Martyr. PoL, XIV, 3; XVII
rification de sa chair, entrée en partieipation de l'E^prit-Saint et de l'héritage de Dieu [Simil. v, 6, 6), que serait constituée une sorte de trinité divine. Mais c'est là une explication bien invraisemblable. Qu'un auteur, même d'un esprit peu spéculatif, vivant au milieu du II® siècle et dans le commerce du clergé romain, ait pu igQorer à ce point la foi primordiale consignée dans la formule baptismale, et confondre le Fils avec le Saint-Esprit paraît chose impossible. Le langage d'Hermas est assurément fort confus, mais cependant on voit clairement qu'il met d'abord en jeu trois personnes, le Père, le Saint-Esprit qui est représenté dans la parabole par le fils (ô Se uîoç to •jTveuijt.a to Syiov EffTiv), et le serviteur « qui est le Fils de Dieu » (o 51 SoïïXoç ôuîoç Toïï 6eou Icrriv, v,. 5, 2). Cet esprit que Dieu a fait habiter dans la chair n'est pas le Saint-Esprit, mais le Fils préexistant qui est un esprit saint, et dont Hermas écrit précisément qn'il est antérieur à toute créature, et auteur lui-même de la création en même temps que conseiller du Père dans cet acte^
La désignation du Fils par l'expression 7rveu(xa doit d'autant moins nous étonner que nous la rencontrons ailleurs. Le Christ « étant d'abord esprit est devenu chair », écrit la Seeunda démentis, ôv ^h to itpwTov Ttvsîifjia lyÉvÊTo aap^ (ix, 6). La chair était un voile néces^ saire, car les hommes n'auraient pu directement con» templer le Fils préexistant, eux qui ne sauraient fixer le soleil, œuvre de ses mains^. Cette manifestation humaine de Dieu (Oeou àvOpwTttvwç «pavepwiJiévou) constitue l'oîjtovofAia^. Entre tous les Pères apostoliques, saint
1. Simil, y, 6, 8; IX, 12, 2. Sur cette interprétation Toir R. Seeberg, Lehrb. der DG.^ I, 97 suiv.
*. Ps.-Barnabé^ V, 6, 10.
8. S. IGH., Eph., XVin, 2; XIX, 31; cf. P.s.-Barnabé, tynw èv capxi ?i*vipw9|{c (XO, 10).
128 ' LA THEOLOGIE ANTENICÉENKE.
Ignace s'est étendu sur les conditions de cette « économie ». Le docétisme, signalé déjà par saint Jean, menaçait la vraie foi, niant la réalité de l'humanité de- Jésus et sa descendance davidique, et partant la maternité vraie de Marie. Déjà saint Clément avait remarqué que Jésus-Christ vient d'Abraham xaxà ffapx» (xxxii, 2). Ignace écarte absolument les conceptions qui ne maintiendraient pas à Jésus-Christ sa descendance davidique, qui n'en feraient pas un homme comme nous, de notre race [Rom., vu, 3; Eph., xix, 3; XX, 2; Smyrn., i, 1) : il affirnle la maternité vraie et absolue de Marie : Jésus est Ix Mapt'aç xal èx Ocoîî [Eph., VII, 2), ysy^^'^lî^^^ov àXviôwç h. TcapOsvou [Smj/7'n., I, 1) ; mais il maintient aussi énergiquement la virginité de la mère dans sa conception [Eph., vu, 2; xviii, 2; Smyrn., i, 1). La virginité de Marie, son enfantement et la mort de Jésus-Christ ont été cachés au prince de ce monde : ils constituent les trois mystères de la prédication préparés dans le silence de Dieu [Eph., xix,
Puis, continuant de poursuivre les faux docteurs qui
transforment en une simple apparence l'humanité du Sauveur : Jésus-Christ, écrit saint Ignace, est « vraiment (àXrjôwç) sorti de la race de David selon la chair... vraiment né d'une vierge... il a été vraiment percé de clous pour nous dans sa chair sous Ponce-Pilate et Hérode le tétrarque » [Smyrn., i, 1, 2). « 11 a vraiment soufifert comme il s'est vraiment ressuscité lui-même, et non pas ainsi que le disent certains incrédules [qui prétendent] qu'il a souffert seulement en apparence (to âoxetv), eux-mêmes ne vivant qu'en apparence » [Smyrn., ii). Et cette chair, Jésus-Christ ne s'en est pas dépouillé après sa résurrection : « Je sais, déclare Ignace, qu'après sa résurrection, Jésus-Christ a été en chair, et je crois qu'il l'est [encore]. Et quand il
vint à ceux qui étaient avec Pierre, il leur dit : Prenez, palpez-moi, et voyez que je ne suis pas un génie sans corps. Et aussitôt ils le touchèrent, et ils crurent, s'étant mêlés à sa chair et à son esprit... Et après la résurrection, il mangea et but avec eux, comme étant corporel, bien qu'il fût spirituellement uni à son Père » iSmyrn.y iii)^.
Nos auteurs ont donc clairement enseigné et la divinité et l'humanité du Sauveur ; mais saint Ignace est ici encore particulièrement explicite, parce qu'il lui assigne à la fois et par opposition des attributs humains et des attributs divins. Deux passages ont surtout, à ce point de vue, attiré l'attention des critiques.
Le premier est dans l'Epître aux Ephésiens, vir, 2 ; « Il n'y a qu'un seul médecin corporel et spirituel, engendré et inengendré, devenu Dieu dans la chair, dans la mort vie véritable, de Marie et de Dieu, d'abord passible et alors impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur^. »
Le second est dans l'épître à Polycarpe, m, 2 : ce Attends celui qui est au-dessus de tout moment, l'intemporel, l'invisible, à cause de nous visible, l'impalpable, l'impassible, à cause de nous passible, qui a souffert de toute façon à cause de nous^. »
On a voulu (Harnack, Bruston) infirmer le témoignage de ces textes en laveur de la divinité de Jésus- Christ, en rapportant les attributs opposés qu'ils
1. Voir des déclarations semblables chez S. Polycarpe, VU, i. Les Odes de Salonion marquent nettement la naissance de Jésus ex Maria, et sa conception virginale (XIX, 4-10; XXVIII, 44).
2. Eïî laxpd; ècix'.v, ffapxt-AÔç te xai irveujxaTtxô;, yevvï]Tàç xat i'^éwnxoç, èv ffflcpxt yevotisvo; osé?, âv ôavaT^f) Çw/; àXïiôiv:^, xat êx Mapla; y.al éx 6eoû, iipwTov TiaOriTÔ; xait^TE àTt«6ïiç, 'IviffO-j; XpKrxôç ô xiipio; vijiwv.
3. Tôv Onàp xavpôv jipoaSdxa, xbv &xpovov, tôv àdpaxov, tov 8i' rijxâç ôpaxov, TOV àiî;T)).à(pYiTOV, TÔV àTiaOïj, tôv S;' •^{iâç waOïiTÔv, Tov xaxà TCccvxa tpôiîov Si" i^{iâç OTTOfiiEcvavTa,
130 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÈENJSS.
mentionnent non à -deux éléments, divin et humain, existant simultanément en Jésus-Christ, mais à deux états successifs du Sauveur. Dans la pensée d'Ignace, Jésus-Christ, d'abord pur homme, serait devenu Dieu, et aurait acquis les attributs divins dans sa glorification. Mais les raisons apportées de celte interprétation ne sont ni convaincantes ni même toujours recevables. Si l'on songe que la préexistence de Jésus- Christ aussi bien que sa divinité pendant sa vie terrestre ne font aucun doute pour saint Ignace {M agn., VI, 1; Epk.j I, 1; XIX, 3), le sens général de ces textes ne paraîtra pas douteux : l'évéque d'Antioche attribue ici au Sauveur simultanément les qualités de l'homme et du Dieu.
Quel était le but de la venue de Jésus-Christ? Sous les multiples expressions dont ils se servent, l'idée de nos auteurs est la même : Jésus-Christ venait nous sauver, nous faire connaître Dieu, nous délivrer de nos péchés, détruire la mort et nous rendre la vie. Comment? Par l'effusion de son sang, par sa propre mort. Jiésus-Chrisfc, dit saint Ignace, qui est la pensée et la sentence du Père (-cou îtixt^oç -q yv^I*"*!)? la bouche véridique par laquelle il s'exprime [Eph., m, 2; Rom., VIII, 2), est devenu pour nous la connaissance de Dieu el noire unique docteur (toû 6eou pSaiç, Eph,, xvii, 2; XV, 1; Magn.y ix, 1). Mais, de plus, ilméditait, en se manifestant humainement, d'abolir ia mort et de la remplacer par la nouveauté de la vie éternelle [Eph., xiix, 3). La cause -de la mort, c'est Je péché : c'est pourquoi Jésus-Christ saint, se substituant à nous, a porté nos péchés sur la croix, est mort, lui innocent, pour les pécheurs ^ . « Il a donné son sang pour nous. . . et sa chair poui* notre chair, et son âme pour nos