CHAPITRE III
31. — Aperçu prélizainaire. lies spurces de la foi. Écriture, tradition.
On donne le nom de Pères apostoliques aux écrivains ecclésiastiques qui ont paru à la fin du i" ou dans la première moitié du 11® siècle, et dont quelquesuns ont reçu des apôtres ou de leurs disciples immédiats l'enseignement qu'ils nous transmettent. Ecrivains non proprement inspirés, et inférieurs en vues profondes anx auteurs du Nouveau Testament,. ils sont inférieurs aussi, en richesse doctrinale et en puissance de réflexion, à ceux qui les ont suivis eux-mêmes. Ce sont de simples témoins de la croyance beaucoup plus que des théologiens. Si l'on excepte saint Ignace, génie
1 . Le bat de ce trayail étant d'exposer la doctrine de» auteurs dont nous parlons, et non die raeonter leur vie et leur œuvre, on n'y cherchera aucune notice biographique ou bibliographique proprement dite. Les renseignements de ce genre, que nous supposons acquis, doivent elle demandés aux auteurs de patrologies et aux historiens de Tancienue Ultératuie ecclésiastique, Nirsghl, Fessier-Jcnghann, Bardkh-
IIKWF.R, BATIJfFOL, HARî?ACK, K5t)CES, KUliaiWCUEH, EERHARD, EbERT, TixEROST
elc. (lîn voir la liste, avec le titre exact de leurs ouvrages, dass Bar- UKNJiE^VER, G.çsckiehle dçr alikivcMichen Literatur, lom. I, FreiBurgi- B., 2« édit., i913i p. 11 sqqj. Q» se contentera ici, popi ebaqne auteur exftmiftc, de signailer l'édition citée dans ce volamey et les éludes les meilleures elles plus récentes sur sa théologie. v -, ;
120 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
plus personnel, leur haute valeur >^ent surtout de leur antiquité. Leurs œuvres appartiennent d'ailleurs principalement à la littérature parénétique. Elles ne sont souvent que des écrits de circonstance, des lettres sur des thèmes religieux et chrétiens, mais qui n'ont à aucun degré la prétention d'en traiter d'une façon didactique et complète.
Ces Pères apostoliques sont au nombre de huit ' , que l'on peut ranger, au point de vue géographique, dans l'ordre suivant : à Rome, la première épître de saint Clément (93-97) 2, et le Pasteur d'Hermas (vers 140-155)^; à Rome ou à Corinthe, l'homélie appelée^ deuxième épître de saint Clément (vers 150) ^ ; à An-
1. L'édition citée pour tous ces écrits est la seconde de Funk, Patres apostolici, Tiibingen, 1901 ; mais on pourra se servir aussi des éditions séparées parues dans les Textes et documents de la collection Hesimer et Lejay. Ces éditions sont accompagnées d'une traduction française et précédées, en forme d'introductions, d'études très sérieuses sur chaque ouvrage, que je signale ici une fois pour toutes. — Aux écrits indiquésdans le texte on peut ajouter, si l'on veut, les Odes de Salomon, sur le caractère desquelles les critiques ne sont pas complètement d'accord, les uns en faisant une œuvre orthodoxe, d'autres y voyant une composition docéte ou gnostique. L'ouvrage daterait de 80 à 120 (Harnack) ou de 100 à 120 (BatilTol). Édition J. Labourt et P. Batiffol, Les Odes de Salomon, trad. franc, et introd. historique, Paris, 1911.
2. Travaux : A. Briill, Der erstc Briefdes Clemens von Rom, Freiburg, 1882. Wrede, Vntersuchungen 'dber den ersten Clemensbrief, G&ttingen, 1891. G. Courtois, L'Épître de Clément de Rome, Montauban, 1894. Banc, Studien ûber den Clemensbrief, Theolog. Studien und Kritiken, vol. LXXI, 1898. i. Gregg, The epislle of saint Clément, London, 1899. A. ScHERER, Der erste Clemensbrief an die Corinther, Regensburg, 1902. R. SouM, Kirchenrecht, I, Leipzig, 1892.
3. Travaux : Th. Zahn, Der Hirl des Hermas untersucht, Gotha, 1868. Ad. Link, Christi Person und If'erk im Hirten des Hermas, Marburg, 1888. A. RiBAGNAC, La Christologie du Pasteur d'Hermas, Paris, 1887. E. HuCKSTADT, Der Lehrbegriff des Hirten, Anklam, 1887. P. Batiffol, Hermas et le problème moral au second siècle, dans les Études d'histoire et de théologie positive, 3« édit., Paris, 1904. A. Baumeister, Dit Ethik des Pastor Hermae, Freiburg imBr., 1912. A. d'Aiès, L'Èdit de Cal- {ts<e, Paris, 1914.
4. Travaux : Hacemann, Ueber den zweiten Briefdes Klemens von Rom^ dans la Theolog. Quartalschrift, tom. XLIII, 1861. A. Harnack, Ueber den sogn. zweiten Brief des Klemens an die Korinther, dans la Zeitschr. fur Kirchengesehichte, lom. 1, 1876-1877.
tioche et le long des côtes de l'Asie Mineure, les sept épîtres de saint Ignace (107-117) * ; à Smyrne, l'épîtrede saint Polycarpe et son Martyinum (ce dernier de 155-156) ; à Hiérapolis en Phrygie, les fragments de Papias (vers 1 50) ; en Palestine peut-être, la Doctrine des douze apôtres (dans i a forme actuelle des années 131-160 suivant Harnack, mais, au moins dans sou ensemble, de la fin du i^'' siècle d'après Funk, Zahn et Batiffol) 2 ; enfin en Egypte probablement, l'épître (apocryphe) de saint Barnabe (130-131 d'après Harnack) ^.
La source à laquelle ces documents vont puiser leur enseignement et l'autorité sur laquelle ils prétendent l'asseoir, c'est d'abord l'Ancien Testament. Il est pour eux l'Ecriture par excellence (^ YP^T'λ y^YP""^"^"') "*! 1*
\. Travaux : Tu. Zws, Ignatius von Anticchien, Gotha, 1873. Th.. DnEHEn, S. Ignatii episcopi Antiockeni de Christo Deo docbnna, Sigmaringa;, 1877. H. de Genouillac, L'Église Aa-étienne au temps de S. Ignace d'Ant., Paris, 1907. J. Nirschl, Die Théologie des hl. Ignatius, Mainz,, 1880. J. RÉVILLE, Étude sur les origines de l'Épiscopat, Paris, 1891. Von, DER GoLTz, Ignatius von Antiochien als Christ und Theologe, Leipzig, 1894. E. Bruston, Ignace d'Antioche, ses épîtres, sa vie, sa théologie, Paris, 1897. M, Rackl, Die Christologie des heil. Ignatius von Antiochien, Freiburg im Br., 1914, — Sur l'épitre aax Romains en particulier : A. Harnack, Die Zeugnis des Ignatius ûber das Ansehen des rômischen/ Gemeinde, dans les Sitzungsber. der k. preuss. Akad. der Vissensch. zu Berlin, 1896. J. Chapman, S. Ignace d'Antioche et l'Église romaine, dans la Revue bénédict., lom. Xiïl, 1896. F. X. Funk, Der Primat derrômischen Kirche nach Ignatius und Irenaeus, dans ses Kirchengeschichtl. Abhandl. und Untersuch., tom. I, Paderborn, 1897
2. Travaux : 0. Knoop, Der dogmatische Inhall der Atôa^ï) twv Sw— Ssxa iTZOGXÔlbay, Posen, 1888. C. Taylor, An essay on the theology of' the Didache, Cambridge, 1889. E. Jacquier, La doctrine des douze apôtres et ses enseignements, Paris, 1891. N. Biesexthal, Die urchristliche Kirche in Lehre und Leben nach der AiSa-/^ t. S. a., Insterburg, 1893^ G. Moe, Die Apostellehre und der Dekalog im Unlerrichte der alten Kirche, Giiterslo!], 1896.
3. Travaux : 0. Braoksîierger, Der aposlel Sarnabas, sein Leben und der ihm beigelegie Bricfe, Mainz, 1876. P. Ladeuze, L'épitre de Barnabe,^ Louvain, 1900. Ph. Haeuser, Dei' Bamabasbrief neu unteisucht und new erklaert, Paderborn, 191-2.
4. I Clem., IV, 1; XXXIX, 3; XXXV, 7, etc.; Icnat., Magnes., XII, etc. t. Bark., IV, 7.
122 LÀ THÉOLOGIE ANTÉWCBENNÊ.
parole sainte (è âytoç Mfoç) K Mais une autorité égale est attribuée aux paroles de Jésus-Christ^, et saint Ignace, mettant l'Évangile sur le même pied que les Prophètes, le cite aussi sous la rubrique yé'fçaTnm [Philad., Yiii, 2; cf: Smyrn.j vu, 2). Quant aux apôtres, saint Ignace encore les considère comme les maîtres de la croyance de l'Eglise, le preshyterium du Père éternel auquel il faut rester attaché^. La Doctrine des apôtres s'intitule AiSax*^ xupi'ou Sià TÔiv SwSExa a7co5ToX(i>v, et l'on trouve dans les ouvrages que nous examinons des citations plus ou moins claires de presque tous les écrits apostoliques du Nouveau Testament. Ce n'est pas à dire que leurs auteurs eussent dès lors un canon arrêté du Nouveau Testament -r— nous rencontrons au contraire chez eux quelques citations d'apocryphes quoique en très petit nombre'', — mais c'est à dire qu'ils regardaient la parole des apôtres, aussi bien que celle de Jésus-Christ, là où ils pensaient la posséder, comme une autorité décisive établissant irréfragablement la doctrine et la foi.
Cette parole des apôtres, on croyait d'ailleurs la retrouver ou du moins en retrouver l'écho ailleurs que dans les documents écrits. On sait que Papias, à côté ou même au-dessus de la tradition écrite, mettait la tradition orale de ceux qui avaient conversé avec les apôtres et les anciens^. Plusieurs des citations faites par les Pères apostoliques ne viennent pas de nos livres canoniques " : les éléments leur en avaient peut-