‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 34 sur 1102 · Vis. m, 3, 5, 6; cf. Simil. ix · texte numérisé non relu

Vis. m, 3, 5, 6; cf. Simil. ix

2. Simil. IX, 16, 3-7. Sans parler du martyre, Hermas insinue peut-être aussi l'efficacité du baptême de désir, Fis. m, 7, S, 6; cf. S^TO^i. tu, 6, 6; 8, 3 ; d'Alès, op. cit., p. 63, 6i, note.

140 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

Tautorité dans ses vues ou sa conduite : il faut être soumis à Tévèque. au presbyterium, aux diacres [Eph., II, 2: V, 3: xx, 2; Magn., ii, m, 1; vi, 1, 2; -xiir, 2; TralL, H, Ij 2: xiii, 2; Philad., vu, 1; Smyrn., viiij l: Pohjc, VI, 1) : il ne faut rien faire sans eux dans l'Église [TralL, ir, 2; vu, 2; Philad., vu, 2; Smyrn.y vin, i: Polyc, iv, 1). Plus particulièrement, Jésus- Christ étant la sentence du Père, et les évêques qui vivent sur toute la terre étant dans la doctrine de Jésus- Christ ,£v 'Ir,(7ou XpioTou YvtofjLïî), il convient de partager la doclrine de Tévêque [Eph., m, 2; iv, 1). C'est en ne se séparant pas de Jésus-Christ, de l'évéque et des préceptes des apôtres que l'on se nourrira de l'aliment chrétien, et que l'on s'abstiendra de l'herbe étrangère (\vÀ est l'hérésie {TralL, vi, 1-vii, 1). Puis, ceux qui sont de Dieu et de Jésus-Christ sont avec l'évéque : les schismatiques n'hériteront pas An royaume des cieux Philad., m, 2, 3). — Et comme l'évéque est le centre doctrinal et disciplinaire, il est aussi le centre liturgique de l'Eglise : « Que cette eucharistie soit tenue pour légitime (SEoaîa) qui se fait sous l'évéque ou sous celui à qui il l'a accordé. . . Il n'est permis, sans l'évêquCy ni de baptiser, ni de faire l'agape [ou l'eucharistie) : ce qu'il approuve est ce qui piait à Dieu, afin que tout ce qui se fait soit ferme et valide » [Smyrn., \iu, 1, 2). L'unité de chaque Eglise particulière est garantie par le groupement des fidèles autour de leurs pasteurs et surtout de l'évéque. Et l'unité de l'Église univer< selle, sera-t-elle garantie simplement par les rela< tiens de charité commune qui régnent entre les chrétientés locales ? Y a-t-il entre les Églises une Église supérieure qui soit le centre de leur unité, et qui ait autorité pour maintenir l'unité de la foi et de la discipline? Pierre a été par Notre-Seigneur établi le fondement et le porte-clefs de l'Eglise : l'Église de Rome

qu'il a fondée et où Clément et Ignace savent qu'il a prêché et qu'il est mort^, a-t-elle hérité de sa prééminence, et trouvons-nous dans nos auteurs quelque indice qu'ils ont reconnu ce fait?

On peut dire que l'épître de saint Clément est à elle seule une preuve qu'à Rome on en avait conscience. Des troubles ont éclaté dans l'Église de Corinthe, où un parti de jeunes a dépossédé de leur ministère les presbytres qui la gouvernaient. Ces presbytres ont-ils recouru à Rome pour se faire rendre justice? Nous l'ignorons. Ce serait le premier et un bien remarquable exemple d'appel à Rome. En tout cas, l'Église de Rome a appris le conflit et, par son évéque, elle intervient, il presse, il supplie les délinquants de se repentir; mais il commande aussi et requiert l'obéissance à ce qu'il a écrit dans le Saint-Esprit (lix, 1; lxiii, 2, 3). « Soit que l'on considère en lui-même cet acte spontané de l'Eglise romaine, écrit M*''" Duchesne, soit que l'on pèse les termes de la lettre, on ne peut échapper à cette impression que, dès la fin du premier siècle de notre ère, une cinquantaine d'années après sa fondation, cette église se sentait déjà en possession de l'autorité supérieure, exceptionnelle, qu'elle ne cessera de revendiquer plus tard. L'apôtre Jean vivait encore à Ephèse au temps où Clément écrivait. On ne voit pas trace d'intervention, ni de lui, ni de son entourage. Et pourtant les communications étaient plus faciles entre Éphèse et Corinthe qu'entre Corinthe et Rome. Mais quel accueil les Corinthiens firent-ils aux exhortations et aux envoyés de l'Église romaine? Un accueil si parfait, que la lettre de Clément passa chez eux presque au rang des écritures sacrées. Soixante-dix ans plus tard, on la lisait encore, le dimanche, dans l'assena*

i. I Clem., cf. V, 3, 4 avec VI, 1 ; S. Igh., Rom.^ Vf, S»

142 LA THEOLOGIE ARTÉNIGÊENNE.

blée des fidèles. Rome avait commandé : on Itii avait obéi'. »

Vingt ans environ après cette lettre, saint Ignace, lui aussi, paraît bien attribuer à FÉglise de Rome une autorité à part. Dans lïnscription de son épître aux Romains, non seulement il multiplie, en fiaveur de leur Église, les termes laudatife^ mais il la désigne comme présidant dans le lieu du pays des Romains (viTt; xat 7rpoxà9r,Tat Iv xâizoi -/^triptou 'Poafxotioiv), comme dignement ebaste et présidente de la charité [â^iôoL'fvoç xorl 7rpoxa6ï]ut-évr} TTfi ayccTTTiç).

Quelle est la portée de ces expressions? — Observons que, dans; le premier texte, les mots Iv to'ttw xtX. n'indiquent pas les limites de la présidence de l'Eglise romaine, mais le lieu où elle est établie et s'exerce : itpoxaÔT^Tat est au mode absolu : il n'est question à cette époque ni de patriarcat romain ni d'Eglises sufFragantes : l'Eglise de Rome préside, et le siège de cette présidence, c'est la. ville de Rome, è* "zôittù yjfip'wyj 'Pw- {iaiwv. D'autre part, l'expression àyiicri du second passage pourrait fort bien désigner la Iratemité chrétienne en général, les chrétiens eux-mêmes. Qïiatre fois au moins dans saint Igna<3e le mot est pris dans ce sens concret ( Tr-alL, xrii, 1 ; Rom. y ix, 3 ; Philad.j xr, 2 ; Smyi^n., xii, 1), et il est bien probable qu'il l'est aussi dans Rom. y ix, i. Nous aurions donc ici un témoignage en faveur de la primauté romaine, mais sans qu'Ignace explique d'ailleurs quelle en est la nature ni à quoi il la rattache 2.

*. Eglises séparées, Paris, i896, p. 12&, 127.

SL <c si le martyr s'était adressé à l'évéque de Rome, ces présidences pourraient être interprétées comme locales : dans son église, c'est toujonrs révéque qni présidé. Mais ici il ne s'agit pas de l'évêque, il s'agit de l'église. A quoi préside l'Église romaine ? A d'autres églises dans une circonscription déterminée? Mais Ignace n'a pas l'idée d'une limitation de ce genre. D'ailleurB^ y a^vait-iV alors en Kalie des communautés chré-

LE DOGME DA1>ÎS LES PERES APOSTOLIQUES. l'iî

S 4. — Les rites et le culte chrétiens.

Le rite de rinitiation chrétienne par lequel on devenait membre de l'Eglise était le baptême régulièrement suivi de la collation du Saint-Esprit et de l'eucharistie. La tour mystique montrée à Herraas, et qui représente rÉglîse, est édifiée sur les eaux ; et à la question du voyant qui demande l'explication de ce fait, l'Église elle-même répond que c'est par l'eau que la vie des croyants est sauvée et sera sauvée ^ Hermas regarde le baptême comme tellement nécessaire pour entrer dans le royaume de Dieu qu'il a fallu, dit-il, que les apôtres elles docteurs, prédicateurs de l'Evangile, descendissent aux enfers pour instruire et baptiser les justes de l'ancienne Loi déjà morts 2. La Didachè est extrêmement précise sur le rite de son administration, et le mieux est de transcrire ce qu'elle en dit :

VIL Pour le baptême, donnez-le de Ja manière suivante: après avoir enseigné tout -ce qui précède, « baptisez au nom du Père et du fils et du Saint-Esprit >^ dans l'eau courante, [2] S'il n'y a pas d'eau vive, qu'on baptise dans une aufre eau, et à défaut d'eau froide, dans de l'eau chaude. [3] Si tu n'as (assez) ni de l'une ni de l'autre, verse trois fois de l'eau sur la tête < au nom^u Père et du Fils et du Saint- Esprit ». [4] Que le baptisant, le baptisé et d'autres personnes qui le pourraient, jeûnent avant le baptême; du

tiennes distinctes, dans leur organisation, de la communauté romaine.. Le sens le plus naturel de ce langage, c'est que l'Église romaine préside à l'ensemble des églises. Comme l'éVéque préside dans son église aux œuvres de cliarité, ainsi l'Église romaine préside à ces mêmes œuvres dans la chrétienté tout entière » (L. Ducheske, op. cit., p. 127, 128),

A. Vis. m, 3, 5, 6; cf. Simil. ix, 16, 1, 2.

2. Simil. is, 16, 0-7. Sans parler du martyre, Hermas insinue peut-être aussi l'efficacité du baptême de désir. Vis. m, 7, 5,6; cf. Stmî7, vn,6, 6; 8, 3 ; d'Alès, op. cit., p. 63, 6ï, note.

144 LA THÉOLOGIE ANTÉSICÉEJNNE.

moins au baptisé ordonne qu'il jeune un jour ou deux auparavant'.

Ainsi conféré le baptême est un sceau , ou plutôt le sceau par excellence, -^ scpcayt? oOv to SSo^p iaûw, le sceau du Fils de Dieu qu'il imprime sur le baptisé, sceau qu'il faut conserver net et intact, que le péché brise et détruit, mais que la pénitence peut réparer-. Son effet propre est l'àpEcriç twv âaapTiwv : c'est de nous faire mourir à notre vie antérieure pour nous faire vivre à une vie nouvelle : le baptisé descend mort dans l'eau et en sort vivant'^. « Nous descendons dans l'eau remplis de péchés et de souillures, dit le Pseudo-Barnabe, et nous en sortons portant des fruits, possédant dans le cœur la crainte, et, dans l'esprit, l'espérance en Jésus » (xi, 11 ; cf. 1, 8). Et voulant donner un peu plus loin (xYi, 8, 9) une idée de cette vie nouvelle à laquelle le baptême nous engendre, il écrit :

« Par la rémission des péchés que nous recevons et l'espoir dans le nom [du Seigneur] nous devenons nouveaux, derechef intégralement créés. C'est pourquoi Dieu habite vraiment en nous, daos notre habitacle. Comment? Sa parole de foi, sa vocation, sa promesse, la sagesse des commandements, les préceptes de la doctrine, lui-même propliétisant en nous, lui-même demeurant en nous, nous ouvrant à nous, qui sommes livrés à la mort, la porte du temple, c'est-à-dire la bouche, nous donne la pénitence et nous introduit dans le temple incorruptible. »

1. On remarquera que la Didachè, qui note ici explicitement que le b?;!tûnie est administre au nom des trois personnes divines, parle cependant de ceux qui sont baptisés eîç ôvo[ia xupîou (ix, 5) : preuve qu'elle ne voit pas dans ces derniers mots la formule propre du rite- Hermas dit de même eU tô ôvofta toû xuptou {Vis. m, 7, 3).

2. Heiîmas, Simil. vni, e, 3; ix, IC, 3, 4; Secunda Clem,, vi, 9; vu, 6; Yi;i, 6. Sur le nom de czsixyk donné au baptême, voir F. J. DŒLCEn, Shpragis, Paderborn, 19U, H Abschnitt.

3. Ps.-Baknabé, XI, 1; xvi, 8; Hermas, Simil. ix, 16, 2-7; Mand., iv, 3,

On a vu plus haut^ que saint Clément çarle des offrandes présentées par les préposés de l'Eglise au nom du peuple chrétien (xliv, 4). Ailleurs, il fait manifestement allusion à la synaxe qui réunissait les fidèles pour le service liturgique, £7r\ to aôxb auva^^OévTsç (xxxiv, 7). Voici que la Didachè va nous décrire cette synaxe :

XIV. Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. [2] Celui qui a un différend avec son compagnon ne doit pas se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice, [3] car voici ce qu'a dit le Seigneur : « Qu'en tout, lieu et en tout temps, on m'offre un sacrifice pur; car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est admirable parmi les nations ». XV. Ainsi donc, élisez- vous des évêques et des diacres dignes du Seigneur, des hommes doux, désintéressés, véridiques et éprouvés; car ils remplissent eux aussi, près de vous, le ministère des prophètes et des docteurs.

La réunion a lieu le dimanche. On y rompt le pain ^ c'est-à-dire on y célèbre l'eucharistie et on y communie : car c'est le sens consacré de cette expression dans les plus anciens documents chrétiens ^. Et cette cérémonie est regardée comme un sacrifice, ôuji'a : le rappel du texte de saint Matthieu, v, 23, 24 ; xv, 11-20, et de celui de Malachie (i, 11, 14), classique en cette matière, ne laisse aucun doute sur ce point. Voilà pourquoi il faut être pur et s'être réconcilié avec ses ennemis pour prendre part à ce sacrifice. Mais d'ail -

1. Sur cette question de l'eucharistie voir spécialement P. Batiffol, L'Eucharistie, la présence réelle et la transsubstantiation, 5« édit., Paris, 1913.

2. I Corinth., x, 16; Aot.,ii, 42, 46; xx, 7; S. ICN., Ephes., xx, 3. Voir ce geste représenté dan» la peinture de la Capella greca contemporaine de nos documents (J. Wilpebt, Fractio pania, Paris, 1896, planclie XJU-XIY).

LA THÉOLOGIE ANTÉmCÉENNB. — T. I. 9

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