CHAPITRE XIII
LfeS HERESiES OUIENTÀLF.S DE LA FIN DU 111° SIECLE.
SI. — L'adoptiànisme de Paul dé Saïaaosatei.
Avant de montrer comment l'œuvre d'Origène fut continuée après lui, et de faire un exposé synthétique de la théologie grecque depuis 250 environ jusqu'au concile de Nicée, il ne sera pas inutile de signaler les deux erreurs principales qui troublèrent l'Orient pendant cette période, l'adoptianisme de Paul de Samosate et le manichéisme.
Paul de Samosate est connu surtout par VHistoire ecclésiastique d'Eusèbe (vir, 27-30). Elu vers 260 environ comme successeur de Demetrianus sur le siège d'Antioche, il y donna bientôt, avec le scandale d'une
1. Sources : Au premier rang, les fragments soit des écrits de Paul lui-même, soit du compte rendu de sa discussion avec Malchion, soit de la lettre synodale du concile d'Antioche qui le condamna, tous rassemblés dans Uoctii, Reliquiao sacrae, i" édit., ni, 286-307. Voir un autre fragment de la Disput'Uio dans Pitka, Analecta sacra, in, 600, 601, et cf. Harnack, Lehrb. der DG-, I, p. 728, note l. — Au second rang, les renseignements qui nous sont fournis par les écrivains du iv" siè cle^ EusÈBEjHîsî. eccJ., VII, 27-30; S- Athasase, De synodis, 26. 43, 45, 51 ; Orat. contra Arian., II, 43; l'auteur (Didyme probablement) du Contra ApoUînarium, II, 3; S. HiLAmE, De synodis, 81, 86; S. Grégoire de Nysse, Antirrhetic. contra ApolL, IX; S. Basile, Epist. LU: S. Èpiphane, iTacr. LXV. — Travaux : A. Héville, La Chrislologie de Paul de Samosate, Biblioth. des Hautes Études, section des sciences religieuses, VU, Paris, 1896. G. Bardt, Paul de Samosate, Louvain et Paris, 1923,
PAUL DE SaMOSATE. LE MANICHÉISME. 463
fausse doctrine, celui d'une viie toute mondaine et d'un caractère hautain et violent. Trois conciles se réunirent contre lui à Antioche de 263 à 268. Les deux premiers, présidés par Firmilien de Césaree, restèrent sans résultat. Le troisième, tenu en 267 ou 268, excommunia l'hérétique, et informa de sa sentence le pape et la catholicité par une lettre dont il est resté des fragments. Le principal auteur de la défaite de Paul dans cette dernière affaire fut un certain Malchion, ancien chef de l'école des sophistes, et prêtre alors derÉgiise d'Antioche, qui déjoua ses manœuvres et mit à nu ses erreurs. Paul, déposé, parvint cependant à se maintenir en possession des bâtiments de l'Église, grâce à l'appui de la reine de Palmyre, Zénobie. En 272, sous Aurélien, il en fut définitivement chassé.
Sa doctrine, sur laquelle nous sommés bien renseignés, n'était que l'adoptianisme de Théodote et d'Artémon savamment présenté. Elle se résume en ceci : 11 n'y a en Dieu qu'une seule personne (TtpocftûTrov ev *) ; en lui toutefois on peut distinguer une raison (Xo'yoç) et une sagesse (croçi'a). Cette raison et cette sagesse n'ont pas de subsistance propre : ce sont de simples facultés ou attributs (àvuTroffraToç) ^. Dieu, sans doute, profère de toute éternité son Verbe; il l'engendre, si on veut, et ainsi on peut appeler le Verbe Fils; mais le Verbe n'en reste pas moins impersonnel, comme la parole humaine^.
Ce Verbe cependant, cette raison divine a agi dans Moyse, dans les prophètes, mais surtout et d'une manière toute singulière dans le fils de David'', en