LA THÉOLOGIE ANTÉ.MCÉENNE
belle-sœur ni sa bru (can. 61, 66). Les patents qui auront fianeé leurs enfants tiendront leur engagement, à moins d'une faute très grave chez l'un des enfants ; et si les fiancés ont eu commerce ensemble, on ne les séparera plus (can. 54).
Enfin, citons du même concile d'Elvire le très important canon S3, le plus ancien texte qui fasse aux clercs majeurs une obligation de la continence totale : « Plaçait in toium prohibere episcopisy presbyteris et diaconibus vel omnibus clericis positis in ministerio abs-^ tinere se a coniugibus suis et non generare filios : guicumque vero fecerit ab honore clericatus exterminetur ^ » La continence était sans doute observée par beaucoup d'évêques et de prêtres : toutefois, s'il leur était défendu de se marier après leur ordination 2, il ne leur était pas défendu d'user du mariage antérieur à cette ordination. Le concile fait un pas de plus et prohibe ce commerce ultérieur. Le sentiment commençait à se faire jour qui voyait une incompatibilité entre les relations conjugales et le service de l'autel. Notre troisième siècle latin, comme les précédents d'ailleurs, mettait bien au-dessus de l'état du mariage celui de la virginité et de la continence 3. Les prélats espagnols d'Elvire ne trouvèrent point exagéré d'imposer au clergé d'aspirer au meilleur et de le pratiquer.
4. La rédaction du canon est défectueuse; mais on voit ce qu'il veut dire.
2. C'est un des reproches que les Philosophou7nena{lX, 12) font à Calliste de ne pas déposer les clercs qui se marient après leur ordination.
3. Voir par exemple Tertull., Ad uxor., 1, 3 : S. Cypr., De hahilu virginum; Lactakce, Insiit., Yl, 24, 37, et l'ouvrage anonyme De bonopudiciliae (Hartel, III).
LA THÉOLOGIE LATINE AU lll» SIÈCLE. 455
S 9. —Eschatologie'.
Faisant suite à celle du ii^ siècle, l'eschatologie clirétienne latine du m® siècle continua de présenter, comme •elle, à côté de doctrines vraiment traditionnelles et universellement acceptées, certaines vues exubérantes, que les auteurs postérieurs négligèrent ou même que l'Église condamna; mais qui, cliose remarquable, se rencontrent surtout chez les écrivains de moins d'autorité. A ce point de vue, on pourrait partager en trois catégories les auteurs dont nous devons ici exposer l'enseignement. Saint Cyprien est absolument sobre et réservé : il s'en tient à la croyance certaine. Saint ilippolyte et TertuUien s'avancent un peu plus loin : quelques-unes deleurs spéculations sont moins sûres. Enfin, dans Commodien, Lactance et Victorin de Pettau on trouve largement représentés le rêve millénariste et certaines traditions populaires sans garanties sérieuses.
Les âmes, à la sortie du corps, subissent toutes un premier jugement. Bien qu'aucun de nos auteurs ne le signale expressément, il est cependant la condition nécessaire de la différence du sort qui est fait, après la mort, aux âmes des impies et à celles des justes, et que tous admettent.
Saint Cyprien enseigne que ce sort est fixé immédiatement, et qu'immédiatement aussi -^ sauf l'exception du purgatoire — les élus entrent en possession de leur bonheur, et les réprouvés subissent leur châtiment définitif 2. Il n'a pas connu les siècles d'attente imposés
d. Voir ici L. Atzberger, Geschichte âer christlichen Eschatologie, innerhalb der vornicaenischen Zeit, Freiburg im Br., 1898. 2. Depatientia, 10; Demortal., 20, 26-, Epist. LYin, 3; LXXVI, 7, Cela
456 LA THEOLOGIE ANTENICÉENNE.
OU accordés aux uns et aux autres jusqu'au jugement général. TertuUien et l'auteur des Actes de sainte Perpétue croient aussi que les martyrs entrent immédiatement au ciel ^ . Mais en dehors de là, nos auteurs pensent généralement qu'au sortir du corps, les âmes vont dans un lieu souterrain, aor,?, infèvnus, comprenant-trois parties : une inférieure, l'enfer proprement dit où descendront les réprouvés à la fin des temps ; deux supérieures, séparées l'une de l'autre. La première est destinée aux justes : c'est « le sein d'Abraham », où ils goûtent les prémices de leur félicité future; la seconde est la prison provisoire des réprouvés où ils commencent à subir leur châtiment : « Supplicia iam illic et refrigeria »; « futuri iudicii praeiudicia sentientes ». Les uns et les autres attendent la résurrection de leur corps et le jugement dernier qui les précipitera dans l'enfer ou les fera entrer au cieP.
Cependant, il est des élus qui, tout en étant en grâce avec Dieu, ont conservé des dettes envers sa justice et ontbesoin de purification. Ceux-là, remarque TertuUien, devront payer leur dette « usque ad novissimum quadrantem », c'est-à-dire racheter, par un retard de leur résurrection, mêmeleursraoindrespéchés^. C'est, dans son fond, la doctrine du purgatoire. Absente de ce qui reste des œuvres de saint Hippoiyte, elle se retrouve
nerempêche pas d'admettre une rétribution plus complète après la résurrection des corps et à la On du monde (i)epa(ten<îa, 24; De hah.virg., 17; De domin. orat., 32).
1. Tertull., De anima, 55; ActaSS. Perpet. etFelicit., 11, 12.
2. Les descriptions sont plus ou moins complètes ou diffèrent un peu. Tertull., De anima, 5S; Adv. Marc, IV, 34; S. Hippoh., Adv. Graecos, 1 (P. G., X, 796-800, ou mieux K. Holl, Texte und Unters., XX, 2, 1899, p. 137-143) ; NovATiEN, De trinit., 1 ; Commodien, Instr., I, 27, 9; 1, 24, 19-20; Lactance, Instit., VU, 21, col. 802, 803 ; cf. IH, 29, 16; ViCTORiN, P. L., V, p. 3-29, 330.
3. a Novissimum quadrantem modicum quoque delictuna mora resurrectionis illic luendum interpretamur • (De anma, 58). Voir aussi »6id.. 33 ; Adv. Marc, III, 25 ; De resurrect. carnis, 43.
dans saint Cyprien ^ et, sous la forme d'une vision gracieuse, dans les Actes de sainte Perpétue^. Mais là même où elle n'est pas expressément formulée, elle est supposée par l'usage de la prière pour les morts que mentionnent plusieurs de nos documents ^.
On paraît avoir été généralement convaincu, au iii"^ siècle, que la fin du monde n'était pas éloignée. Suivant un allégorisme fort répandu, les six jours de la création représentaient les six mille ans que l'univers devait durer. Jésus-Christ étant né environ en l'an 5500 de la création du monde, celui-ci ne devait pas aller au delà de deux ou trois cents ans"*. Sa fin sera annoncée par des bouleversements et des signes divers^. Élie et Jérémie reparaîtront sur la terre afin de raffermir la foi chancelante ^. De son côté, l'antéchrist, en qui plusieurs voyaient Néron ressuscité'', viendra faire la guerre aux saints, et perdre les âmes par sa tyrannie^. Il faudra que le Fils de l'homme descende pour vaincre l'impie.
1, Epist. LV, 20 : « Allud est ad veniam stare, aliud ad gloriam pervenire, aliud missum in carcerem non exire inde donec solvat novisstmum quadrantem, aliud stalimfidei et virtutis accipere mercedem, aliud pro peccatis longo dolore cruciatum emundari et purgari diu igné, aliud peccata omnia passione purgasse, aliud deniquc pendere in die iudicii ad sententiam Domini, aliud statlm a Domino coronari. >
2. Acla, 7, 8. La sainte ■voit son jeune frère Dinocrate, mort depuis quelque temps, d'abord hâve, triste, incapable de puiser dans un bas. sin l'eau qui pourrait calmer sa soif. Elle prie et se lamente pour lui; et elle le revoit joyeux, guéri, bien vêtu et buvant à satiété à l'eau du bassin. « Et intellexi translatum eum esse de poena. >
3, Tertull., De anima, 51 ; Demonog.,\(i\ Acta S. Perpet., 7-, S. Gypr., Epist. I, 2; XXXIX, 3; Aknobe, IV, 36.
4. S. HippOL., In Daniel., IY,23, 24; Commomen, Instr., I, 33, 6; II, 39, 8; Lactance, Instit., VII, 14; 25; Victori\., col. 309. Cf. Tertull., ApoL, 32; De cultu fem., 9; De monog., 7; De pudic, i ; S. Cypr., Quod idola^ H ; De mortal., 2, 23 ; De cath. eccl. un., 15 ; Epist. LYIIl, 2, etc.
o. Voir par exemple Lactance, Instit*, Vil, 15.