‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 68 sur 1102 · Voir VÉpître à Diognite, V · texte numérisé non relu

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taines croyances du paganisme. Dans ces conditions, leur christianisme prend l'aspect d'une sagesse humaine très haute ou d'une religion épurée qui se rapproche par certains côtés des religions connues. Mais il s'en faut bien qu'un pareil concept corresponde à toute leur pensée. Nous savons que leur symbole contenait autre chose. Il comprenait notamment des vérités d'ordre spécifiquement surnaturel et chrétien, que l'on retrouve soit dans ceux de leurs écrits qui sont destinés aux fidèles, soit encore dans leurs apologies aux païens et aux juifs, car il leur arrive, même dans ces derniers ouvrages, de révéler leur foi tout entière. Les apologistes ne sont donc pas uniquement des philosophes, ils sont des croyants, et rien ne serait plus décevant que de vouloir, de leur silence, conclure à leur ignorance de certains mystères. Ce silence en général s'explique trop bien pour qu'on en puisse tirer un argument contre eux.

Cela n'empêche pas que nous ne devions, pour les étudier, distinguer les deux points de vue, et les considérer successivement comme défenseurs et comme docteurs de la foi. C'est sous le premier aspect exclusivement que nous les considérons dans ce chapitre, renvoyant au suivant d'examiner leur théologie.

§ 2. — L'apologétique des apologistes, et leur conception de la révélation.

La tâche des apologistes comme tels, nous l'avons remarqué, était double : ils voulaient, d'une part, disculper le christianisme et obtenir pour lui la tolérance; de l'autre, en montrer le bien-fondé et lui gagner des adhérents.

Le premier point était affaire de constatation et

239 LATJCGCiEa€Ifi^AN-3?ÉSreÉM^'5îE.

de diseuHsicai; juràiâïpie. Oti< ajectisait' les- ôhi^étiefns- d'àthâsme' et &kMpiéls&,- de n'hdorer aueuiï; dieu: ef def mépriser ceux Ss- V empire, paT' conséquent d'être? ea révolte c©iitEe i'aatomté des lois:, coufÊtMes- d© lèsemajesté de TerapeiFeur et dû peuple; Oïl les; accusait eoEoire. d'infanticidet et d'antÎKiapophagie^ d& festins de THyesfe;. de terpittrdeSj d'inxiestes infâmes, d'unions rappelant celle; d^GBdipe;^.. A ces calomnies on ne pouvait répondre^ que* par di" énergiques;^ déffégationS) eif en en; appelant aux? faits. Noïi^ pépétèreiït les apolc^stes?, pouF n'adorer pas les' dieux et les idoles du pa^arasnïe', les chrétiens ne sont pas^ des athées= et dfest g-ens^ sans religion. Ils ne- sont- pas les; ennemis dê^ l'empire', eu» qui, rejetant d'aiilïîurs toute; ambition ts^restre, prien* pour sa? prospérité' et pour Ife salutà^yempereuns,. eux, dont, le loyalisme est absolu^ et, qur^,, en:- tà'suvaiilla'nt à» f®rmeî" des hommes vertueux, travaiJien* da méja^ coup à fournir à l'État ses 'meiHeursîcitoyeïrs^.. Quan* aux crimes et aux: infamies! dont oni Tersf accuse^, la pureté de leurs? nsosuîJs; en générall, leur, aveipsions des; spectacles: et^ des^jeux du' cirque! suffisent à- les^ eai l^irver' : e'est bien plutôt aux païens que Ihn dev-rait re»procher pareilles- horreurs K

Ces crimes,- d'ailleuits, rien:n^leffa=étai)iis riisn-Oût pas même fait l'objet d'une enquête ; et l'on est donc injuste quand l'on condamne les chrétiens uniquement sur Ifeur nx)m-, leur qualfté' dfe' chrétiens^, san"^ preuve de leur culpabilité, sans leur accorder ce que l'on ne

i'. Ce" sontlfefS'troikcOiefk d'acCuBallbïïS qaé iësùvùB-jahé'asgttee rl'pia

2. Si JUSTIN, I Apol., VI, IX, xi-xiii; Tatien, 4; Athénagore, Supplie, 4^0i, W; TËÉbpmiiKv i; 3-T>' MiN«c«j§, 3â^' t^tcaiEiJ,- lOi" 14, m, 3bi3S; 38i

3. S. Justin, I Apol., xv-xvii, xxvii, xxix; Tatiek-, 2S^^iaîaÉift,-i;«ïJpi.j,32i 33; TnÉOPHiLK,, m, 3, i^;.Ep. à.Diogn.,.y,.l-i6; vi; Mmuaiis, 28-31; TÉit^ tCi.MENS ^- % 9.-

pe&sepas aux autres, accusés, ledroifcde se d^fèîHli?e et; de prouver leuE rnraoeence/v

Cette première partie de la défense! diesapoî-ogist'eSj qweique: intéressaiiite qu'elle sott»- n'est pas cependairt celle qui imparte le plus; à natre: sujet. Nous voulions ici savoir suctout sous quel jour^ ils ont présfeiïté- le ehanst-iaBisme à leurs adversaires, eC ©ommenï ils oat envisagé ses rap^ports avec la philosopMe et les aufres religions en cours.

La philosopMe était, au; 11? siècle, le meilfeu'P eî mèmelet seul terraini commun- où pusseM se rencontrer les gens édairês,, ée quelque^ reMgioH qu'ils vinssent. Tous les<. aftOîlogistes; cependairt' ne gardèrent pas à soa égard, la même attitude. Encore que TatBêwv. Tèrtullien et Hermiaa ne condamnent pas généralementtoute philosophie, mais seulement cette- science orgueilleuae< qui repousse Dieu, et. se croit capable de résoudre seule' les. pitoblèmesH de notre; origine et de' notre destinée, on, ne: saurait nier qu!ils ne lui sont pas favorables!, et qu'ils prennent à baibuer les philosophes uia plaisir excessif^ Les autres ap©î)ogistes', philosophes- euxrmêniies! avanè d'être; chrétijsns et demeurés ; tais aprèsi leur conversioB, ont, aa contraire, plus volontifiESi invoqué T'autorité de la: philosophie^, et: se sont efforcés de montrer que: la religion^ nouvelle était pour Le fondd'accordavee elle. Geluè qui aie plus largement comprisf et exposé ©atte harmonie est saint Justin.

Il com-menee par poser en- principe que le* cbristrai~ ndsme est une. philosophie,, la. seule sâre et utilev et qu'en l'embrassant on est et on reste philosophe : Tau-

li. a*>IiSMîri F.Apol.,.n; Mstsi, Supplù:i,.t, 2; TERTOuaEN-, 2,. 3.. t. Tatien, 1-3; Tertullien, 46; Hermias, tout entier.

232 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

S^ xal Sià TàuTK çiXoaocpoç lyto [Dial.j viii, 1, 2)*, Entre la doctrine chrétienne en effet et l'enseignement des meilleures écoles philosophiques il existe une ressemblance ou même une identité que l'on ne saurait méconnaître. Les différences qui les séparent sont des nuances plutôt que des oppositions (// ApoL, xiii), La foi n'affirme sur bien des points que ce qu'ont professé Platon, Ménandre, les stoïciens; seulement elle l'affirme plus pleinement et avec une autorité divine ; et elle ne se contente pas de l'affirmer, elle le démontre 2,

Quelle explication donner de cette ressemblance? Saint Justin en indique deux. La première qu'il a trouvée déjà dans les Juifs alexandrins, et que les autres apologistes ont accueillie à sa suite, est que les philosophes ont connu les livres de l'Ancien Testament, et y ont puisé les vérités qu'ils nous transmettent^. La seconde dont il est bien l'auteur, est que le Logos divin, qui a apparu à l'origine du christianisme sous la forme humaine, a de fait toujours agi et s'est continuellement manifesté dans le monde. Chez les Juifs, il s'est montré dans les théophanies, il a parlé par les prophètes et enseigné par les écrivains sacrés. Chez les païens, il a parlé. aussi et enseigné par les philosophes. Ceux-ci sans doute ne l'ont possédé que partiellement (xaTà pipoç), et c'est pourquoi ils ont commis des erreurs, et ne sont arrivés qu'avec peine à la lumière (Si' eupÉcew; xat ôswpi'a;) ; mais enfin la semence du Verbe, le Verbe séminal (ffTrépfjia tou Xo'you, {yTrepp-a- Tixoç 6eïoç Xo'yoç), déposé d'ailleurs dès le principe dans toute intelligence humaine, était en eux, et c'est grâce

1. Tatien (35) appelle de même la doctrine chrétienne 'h x«9' tjjaôcî pipêapo; ptXocoçta.

2. Mei<(5vt«>; xaî 6c!w; -/.at fiôvoi (xet' ànoÔEcfewç {I ApoL, xx).

3. lApol., XLiv, 8, 9; Lix; Tatien, 40 ; Théophile, h, 37, 38; MiNUCins, 34; Tertuluen, 47

à son secours qu'ils ont pu découvrir les vérités qu'ils ont proclamées et dont il était pour ainsi dire le parent (cruYYevEç). Aussi ne saurait-il y avoir d'opposition entre la philosophie et le christianisme. Tous ceux qui ont vécu avec le Logos sont chrétiens, quand bien même, durant leur vie, on les aurait jugés athées. Tels, chez les Grecs, Socrate et Heraclite, chez les barbares, Abraham, Ananias, Azarias et les autres. Tout ce qui s'est dit de bon et de juste dans le monde entier appartient aux chrétiens : "Ooa oûv 7r«pà Traai y.aX55; £tpr,-cai /)(ji.5)V Twv ypKJtiavwv IffTl ' .

On voit assez la largeur d'une^ pareille doctrine, qui fait rentrer la philosophie dans le christianisme, et semble présenter Jésus- Christ comme continuant simplement et couronnant l'œuvre de Socrate^. Estce donc que saint Justin ne met entre la philosophie et la religion révélée qu'une différence de degré dans la manifestation de la même vérité, et pense-t-il réellement que les philosophes ont été, au sens propre, bien que dans une mesure restreinte, inspirés de Dieu? Nous ne le croyons pas. Bien qu'il ne s'exprime nulle part en effet d'une façon absolument claire, et qu'il paraisse çà et là parler du (r7rsp[/.axixoi; lôyoç comme du Verbe personnel et incréé ^, il est plus probable qu'il ne désigne en définitive par ce mot que la raison humaine, dérivation de la sagesse éternelle, mais elle-même créée et finie. Car il remarque, nous l'avons dit, que cette semence du Verbe a été déposée dans toute l'espèce humaine'', et « autre chose, observe-t-il, est la semence et l'image d'un être communiquée suivant les forces [de celui qui la reçoit], autre chose cet être lui-même

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