‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 51 sur 1102 · LA THEOLOGIE ANTENICEENNE · texte numérisé non relu

LA THEOLOGIE ANTENICEENNE

racines s'aperçoivent déjà, nous l'avons dit, dans les écrits de saint Paul, y apparaît à l'époque d'Hadrien et d'Antonin (117-161) avec Ménandre, Saturnin, Basilide, Valentin, Carpocrate, et se développe régulièrement jusqu'à la fin. Cette première phase est caractérisée — au moins dans les commencements — par la supériorité intellectuelle et souvent morale de ceux qui éta blissent les sectes, par la tendance plus philosophique des systèmes, par la distinction plus nettement tranchée des écoles. Puis, au commencement du iii^ siècle, s'ouvre une seconde période. De nouvelles sectes apparaissent et pullulent avec des noms étranges, fondées par des hommes inconnus ou médiocres. Leurs systèmes absorbent peu à peu les grandes théories de l'âge précédent, mais tendent d'ailleurs à se rapprocher entre eux, de façon à n'être plus que des variétés dans un fond de doctrine commune. En même temps l'élément philosophique cède la place à l'élément purement religieux ou encore théurgique. Au lieu de raisonner, on s'appuie sur des révélations — les apocryphes foisonnent — ; au lieu d'instruire, on multiplie les rites et les cérémonies mystérieuses. La tenue morale n'y gagne pas, et certaines sectes y descendent à l'extrême infamie. Aussi font-elles secret de leur enseignement et dissimulent-elles leur existence même. Seul un hasard heureux les a souvent fait connaître. Quant à une classification des systèmes gnostiques, peut-être offrent-ils un ensemble trop complexe et d'ailleurs trop imparfaitement connu pour qu'il soit possible d'en donner une satisfaisante. On n'y a pas, en tout cas, encore réussi, et celles que Ton a proposées diffèrent nécessairement suivant le point de vue auquel les auteurs se sont placés. La plus suivie se met au point de vue géographique et partage les systèmes en deux grandes catégories : ceux qui

viennent de Syrie et qui ont emprunté aux religions syrienne, clialdéenne et perse : ils composent la gnose syrienne dont les principaux représentants sont Simon le magicien, Ménandre, Saturnin, les ophites de saint Irénée, les caïnites et Justin. La seconde catégorie embrasse les systèmes qui sont nés sur le sol et ont emprunté à la religion de l'ancienne Egypte : c'est la gnose alexandrine à laquelle il faut rapporter Basilide, Valentin et ses disciples (Ptolémée, Héracléon pour l'école italique; Théodote, Marcus, Secundus, Axionicus pour l'école orientale), Carpocrate et Epiplianc, les docètes, et les ophites alexandrins (uaasséniens, pérates, sethiens, etc.). Le marcionisrae, souvent donné comme une branche de la gnose, présente une physionomie spéciale et doit être traité à part.

De ce grand nombre de systèmes plus ou moins heureusement construits on n'attend pas que nous donnions ici une analyse détaillée : travail fastidieux et peu nécessaire que les proportions do ce volume ne permettent pas de réaliser. Mieux vaut en noter les doctrines principales et caractéristiques, en signalant, quand il y aura lieu, les divergences plus importantes.

Le Dieu suprême est généralement conçu comme unique. Au milieu des êtres divins qui l'entourent, qu'ils émanent ou non de lui, il apparaît le seul de son rang^ Dans quelques systèmes — par exemple celui des ophites de saint Irénée — on retrouve des traces évidentes de la Trinité chrétienne. Le premier principe y comprend le Père (le premier homme), le Fils (Ennoia,le second homme), et le Saint-Esprit considéré comme être féminin 2.

Ce premier principe. Dieu suprême, Père de toutes

\. Ptolemaei ad Floram epistula, P. G., VII, 1289. 2. Adv. haeres., I, 30, 4.

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choses, est inconnu du monde inférieur, souvent même des êtres qui rapproelient de plus près. On tend à en faire une abstraction (^uôoç, ô oùx oiv ôso'ç) : c'est un raffinement du platonisme ou un emprunt aux vieilles cosmogonies qui voient dans le chaos et l'aMme, c'està-dire dans le néant de la lumière et de l'ordre, la source du cosmos.

Entre le Dieu suprême et le monde inférieur se place un monde supra-sensible, divin, g-énéralement émane du premier principe, et qui doit combler la distance entre l'infini et le fini, l'absolu et le relatif, et expliquer la création. On l'appelle le pléréme, l'ogdoadc. Il est composé tantôt d'êtres qui semblent bien réels et concrets, comme dans la gnose syrienne en général, tantôt, comme dans les systèmes de Simon et de Valentin, d'abstractions, de passions personnifiées présentées deux à deux comme éiémenls masculin et féminin, formant des syzygies : voïï(;eteTn'voia,çtoviietovo{/.a, ou bien l'Esprit et la Yérité, le Verbe et la Vie, etc. Entre les éons ainsi mentionnés il faut, distinguer l'éon Christ ou Jésus, qui descendra plus tard sur le Rédempteur ^

C'est d'un ou de plusieurs de ces éons inférieurs au Père universel que vient la création^. La matière et l'esprit en effet ne sont pas conçus comme deux formes diverses, inégales en perfection, de l'être, mais comme deux formes contrai^ictoires, s'exeluant en quelque sorte l'une l'autre. L'esprit est bon, la matière est mauvaise : elle est le fxvi ov : elle ne peut donc être l'œuvre de Dieu qui est excellemment esprit. Le démiurge se trouve dès lors forcément distingué de Dieu : l'homme et le monde viennent d'un être subalterne. De là à regarder ce démiurge comme un être mauvais la

i. s. IitÉxÉE, Adv. haeres., i, 2, G.

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