‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 32 sur 1102 · La Didaché · texte numérisé non relu

La Didaché

3. /CZem., XLIV, 1, 4,5. C'est la môme confusion que nous avons constatée chez saint Paul {v. ci-dessus, p. 90). Les deux mots èitioxonot et TrpeffSyTepoi désignent indifféremment les mêmes personnages.

mots presbytres et épiscopes pour désigner les mêmes personnes n'implique pas qu'entre ces personnes il n'existât aucune distinction de dignité ou de pouvoir. Ces mots n'ont pas eu d'abord le sens technique et exclusif qu'on leur a attribué plus tard ^ . D'autre part, il est infiniment vraisemblable en effet que beaucoup d'Églises, dans les premiers temps, n'ont pas eu, pour les gouverner, un évêque attitré. Dans ces chrétientés de nouveaux convertis à peine dégrossis, peu nombreuses, on n'eût pas aisément trouvé des sujets capables d'exercer à eux seuls la charge épiscopale. Les apôtres et leurs successeurs immédiats ont dû souvent s'en réserver la direction supérieure, et se contenter d'y établir des presbytres chargés de remplir les fonctions de l'instruction et du culte, et de maintenir la discipline reconnue. C'est, à ce qu'il semble, la situation qui se révèle dans les cas de Tite et de Timothée régissant les Eglises de Crète et d'Asie, et sans y voir une loi générale, on peut croire qu'ils se sont reproduits fréquemment ailleurs. Cet état de choses cependant n'était pas universel : l'épiscopat à Jérusalem, Antioche, Athènes, Alexandrie, Rome, remonte aux apôtres. De plus il ne devait pas durer et, au fur et à mesure que le champ de l'apostolat s'étendit, que les chrétientés devinrent plus fortes et les fidèles plus affermis dans la foi. une transformation s'opéra qui fit apparaître dans chaque Eglise un évêque; un évêque tenant la place de l'apôtre ou du successeur des apôtres qui avait jusque-là dirigé cette Eglise, et possédant ses pouvoirs. C'est dans le sein du preshyierium. naturellement que cet évêque fut choisi : de primus inter pares peut-être, il devint supérieur à ses frères. Le changement se fit sans secousse : aucun souvenir de

1. Dans S. Clément, les presbytres de xxi, 6 et peut-être de lvii, 1 ne sont pas des prêtres : ce sont les anciens de la communauté.

138 Lit TBÉOJLOGIB ARTEKKîEJBKNÈr.

erise ne s'est conservé. Le lan^ge ne se m^odifia tjne lentement, et l'on put continuer quelque temps de compter le nouvel évêque, parmi les Ttpe«€uTspoi, comme ©n avait donné longtemps à ceux-ci. le nen^ à'Iwîaxowau

Ainsi donc la succession Mérarchique est voulue de Dieu et est l'œuvre des apôtres. Les membres de cette Mérarchie ne: gouvernent pas seulement : ils ont xm. pouvoir d'ardre-^ Et. cette hiérarchie comprend dans chaque Eglise un évêque,. des prêtres, des: diaecesi. La conséquence est que les simples fidèles doivent ci1mîs> sance aux ministres ainsi établis. C'est la eonclssîon que tire saint Clément du principe qu'il a posé. Itfaut se soumettre aux hégoumènes (i, 3), aux guides de nos âmes (Lxni, 1), aux presbytres (xlvii, 6; lit, 2);; il y a grand péché à les priver, sans; qu'ils y aient donné cause, de l'exercice de leur charge, comme ont fait certains Corinthiens (xtrv, 3, 4, 6; xlvif, 6), et l'on doit, au contraire, les honorer (i, 3 ; cf. iir , 3). Clément veut que, dans l'Eglise, règne une discipline aussi ferme que la discipline militaire (xxxvii, 2, 3).^ Ces recommandations sont répétées par la Biâaehe (xv, 1, 2), par la Secunda démentis (xvri, &) et par saint Poiycarpe (v, 3) ; mais saint Ignace y est revenu avec une singulière insistance.

On a dit quelquefois que les épîtres de saint Ignace sont un plaidoyer pour l'épiscopat monarchique. Non : mais elles sont un plaidoyer pour l'unité des Églises menacée par le schisme, L'évêque d'Antioche sent le géril que les coteries et les hérésies font courir aux Églises d'Asie Mineure, et il adjure celles-ci de se serrer autour de l'évêque, du presbyterium et des diacres, comme autour du centre de l'unité. Très souvent (voir surtout Philad., iv], il considère ces trois ordres comme formant, vis-à-vis des fidèles, un tout, la partie dirigeante de l'Église^ à qui il faut rester

sotmiis;m;ais plusieurs lois aussi, il détaehe tantôt les deux premiers, degrés [Epk^y ii, 2; xx, 2; Magn., ii, PU,, i; îm/Z-^-xiii, 2), tantôt le premier seulement comme- représentant dans l'Eglise l'autorité à laquelle tous; doivent, obéir, même les, prêtres : «; H convient que vous soyez du même avis que l'évéque,. ce que vous laites, car votse mémorable' presbytej'ium, digne de Dieu, est attaché à l'évêque comme les cordes à la lyre » [Eph.^viy. 1). « Il ne convient pas que vous abusiez de l'âge de votre évêque, mais bien, en considération de la puissance de Dieu le Père, que vous lui témoigniez toute espèce de respect, comme j'ai appris que font les saints prêtres : car ils: n'abusent pas de sa jeunesse dans: cette haute position, mais, prudents en Dieu, ils se soumettent à lui, ou plutôt non à lui, mais au Père de Jésus-Christ,, à l'évêque de tous » [Magn., III, 1; cf. Tr'alLy x», 2).. L'évêque est le centre de l'Église : là où il est doit être aussi la communauté, comme là où est Jésus-Christ là est l'Église [Smi/rn., VIII, 2; cf. Smyrn., xi, 1; Polyc.j iv, 1). Dans cette trinité hiérarchique, évêque^ presbyterium, diacres, l'évêque tient la place de Dieu le Père, les prêtres représentent le collège des apôtres, les diacres représentent Jésus-Christ \Magn., vi, 1 ; TralL, m, 1 ; Smyi-n., viii, 1), disposition qui paraît surprenante d'abord, mais qui s'explique si l'on remarque que l'auteur considère Jésus -Christ comme le ministre (§taxava;);du Père, et les diacres comme exerçant la Staxovia 'Irjaoti Xpioxpû [Magn.yXi:; 1). Saint Ignace est d'ailleurs très clair sur i'infériorité des diacres par rapport aux prêtres {Magn., h) : il les nomme toujours en troisième lieu.

Quels- sont les devoirs des fidèles vis-à-vis de ces -directeurs de l'Eglise? Au fond il n'y en a qu'un : leur pester uni de sentiment, dé foi, d'obéissance. Ignace ne suppose pas qu'il soit jamais permis de se séparer de

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l'autorité dans ses vues ou sa conduite : il faut être soumis àTévêque. au presbyterium, aux diacres [Eph., II, 2; V, 3; xx, 2; Magn., ii, m, 1; vi, 1, 2; xiii, 2; Trall.^ Il, 1, 2; xiii, 2; PJiilad., vii, 1; Smyrn., vin, 1; Polyc, VI, 1) : il ne faut rien faire sans eux dans l'Église {TralL, ii, 2; vu, 2; Philad.^ vu, 2; Smyrn., VIII, 1; Polyc, IV, 1). Plus particulièrement, Jésus- Christ étant la sentence du Père, et les évêques qui vivent sur toute la terre étant dans la doctrine de Jésus- Christ (£v 'lyjcou XpiffTou Yvtf>fJt.y)), il convient de partager la doctrine de l'évêque [Eph., m, 2; iv, i). C'est en ne se séparant pas de Jésus-Christ, de l'évêque et des préceptes des apôtres que l'on se nourrira de l'aliment chrétien, et que l'on s'abstiendra de l'herbe étrangère qui est l'hérésie {TralL, vi, 1-vii, 1). Puis, ceux qui sont de Dieu et de Jésus-Christ sont avec l'évêque : les schismatiques n'hériteront pas du royaume des cieux {Philad.j III, 2, 3). — Et comme l'évêque est le centre doctrinal et disciplinaire, il est aussi le centre liturgique de l'Eglise : « Que cette eucharistie soit tenue pour légitime (peêai'a) qui se fait sous l'évêque ou sous celui à qui il l'a accordé. . . Il n'est permis, sans l'évêquCy ni de baptiser, ni de faire l'agape [ou l'eucharistie) : ce qu'il approuve est ce qui plaît à Dieu, afin que tout ce qui se fait soit ferme et valide » (Smyrn., viii, 1, 2). L'unité de chaque Église particulière est garantie par le groupement des fidèles autour de leurs pasteurs et surtout de l'évêque. Et l'unité de l'Église univer» selle, sera-t-eile garantie simplement par les rela< tions de charité commune qui régnent entre les chrétientés locales ? Y a-t-il entre les Églises une Église supérieure qui soit le centre de leur unité, et qui ait autorité pour maintenir l'unité de la foi et de la discipline? Pierre a été par Notre-Seigneur établi le fondement et le porte-clefs de l'Eglise : l'Église de Rome

LE DOGxME DANS LES PÈRES APOSTOLIQUES. 141

qu'il a fondée et où Clément et Ignace savent qu'il a prêché et qu'il est mort\ a-t-elle hérité de sa prééminence, et trouvons-nous dans nos auteurs quelque indice qu'ils ont reconnu ce fait?

On peut dire que l'épître de saint Clément est à elle seule une preuve qu'à Rome on en avait conscience. Des troubles ont éclaté dans l'Église de Corinthe, où un parti de jeunes a dépossédé de leur ministère les presbytres qui la gouvernaient. Ces presbytres ont-ils recouru à Rome pour se faire rendre justice? Nous l'ignorons. Ce serait le premier et un bien remarquable exemple d'appel à Rome. En tout cas, l'Église de Rome a appris le conflit et, par son évêque, elle intervient, il presse, il supplie les délinquants de se repentir; mais il commande aussi et requiei't l'obéissance à ce qu'il a écrit dans le Saint-Esprit (nx, 1; lxiii, 2, 3). « Soit que l'on considère en lui-même cet acte spontané de l'Église romaine, écrit M*^' Duchesne, soit que l'on pèse les termes de la lettre, on ne peut échapper à cette impression que, dès la fin du premier siècle de notre ère, une cinquantaine d'années après sa fondation, cette église se sentait déjà en possession de l'autorité supérieure, exceptionnelle, qu'elle ne cessera de revendiquer plus tard. L'apôtre Jean vivait encore à Éphèse au temps où Clément écrivait. On ne voit pas trace d'intervention, ni de lui, ni de son entourage. Et pourtant les communications étaient plus faciles entre Éphèse et Corinthe qu'entre Corinthe et Rome. Mais quel accueil les Corinthiens firent-ils aux exhortations et aux envoyés de l'Église romaine? Un accueil si parfait, que la lettre de Clément passa chez eux presque au rang des écritures sacrées. Soixante-dix ans plus tard, on la lisait encore, le dimanche, dans l'assena*

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