Mand. iv, 1, M ; Simil. v, 7, 3, 4 ; vu
158 LA THÉOLOGIE ANTÉlNIGÉENNE.
dans le mariage. Le mari, dit-il, qui a connaissance de l'infidélité de sa femme ne doit plus cohabiter aivec elle, sinon il participe à son péché ; mais il ne doit pas non plus se remarier, sans quoi il deviendrait adultère lui-même. Que si la femme revient à résipiscence, il doit la recevoir. Et il faut dire la même chose de la femme par rapport au mari [Mand. iv, 1, 4-10). Hermas n'autorise donc pas le divorce proprement dit pour cause d'adultère. Et la raison qu'il en donne, c'est que le repentir du coupable est possible et que l'autre conjoint ne doit rien faire qui y soit un obstacle : « Si l'on vous a défendu à tous, hommes ou femmes, de vous remarier, c'est qu'en ces matières la pénitence est possible ».
L'auteur du Pasteur avait donc conscience de la transformation que le droit évangélique avait fait subir au mariage. Avant lui, saint Ignace avait déjà posé en principe que le mariage des chrétiens est placé sous la surveillance de l'Église : « Il convient que les époux et les épouses contractent leur union avec l'approbation de l'évêque (^ETa fvwjxrjç tou iTCiaxoTTou), afin que le mariage soit selon le Seigneur et non suivant la passion » [Polyc.y v, 2).
Signalons enfin, en terminant ce paragraphe, les chapitres xvii et xviii du Martyriiim Polyearpi^ relatifs aux reliques de l'évêque de Smyrne. On y voit clairement marqués : 1° La différence entre le culte rendu à Jésus-Christ (dsSeffQat, TrpoaxuvoîîfAsv) et l'amour que l'on porte aux saints et à leurs reliques («yktcwijiev) ; — 2° Le soin de recueillir les restes des martyrs et les honneurs qu'on leur rend ; — 3° Enfin la célébration du dies natalis des confesseurs de la foi, et la joie que donne le souvenir de leur triomphe.
S 5- — Morale. Fins dernières
Le 11^ siècle, ainsi que nous allons le dire bientôt, ne connut pas seulement des erreurs dogmatiques : il en connut aussi de morales que l'Eglise dut condamner : et il ne sera pas inutile de constater comment elles se trouvaient par avance contredites par sa tradition.
On a vu plus haut comment les deux points de vue de saint Paul et de saint Jacques attribuant la justification et le salut, l'un principalement à la foi, l'autre principalement aux œuvres, loin de s'exclure, se complètent mutuellement et s'harmonisent. C'est bien ainsi que l'a compris saint Clément qui, tantôt avance que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres mais par la foi en laquelle Dieu, dès le commencement, a justifié tous les hommes ("xxxii, 3, 4), tantôt, venant à la pratique, insiste au contraire sur la nécessité des bonnes oeuvres et des actes vertueux (xxxiii, 1; XXXV, 2; cf. xxxi). Saint Polycarpe l'a compris de la même façon (comp. i, 3 avec u, 2; v, 2). Il ne suffît donc pas de croire pour être sauvé : « Celui qui accomplira ces [préceptes du Seigneur], écrit le Pseudo-Barnaïié, sera glorifié au royaume de Dieu : celui qui s'en éloignera périra avec ses œuvres. De là la résurrection, de là la rétribution » (dvTaTCoooiJia. xxi, 1; cf. IV, 12; xix, 11). Les bonnes œuvres sont une compensation (àvTifjitcôia) que nous donnons à Jésus- Christ pour ce qu'il a fait pour nous^
Entre ces bonnes œuvres cependant Hermas distingue nettement de celles qui sont obligatoires celles, qui sont de simple conseil et « au delà du précepte »
i. Secunda Cleni., i, 3, o; m, 3, 4; iv, 3; v, 1, 6, etc.
160 LA THÉOLOGIE ANTENICÉENNE.
(IxT^ç TY,ç IvToX^ç Tou ôeoû, Simil. V, 3, 2-3). L'observation des préceptes s'impose absolument : sans elle impospossible d'avoir la vie ni d'hériter des promesses divines ^ . Le mot d'ordre est qu'il faut « garder immaculé le sceau » (tripiiffaTe tV o"f(>(XYiS«)2j c'est-à-dire la grâce du baptême. Comment? En fuyant les désordres et en pratiquant les vertus indiqués dans le petit catéchisme moral des Deux voies, que l'auteur de la Didachè a mis en tête de son livre (i-vi)^. On évitera donc de souiller sa chair, puisque, en le faisant, c'est à l'Eglise, au Christ qu'on s'attaque''. On excitera en soi la foi, l'espérance, la charité, éléments de toute la justice^, a la foi et l'amour de Jésus-Christ qui sont le commencement et la fin de la vie », et dont « toutes les autres choses découlent pour la bonne conduite^ ». Puis on s'appliquera aux vertus d'humilité, de douceur, d'obéissance, de support et de charité mutuelle, gardiennes de la paix et de l'union dans les communautés chrétiennes"^. On vivra dans la simplicité, l'innocence et la pureté, disposition éminemment agréable à Dieu*.
Saint Ignace a profondément, suivant sa coutume, caractérisé cette vie chrétienne comme la vie de Jésus en nous. Jésus est notre vie, non seulement en ce sens qu'il nous a apporté la vie éternelle, mais en ce sens que, demeurant personnellement en nous, il est en nous principe véritable et indéfectible de vie (xo iSi«-