Herhas, Simil. ix
eU To àXr,ôivov ^îîv, Eph.j m. 2; xi, 1; Magn., i, 2; cf. XV ; Smyrn., iv, 1; cf. Trall., ix, 2). Il habite en nous el nous sommes ses temples : il est notre Dieu en nous [Eph., XV, 3; cf. Magn., xii, xiv; Rom., vi, 3). De là le nom de Oeo^o'poç qu'Ignace prend pour luimême dans le titre de ses épîtres, et les épithètes de ôeocpopoi, vao'iopoi, ^piaxocpopoi, àyio'fopoi qu'il donne aux Éphésiens (ix, 2); de là l'union qu'il souhaite aux Églises avec la chair et l'esprit de Jésus-Christ, avec le Père et Jésus [Magn., i, 2).
A ces exhortations d'un caractère un peu général se joint l'indication de quelques œuvres spécialement recommandées. Entre les œuvres de pénitence Hermas place le jeûne [Vis. m, 1, 2) '. Toutefois il le faut bien comprendre, car ce n'est pas le jeûne purement matériel qui plaît à Dieu, mais avant tout l'éloignement du mal [Simil. v, 1). Ce jeûne d'ailleurs doit être tourné en aumône [Simil. v, 3, 7), L'aumône est en effet présentée par la Secunda démentis comme l'œuvre de pénitence et l'allégement par excellence du péché (xouçicixoc ajxapTi'aç) : elle vaut mieux que le jeûne qui lui-même est préférable à la prière (xvi, 4).
Quant aux œuvres de surérogation, nous trouvons surtout conseillée la continence sous toutes ses formes. Hermas, qui permet les secondes noces, leur préfère la viduité bien observée [Mand. iv, 4, 1, 2). Lui-même est un continent, un encratite ('EpfAa; 6 ly^paxiiç, Vis. i, 2, 4; cf. n, 3, 2) — expression qu'il ne faut pas prendre au sens péjoratif, — et il vivra désormais avec sa femme comme avec une sœur [Vis. ii, 2, 3; 3, 1). « Si quelqu'un, écrit Ignace, peut demeurer dans la chasteté pour honorer la chair du Seigneur, qu'il y demeure, mais sans orgueil » [Polyc, v, 2).
1. La Didacbè indique déjà comme jours de jeûne le mercredi et le vendredi (vm, -1).
162 LA THÉGLOGIB ANTENiCEENNB.
La froide analyse que nous venons de faire montre bien le bel équilibre que la morale chrétienne gardait dans ces temps primitifs chez les auteurs avoués par l'Église : elle ne révèle pas l'intensité de vie chrétienne qui s'y faisait jour parfois, et qui soulevait au-dessus d elles-mêmes les âmes des martyrs et des saints. C'est en lisant les épîtres de saint Ignace qu'on en prend la plus juste idée. On connaît sur son amour pour les sonfîrances et sa soif du martyre les passages classiques de sa lettre aux Tralliens (iv, 1, 2) et surtout de sa lettre aux Romains (iv, 1; v, 2, 3 et passim)', mais son désir d'être réuni à Dieu lui inspire aussi de temps à autre des accents d'un mysticisme passionné : « Mon amour est crucifié, et il n'y a point en moi de feu pour la matière; mais il y a une eau vive et parlante qui me dit : Viens au Père! » [Rom., vu, 2).
Un des grands motifs mis en avant par nos auteurs pour engager les fidèles à pratiquer leurs devoirs et à faire pénitence, c'est le jugement final et la récompense ou le châtiment que leur conduite leur vaudra. Conformément à une croyance qui persistera longtemps, Hermas pense que ]a fin du monde est proche {Vis, III, 8, 9). Le Psèudo-Barnabé, tout en paraissant partager ce sentiment (iv, 3; xxi, 3; cf. vu, 8, 24), donne des calculs précis au chapitre xv, 4-9. Les six jours de la création représentent six mille ans, car un jour du Seigneur est de mille ans (cf. Ps. xc, 4 ; II Pétri, m, 8). Le monde doit donc durer 6000 ans, dont la majeure partie est déjà écoulée. Le septième jour, c'est-à-dire au commencement du septième millénaire, apparaîtra le Fils de Dieu : il détruira le temps de l'impie (tov xaipov xou àvofxou) — entendons de l'Antéchrist — et jugera les méchants (cf. vu, 2). Ce sera le repos. Tout étant renouvelé, les justes sanctifieront le septième
millénaire avec le Christ. Mais ce sabbat lui-même ne sera qu'une préparation au Jmitième jour, qui marquera le commencement d'un monde nouveau»
Nous trouvons ici formulée la croyance millénariste, dont nous aurons à reparler, et à laquelle on sait que Papias donnait l'expression la plus naïvement réaliste ' . Il est remarquable toutefois que les documents qui la présentent sont des moins autorisés parmi ceux que nous étudions. Les autres ont simplement reproduit l'eschatologie de l'Évangile, celle de saint Paul et des apôtres.
L'heure de la venue du Seigneur est incertaine, mais elle sera précédée de l'apparition de l'Antéchrist « comme fils de Dieu » et du scandale d'un grand nombre ^. Alors les morts ressusciteront. On sait que ce dogme était un de ceux que les docètes et le gnosticisme naissant repoussaient, et c'est pourquoi nous le trouvons longuement démontré chez saint Clément (xxiv-xxvi, 3), et énergiquement affirmé par la Secunda démentis (xi, 1, 4), saint Ignace ( Trall.y ix, 2) et saint Pôlycarpe (vu, 1, 2; Martyr., xiv, 2). « Celui qui nie la résurrection et le jugement, écrit l'évêque de Smyrne, est le premier-né de Satan ^. »
Le jugement discernera les bonsd'avec les méchants, et démêlera la confusion dans laquelle ils vivent icibas^. Dieu traitera chacun suivant ses œuvres^. Le sort des réprouvés sera terrible. Les impénitents, les pécheurs, les païens, les désobéissants, les faux docteurs seront jetés au feu éternel (eU to Tuûp to affSeaxov) ;
1. s. IKÉNÉE, Adv. haeres v, 33, 3 et suiv.; Eusèbe, H. E.,m, 39, 42