‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 23 sur 1102 · A. THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE · texte numérisé non relu

A. THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE

cependant ne.furent pas levées, et l'on se demanda notamment si les convertis du judaïsme pouvaient, au mépris de la loi, frayer avec les fidèles venus du paganisme. On trouve un écho de ces scrupules dansl'Épître aux Galates (ii, 11-14). Pierre, qui tenait pour la légitimité de ces rapports, eut cependant un moment de faiblesse, et en fut repris par saint Paul. Ce n'est que plus tard que l'Epître aux Hébreux proclama la déchéance définitive de la loi ancienne et son remplacement par la nouvelle.

Quant au reste de la morale chrétienne, il serait trop long, on le conçoit, d'en relever tous les traits dans cette littérature en grande partie parénétique. On y recommande la soumission aux pouvoirs cwils et aux maîtres immédiats, si l'on est serviteur (I P., ii, 13, 14, 18), la prière confiante (Jac, i, 6). Saint Jacques prohibe l'abus du serment (Jac, v, 12); il reproduit (Jac, i^ 14, 15) la lignée concupiscencej péché, mort que Ton trouve dans saint Paul. L'énergique réprobation de celui-ci contre la chair reparaît également dans saint Jude (23), qui regarde le corps comme une tunique souillée qu'il faut haïr. Les Actes signalent la pratique du jeûne dans l'Eglise (xiii, 2, 3;,xiv, 22).

L'Église, c'est le nom en effet que les Actes, qui en sont la plus ancienne histoire, donnent à la réunion des premiers fidèles (v, 11 ; viii, 1-3). Entre ceux-ci règne d'abord une sorte de communauté de biens, mais que la seule charité spontanée inspire et maintient (A., ii, 44, 45 ; V, 3, 4). De plus, dans ce peuple chrétien, qui généralement forme un sacerdoce saint, un sacerdoce royal (îepaTsufxa aytov, paatXsiov îepaTeu(ji.a) qui doit offrir des victimes spirituelles (I P., ii, 5, 9), il existe une hiérarchie. Les apôtres se réservent, comme fonctions propres, la prière et la Siaxovia toïï Xoyou (A.,vi-, 2, 4). Pierre apparaît manifestement comme le premier

L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS EF BES Al'OTRES. 103

d'entre eux (A., i, 13, 15; ii, 14, 3.7; m, 6, 12; iv, 8; V, 3,29; xy, 7). Ils imposent les mains aux diacres et aux nouveaux convertis (A., viii, 17). Au-dessous d'eux, on trouve dans chaque communauté les TcpeçSuxepoi, qui doivent gouverner le trx)upeau qui leur est confié (A., XI, 30; XIV, 22; xv, 2, 6, 22, 23; xvi,4; xxi, 18; I P., V, 1, 2). Les presbytres ont, avec les apôtres, .décidé ce qu'il convenait d'exiger dans la question des observances légales, et, avec eux, présenté leur décision comme^celle de l'Esprit-Saint (A., xv, 6, 22, 28). Puis., dans l'Église de Jérusalem, se montrent les diacres, institués par la prière et l'imposition des mains, dont la fonction est d'abord de s'occuper des pauvres (A., VI, 1-6), mais que l'on voit, dans la suite, discuter contre les Juifs, baptiser et prêcher (A., vi, 9; viii, 38, 40). A Antioche, on rencontre des prophètes et des didascales qui imposent Ibs mains à Paul et Barnabe (A., xiii, 1, 3). Enfin il est question de vemepoi, veavi'ffxoi, dont on ignore s'ils remplissaient des ministères précis, et qui doivent être soumis aux presbytres (A., V, 6, 10; IP., V, 5).

C'est par le baptême que l'on entre dans l'Église (A., II, 41; X, -47, 48). Il est, avec la pénitence, la condition du salut (A., II, 38). Il suppose la foi (A., viii, 36-38), et se donne au nom de Jésus-Christ (Itci to> ôvpixaTi, ey tw ovdfjiaTt, eîç to ^vo,ua toïï xupiou 'lïjaou, A., ii, 38; X, 48; viii, 16) ^ Son effet est de remettre les péchés (A., Il, 38 ; cf. X, 43), de nous purifier de nos fautes par le sang de Jésus-Christ dont il est une aspersion (1 P., I, 2; III, 18-21).

Le baptême est ordinairement suivi de l'imposition des mains pour la communication du Saint-Esprit (A., VIII, 17, 19; XIX, 5, 6) : cette effusion se produit

1. Ce qui ne veut pas dire nécessairement que ce fût là la formule baptismale.

504 LA. THÉOLOGIE ANTENICÉENXE.

toutefois en dehors du rite, et est souvent accompagnée du don des langues et de charismes divers (A., x, 44-46; XIX, 6). Puis, dans la communauté chrétienne, on célèbre la fraction du pain (A.., ii, 42, 46; xx, 11). Quant aux apôtres de la seconde génération, Paul et Barnabe, et aux diacres, c'est, comme on l'a dit, par Timposition des mains et la prière soit des premiers apôtres, soit des prophètes et des didascales, qu'ils reçoivent leur mission (A., vi, 6 ;xiii, 1-3),

Enfin, à ces rites il faut ajouter celui que saint Jacques recommande en cas d'infirmité. Un fidèle est-il malade? On introduira les presbytres de l'Église qui prieront sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Cette prière confiante soulagera le malade, et s'il est dans le péché, ses péchés lui seront remis (Jac, V, 14, 15).

Reste à examiner la doctrine eschatologique de nos documents. Elle ne diffère pas sensiblement de celle de Jésus ou de saint Paul, mais il est difficile d'en lier les éléments. Bien qu'il règne de l'incertitude relativement à l'époque précise de la fin du monde, et que la deuxième épître de saint Pierre fasse entendre qu'elle €st peut-être fort éloignée (II P., m, 8, 9), toutefois le sentiment dominant chez les fidèles est qu'elle est proche et qu'il s'y faut préparer (A., ii, 15, 21; I P., ïv, 7; Jac, v, 8, 9), Avec le Messie les derniers temps sont venus (A., ii, 16, 17), et cette pensée doit effrayer les méchants et fortifier les bons (Jac, v, 1-9). Ces derniers temps seront marqués par l'apparition de docteurs de mensonge, de sectes perdues, niant le Seigneur Jésus, et se livrant à la corruption de leur cœur (II P., II, 1-3, 12, 20; m, 3, 4). Mais Dieu, qui juge les vivants et les morts, et qui a déjà puni dans l'enfer les mauvais anges (II P., ii, 4), rendra à chacun selon ses «ouvres (I P., iv, 5). Les bons jouiront de la vie éter-

nelle (I P., m, 22; Jud., 21). Tantôt leur sort est représenté comme un héritage (1 P., i, 4; Jac, ii, 5), tantôt c'est une récompense, la couronne de vie donnée à ceux qui ont courageusement souffert (Jac, i, 12). Ce bonheur des justes sera sans fin (I P., i, 4 ; m, 22). Au contraire les méchants disparaîtront (I P., iv, 18), seront perdus (àTcwXeia, II P., m, 7); ils seront châtiés par le feu qui les dévorera à l'exemple de Sodomè et de Gomorrhe (Il P., ii, 6; Jud., 7, 8). Alors une conflagration générale dissoudra la terre, les cieux actuels et les éléments, et de nouveaux cieux, une nouvelle terre, où habitera la justice, apparaîtront : c'est l'objet de notre attente (11 P., m, 7-13).

§ 5. — L'enseignement de saint Jean ^

C'est avoir exposé déjà, du moins en partie, l'enseignement de saint Jean que d'avoir exposé celui de Jésus d'après le quatrième évangile, car le disciple s'est si bien pénétré des discours du Maître qu'il les a faits siens par la manière dont il les rapporte : nous entendons à la fois le Sauveur et le disciple. Mais, ces discours mis à part, il reste comme sources de la doctrine strictement johannique, outre les parties narratives de l'Évangile, les épîtres attribuées à l'apôtre et l'Apocalypse. En raison de leur caractère, il est à propos de présenter d'abord et à part les enseignements de l'Apocalypse. Ils tiennent encore au judaïsme ■et à ses formes malgré l'esprit nouveau et les échappées mystiques qui s'y rencontrent.

i. Outre les ouvrages généraux mentionnés plus haut, voir la littérature spéciale dans Stevess, op. cil., pp. 593, 596. On y ajoutera Tii. Calmes, L'évangile selon saint Jean, Paris, 1904. E. Jacquier, Histoire des livres du N. T., t. IV, Paris, 1008.

i06 LA THÉQLOGiE ANTEKIQÉENDîE.

C'est autour de la christologie et de l'eschatologie que se groupent surtout- ces enseigEements. Dieu et . ses anges y sont toutefois l'objet aussi d'une attention particulière. Ce n'est pas camnie Père que Dieu est envisagé : c'est dans ses attributs de majesté et de toute-puissance. Il est l'Éternel, l'alpha et l'oméga,, le principe et la fm,le premier et le dernier (i, 8; xxi, 6; xxii, i3), ■jtavToxpaTi.jp (i, 8 ; ly, 8, etc.), créateur de l'univers ;par sa seule volonté (iv, 11 ; x, 6 ; xiv, 7). — A côté de lui est Jésus-^Christ. L'Apocalypse lui maintient sans doute un rôle subordonné par rapport au Père (i, 1; II, 26, 27) ; mais elle l'élève d'ailleui's bien haut dans la gloire de son iriomphe, et finit par l'associer complètement au Père dans quelques-uns des attributs qu'elle lui prête, et dans les hommages qu'elle lui fait rendre. Ainsi le Fils de l'homme est juge et Seigneur (i, 16, 20), prince des rois de la terre, Seigneur des seigneurs et roi des rois (i, 5 ; xvii, 14). S'il est le témoin fidèle et l'Amen (i, 5 ; m, 4, 14), le premier -né d'entre les morts et celui qui tient les clefs de la mort et de l'enfer (i, 5, 18), le principe de la créature de Dieu (^ àpj^^Ji tyîç jc-rfaswç toî» Oeoû, m, 14), il est ■aussi, comme le Père, le premier et le dernier (ô irpS-co; xai h Iff/ctToç, I, 17; II, 8), associé à Dieu dans la même louange et les' mêmes honneurs (v, 12, 13), sans cesse rapproché de lui et joint à lui (vi, 16; vu, 9, 10; xi, 15 ; XII, 10 ; xiv, 4; xxi, 22; xxii, 3).

C'est sous la figure d'un agneau immolé que Jésus- /hrist est apparu au voyant; par cet agneau, par son sang nous avons été rachetés d'une rédemption qui a été universelle (v, 9; cf. xiv, 4; v, 2 ; xi, 6). Dans son sang il a lavé nos péchés (i, 5 ; vu, 14 ; xxii, 14). La mort de Jésus-Christ est ainsi désignée comme la condition de notre- réconciliation et comme le principe du salut.

L'ENSEIGNEMEiNT BB JÉSUS^ Eï DES- ADGTRES. 107

Puis, au-dessous de Jésus-Christ, on trouve les anges. Ils jouent, dans l'Apocalypse, comme ordînairemenb dans ce genr^ d'écrits, un rôle considérable et qu'il est inutile d'analyser en détail. Mais il faut donner une mention spéciale aux sept esprits (TrveufjiaTa) qui sont devant le trône de Dieu (i, 4), et qui sont identifiés aux sept lampes qui brûlent devant le trône (iv, 5| et aux sept yeux de l'Agneau (v, 6). Au i, 4, 5, ils sont nommés entre Dieu et Jésus-Christ, et il semble que chacun d'eux^ successivement parle dans les lettres envoyées aux Églises (ii, 7, 11, 17, 29; m, 6, 13, 22). D'autre part, il est question de l'Esprit qui parle (xiv, 13) et qui, avec l'Epouse, soupire après la venue de Jésus (xxii, 17). Peut-être avons-nous, dans ces sept esprits, une personnification symbolique de l'action multiforme du Saint-Esprit, et, dans l'ensemble de ces passages, une ébauche de la pneumatologie johannique [loan., xiv-xvi).

En face des bons. anges apparaît le démon. L'auteur le présente sous la forme d'un dragon (xii, 3 ; cf. 9) : c'est l'ancien serpent (de la Genèse) appelé le diable et Satan, qui séduit le monde entier (xii, 9). Antagoniste dé Dieu, il à, lui aussi, ses anges (xii, 7, 9), un trône (ii, 13), une synagogue (ii, 9 ; m, 9), une doctrine avec ses mystères (ïà SaGia tùu SaravS, ir, 14). Yaincu par Michel et ses anges et précipité du ciel (xii, 7, 8), il a: fait la guerre aux enfants de Dieu, et se trouve aidé' dans cette œuvre par les deux bêtes, personnification de l'iniquité corruptrice et persécutrice (xiii, 1-17).

Dieu et sa justice doivent triompher cependant, et ce triomphe constituera la fin des choses. Les visions^ eschatologiques de Patmos contiennent beaucoup d'éléments et d'imagés empruntés aux apocalypses juives circulant au moment de sa composition, et, à ce point de vue, sont pea originales. Mais, d'autre.

lOS LA THÉOLOGIE AiSTENlCEENNE.

part, elles ont eu trop d'influence sur reschatologie ecclésiastique postérieure pour qu'on les puisse négliger. Il est donc à propos d'en marquer au moins la suite.

Au commencement se place la chute de la Babylone homicide et persécutrice des saints : c'est la première victoire de l'Agneau (xvir, xviiij, dont les noces sont venues et dont l'épouse se prépare (xix, 7, 9). Puis le Verbe de Dieu apparaît, à cheval, en guerrier, sa robe tachée de sang, et traînant à sa suite les armées du ciel (xix, 11-15). Contre lui s'assemblent la bête, le faux prophète, les rois et les puissants, ennemis de son règne, avec leurs troupes (xix, 17-19). La bête et le faux prophète sont saisis et jetés vivants dans un étang de feu et de soufre ; les autres sont tués et leurs chairs dévorées par les oiseaux du ciel (xix, 17, 18, 20, 21) ; Satan est enchaîné et relégué pour mille ans dans l'abîme (xx, 1-3).

Alors alieu une première résurrection pour les justes seuls. Ils reviennent à la vie, et, avec le Christ dont ils sont les prêtres, régnent pendant mille ans (xx, 4-6).

Ce règne de mille ans est suivi d'une nouA^elle épreuve. Satan, momentanément délivré de son cachot, séduit les nations des quatre coins de la terre, et ensemble ils viennent assiéger la cité sainte (xx, 7-8; cf. 3). Mais alors Dieu intervient lui-même. Le feu du ciel dévore les révoltés ; Satan va rejoindre la bête et le faux prophète dans l'étang de feu et de soufre pour y être, avec eux, tourmenté aux siècles des siècles (xx, 9, 10), et une seconde résurrection, générale celle-ci, suivie d'un jugement également général (xx, 12, 13), prépare le triomphe définitif de la justice. C'est sur ses œuvres (xaxà Ta epYa) écrites aux livres du ciel que chacun sera jugé (xx, 12, 13; ii, 23;,

XXII, 12). La conséquence de ce jugement, c'est pour « la mort » et pour « l'enfer », c'est pour quiconque n'est pas inscrit au livre de vie « la seconde mort » , c'est-à-dîre la condamnation à l'étang de feu et de soufre qui a déjà recueilli la bête, le faux prophète et le dragon (xx, 14, 15;xxi, 8). Là, tombent les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres et tous les menteurs (xxi, 8; cf. xxii, 15). Le châtiment est d'ailleurs analogue aux crimes commis (xvi, 6; xiii, 10; II, 20-23; xviii, 6, 7); mais de plus il est éternel (xx, 10) : il n'est, nulle part, question de restauration, d'aTTOxaTâffTaffiç.

Pour les justes, au contraire, une nouvelle terre et de nouveaux cieux sont créés, car les anciens ont disparu (xxi, 1; cf. xx, 11). Une Jérusalem nouvelle, l'épouse de l'Agneau, descend des cieux, magnifique et splendidement parée. On en donne la description (xxi, 11-27). C'est rÉgiise triomphante, la p-xailda. -zoZ ÔEoïï définitive dans laquelle les saints régneront éternellement avec Dieu et contempleront sa face (xxi, 3, 4; XXII, 4, 5).

Venons maintenant à la doctrine de l'évangile et des épîtres de saint Jean ^ .

« Dieu est lumière, et il n'y a point en lui de ténèbres » (I J., I-, 5). « Dieu est amour » (1 J., iv, 8, 16). Ce sont les deux définitions de Dieu que donne saint Jean, et qui vont à nous le représenter comme le principe de toute pureté, de toute sainteté et de toute vie, car les ténèbres, pour l'apôtre, c'est le mal (I J., I, 6, 7). Or l'amour de Dieu à notre égard a paru surtout en ceci qu'il a envoyé dans le monde son Fils

1. L'Évangile est cité par la simple indication du chapitre et des versets. Pour les Épîtres, I, II J. = l, Il loannis.

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110 LA THEOLOGIE ANTENiCEENNE.

unique afin qu'en lui nouis eussions la vie (I J., iv, 9). — Qui est ce Fils unique"? C'est le Fils simplettient et par excellence (I J., ii, 22-24), le Monogène (i, 14, 18) : c'est Ife Verbe. Le terme <ie î^oyoç — il ise thrave €éju dans l'Apocalypse — est emprunté âireetem^ènt du indirectement à la Jthilosophie jDlatbnicîenae ^ nèfeimment à Philoh ; mais l'apôtre l'emplit d'ïim sfens (p!\\ ne comportait pas, et le Verbe devieiit uilè |)èrsonne qu'il n'était pas d'abord. Jésus-Christ «st doïiélé=vrai Verbe, le Verbe créateur, parquitout a étéMt (i, 3), le Verbe révélateur, lumière dii monde (i, 9), le Verbe qui, dès le commencement (iv «px?), -était auprès de Dieu (irpoç xbv es(îv), dans le sein du Père, et qui était Dieu (i, 1, 2, 18), mais qui s'est încafnë et est venu au monde dans une chair véritable fi, 14; î J,, rv, 2, 3; V, 1, 6-8, 12; Il J., 7-12).

Son œuvre ici-bas a été de Tiousf^ communiquer la vie qui est en lui (I J., r, 2 ; ni, 14; v, 11, 20), et par conséquent d'abord d'effacer nos péchéis, de dissoudi^e en nous les œuvres du diable (ï J., m, 5, 8). C'est pour cela que Jésus a dû inoùrîr non seulemeiit pour la iiation d'Israël, mais pour tous les enfants de Dieu dispersés (xi,Bl, 52), aÏÏnd'ètre propitîatioii (îX'aff[xo;) pour nos péchés et de nous purifier par son san|f (ï J., i, 7; II, 2 ; IV, 10).

Le moiide cepéiidant n'a pas correspbndu à cette grâce dii Père par Jésus-Christ. Le riïonde, en saiiit Jean, est quelquefois l'ensemble sitapleinéhi dès choses créées (i, ^, 10),plus sôttvéhtTéiisèmbî'e des forces qui s'opposéiit sur la terre au règne de Dieu. Ce monde est tout entrer dansleinaî (I J., v, 19), et tout 6e qu'on y trouve n'e'st qu'orgueil et cotivoîtîse (ï J., li, 1*6). II a pour ceuvrè propice lé péché, l'ihiqTiité '('avoiifà, IJ., m, i; V, i7).Le;|>éché ici n'est ,pas la Iransgressioa. passagère de la volonté de DiéTi : c'est Fétat <l'<)p?po'sitlon habi-

L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS ET DES APOTRES. Itt

tuelle à ses lois : «t voilà pourquoi ^elui qui est né de Dieu et qui en garde la filiation ne pèche point et ne saurait pécher (U., m, 9, 10; v, 18), non plus que celui qui demeure en Jésus-Christ (ï J.., in, 6). D'autre part cependant, l'apôtre distingue des péchés qui sont et des péchés qui ne sont pas ad mortem (upà; ôavaTov,. \}\ îtpbç ôocvaTov", I J., V, 16, 17). Pour les premiers on ne doit point intercéder ; pour ks seconds on peut le faire, et la vie sera accordée. C'est pour ces derniers sans doute que saint Jean nous dit que nous avons auprès du Père un avocat, Jésus- Christ (I J-, ii, 1).

Le soin <ies vrais chrétiens sera donc de détester le monde et d'en triompher par la foi (I J., ii, 15; v, 4, 5), mais d'ailleurs de se sanctifier sur le modèle de Dieu même, afin de lui devenir semblables, et de pouvoir, quand il se révélera, le contempler tel qu'il est (xaôojç

£<TTtV, I J., III, 2, 3).

La brève esquisse de la théologie johannique que l'on vient de lire doit être complétée, |e l'ai déjà observé, par ce qui a été dit de l'enseignement de Jésus- Christ d'après le quatrième évangile. Cette théologie de saint Jean marque le point culminant de la révélation religieuse dans le Nouveau Testament. Dans les synoptiques, la parole de Jésus se trouve conditionnée par la qualité de ses auditeurs, et deit partir le plus souvent des idées familières à la pensée juive. Elle étend sans doute infiniment ces idées, mais sans en modifier les contours au point qu'elles deviennent étrangères à ceux qui l'écoutent. Saint Paul brise déjà en partie le moule palestinien de cette première catéchèse. Apôtre des Gentils et de la Diaspora, il doit accommoder cette catéchèse anx Juifs hellénistes et aux Grecs, et 4oiBC en effacer ou atténiaer les traits qui la lenr rendraient inintelligibie. Mais dans saint Jean (je parie de l'Évangile et des Épttres) ce Gravai]

est poussé bien plus loin. Au moment où il écrit, l'Église a débordé au large les contrées qui l'ont vue naître, et de nouveaux modes de concevoir et de parler s'imposent à elle, si elle veut être comprise et acceptée. Quelques arrangements de détail ne suffiraient pas : c'est toute une traduction et une interprétation des données doctrinales synoptiques qiii s'imposent. Il faut rompre définitivement avec le particularisme et le symbolisme juifs, pour proclamer l'universalité de la religion de l'Evangile et aller au fond des di\ànes réalités qu'il contient, sortir des tâtonnements pour révéler dans leur infinie grandeur l'amour de Dieu et la dignité de Jésus-Christ. Dieu est Esprit, et c'est en esprit qu'il le faut adorer. Le Messie des Juifs, l'Oint du Seigneur est le Verbe de Dieu, Dieu éternel comme le Père, incarné et fait homme. Le salut qu'il apporte, c'est la vie même de Dieu qu'il vient nous communiquer, et qui doit, si nous la développons en nous, nous rendre semblables au Père et capables de le voir tel qu'il est. Voilà, en raccourci, l'exposé que saint Jean fait de la prédication du Maître, et qui doit être désormais l'expression de la foi nouvelle. L'antiquité a surnommé le disciple que Jésus aimait le Théologien. Elle ne s'est pas trompée : saint Jean ^ — écrivain inspiré d'ailleurs et organe de la révélation divine ^ — est en effet un des premiers., et, sans doute, le plus grand théologien de l'Église.

3 6. — Résumé et synthèse.

Dans les paragraphes précédents, nous avons suivi l'un après l'autre, pour en dégager la doctrine, les écrits du Nouveau Testament. Essayons dans celui-ci de résumer en quelques mots ces enseignements.

Dieu est le principe et la fin de tout, l'alpha et l'oméga, tout-puissant, créateur de l'univers. Il est esprit, et c'est en esprit qu'il le faut adorer. Mais de plus il est père, père singulièrement de Jésus-Christ ; le père aussi des disciples de Jésus et même de tous le» hommes dont il veut la sanctification et le salut.

A côté du Père est le Fils : sauf en quelques passages, on le considère rarement en dehors de l'incarnation. Jésus-Christ est le Fils de Dieu, son Fils parexcellence, propre. Fils unique. Monogène, adoré, exalté comme le Père, auteur immédiat de la création,, préexistant au monde, et qui, dans cette préexistence, était dans la forme de Dieu, égal à Dieu, Verbe de^ Dieu, Dieu; car le Verbe était Dieu.

Puis, avec le Père et le Fils, nous trouvons l'Esprit- Saint, nettement distingué de l'un et de l'autre. Bienqu'il ne soit nulle part — sauf peut-être dans Actesy \, 34 — explicitement nommé Dieu, les qualités qu'on lui donne et les fonctions qu'on lui attribue supposent. manifestement qu'il possède la nature divine. Procédant du Père et recevant du Fils, pénétrant les secretsde Dieu, il est le principe sanctificateur des fidèles etl'auteur des charismes, l'inspirateur des prophètes etle directeur de toute l'activité apostolique.

Ainsi, sans exposer précisément une théorie trinitaire, Jésus d'abord, puis saint Paul et les apôtres enseignent clairement l'existence d'une trinité, de trois termes distincts en Dieu, que la formule baptismale^ met sur le même pied : le Père, le Fils et le Saint- Esprit.

Les anges sont les premières créatures de Dieu^ Parmi eux, les bons, infériears au Fils, sont les ministres de ses volontés. Ils contemplent Dieu et ignorent les convoitises charnelles ; quelques-uns sont los^ anges des petits enfants. Mais tous les anges n'ont.

«i LA XBÉOEOGIE ANTÉNKÎÉENNE.

pas conservé leur dignité; les rebelles à Dieu ont été précipités dans les enfers avec leur chef, Satan, l'ad- ■versairejrennemi; et avec lui, ils s'efforcent de perdre les hommes et d'élever leur propre règne contre celai 4e Dieu.

Leur première victime, c'est Adam. Par Adam, par sa transgression,, le péché est entré dans le monde, et, avec le péché, la mort qui en est la sanction. La eharr «'est corrompue, et, comme un venin, la concupiscence et le péché ont passé, par la génération, dans toute la postérité àvt premier homme. La raison et la Loi ont été impuissantes à guérir l'humanité déchue. Il y fallait quelque chose de plus grand : Dieu, qui ^vait créé l'homme, pouvait soûl le sauver.

Le moyen de ce salut, c'est l'incarnation. Le Verbe 4e Dieu, le Monogène qui était dans le sein du Père, se fait chair ; il naît d'une vierge. Sans cesser d'être Dieu, il devient homme, de notre race et de la semence de David selon la chair : il prend toutes nos faiblesses, hormis le péché. Il est le second Adam, venu du ciel, en qui nous sommes tous contenus, comme nous l'étions dans le premier. Et c'est pourquoi, de même que nous étions tous morts dans le premier Adam, nous sommes tous vivifiés dans le second. Substitué à nous •et nous représentant, il 'meurt sur la croix, paie notre rançon, apaise la justice de Dieu, lui offre, comme notre pontife, la victime expiatoire qui est lui-même Toutes les formes sous lesquelles la théologie postérieure orthodoxe représentera la rédemption se trouvent déjà dans le Nouveau Testament.

La rédemption de Jésus-Christ est universelle. Devant Dieu il n'y a plus désormais ni juifs ni gentils, ni grecs, ni barbares : il n'y a que des hommes qui acceptent ou rejettent le message divin et le saint qui leur est offert. Ceux qui l'acceptent, qui adhèrent à

L'ENSElCiNlîMENT DE JÉSUS EX DES APOTRES. 115

Jésus-Çhrist forment. l'Eglise. L'Eglise a été étaWie par Jésus-Christ,, qui en a créé le. premier noyau en réunissant les apôtres et en groupant déjà autftur d'eux un certain nombre de fidèles. De cette Église les apôtres seront les chefs,, et Jésus leur donne, avec leur missiQn,K le pouvoir d'enseigner, d'ordonner, de baptiser, de çeniettre les péchés, ftlais,. entre, les. apôtres, Pierre sera le premier ; c'est, sur lui camme sur un roc que l'Église est bât.ie, et c'est lui qui détient les clefs de la cité sainte.

Mystiquement, l'Église est l'épQvisje, çt le coi'ps de Jésus-Chi*ist,. sou extension; et son conaplément sur la terre. )511e est la colonne, de la vérité. Matériellement et dans sa signifiçîatiQn la ^lu,s étendue, elle est la société nouvelle forpiée par Vt^ûsemble des; Eglises. particulières, établies dans les ç.entres qui ont reçu l'Évangile. Be çettie Église le^ Actes des apôitres, et les épîtçe^ surtqut de saint P^ul npjis mettent sous les ■yjexisi. l'organisation et la vie pendant ses cinquante premières sninées. Les; apôtres ei^.ont le soin généraL et résolvent ppuy éUçiS les difficulté^ pratiques qui entraventla prenûère évangélisatiqn. lUla détachent peu à peu du jiuLdaïam^ qui l'enserre. Sous eux et institués par eux» de§ ap^ptres et^ 4i^Çiples di^ secpn^ prdre, Barnabe, Timpthée, Titpt gte;. s'pçcupent plus spieiar iement, et ppijr ur^ temp^ du lïjpins, de régioBis^ pu groupes d'ggligQS. Uij ceptai]^ npn^lpre d'Églises p^pt^r çulièresont, po^çl^s goiiverapr, 4es chefs aîixqu^ls pn dpniie in4istinçtemept l& nom dtjmaitmQi qx^ TtpsaSi^Tgpcit, et dês. diacre^, Ptjis vienneiit le?, ministres et pré4if?a^: teurs itinérants, apôtres, évangélistes, didasp^l^i^, ejt. le§ fîd^ies àotté.^ de ciiarismps, prophèteSnL glpssplales, interprétées, thérapeutp^, exorcistes, etc. gi; tout cgts,^ le principe 4'awtprité, qui partage lee; men^bre^ ^çi l'Égij^ en g9iiy€!rja§Lnts et gpuyernés, f^§§ign|iijts et

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enseignés, est nettement formulé. La doctrine annoncée par les apôtres et leurs délégués n'est pas une philosophie qu'on discute : c'est un dépôt que le prédicateur doit transmettre, une catéchèse qu'il impose, et que l'on ne saurait contredire sans être anathème. Des règlements sont établis qu'il faut respecter, des exclusions même de l'Eglise sont portées qui punissent les plus grandes fautes. Chaque Eglise parliculière, communiquant d'ailleurs avec les autres Eglises, forme une petite société distincte qui a sa hiérarchie, son culte, ses réunions spéciales.

On devient chrétien par le baptême conféré au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ou même peutêtre dans quelques Églises et pour quelque temps, au nom du Seigneur Jésus. L'effusion du Saint-Esprit, obtenue par l'imposition des mains des apôtres, complète cette initiation. Dans les assemblées des fidèles, la prédication de la parole est suivie de la fraction du pain, rappel de la mort du Sauveur. L'eucharistie est h corps et le sang de Jésus-Christ : c'est avec une conscience pure qu'il s'en faut approcher. Si l'on a failli, la pénitence est possible, et les apôtres ont précisément reçu le pouvoir de remettre les péchés. L'onction de l'huile, accompagnée de prières, par les presbytres soulage le chrétien malade, et efFacc encore ses péchés s'il en est besoin. Par l'imposition des mains, les apôtres et les presbytres se créent des collaborateurs et ordonnent des diacres. Le mariage chrétien lui-même, déclaré indissoluble, est chose sainte ; il est l'image de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise.

Toute la morale de la Loi nouvelle peut se résumer dans l'amour de Dieu et du prochain. C'est le précepte proclamé à nouveau par la bouche de Jésus- Christ et répété par saint Paul et saint Jean. Mais cet

amour ne doit pas rester purement spéculatif; la foi'^ en Jésus ne doit pas rester oisive : il faut qu'elle se traduise par les œuvres et par l'observation des commandements. La foi sans les œuvres serait inutile, comme sans la foi les œuvres seraient stériles. De" plus, aux préceptes s'ajoutent les conseils : invitation à la pratique de la continence, de la pauvreté volon- taire, du renoncement total au monde pour suivre le - Christ. On peut, sans aller jusque-là, « entrer dans la. vie » , mais non point « être parfait » .

En observant les commandements et les conseils,, l'homme mérite vraiment la récompense promise par - Dieu, encore que cette récompense soit, par ailleurs, une grâce et un don. En n'observant pas les commandements, il se rend passible de châtiment. Une pre-mière rétribution suit immédiatement la mort : uneautre plus solennelle est réservée pour la fin du monde. Quand viendra la fin du monde? Jésus-Christ n'ayant pas voulu nous en instruire, il est naturel que l'an- cienne croyance juive, qui liait la fin du monde à la venue du Messie, ait persisté quelque temps chez beaucoup de nouveaux convertis. Quant aux autreséléments eschatologiques, ils sont nets et fermes : la résurrection générale des morts; le jugement prononcé par Jésus-Christ; la damnation éternelle desméchants dans le feu; le bonheur éternel aussi des justes dans la société de Dieu et des anges; la con-sommation et la rénovation du vieux monde. C'est le triomphe final de Dieu et de son règne.

Tels sont, esquissés à grands traits, les enseignements de Jésus et de ses apôtres, consignés dans le& livres du Nouveau Testament. On a dit souvent que ces écrits n'étaient pas, sauf en quelques parties, des traités doctrinaux. Et l'on a raison en effet, si l'on veut signifier par là qu'ils ne sont point des exposés didac- -

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tiques et méthodiquemeat raisonnes. Mais on aurait tort d'ailleurs de croire que la doctrine, que le dogme en est absent ou y est rare : le résumé qui précède le montre assez. L'Eglise clirétienne devait y trouver toute la substance de son enseignement, et l'inépuisable objet de ses réflexions et de ses éludes.

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