C arianos, III
Dieu, OU doit-on l'y faire rentrer pour maintenir sa divinité; et dans ce dernier cas, comment expliquer que l'unité divine n'est pas rompue? Tout le mystère à éclaircir est là.
Pas plus qu'Arius, Athanase ne conçoit un Verbe de nature intermédiaire qui, conformément à la conception philonienne, ne serait ni Dieu ni créature. Entre la créature et Dieu il y a un gouffre; mais, au lieu qu'Arius met le Logos sur le côté du gouffre qui touche à la création, Athanase le met résolument du côté de Dieu. Le Verbe n'est pas créé : il est engendré. Engendrer est produire une image parfaite de soi, et communiquer tout ce qui est en soi, sa substance, sa nature, sa gloire ; et c'est ainsi que le Père produit le Fils.
Cette génération est-elle volontaire de la part de Dieu? — Oui et non. Oui, en ce sens qu'elle n'est pas contre sa volonté, et qu'elle ne lui est pas imposée par une loi supérieure. Non, en ce sens qu'elle n'est pas le résultat de sa volonté délibérante et libre. Le Père veut et aime nécessairement le Fils comme il se veut et s'aime lui-même, et il l'engendre donc à la fois nécessairement et volontiers ^
Dès lors, cette génération est éternelle. Le Père a toujours été Père, et le nom même de Père implique l'existence du Fils; car c'est dans l'acception largo seulement que Dieu est le Père des créatures 2. Et ici reviennent les comparaisons coutumières de l'école d'Alexandrie, de la lumière qui ne peut que luire, et de la source qui ne peut que couler. Éternellement donc existe celui qui est l'image, la réflexion, la splendeur du Père, Dieu de Dieu, sans f>^ii le Père serait
aco:po; xai aXoyoç^.
i. C. arianos, 1, 16; HI, 62, 66.
2, C. arianos. II, 41 ; ni, 6 ; De decretis, 30.
3 C. armnos, I, 14, 23, 27; III, 6C; De decretis, 12, IS.
Ainsi éternellement engendré, le Fils, en conséquence, est de la substance du Père, Ix t^; ouaiaç toïï Ttarpoç. Athanase tient essentiellement à cett« expression de Nicée, qui est la condamnation des blasphèmes d'Arius^. Mais, pour être de là sulrstaneedu Père, le Fils n'est pas une portion du Père : la substance du Père n'a pas été divisée, comme it arrive dans la génération humaine : « Dieu étant indivisible', est indivisi' blement et impassiblement Père du Fils^. »
Et de là Athanase tire deux conclusions : la première, que le Fils possède en soi toute la- substance du Père, puisque cette substance lui étant communiquée, et ne pouvant d'ailleurs se partager, lui est nécessairement donnée tout entière^, La seconde, qu'il ne peut y avoir qu'un seul Fils, puisqu'il épuise à lui seul la fécondité dtt Père '' . Ces deux conclusions ruinent par la base le subordinatianisme : le Fils est tout ce qu'est le Père, sauf que l'un est engendrant, l'autre engendré. Elles entraînent au contraire le consubstantiel : le Fils est b[i.oo6(sioq au Père. Athanase repousse l'expression ojxoioç, d'abord parce qu'elle ne désigne qu'une ressemblance accidentelle et extérieure, et qu'elle peut s'appliquer à des êtres d'espèce différente, comme le chien et le loup, l'étain et l'argent : puis parce qu'elle n'indique pas que l'être semblable vient de celui à qui il ressemble^. Le mot qui exprime la ressemblance dé nature est ôf^o^uT^ç. L'expression ôfxoioufftoç est donc un mot mal fait; car dire d'une chose qu'elle est ojtoioç x«t' où-