‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 682 sur 1102 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

M. Duchesne, M. Tixeront fut pour ses débuts chargé d'enseigner, au grand séminaire de Lyon, la philosophie scolastique, trois ans, puis l'apologétique, cinq ans. Ces occupations ne le détournèrent pas du travail qu'il s'était fixé, il le mûrit lentement et sûrement : en 1888, il publia enfin la thèse de doctorat en théologie qu'il soutint à l'Institut catholique, Les origines de l'Église iTEdesse et la légende d'Abgar, Étude critique suivie de deux textes orientaux inédits (Paris, 1888). Ce travail était de tout point personnel et remarquable.

La légende du roi Abgar, qu'Eusèbe a recueillie dans son Histoire ecclésiastique, et devant laquelle s'était montrée hésitante la bonne foi de Baronius et de Tillemont, appelait une critique décisive : il fallait en faire l'histoire littéraire, d'abord, et quand on en aurait discerné et daté les rédactions, alors, et alors seulement, on pourrait dire ce qu'elle contenait de croyable. M. Zahn et M. Lipsius en avaient traité (1880 et 1881) sans tomber d'accord : il y avait lieu de reprendre après eux le problème et d'arbitrer la controverse. M. Tixeront y réussit. Les -conclusions auxquelles il aboutit, par une discussion approfondie, ferme, judicieuse, sont les conclusions qui se sont imposées et qui n'ont pas varié depuis.

La plus ancienne forme de la légende, qui s'est établie au m* siècle, a été recueillie par Eusèb.e et prise par lui à un récit syriaque, édessénien de provenance. Plus tard, à la fin du ly^ siècle ou au début du v% ce récit a été remanié en syriaque et traduit en . grec, c'est la fameuse Doctrina Addai. Les lettres supposées d' Abgar à Jésus et de Jésus à Abgar sont uns fiction, la venue d' Addai à Edesse immédiatement

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après l'ascension du Sauveur est une fiction tout autant, il faut renoncer à trouver une Église établie en Osroène avant le milieu du second siècle. Le premier é.vêqué connu d'Édesse, Palout, apparaît vers ï'an 200.

En appendice de sa thèse, M. Tixeront étudiait les récits et les légendes relatives a l'invention de la vraie croix. \j3l Doctrina Addai, en effet, contient un récit épisodique de la découverte de la croix, qui attribue la découvertes à la femme de l'empereur Claude, Protoriiké, convertie par saint Pierre, partant en pèlerinage pour Jérusalem où elle est reçue par saint Jacques, et se faisant remettre par les Juifs le sépulcre du Christ : on y trouve trois croix, dont l'une se révèle par un miracle être la croix du Christ. L'impératrice retourne à Rome et Claude expulse les Juifs d'Italie. Cette légende n'est pas la seule : il existe un autre récit, qui suppose l'empereur Constantin, converti et baptisé, envoyant sa mère, sainte Hélène, à Jérusalem à la recherche de la vraie croix. Hélène réunit les Juifs et les somme de lui dire où ils cachent la croix. Un Juif nommé Judas, descendant de Nicodème, mène Hélène au Calvaire, où, à vingt pieds de profondeur, on déterre trois croix, etc. Judas se convertit et peu après, sous le nom de Cyriaque, il est fait évêque de Jérusalem. Hélène expulse les Juifs de la Judée. Une troisième légende est celle qui montre sainte Hélène arrivant en pèlerinage à Jérusalem, et par une inspiration divine cherchant au Calvaire la croix du Christ enfouie par les Juifs : elle fait creuser le sol, on déterre trois croix, etc. Cette légende est produite pour la première fois par saint Ambroise, en 395, dans son panégyrique de Théodose.

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M. Tixeront avait à s'orienter et à prendre parti. La légende de Protoniké peut remonter au début du v^ siècle ou au dernier tiers du iv® : elle est syrienne, elle est antérieure à la légende de Judas-Cyriaque, elle est d'un temps et d'un milieu qui ignorait le rôle d'Hélène. Cependant M. Tixeront, avec M. Lipsius, crfiit que la légende d'Hélène attestée par saint Ambpoise, est indépendante et antérieure. Elle n'a "contre elle que le silence d'Eusèbe.

Si nous nous sommes arrêté à analyser la thèse de M. Tixeront, c'est que nous voulions faire apprécier la méthode qu'il appliquait et la fermeté de ses conclusions. M. Dnchesnè [Bulletin critique] V' février 1889) a exprimé le regret qu'il eût laissé en dehors de ses recherches l'étude du souvenir de saint Thomas à Edesse, et de son tombeau qui y fut en si grande vénération. Lui-même nous apprend que M. Tixeront avait l'intention de diriger ses études du côté de l'histoire ecclésiastique de la Mésopotamie et de la Perse : il commençait par Edesse, et à Edesse par les origines : il pourrait penser plus tard à cette Eglise de Perse qui, au Moyen Age, étendit tellement ses missions, qu'elle compta jusqu'à vingt-cinq métropoles, de Nisibe à Bombay et à Példn, et sans oublier la fameuse inscription nestorienne de Hsi-an-fu, Il eût fallu, pour que ce vaste dessein s'exécutât, que M. Tixeront fût encouragé, ce fut le contraire qui arriva. Sa thèse fut attaquée avec vivacité dans une revue de Lille, la Revue des sciences ecclésiastiques^ . M. Paulin Martin

i. Les attaques contre l'abbé Ducliesne et son enseignement sur la doctrine trinitaire auléaiccenne, en 1S82, étaient veuues de la même revue et procédaient (peut-on croire) de la même inspiration. Voyez M^"- B^UDRiLLART, Vie de M^' d'Hulst, 1. 1 (1912), pp. 459 462.

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croyait devoir témoigner ainsi de son peu de goût p,our la critique de M. Duchesne, qui le lui rendait largement. Saint-Sulpice ne s'émut pas plus qu'il ne convenait de ces attaques, et M. Tixeront fut en 1889 promu à la chaire de dogme, au grand séminaire de Lyon.

Dès la seconde année, il dut interrompre son enseignement, pour ménager ses forces qui s'épuisaient. On lui donna le cours de prédication qui ne comptait "guère qu'une leçon par semaine; en 1892, il put assumer le cours de morale ; en 1896, il fut nommé directeur du séminaire des Facultés catholiques de Lyon, qui était quasi un poste de retraite. M. Tixeront avait alors quarante ans. Nous ne douterons pas que sa santé expliquât cette retraite, mais il s'y ajoutait que M. Tixeront n'avait été invité par personne à poursuivre ses études sur l'histoire ecclésiastique d'Edesse. '

En 1895, au moment où nous travaillions à mettre sur pied la Bibliothèque de l'enseignement de l'histoire ecclésiastique^ il -fut un des tout premiers auxquels je pensai à demander leur collaboration. Je me rendis à Lyon pour le décider. Je le trouvai très découragé de rien faire et tournant résolument le dos aux études d'histoire critique qui lui avaient valu d'être suspect. J'insistai. Il me proposait une histoire de la prédication dont son cours du grand séminaire lui avait mis en mains les éléments. Je refusai. C'était une Z?w toi/ e des dogmes dont notre littérature catholique avait besoin. Ni M^"" Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique pendant les trois premiers siècles de l'Eglise et jusqu'au concile de Nicée (1852), ni J. Schwane, Histoire des dogmes, dont on allait publier une traduction

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