‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 35 sur 1102 · MC LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE · texte numérisé non relu

MC LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE

leurs cette liturgie du sacrifice n'est pas confiée à tous indistinctement : elle est réservée aux épiscopes et aux diacres : « Ainsi donc, élisez-vous, etc. ».

Dans ce passage, la Didachè n'a rien dit des prières qui accompagnaient le sacrifice. Elle en avait donné quelque chose aux chapitres ix et x. Certains auteurs ont été surpris de n'y pas voir rappeler les paroles de l'institution de l'eucharistie, et ont conclu que les prières rapportées dans ces deux chapitres ou du moins dans le chapitre ix étaient seulement des prières d'action de grâces (eù/apia-i'a) pour l'agape, et analogues à celles qui étaient prononcées dans les » repas semi-liturgiques des Juifs'. Mais le caractère proprement eucharistique de ces prières ne paraîl pas douteux; et c'est bien de cette façon que les a entendues la tradition subséquente. Seulement, ce ne sont point les prières de la consécration : ce sont, au chapitre ix, des prières qui devaient la précéder ou la suivre, et, au chapitre x, des prières qui suivaient la communion (lASTà Se to l[ji.TrXyiaGr)vai). Remarquons qu'au chapitre ix, 3, 4, il est question du pain rompu (to xXaafjia ) : nous connaissons le sens de cette expression. Le pain et le vin sur lesquels l'eucharistie a été faite, le pain et le vin eucharisties prennent déjà le nom Ôl eucharistie au verset 5 ; et de cette eucharistie il est spécifié que les baptisés seuls doivent en manger et en boire, car c'est à ce sujet que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens ». L'eucharistie est donc la nourriture réservée aux chrétiens,un aliment saint. Le texte du chapitre x ajoute encore à ces indications, car il oppose à la nourriture et à la boisson communes octroyées à tous les hommes l'aliment et le breuvage spirituels (uvsoiJiatixriv TpaçT-jv xai tcotov, 3) don-

1. Voir ici l'introduction de Hemmer à son édition de la Doctrine des apôtres, Les Pères apostoliques, I, Paris, 1907, p. xliv et suiv.

nés aux chrétiens par Jésus-Christ, aliment et breuvage que les saints peuvent seuls recevoir : « Si quelqu'un est saint, qu'il vienne! Si quelqu'un ne l'est pas, qu'il fasse pénitence! » (6). On ne saurait expliquer de l'agape de pareilles expressions.

Ce qu'est exactement cette eucharistie, saint Ignace va nous le dire en termes explicites. Si familière était à l'évêque d'Antioche la pensée de l'eucharistie que souvent il emprunte à ce mystère ses images et ses façons de parler, sans l'avoir d'ailleurs directement en vue. C'est le cas peut être du passage de l'épître aux Romains, vu, 3, et plus encore de celui de l'épître aux Tralliens, viii, 1^. Mais ailleurs il l'aborde directement. Mettant en garde les Éphésiens contre les docètesj il écrit :

« Ils s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, la chair qui a souffert pour nos péchés, la chair que le Père dans sa bonté a ressuscitée. Eux donc qui contredisent le don de Dieu meurent dans leurs discussions. Il aurait mieux valu pour eux aimer pour aussi ressusciter 2. »

La pensée est claire. Les docètes, qui niaient la réalité de l'humanité de Jésus-Christ, ne pouvaient en effet croire que l'eucharistie fût réellement son corps- Or c'est précisément cette réalité, cette équation du corps de Jésus-Christ et de l'eucharistie que saint Ignace affirme contre eux ^. En niant le don de Dieu,

i. Rom., viii 3 : « Je n'ai nul goût pour un aliment de corruption, ni pour les plaisirs de cette vie. Je veux le pain de Dieu, ce qui est la chair de Jésus-Christ, né de la semence de David, et pour breuvage je Veux son sang, ce qui est un incorruptible amour •• Trall., vui, !.. « Créez-vous à nouveau vous-mêmes dans la foi, ce qui est la chair du Seigneur, et dans l'amour, ce qui est le sang de Jésus-Christ ».

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