé diffère de celui des synoptiques; mais on chercherait vainement entre eux une opposition proprement dite. 11 y a tantôt prolongation des lignes, tantôt transposition ou diversité, mais non point contradiction. Le royaume de Dieu, sous le nom de vie éternelle, est devenu quelque chose de plus intime et plus personnel ; de même, le jugement n'est plus seulement un événement futur, il commence dans la conscience. D'autre part, les relations de nature du Fils avec le Père, sa divinité, son caractère de médiateur nécessaire, la doctrine du Saint-Esprit ont été mis en relief. Tout cela ne sort pas du cadre de la pensée de Jésus, et doit en être considéré comme l'écho ou l'interprétation fidèle.

§ 3. — L'enseignement de saint Faul>.

Entre Jésus-Christ et saint Paul, dont la première épître aux Thessaloniciens, la plus ancienne, suivant plusieurs, de celles que nous possédons, est de l'an 53 environ, plus de vingt ans se sont écoulés pendant lesquels les apôtres ont prêché, quelques-uns même d'entre eux ont peut-être écrit. Nous grouperons un peu plus loin tout ce qui concerne leur enseignement. Il flous faut présentement exposer celui de saint Paul.

C'est dans ses épîtres naturellement ^ et drir.;2 cnel-

1. Outre les ouvrages généraux indiqués plus haut, voir la littérature spéciale dans Stevens, op. cit., p. K94. Jacquier, Histoire des livres du Nouveau Testament, I. F. Prai, La théol. de saint Paul, Paris, 4907,

*» On traitera seulement a part de VÉpître aux Hébreux, qui repro-

82 LA THÉOLOCrE ANTENIGEEWNE.

ques discours rapportés dans les Actes qa! on le tponrvé. 'On est d'accord pour aidmettr© que cet enseignement forme un tout organique, et qu'il se développe, sous la plume de l'apÔtre, sinon dans un ordre extérieurement méthodique, du moins suivant un principe rigoureusement suivi. Mais quel est ce principe ? C'est sur quoi on ne s^entend guère. Dans son système chrétien, saint Paul part-il de l'idée qu'il se fait de Dieu, du Christ ou de Thomme? Sa doctrine est-eîle théocentrique, christoeen trique ou anthropocentrique ?Toutes ces diverses solutions ont été proposées, et ont pu l'être avec des apparences de raison. Si puissante et si tme est la conception de l'apôtre que, quel que soit le point où il se place et qu'il envisage actuellement, il sait y ramener tout son enseignement, et donner rillusion que là est vraiment le centre de ses pensées. Cette question n'a d'ailleurs pour nous qu'une importance secondaire. Nous devons surtout montrer en quoi la doctrine de saint Paul développe celle de Jésus-Christ; son côté objectif nous intéresse plus que la façon dont elle a été conçue : et dès lors nous n'avons pas à en rechercher précisément la déduction subjective. Un expose qui, partant de Dieu, suit en quelque sorte son action dans le monde, et se déroule avec l'histoire de l'humanité, paraît assez bien représenter le mouvement de la pensée' de l'apôtre, et propre à en dire rapidement le contenu.

Pour saint Paul, comme pour Jésus, Dieu est un Père : il l'était déjà par la création ; il le devient encore plus par la rédemption. Le cri Ahba, Pèreî est le cri qui jaillit en nous sous l'action de l'Esprit du Fils qui

duitsaus doute la doctrine de saint Paul, mais doat on ne le croit pas généralement Fauteur immédiat. — Pour les références de ce paragraphe R. = Romains; I, II Cor. = I, H Corîntliiens; G. = Calâtes; E. = Éphésiens; Ph. = Pliilippiens; Col. = Colossiens; J, 11 1h. = I, II Thessalonicieus; I, II Tim. = I, II Timothëe; Tit. = Tite.

L'ENSEIfiNEMENT ©E JÉSUS .ET BES APOTRES. 88

noas^stxioinmuiiiqué (R., vui, 15, 29; G., av, 5, 6; E., j, 4, ,5). Mais «n même tempa, ce Dieu est «n souverain dont l'absolu domaine ^st pleinement et rudement affî-rmé. C'est le Dieu de Job contre qui il Ji'y (a pas -à ^discuter ,: sa volonté est sa loi et nc^re loi : il faut s'ineliner et adorer (R,, ix, 14-:21; 1 Tim., i, 17:; vi, 15, 16).. Un seul dessein occupe cette volonté dès Tinstaiït qu'elle sort d'elle-même pour agir au dehors : préparer le salut des élus : c'est un dessein d'amour. La créal-ioa et la rédemption ne seront que des moyens successifs de le réaliser (R., viii, 28; E., i, 4, 5; ijj, 11 ; II Tim,, t^ 9). Laxîréation est une première révélation de Dieu (R,,

I, .20), l'Incarnation en est une seconde. Ainsi, saint Paul marque l'unité de l'histoire et la maintiendra malgré l'opposition de l'Evangile et de la Loi,

En sortant des mains de Dieu, l'homme «tait êroit. L'étroite relation de la chair et du péché, que l'apôtre accentuera, n'est point une relation essentielle et absolue. La chair n'est pas nécessairement rmauvaise : c'est par la transgression (îtapaTnrwfjia) du premier homme que le péché, le mal est entré dans le monde (R., v, 12-19). Ce péché, saint Paul le personnifie en quelque sorte, le présente comme une réalité objective et vivante. Une puissance nouvelle (^ a,ur.apT(a) apparaît, que la génération propage dans les enfants d'Adam suivant la chair (R., V, 12, 18, 19). Ce n'est pas l'acte du péché, la transgression elle-même (irapaSacnç, TrapdtTCTWfjLa, R., v, 14, 15 ;

II, 23; G., VI, 1) : c'en est ia conséquence, et c'est aussi le principe qui le produit, la pente qui y^entraîne, d'^n mot la concupiscence. Le péché habite en l'homme.", il exerce sur lui une invincible tyrannie (R., vu, 5,^^ 15, 19, 20) i il est pour lui une loi inéluctable (R., n^ïi, 21, 2-3); l'homme est l'esclave du péché (TOitpa[i£voç ttih T^v «(zapriav, R., vu, 14)..

Le péché a son siège immédiat «dans la chair {aiç%)..

84 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

Par la chair il ne faut pas entendre le corps (ffto|*«), mais la substance du corps en tant qu'elle est le principe des convoitises qui nous portent au mal, ces convoitises elles-mêmes, l'homme tout entier, l'âme en tant qu'elle les suit et y conforme sa vie morale. Et ainsi saint Paul nous parle d'une prudence, d'une volonté, d'un esprit de la chair, d'homme charnel (^pôw)}*», eAïlfxa, vouç TÎiç ffapx^ç, R., viii, 6; vii, 15; E., ii, 3; Col., II, 18). Cette chair est une chair de péché, le corps un corps de péché (R., vi, 6; viii, 3].

Le péché a pour fruit la mort; par lui elle a été introduite dans le monde (R., v, 12, 14, 15, 17; vi, 23).

Veilà donc la situation faite à l'homme par la transgression d'Adam : elle l'a rendu pécheur, a corrompu sa nature, l'a conduit à la mort. Dans cette extrémité, quelles ressources lui restent? Aucune. Sans doute, son esprit voit encore le bien, le devoir, et ce que saint Paul nomme l'homme intérieur l'aime et s'y complaît, mais d'une volonté impuissante (R., vu, 15-22). La Loi elle-même ne lui sera d'aucun secours, bien plus elle deviendra pour lui une occasion de ruine. Car la Loi, ^en soi, est juste et sainte; elle est spirituelle (TCv«0(xaTt)coç) et exprime la volonté de Dieu (R., vu, 12, 14) : mais l'homme, lui, est charnel (aapxivoç, R., vu, 14), et en lui montrant son devoir sans lui donner la force de l'accomplir, la Loi ne fait que le rendre plus coupable. Sans la Loi, le péché était mort, il n'était pas connu comme tel ni imputé (R., m, 20 ; v, 13 ; vu, 7, 8) : avec elle il revit, se multiplie et pousse partout ses rejetons funestes (R., vu, 9, 11, 13). Si bien que le rôle de la Loi a été, en quelque sorte, de faire abonder l'iniquité pour épuiser le péché par sa fécondité même (R.. V, 20; G., m, 19). Mais en ce faisant, elle a tué l'homme devenu, pour ses transgressions, passible du châtiment (R., vu, 11; G., m, 10).

Ainsi, juif ou païen, vivant sous la seule loi naturelle ou sous la loi mosaïque, l'homme était perdu sans l'intervention divine. Heureusement pour lui, voici, en face du péché, une autre puissance qui se dresse, la Justice de Dieu (-^ StxaioauvT] Gsou, R., m, 21, 22), non pas cet attribut qui juge et qui châtie, mais la sainteté de Dieu, son exemption de toute tache et de toute souillure morale, justice qu'il communique, et par laquelle il rend justes ceux qui croient en Jésus (eîç to rivai aÙTov Sixàiov, xol Sixaioïïvxa xov Ix itidTsoîç 'Ir|Cou, R., m, 26)..

Cette justice de Dieu, voulant ainsi se communiquer, met en mouvement la grâce, c'est-à-dire la bonté et la tendresse de Dieu à notre égard (R., v, 20, 21), bonté dont l'éternel dessein est notre salut et celui de tous les hommes (E., i, 4; I Tim., n, 3,, 4), et le premier gage qu'elle nous donne de sa bienveillance, c'est la promesse.

La promesse du Messie faite à Abraham, voilà en effet, dans le passé, le vrai secours donné à l'homme. Ce n'est pas Moyse et sa Loi, laquelle, on l'a vu, a été une -occasion de péché, qui sont la vraie anticipation de Jésus-Christ et de sa grâce, c'est Abraham et la promesse qu'il a reçue (G., m, 6-18). Les vrais fidèles, les vrais Israélites ne sont pas les Juifs selon la chair, c'est-à-dire les sujets delà Loi, mais bien ceux qui croient, comme Abraham, en la promesse, et qui sont les héritiers de sa foi (R., ix, 6-8; G., iv, 28). Seulement, de même que l'enfant, bien qu'il soit, en principe, maître de sa fortune, est cependant traité en esclave jusqu'à son émancipation, ainsi les enfants spirituels d'Abraham ont été placés sous la Loi jusqu'à ce que l'Evangile leur apportât l'affranchissement et la jouissance de leurs droits de fils (G., m, 29; iv, 1-7,22-31).

86 LA. THÉOLOGIE ÂNTENIGÉEKNE.

Cet affranchis sèment sera l'œxavre de Jesus-Christ. lésus-Clirist apparaît comme la seconde «t suprême manifestation (le la bonté de Dieu à notre ég^rd , le vrai objet delà promesse (G., tu, 16). îl-est de notre race et de notre sang (R., i, 3 ; O., iv, 4), puisqu'il doit nous représenter et nous être substitué. .Mais, s'il -est homme et a pris chair, il n'a cependant pas connu le péché :R., VIII, 3; ilGoT., V, 21). Gomme homme, il occupe d^ ailleurs un rang à part : Il est le second Adam, îe nouvel homme. Le premier, qui était de la terre, était terrestre (Ix yr-ç x°ïxoç) : le second est du ciel, et par conséquent céleste (iTrouptsEvioç) ; et de même que notre naissance nous faisait, comme A.dam, x'^'*''^''» ainsi notre naissance spirituelle dans le ChTisluous rend, comme lui, ^TCoupavioi (1 Cor., Tcv, 47-49). Ges expressions ÈTToupavioç, il oùpavou se rapportent pTebâbieinent à l'origine du Sauveur. Mais, du reste, la concepMon de saint Paul s'élève bien plus haut. 11 suppose clairement la préexistenee de Jésus-Christ (G. , t.v, k; II Cor., viiî, 9); il lui attribue nn rôle dans la création (Col.,

I, 15-17; I Cor., vni, 6). Jésus n'-est pas Fils de Dieu seulement comme les justes de Pancienne Loi, il est le propre Fils de Dieu (ïôtoç, R., vm, 32); il -est le Seigneur (xupio;), le seul Seigneur comme ^le Père est le seul Dieu (i Cor., viii, 6) ; son nom doit être invoqué et tout genou il échir devant lui {I Cor., i, 2; Ph,,

II, 9-11); l'auteur n'hésit-e pas à lui appliquer des textes de l'Ancien Testament écrits de Dieu -même (R., X, 11-13 ; I Cor., X, 9 ; F., iv, 8). Et enfin la doctrine de l'apôtre atteint sa dernière expression dans le fameux passage de l'-épître aux Phflippiens (ii, 6, 7), qui -proclame Jésus-Oirtst préexistant Iv [xop©?; Osou, et égala Dieu {ha 6sw). Rien ne prouve non plus d'une façon tant soit peu concluante que le ^fleoç de î'épître aux Romains (ix, 5) ne se rapporte pas à Jésus-Christ;

L'ENSEIGNEMEST DE JESUS ET BBS APOTRES. 8T

et si l'on objecte qu'en tout cas. l'apôtre sul^ordonne le Christ au Père (ï Cor., xv, 28; xi, 3), il est aisé de répondre que cette subordination est ministériélie, non esseniielle, et que précisément dans le passage de la première épître aux Corinthiens, xi, 3, le parallélisme entre l'homme et la femme, d'une part, et 'D-ieu et le Christ, de l'autre, n'est gardé que s'il y a enti'fr ceux-ci identité de nature.

Pour saint Paul, Jésus-Christ est .donc à la fois réelleinent homme €t, au sens absolu, vrai Fils d& Dieu. Son rôle est de nous sauver, ou plutôt d'être,, entre les mains de Dieu, l'instrument de notre sahit,^ car c'est Dieu qui, dans le Christ, se réconcilie le monde (H Cor., v, 19). Pour cela Jésus-Christ devient notre représentant, nous est substitué. Lui-même sans péché, il a été fait péché pour nous, afin que mourant avec lui et en lui, nous devenions en lui justice de Dieu (R., VI, 6, 8; II Cor., v,- 14, 15, 21). Parce qu'il nous r/^présente, il est notre viefcime ; sa mort est le prix de notre rançon, un moyen de propitiation (Tijj.-ii, IXauTTiptov) auquel nous participons, étant contenus en lui (R., III, 25; vi, 6; I Cor., vi, 20; G., m, 13; Ë., 1, 7). Ce qui n'empêche pas que la grâce et la rédemption ne soient, en principe et de la part de Dieu^ spontanées et gratuites, puisque l'incarnation et la mort de Jésus-Christ sont elles-mêmes la plus grande de toutes les grâces (R., v, 8; E., i, 3-6; ii, 4-7).

La mort de Jésus-Christ est ainsi la clef de toute l'œuvre du relèvement, et l'on comprend pourquoi saint Paul ne veut connaître que Jésus crucifié (I Cor.,. H, 2). Le péché, crucifié en Jésus, meurt aussi en nou& puisque nous étions renfermés en Jésus (R., vi, 6-15). C'est la partie négative de la justification : la partie positive va maintenant se développer. Comme nous somme s morts au péché avec Jésus-Christ et en lui,,

^8 LA THÉOLOGIE ANTENIOÉENNE.

de même nous ressuscitons avec lui et en lui à une vie nouvelle (R., vi, 4, 5, 8, 11; iv, 25). Le second Adam ^st esprit vivifîcateur (I Cor., xv, 45; II Cor., m, 17); et comme le premier Adam nous avait communiqué le péché et la mort, ainsi le second nous communique sa justice et sa vie (R., v, 15-21; G., ii, 20), c'est-à-dire cette justice et cette sainteté de Dieu qu'il possédait, et dont la vie nouvelle qu'il a prise en sortant du tombeau est le symbole (R., vi, 4-11 ; iv, 25).

Comment s'opère cette communication? La géné-

.ration naturelle, on l'a vu, transmet à ses descendants

le péché d'Adam; le baptême et la foi nous trans-

^fusent la vie de Jésus. Par le baptême nous sommes

- co-ensevelis avec Jésus-Christ dans la mort : nous jnourons au péché, puis nous ressuscitons avec lui

(R., VI, 3-8; cf. E., ii, 5-6; G., m, 27). Par la foi, qui nous incorpore au Sauveur, nous entrons en commu-

■ nion de sa justice et de ses mérites (R., m, 22-25;

.IX, 30-33; G., ii, 16, 20; m, 2, 5-12, 23-27). Cette foi, ^^emarquons-le bien, n'est pas une simple adhésion

- de l'esprit : elle implique, d'après saint Paul, la tradition totale à Dieu de l'homme, de son activité et de son cœur (R., i, 5; vi, 16, 17; x, 10, 16, 17; G., ii, 20; I Th., II, 12-13). Elle ne s'oppose pas aux œuvres en général, mais aux œuvres d'où la foi est absente et que l'on regarderait comme le principe de la justification et du salut (R., ix, 31, 32; G., ii, 16; m, 2, 5, .10-12).

Le péché avait son principe et son siège dans la

■chair : la vie nouvelle que nous apporte la rédemption

a comme siège et principe l'Esprit (Tcveufta). Le mot,

• outre la signification générale qui l'oppose à chair,

péché, légalisme outré, présente, dans saint Paul, des

jiuances qu'il n'est pas toujours aisé de distinguer.

.Ainsi, dans certains cas, il semble désigner l'âme ou

3'homme lui-même, en tant qu'il est sous l'influence de l'Esprit de Dieu et aspire aux choses d'en haut (R.,viii, 4-10; G., V, 16; cf. I Cor., ii, 14, 15). Plus souvent, il désigne l'Esprit de Dieu agissant en l'homme. Cet Esprit est la source de la grâce et des charismes (1 Cor., xii, 3-11); il habite dans nos corps et les consacre (I Cor., III, 16; vi, 19); unjouril les ressuscitera (R., VIII, 11); il opère aussi et surtout dans l'âme en lui communiquant une vie nouvelle (R., viii, 10), en étant pour elle le gage que Dieu lui donne de sa filiation divine (R., viii, 14-16; II Cor., i, 22; v, 5; G., IV, 6). Mais en outre, il est plusieurs passages où il est clair que l'Esprit ne désigne plus une opération de Dieu en général, mais ime personne déterminée, la personne du Saint-Esprit. L'Esprit-Saint aide notre faiblesse, prie en nous (R., viii, 26, 27), rend témoignage que nous sommes les enfants de Dieu (R., viii, 16). Il est en Dieu et connaît ses secrets (I Cor., ii, 11) ; il est aussi en nous qui devenons ses temples (I Cor., m, 16; VI, 19). On le distingue du Père et du Fils (R., viii, 11), Esprit à la fois de Dieu et du Christ (R., VIII, 9), envoyé par le premier, mais appartenant au second (G., iv, 6). Et c'est ainsi que, sans exposer expressément de doctrine sur la Trinité, saint Paul suppose toujours que ces noms de Père, Fils, Esprit sont entendus de ses lecteurs comme désignant trois termes divins dont il ne précise pas rigoureusement le rapport, mais qu'il associe dans une formule de bénédiction que l'on peut appeler trinitaire (II Cor. , xiii, 13). Tous les hommes cependant ne reçoivent pas l'Esprit et n'obéissent pas à l'Évangile (R., x, 16) : il y a des ennemis de là croix de Jésus-Christ, dont la fin est la ruine (Ph., m, 18, 19). C'est le mystère de la prédestination. Saint Paul l'envisage intrépidement, et en maintient avec force les deux éléments : d'une part, la

90 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

souveraine indépendance de Dieu qui sauve qui il Teut, et, enfin de compte, parce qu'ilie veutfR., ix, 14, 29); de l'autre, la liberté de l'homme qui ne se perd que par sa faute et son incrédulité (R., ix, 30-33 ; x, 14-21). Mais, du reste, il ne l'explique pas et il ne sent pas le besoin de l'expliquer, puisque, aussi bien, la gloire de Dieu se trouve manifestée dans la perte des uns eomme par le salut des autres (R., ix, 20-23).

Quant aux fidèles qui reçoivent l'Évangile' et vivent de l'Esprit, ils forment l'Église. Les chTétiens étanî; les membres de Jésus-Christ, l'Église est son coi-ps, un corps dont ilestlatéte (R., xii, 4, 5; rCor.,xn,27; E., r, 22, 23; v, 23; Col., i, 18; ii, 19). C'est lui qui en maintient l'unité, qui en développe les organes (E., iv, 15, 16). A son tour, elle est le complément, rachèvementde Jésus-Christ, «on plérôme (7rXr,pwaa,E., i, 23). L'Esprit de vérité, qui demeure en elle, en fait la colonne de la vérité (1 Tim., ni, 15); il y divise Jes minislères et les fonctions (I Cor., xii, 4-11, 28-31) : mais tous ces ministères viennent d'un seul et même Esprit en qui nous avons été baptisés, et qui nous rend uns en lui (ICor,, xii, 13).

Dans cette Eglise universelle cependant, saint Paul, principalement dans ses épîtres pastorales, dîsting'ue des communautés particulières auxquelles il donne également le nom -d'Églises, et, entre les memhres de ces églises, des épiscopes et des diacres (Ph.j i, 1) de qui il requiert certaines vertus (I Tim., ni, 1-13). H parle également de -presbytres qui président (I Tim., V, 17, 19), et qu^il coïifond, en partie du moins, avec les épiscopes (Tit., i, 5-9]. Il doit y en avoir dans chaque ville, dont la mission soit d^exhorter, de prêclier la saine doctrine, et de reprendre les récalcitrants (Tit., 1, 5, 9; 1 Tim., v, 17). Un certain nombre de ces presbytres, sinon tous, sont donc en iriême

L'ENSEIGNEMENT DE JESUS iET ©ES APOTRES. m

temps didascales, et les .ministères dont moBS venons de parler ne doivent pascompletement.se distinguer de jceux que saint Paul énumère dans llépître aux Épliésiens, iv, 11 : « Il (Jésus-Christ) a établi les uns apôtres, les autres prophètes, les autres évangélistes, les autres pasteurs -et 'docteurs pour le perfectionnement des saints, etc. » Parfois les presby très .sont réunis en un corps, le pi^esbyterium, qui impose les mains pour conférer certains ministères (I Tim., iv, 14). Mais du reste, ra;pôtre recommande à Timothée de garder pur le dépôt des vérités qu'il lui a confiées (I Tim., VI, 20; II Tim., j, 13, 14), et de se choisir des collaborateui's fidèles pour en instruire les autres (II Tim., II, 2). Il {s'atiribue à lui-même et il reconnaît à Timothée et à Tite le^di'oitde juger et de condamner en matière de foi <it de discipline (I Tim., i, 19; v, 19, 20; VI, 3-5; II Tim., ii, 16-19 ;jv, 2-4; Tit., m, 10, 11; I Cor., V, 1-5).

Entreles rites qui s'accomplissent dans lesiréunions chrétiennes, outre le baptême, saint Paul mentionne la cène du .Seigneur, dont il rapporte Finstitution sensiblement comme le troisième évangile fl Cor. , xi, 20-34). L'Eucharistie est lOiCorps et le sang de Jésus- Christ : elle représente sa mort, et celui qui la reçoit indignement mange et boit son jugement. Dans un autre passage (I Cor., x, 16-21), ce même rite est rapproché de la manducation des viandes immolées aux idoles. Sa relation avec le sacrifice de la croix, déjà indiquée (I Cor., xi, 25, 2ô)^ est mise ;ainsi plus en relief.

Le mariage est le:symbeleide l'union de Jésus-Christ et de son Eglise. L'épouse est le corps de l'époux, comme l'Église est le coirps de Jésus- Christ (E., v, 25- 32). Dès lors le mariage -.est indissoluble : c'est le précepte du Seigneur (I Cor., vu, 1,0., 11) ; la mort seule

pourra le rompre (R., vu, 2, 3; I Cor., vu, 39). L'unique exception faite est en faveur du conjoint fidèle avec qui l'infidèle refuse de cohabiter (1 Cor., VII, 12-16). Quant à<la continence et àla virginité, Paul, pas plus que son maître, n'en fait un précepte : il la conseille seulement comme préférable à l'état du mariage quand Dieu y appelle (I Cor., vii, 7, 25-38). L'état -de viduité est, de même, préférable aux secondes noces, bien que celles-ci soient permises (I Cor., vu, 39-40). Cependant, à travers tout cet enseignement, on voit repasser de temps à autre cette préoccupation du jugement et de la fin des choses que la prédication de Jésus avait si fortement inculquée : Paul, lui aussi, avait prêché le royaume de Dieu (Act., xix, 9 ; xx, 25 ; xxviii, -31), et il n'ignorait pas que ce royaume ne serait consommé qu'avec le second avènement du Christ. Quand aurait lieu cette consommation? Traduisant sur ce point l'opinion commune de son temps, l'apôtre, quand il écrivit ses premières épîtres, la représentait comme prochaine (I Th., iv, 14-16; cf. II Th., ii, 2-5) : « Le îtemps est court », s'éçrie-t-il, il faut user du monde comme n'en usant pas, car sa figure passe (I Cor., vu, 29-31). En même temps cependant, il répète qu'avant la ,parousie suprême doit être révélé l'homme de péché, le «fils de perdition (ô àvôpcoTroç tîjç àvof^iaç, ô utoç TÎjç àitwXetaç), qui s'élèvera contre Dieu et contre son règne. Or le mystère d'iniquité s'accomplit déjà : cependant l'antéchrist est encore entravé : il y a une puissance (Ô xaTÉ/tov?) qui l'arrête jusqu'à ce qu'elle disparaisse elle-même et lui laisse le champ libre (II Th., u, 3-11). Puis, à mesure qu'il avance dans sa carrière, la pensée de l'apôtre s'éclaire et se complète. Au lieu de porter son regard directement sur la fin des temps, il l'arvète sur la fin de chaque homme en particulier et sur •la sienne propre. La crainte d'être dépouillés de nos

L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS ET DES APOTRES. 9î-

corps et d'être trouvés nus nous trouble sans doute, mais il y faut consentir, puisque nous sommes par là réunis au Seigneur (II Cor., v, 1-8). Quant à lui, il sait, lorsqu'il écrit pour la seconde fois à Timothée, que sa dissolution n'est pas éloignée (II Tim., iv, 6, 7), mais cette mort lui sera un gain puisqu'elle le mettra avec le Christ (Ph., i, 21-23). Saint Paul croit donc qu'immédiatement après cette vie il jouira de la vue et de la société du Sauveur, et il étend cette espérance à tous les fidèles (II Cor., v, 1-8).

11 n'a pas oublié cependant cette fin des temps, dont il n'ose plus marquer l'époque précise, mais dont il connaît, soit par la catéchèse évangélique, soit par la tradition juive, les circonstances. L'avènement du Christ sera précédé, il l'a dit, de l'apparition d'un fils de perdition qui viendra séduire les peuples, et se substituer, autant qu'il le pourra, à Dieu (II Th., ii, 3-il). Puis, à son tour, le Seigneur descendra du ciel, à la voix de l'archange et au bruit de la trompette (I Th., IV, 15; I, 10). L'antéchrist sera exterminé (11 Th., II, 8). Les morts ressusciteront. Il semblerait, d'après les principes de l'apôtre, que cette résurrection ne dût convenir qu'aux justes, puisqu'elle est le fruit delà rédemption (I Cor., xv, 21-23) et la conséquence de l'habitation en eux du Saint-Esprit (R., viii, 11; cf. I Cor., XV, 23; Ph., m, 11; I Th., iv, 14-16). Saint Paul cependant l'étènd à tous, justes et pécheurs (Act., XXIV, 15; II Cor., v, 10; cf. I Cor., xv, 21-22). Seulement, dans les premiers, elle sera accompagnée d'une transfiguration et transformation de leur corps (I Cor., XV, 35-54). Suivra le jugement dernier. C'est Jésus- Christ qui y présidera (II Cor., v, 10; II Tim., iv, 1), bien que ce soit le jugement de Dieu, Dieu jugeant par le Christ (R., ii, 5, 6, 16). Mais les fidèles siégeront aussi comme juges (I Cor., vi, 2, 3), encore qu'ils doi-

9t Lit THÉOLOGIE ANTÉNIGÉENNE.

vent être jugés comme le reste des hommes: (Act., XVII, 31; II Gor., v, 10) et comme les anges (I Cor,, v-i, 3). La sentence de ce tribunal décernera à chacun sui vant ses œuvres, suivant sa culpabilité, ou son mérite (R., II, 5-13). L'apôtre suppose clairement en effet, dans les bons, un mérite proprement dit, quoiqu'il n'ignore pas que ce mérite est, en même temps, un don du ciel (R., xi, 35; Ph., ir, 13). Outre la transfiguration de leur corps, les justes recevront donc, pour leur fidélité, l'entrée dans la . gloire: des enfanta de Dieu (R. , V, 2 ; viir, 30) : leur filiation: sera parfaitement révélée (R., viii, 19; cf. GoL, iir, 4). Réunis à Jésus-Christ, ils hériteront avec lui-, du royaume du Père (R., viir, 17) : ils pesséderoiîli la vie étemelle {R., II, 7; V, 21; G., vi, 8^ etc.). Saint Paul continue ici son parallèle : morts avec JésusrChrist, ressuscites avec lui, les justes sont glorifias avec lui et partagent sa souveraineté. Quant au sort; des méchants, ce sera un sort de colère, de tribulation et d'angoisse, de mort et de destruction (R., ii, 5, 8, 9; vi, 21 ; I Th., i, 10; Ph., m, 19). Le Seigneur et sa vertu viendront sur eus avec un feu vengeur (II Th. , i, 7-9). Leurs peines, aussi bien que la félicité des justes, seront éternelles (R., II, 7; V, 21; vi, 23; I Gor., ix, 25; G., vi, 8; I Th., IV, 6; 1 Tim., 1, 16;vr,12.; Tit., i, 2). G'estenvain que l'on a cherché dans saint Paul l'idée' d'une restauration finale : elle ne s'y trouve pas.

Reste le dernier acte de cette suprême tragédie. La mort, le dernier adversaire de Jésus-Christ, a été détruite par la résurrection (I Cor., xv, 26., 54, 55). Le Glirist, ayant achevé son œuvre et soumis tous ses ennemis, livre à son tour son royaume et sa royauté à son Père et se soumet à lui. Dieu est tout en tous (I Cor;, XV, 24-28).

R est aisé de voir,, par ce simple résumé, quels dé-

veloppements a reçus de saint Paul l'enseignement de Jésus-Christ.. C'est évidemment sur la partie anthropologique et sotériologique de cet enseignement, sur le rôle du^ Christ dans l'œuvre de la rédemption que l'apôtre a porté son attention. Il a mis dans un relief puissant, par une analyse impitoyable de la corruption humaine, le caractère: universel du péché et l'absolue nécessité d'une restauration déjà esquissés dans l'Évangile^ Jésus-Christ; avait fait entendre que la Loi mosaïque n'était que provisoire : Saint Faul en définit de plus près la fonction dans le passé et la déchéance actuelle. Aux affirmations- du Sauveur sur la dignité de sa personne, il- ajoute des traits qui annoncent, s'ilsne la rejoignent pas absolument, la théologie johannique. Il crée, pour ainsi dire, toute la théorie dé la doctrine; de la Rédemption. Sur- l'Église aussi et son organisation intérieure, il apporte, dans- les épitres pastorales, des renseignements nouveaux. 11 n'est pas jusqu'à son eschatologie qui ne sôit d'une note plus claire que celle des synoptiques.

Toutefois, il faut bien remarquer que-, dans tous ces développements, saint Paul" se rattache étroitement à Jésus^Christ, et a'a d'autre but que; d'expliquer îa pensée- du Maître. Quand^ it donne des- conseils en son nom personnel, il a bien soin de les distinguer des préceptes du Seigneur (1 Cor;, vu, 12v 15). Si Ton trouve rareinent cette distinction, c'est qu'en effet il se borne d'ordinaire; à répéter- l'enseignement qu'une révélation direct© lui avait livré {&., i, 11, 12). H îe répète, disons^nous', mais en le marquant de son empreiutei etnon pas; comme une leçon apprise de mémoire etiroidement reproduite, mais comme une doctrine qu-'iL avait- vécue-,, qm'it s'était assimilée, et dont son cœur comme, son imtelli/gence avaient amoureusement fouiEé les- profeHdeaars,

06 LA THEOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

L'Épître aux Hébreux doit être, comme je l'ai remarqué, et à cause de son origine, examinée à part des épîtres de saint Paul. Le but de l'auteur, dans cet écrit, est de déterminer ses correspondants à rester inébranlables dans la croyance qu'ils ont embrassée, en les détournant d'un retour possible au judaïsme. Pour y atteindre, il s'efforce d'établir la supériorité de la nouvelle économie par une comparaison de la personne, des fonctions et de l'œuvre de Jésus-Christ avec la personne, les fonctions et l'œuvre des promulgateurs et des ministres de l'ancienne Loi; d'où il conclut à la fermeté de foi et d'espérance qu'il faut garder dans la vie chrétienne. C'est donc surtout une christologie et une sotériologio qu'il expose.

Jésus, dans sa manifestation terrestre, est sans doute vraiment homme, de notre race et de la tribu de Juda (il, 14; VII, 14), semblable à nous hormis le péché, et par conséquent capable de compatir à nos maux (ii, 17; IV, 15; vu, 26), fidèle, pieux et obéissant envers Dieu (m, 1, 2; v, 7, 8), mais cette apparence n'est pas tout Jésus. Il est encore le Fils, le premier-né, l'héritier universel, supérieur aux anges qui doivent l'adorer, ràTrauyaoTfjia T^ç SoÇt]? xa\ ^J^paxt^p x^ç uTCOdTdcewç auTOU (tou Oeoû), sans commencement et devant vivre toujours. C'est par lui que le monde a été créé et qu'il est conservé : il est Dieu (i, 1-12; m, 6; vu, 3, 8, 16, 28). Impossible de rapporter au Christ glorifié après la résurrection tous ces traits : quelques-uns regardent forcément le Christ préexistant. Et si une influence philonienne est ici possible, la doctrine de l'Incarnation , qui apparaît dès le deuxième verset de l'épître (cf. x, 5), et la théorie de la Rédemption qui la remplit montrent que l'auteur a complètement modifié et précisé le concept flottant et principalement cosmologique de

Philon. Sa pensée se rapproche visiblement du prologue rlu quatrième évangile.

Le Fils de Dieu cependant est devenu notre prêtre. Le. sacerdoce juif n'avait, comme toute la Loi dont il était le centre, qu'un caractère provisoire (vu, 11, 12, 18, 19) ; il devait être transféré. Notre nouveau pontife, c'est Jésus-Christ (iv, 14). Médiateur de la nouvelle alliance (ix, 15; xii, 24), il est prêtre appelé de Dieu (iv, 5, 6, 10), prêtre à la ressemblance de Melchisédec (vi, 20-vir, 17; v, 10), supérieur aux prêtres du Lévitismo (vu, 1-11, 20-28), innocent et sans tache (vu, 26- 28), éternel et unique (vu, 23, 24).

La victime qu'offre ce prêtre est lui-même (x, 7- 10; VII, 27; ix, 11-15, 28), et il lui suffit de l'offrir une fois tant ce sacrifice est efficace (vu, 27; ix, 12; x, 10,. 12, 14). Par ce seul acte il nous rachète (Xorptoaiç, ix, 12, 15), nous purifie non plus de nos souillures légales,, comme faisaient les rites anciens, mais de nos péchés (i, 3; IX, 14, 28; x, 22); arrosés de son sang noussommes intérieurement sanctifiés (xii, 24; xiii, 12), affranchis de l'empire du démon (ii, 14), capables de nous approcher du trône de la miséricorde et mis en possession des biens de la grâce (x, 9; iv, 6; xii, 22- 24). Ce sacrifice est d'ailleurs offert pour tous leshommes (ii, 9; v, 9; ix, 28); son efficacité embrasse tous les temps (ix, 25, 26) ; bien plus, accompli sur la terre, il se perpétue dans le sanctuaire du ciel où notre grand-prêtre a pénétré, portant entre les mains son propre sang, et où. il continue d'intercéder pour nous (ix, 11, 12, 24; VII, 25).

Puis donc que Jésus-Christ est ainsi le médiateur de la nouvelle alliance, nous devons avoir confiance en lai (x, 19, 23), et, pour aller à Dieu, nous approcher de notre Sauveur avec une (oi pleine (x, 21-22). L'auteur de l'Épître définit clairement ce qu'il entend par

98 LA THÉOLOGIE ANTÉNIGÉENNÈ.

la foi. 11 en fait avant tout un acte de l'intelligence, l'assurance certaine des choses à espérer, la conviction de ce que l'on ne voit pas (xi, I). La loi a été le principe de tous les iiéroïsmes que nous admirons dans l'histoire d'Israël (xr). Que l'on se garde bien de renier celle que l'on a reçue de Jésus-Christj car il est impossible que ceux qui ont rejeté, après les avoir connus, la lumière et le don de Dieu soient renouvelés par la pénitence, crucifiant en eux et tournant en dérision le Fils de Dieu (vi. 4-8) ; passage qui ne signifie pas que la voie du retour et du pardon est irrévocablement fermée au pécheur ou même au renégat, mais seulement qu'ils ne trouveront point le salut en dehors de Jésus-Christ, et tant qu'ilis s'obstineront à le méconnaître.

La foi et la confiance sont donc les deux vertus que recommande surtout l'Epitre aux Hébreux. Mais les autres, le courage, la fidélité à l'Eglise, la persévérance ne sont pas exclues, non plus que les devoirs de la vie domestique et sociale (vi, 10, 12; x, 25, 32-36; xii, 2- 4; XIII, 1-7). Un des grands motifs de les pratiquer, c'est le jugement futur. Tous doivent le subir après avoir passé par la mort (ix, 27). Le moment est proche où le Christ apparaîtra pour sauver ceux qui l'attendent (ix, 28; XI, 37). Alors les bons recevront leur récompense; ils jouiront du repos, du royaume, d'une patrie céleste, de la céleste Jérusalem (iv, 3, 10; x, 35 ; XI, 16; XII, 22, 23, 28). Leur bonheur sera sans fin (v, 9; IX, 12, 15; xri, 28) ; tandis que la perte des méchants sera épouvantable dans le feu qui les consumera (x, 27, 31, 39). L'auteur mentionne, au chapitre vi, 2, la résurrection de la chair, mais sans en préciser autrement les conditions.

§ 4. — L'enseignement dès apôtres en deliors de saint Pa-al et de sadnt Jean '.

Nous avons, sous ce titre, à résumer la doctrine d'abord des discours que les Actes des Apôtres mettent dans leur bouche aux premiers jours qui suivirent la Pentecôte, puis des épîtres qui ne sont attribuées ni à saint Jean ni à saint Paul. On doit même y joindre les Evangiles et les Actes pour leurs parties narratives, car, dans ces parties, ils traduisent surtout la foi de ceux qui les ont écrits.

Comme il est impossible de trouver dans cet ensemble de documents une idée centrale commune, force nous est de suivre un plan conventionnel, à l'occasion duquel on insistera, quand cela paraîtra nécessaire, sur les vues particulières à tel ou tel d'entre eux ^.

On n'y rencontre rien sar la Trinité en général qui rencbérisse sur l'enseignement de Jésus et de saint Paul. Les trois personnes sont clairement distinguées dans le récit du baptême de Jésus surtout par saint Luc (Mt., m, 16, 17; Me, i, 10, 11; Le, m, 21, 22).

DuSaint-Espritilest souvent question. LesÉvangélistes marquent sa coopération à la naissance miraculeuse de Jésus (Mt., T, 20; Le, I, 35), et sa descente sur lui au moment de son baptême (v. supra). Les Actes nous disent comment, promis pai' le Sauveur aux apôtres (i, 4; cf. Le, xxiv, 49), il est venu en effet sur eux.au jour de la Pentecôte (ii, 4; cf. 17., 18). Son rôle est de fortifier la foi (vi, 5), de donner la sagesse (vi, 3), de guider les disciples dans leur ministère (viii, 29),

1. Outre les oavrages généraux signalés plus haut, voir la littérature spéciale dans Steyeks, op. cit., p. 398.

2. Pour les références de ce paragraphe, A. = Actes; I, II P. = I, II Pétri; Jac. = Jacques; Jud. = Jude.

100 LA THÉOLOGIE ANTENICÉENNE.

d'inspirer les nouveaux prophètes (xi, 28 ; xiii, 9) comme il a inspiré les anciens (vu, 51), d'accorder le don des langues (ii, 4; x, 44-47). Il est, d'après saint Pierre, le principe de la grâce et de la sanctification des fidèles .(I P., I, 2) ; lui mentir, c'est mentir à Dieu (A., v, 34),

Les discours rapportés par les Actes présentent Je plus ancien exemple d'une apologétique chrétienne fondée sur le caractère de Jésus-Christ. Elle est fort simple, et se borne à démontrer que Jésus est le Messie promis. Il est le prophète annoncé par Moyse, le serviteur de Dieu, IcTraïç Osoïï d'Isaïe (A., m, 13, 22-26; IV, 27; cf. 25) ; il a réalisé les prophéties (viii, 32 sqq.); sa mort même était prédite ; il est la pierre d'angle rejetée dont parle le Psaume cxvii, 22 (iv, 11 ; cf. 25-28), letrahidontparle le Psaume Lxviii, 26 (i, 16, 20); toute sa passion avait été décrite d'avance et s'est déroulée comme elle le devait (ii, 23; m, 18; iv, 27, 28). David avait annoncé sa résurrection au Psaume xv, 10 (m, 15; IV, 10; v, 30; x, 40), aussi bien que son ascension et son exaltation au ciel, au Psaume cix, 1 (ii, 33-3G).

Du sacrifice de Jésus-Christ, il n'est presque rien dit. La première épître de saint Pierre contient cependant l'idée de la substitutio vicaria (ii, 24) et de notre rédemption par le sang du Sauveur (i, 18, 19). En revanche, le fait de sa résurrection occupe dans le premier enseignement apostolique une place prépondérante : c'est qu'il est pour les Juifs la preuve décisive de sa qualité de Messie. Après être descendu aux enfers pour y prêcher aux esprits des morts (IP., m, 19, ^0 ; IV, 6), le Christ ressuscité monte à la droite de son Père (Me, xvi, 19). Là il doit régner éternellement (II P., I, 11; cf. Le, I, 32, 33), car Dieu l'a fait Christ glorieux et Seig'neur (A., ii, 36). Le nom de Rûpioç devient son nom, s'appose à celui de Jésus (A., tjci, 23, 24; i, 21, cf. 24; iv, 29;'ll P., i, 2, 8, 11, 14, 16);

Jésus est le seul dominateur et Seigneur (Jud., 4, 8) ; on lui applique les textes écrits de Dieu même dans l'Ancien Testament (A., ii, 20, 21 ; vir, 59) et on l'adore (Mt., XXVIII, 9, 17).

La loi est la condition du salut, et les apôtres, en même temps qu'ils exigent le repentir, exigent que l'on croie à leur parole (A., ii, 38, 41 ; m, 19; v, 31; VIII, 12, 14, 22). — On n'ignore pas, à ce propos, quelle opposition on a voulu trouver entre les vues de saint Paul sur la justification par la foi et celles de saint Jacques. Cette opposition n'existe point. Pas plus que saint Paul n'attribue la justification à une foi purement spéculative, qui ne serait point accompagnée d'une disposition intérieure d'obéissance et de charité, saint Jacques ne l'attribue à des œuvres que la foi et la charité ne vivifieraient point. Toute la doctrine de celui-ci se trouve condensée au chapitre ii, verset 22, de son Epître : la foi d'Abraham concourait à ses œuvres, et s'est trouvée, par elles, portée à la perfection. 11 n'y a de vraie foi que celle qui nous fait agir ; l'autre est morte et inutile. Ce n'est donc pas la foi isolée et théorique qui nous sauve, pas plus que les œuvres sans la foi, mais bien la foi accompagnée des œuvres (Jac, II, 14-26). — Quanta la loi mosaïque, des divergences d'opinion se produisirent d'abord dans l'Eglise primitive sur la valeur obligatoire qu'elle devait conserver vis-à-vis des Gentils. Ceux-ci commençaient à se convertir : àAntioche, ils formaient déjà une communauté indépendante (A., xi, 20-26). Ces gentils, devenus chrétiens, seraient -ils soumis aux prescriptions légales du judaïsme (A., xv, 5-11)? Pierre trancha la question par la négative (A., xv, 7-11) : il avait reçu des indi- <;ations divines à l'occasion du centurion Cornélius (A., X, 10-20, 28, 34, 35, 44-48). Jacques se prononça dans le même sens (A., xv, 13-20). Toutes les incertitudes

Page 1