‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 38 sur 1102 · S. IGN., Eph., X · texte numérisé non relu

S. IGN., Eph., X

3. Sicutpassibilia membra et errantia eos revacat&ut omnium vettrum corpus salvelis (le grec manque ; Zahn a traduit par àvaicoàeccrôe) : la réconciliation se fera bien avec l'Église comme avec Dieu.

lié et suivi d'assertions dogmatiques sur le sujet qu'il traite, li a trop négligé surtout de dire quelle part revenait à l'Eglise dans l'administration de la pénitence. Malgré ces lacunes, son témoignage doit être analysé avec soin.

C'est de la pénitence qui se fait avant le baptême qu'il s'agit exclusivement ou du moins principalement dans la Vision m. 2-7. La tour mystique, qui est l'Eglise, se construit, et il n'y peut entrer que des pierres appropriées, c'est-à-dire des catéchumènes bien disposés., ayant renoncé à leurs vices antérieurs.

■Il n'en est pas de même au Mandatum iv, 1, 8r, 3, et aux Similitudes viii et ix, 3-9; 13; 14; 18 et suivants. Dans cette dernière parabole, nous voyons des pierres qui avaient d'abord été reçues dans la tour et qui sn sont rejetées [Simil. ix, 3, 5). Comme la suite l'expose, ces pierres sont le symbole des chrétiens prévaricateurs. Quelles étaient leurs fautes?

Hermas donne par deux fois le tableau suivi des désordres qu'il veut flétrir : une première fois dans la Similitude vin, 6-10, une seconde fois dans la Similitude IX, 19-31, Au moment où il rédige son livre, la persécution a déjà sévi, et, à côté des martyrs qui ont vaillamment confessé leur foi, on trouve des apostats qui non seulement l'ont reniée, mais ont blasphémé et se sont faits les délateurs de leurs frères. D'autres ont apostasie simplement par intérêt, par trop d'attache à leurs biens temporels. Puis ce sont des docteurs de mensonge, des hypocrites qui enseignent l'erreur; des riches et des puissants qui, sans renoncer à leurs croyances, mènent, au milieu des païens, une vie toute païenne ; des fidèles détracteurs, brouillons, formant des coteries; des ambitieux pleins d'euxmêmes, téméraires; des pécheurs qui subissent l'entraînement des pa.ssions; bref, toute une série de

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défaillances, et qui ne se rencontraient pas seulement dans les simples chrétiens, mais aussi dans les membres dirigeants de la communauté [Simil. ix, 26, 2 ; Vis. II, 2, 6). Tous ces maux s'expliquent, d'après Hermas, parla St^l/u^i'a, l'hésitation, le partage de l'âme entre deux croyances ou deux lignes de conduite ; car l'auteur ne donne pas toujours à ce mot, qui revient souvent sous sa plume, exactement la même signification : mais la Sn}/u/ia implique toujours, en définitive, une absence de convictions fortes.

On trouve donc des pécheurs dans l'Eglise, on y trouve même des apostats. Peuvent-ils faire pénitence, et existe-t-il pour eux un pardon ? Hermas a ouï dire par certains didascales qu'il n'y en a pas, et que l'unique pénitence accordée au chrétien est celle qu'il fait au baptême, quand il reçoit la rémission de ses péchés passés [Mandat, iv, 3, 1) : c'est l'erreur que soutiendront plus tard quelques montanistes et qui comptait peut-être déjà des partisans (irapa tivwv SiSaerjcaXoDv). Au contraire, d'autres faux docteurs aux idées relâchées, et qu'Hermas accuse d'importer des doctrines étrangères, persuadaient aux pécheurs qu'ils n'avaient pas besoin de pénitence [Simil. viii, 6, 5). Hermas repousse ces opinions extrêmes. D'une part, il déclare la pénitence nécessaire : elle seule peut sauver le pécheur [Simil. viii, 8, 4, 5; 9, 4; 11, 3); d'autre part, il la déclare possible et efficace [Simil. vm, 6, 3 ; 11, 3). Voyons de plus près dans quelles conditions.

D'abord, Hermas accorde la pénitence, c'est-à-dire la possibilité du pardon à toutes les catégories dé pécheurs, pourvu qu'ils se convertissent sincèrement. On pourrait croire qu'il fait une exception pour les apostats blasphémateurs et délateurs de leurs frères : il les déclare une race scélérate et qui a péri à Dieu

pour toujours (eîç téXoç, Simil. viii, 6, 4; ix, 19, 1; cf. Simil. VI, 2, 3, 4). Cependant, il y a là probablement l'expression d'une expérience faite plutôt que l'énoncé d'un principe. Les verges qui représentent les apostats blasphémateurs ont été, comme les autres, plantées et arrosées par le Pasteur, et, comme les autres, celui qui les a faites voulait qu'elles reverdissent [Simil. VIII, 2, 8, 9). 11 n'a donc tenu qu'à leur endurcissement que ces malheureux soient restés dans la mort. Les renégats jusqu'à l'idolâtrie, eux, peuvent obtenir leur pardon [Simil. ix, 21, 3, 4); et de fait les enfants d'Hermas, qui avaient blasphémé le Seigneur, trahi leurs parents et qui s'étaient souillés d'impudicités, ont obtenu le leur [Vis. ii, 2, 2-4). 11 est expressément recommandé au conjoint dont le mari ou la femme est tombé dans l'adultère de ne pas se remarier afin de laisser au coupable la possibilité du retour, puisque « en ces matières la pénitence est possible » (Juvatai yàp £v Toïç TOiouTotç [xeTavoia sTvai, Mand. IV, 1, 4-11).

Le second point qui est clair encore dans l'enseignement d'Hermas, c'est que la pénitence n'est accordée qu'une seule fois après le baptême à chaque pécheur [Mand. iv, 3, 4-6). On sait que telle a été la discipline de l'Eglise dans les premiers siècles, et nous en trouvons ici la première attestation. Mais il s'agit évidemment de la pénitence officielle et publique administrée par l'Eglise. Hermas écrit sans doute qu'au pécheur qui ne se repent que pour retomber encore et recommencer à se repentir, la pénitence ne sert de rien [ibld., 6) : toutefois, en ajoutant qu'«un tel homme arrivera difficilement à la vie (SuffxôXwç yàp Çi^ae-rai), il marque qu'il ne faut pas absolument désespérer du pardon divin ^ . La miséricorde de Dieu ne repousse ja-

1. Sur le sens da mot Su(txô>.(oç chez Hermas, voir d'Alès, op. cil., p. 80 et suiv.

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mais — Hermas le répète souvent — le cœur vraiment contrit.

Bien que notre auteur ne le dise pas expressément, il est donc certain que la péiîitence dont il parle n'est pas simplement affaire entre le pécheur et I>ieu, qu'elle offre le caractère d'une discipline ecclésiastique. L^Église est partout présente dans son livre j les pénitents sontde nouveaureçus dans l'Église aprèsen avoir été expulsés: et c'est à l'Église organisée, aux chefs mêmes de celte Église qu'Hermas doit communiquer ses révélations ( Vis. ii, 2, 6 ; 4, 2, 3 ; m, 8, 9-il ; 9, 7-10).

On s'est demandé seulement si la pénitence prêchée parHermas, celte pénitence accordée une fois à chaqne pécheur, avait dans sa pensée le caractère d'une institution lixe, permanente dans l'Église, ou bien si elle n'était qu'une faveur exceptionnelle, une sorte de jubilé octroyé seulement pour les fautes commises jusqu'au moment où il écrit, et sur lequel les chrétiens qui faîlirraient dans la suite ne devaient point compter. Alors, en effet, qu'Hermas au i/a/z^. iv, 3, 6, pose en principe que le chrétien baptisé qui tombe dans le péché peut faire pénitence une fois ([/.s-à t>,v xX^<tiv Ixsfvviv T7]V (^.eyaXriv xal (je[JLVr,v lav tiç... aj^apT/'cv], p.to:v [Ks-zdvotav e/ei), il proteste quelques lignes plus haut (3-4) que « ceux qui viennent maintenant d'embrasser la foi, de même que ceux qui l'embrasseront dans la suite, ne seront point admis à faire pénitence de leurs péchés : ils n'auront que le pardon des péchés antérieurs [à leur baptême]. Mais pour ceux qui ont été appelés avant ces derniers temps, le Seigneur a institué une pénitence », Et des déclarations toutes semblables, plus énergiques dans leur forme, se retrouvent Vis. II, 2, 4, 5, 8, et Simil. ix, 26, 6^

1. « Au sujet de ses élus, le Maître l'a juré pai- sa gloire : si, passé

Sur l'interprétation de ces texies, les critiques se sont divisés. Les uns ont pensé qu'Hermas, soit pour ne pas heurter de front un rigorisme puissant à son époque, soit parce qu'il croyait imminente la fin du monde, soit même pour quelque opportunité dont la nature nous écliappe, a en effet limité la possibilité de la pénitence aux seuls chrétiens qui avaient prévariqué avant l'accomplissement de sa mission. Le principe qu'il pose au M and. iv, 3, 6, doit s'entendre avec les restrictions qu'il a formulées lui-même dans les phrases précédentes et ailleurs. — D'autres critiques pensent au coiiti'aire qu'il ne faut pas prendre ces restrictiojis à la lettre, et qu'on doit maintenir au principe émis sa force absolue. Hermas croit vraiment et veut dire que tout chrétien de n'importe quelle époque, pécheur après son baptême, peut et pourra faire pénitence une fois. Seulement, comme il craint que les futurs chrétiens n'abusent de cette déclaration, il l'obscurcit en usant 4'un langage économique, et proteste qu'ils ne doivent pas compter sur cette faveur. 11 approuve même ce que disent certains didascales, qu'il n'existe pas d'autre pénitence que celle qui précède le baptême {Mand. iv, 3, 1, 2). Ces restrictions n'ont rien de dogmatique ni de doctrinal : il n'y faut voir que des artifices de langage plus ou moins heureux, imaginés par un apôtre qui veut écarter des chrétiens la tentation même du mal, et qui ne craint pas, pour y parvenir, d'outrer ses expressions.

ce jour, ils pèchent encore, il n'y a plus pour eux de salut; pour les justes, en être t, la pénitence a une limite; pour tous les saints, les jours de la pénitence touchent à leur terme; quant aux Gentils, ils ont jusqu'au dernier jour pour làirc pénitence » {,Vis. n, 2, S,). — <. ce que je dis là ne s'applique pas aux jours à venir.; qu'on n'aille donc plus renier le Seigneur et recourir à la pénitence! Car il n'y a plus de salut pom- quiconque désoTmais xenira-a ^son Maître » i..Simit. rx^ 26, 6).

156 LA THEOLOGIE AKTENICEENSB. "

De ces deux opinions on ne saurait nier que la première est mieux en harmonie avec les textes et plus respectueuse du caractère d'Hermas. Mais du reste, entre les deux, le choix importe assez peu au point de vue qui nous occupe, puisque, en définitive, nous sommes assurés que les restrictions apportées par Ilermas, si elles sont réelles, n'ont aucune attache dans la tradition et n'ont pas été motivées par des considérations doctrinales ^ On peut même ajouter que ces restrictions, il les a faites à regret, car toute son œuvre est pénétrée du sentiment de l'indulgence divine'^, et il lui arrive à lui-même de ne pas prendre à la rigueur les règles qu'il avait déjà posées^. Bon indice qu'il faut regarder dans le Pasteur l'esprit plus que la lettre, et ne pas interpréter trop étroitement les passages contraires en apparence à la coutume de l'Église.

Et maintenant comment doit se faire, en pratique, la pénitence? — J'ai déjà dit qu'Hermas, malheureusement, ne parle pas distinctement des exercices rituels qu'elle comportait : il parle surtout des dispositions qu'elle suppose et des effets qu'elle produit en l'homme. La pénitence commence par le repentir, par un changement des sentiments intimes : elle est une {AETavota [Simil. VII, 4), et ce repentir s'accompagne naturellement d'un aveu des péchés commis, l^ojjLoXoyïiffiç.

I. Il semble qu'Hermas soit particulièrement indigné de la làclieté avec laquelle certains chrétiens ont aposlasié dans la précédente persécution. Il veut bien que l'on pardonne à ces chrétiens pusillanimes, mais son esprit se révolte contre la pensée d'amnistier de nouvelles déraillances. Voir surtout les deux passages indiqués, Vis. ii, 2, 2, 4, S, 8; Simil. rx, 26, 6; et aussi le sarcasme de Vis. n, 3, 4.

a. Voir Mandat, iv, 3, 4, o ; ix, 3.

3. C'est le cas de Simil. ix, 4, 2. L'auteur avait fixé comme terme ultime pour faire pénitence le moment de sa prédication ou l'apparition de son livre. Orici, la construction de la tour, c'est-à-dire de l'Église, est suspendue, et un délai est accordé aux pécheurs pour faire pénitence.

Hermas mentionne assez souvent cette confession des péchés et la pratique lui-même ^ Toutefois, elle paraît toujours chez lui un acte de dévotion privée, un aveu fait à Dieu. Le changement intérieur cependant ne suffit pas : il faut que le converti de cœur subisse encore les peines que ses fautes ont méritées, crucifie son âme et son corps : « Tu t'imagines donc que les péchés des pénitents sont remis sur-le-champ? Pas du tout. Le pénitent doit soumettre lui-même son âme à la souffrance, pratiquer dans toute sa conduite une profonde humilité et souffrir toute sorte de tribulations » [Simil. vu, 4)^. Un tarif même est donné : une heure de plaisir défendu se rachète par trente jours de pénitenc-e, et un jour (douze heures) par une année [Simil. VI, 4). Un ange du châtiment est préposé aux coupables, qui est chargé de leur faire expier leurs prévarications [Simil. vi, 2, 5; 3, 1-5). A ces conditions le pécheur reçoit enfin son pardon ou plutôt sa guérison {ladiç)^. C'est Dieu qui en est l'auteur premier''. Mais le pénitent, qui peut désormais espérer de vivre, ne saurait vivre effectivement que moyennant un changement complet de conduite et une pratique exacte des commandements : « Que mes préceptes soient la règle de votre conduite, et vous vivrez pour Dieu » [Simil. vi, 1, 3, 4).

On a vu ci-dessus qu'Hermas traite du cas d'adultère

1. Vis. I, i, 3; m, 1, 5; Mand. x, 3, 2; Simil. n, S; ix, 23, 4.

3. Hermas a consacré à décrire cette expiation les Similitudes vi-et

3. C'est l'expression technique. Tandis qu'Hermas emploie le mot êçsffi; àtiapttwv pour désigner la rémission des péchés faite au baptême {Mand. iv, 1, 2, 3), il désigne toujours (sauf Mand. iv, U, 4) la rémission des péchés commis après le baptême par le mot tadtç [Vis. I, 1, 9; Mand. iv, 1, H; xii, 6, 2; Simil. v, 7, 3, i; vu, 4; viii, H, 3; ix, 83, 5; 28, S).

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