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Tatien, 5; Athén., Suppl

248 LA. THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

n'est pas diminuée parce que d'autres torches y ont été allumées, ainsi le Logos, en sortant de la puissance du Père, ne priva pas de Logos celui qui l'avait engendré (ou-/. ccXoyov T:sr.oif\y.z tov YETevvTjjcoTa). Moi-même, par exemple, je vous parle et vous m'entendez, et moi qui m'adresse à vous, je ne suis pas privé de mon logos, parce qu'il se transmet de moi à vous ; mais, en émettant ma parole, je me propose d'organiser la matière confuse qui est en vous r (5) *.

Voilà exactement ce que répète saint Justin [Dlal.j Lxi, 2; cxxviii, 4) et ce que supposent Athénagore [Suppl.j 10) et Théophile (ii, 22). On trouve là l'origine du çwç ex (pwToç de Nicée.

Ainsi, suivant les apologistes, le Verbe est vraiment Dieu, Fils de Dieu, engendré de lui et par conséquent de sa substance, réellement distinct, mais non séparé du Père. C'est tout le fond de la définition de Nicée, et il suffirait, pour l'obtenir, d'appliquer à ces données une terminologie précise. On exagère donc singulièrement tout au moins, quand on présente, comme on l'a fait quelquefois, nos auteurs comme des arianisants 2. Il ne faut pas méconnaître cependant que quelquesunes de leurs expressions ont pu donner prétexte à ces accusations; et ce sont ces difficultés que nous devons maintenant examiner.

La première porte sur le moment que les apologistes paraissent attribuer à la génération du Fils ^. Quelques-uns de leurs textes, dit-on, nous représentent le

1. La traduction de ce morceau est celle de H. Puech, Recherches sur le Discours aux Grecs de Tatien.

2. On sait que, pour Tatien, l'accusation.est ancienne. Voir les scolies du vas. 174 reproduites par Otto, Corpus apologet., VI, p. 20, note 1. — Petau lui-même a certainement dépassé la mesure dans son De Trù nitate, lib. I, cap. m.

3. Bien qu'il y ait des nuances à établir entre eux, et que le langage d'Atliénagore» par exemple, soit bien plus correct que celui de Tatien, on peut, je crois, traiter des quatre apologistes grecs à la fois relativement à la question qui nous occupe. C'est, au fond, la même idée que l'on retrouve ciiez tous, et qu'on retrouvera plus tard chez TertulUen et saint Hippolyte.

LE DOGME DANS LA SECONDE MOITIÉ DU îl« SIÈCLE. :^49

Verbe comme engendré sans doute antérieurement à la création, mais pour la création, et conséquemment à la résolution formée par Dieu de créer. Sa génération est ainsi l'effet d'un acte libre, l'effet do la volonté de Dieu, et, si l'on ne peut dire qu'elle s'est produite dans le temps, on ne saurait dire non plus qu'elle est éternelle. Antérieurement à cet acte générateur, le Verbe existait évidemment, mais comme simple attribut, comme raison immanente (Xoyix^ Suva[xiç) de Dieu — lequel n'a jamais été dtXoyoç — , non comme personne distincte. C'est la génération qui le tire de cet état d'impersonnalité pour en faire un autre relativement au Père.

Cette doctrine a reçu le nom de doctrine de la génération temporelle ; et sur elle s'en greffe une seconde qui donne lieu à une nouvelle difficulté. C'est celle de la subordination du Fils par rapport au Père. Le Fils est le ministre du Père : « Il n'a jamais fait que ce que le Créateur du monde, au-dessus de qui il n'est point d'autre Dieu, a voulu qu'il fit et qu'il dît ». « Il est sous les ordres du Père, et préside à l'exécution de ses desseins » . Il est Dieu et Seigneur « sous le Créateur de tout ^ ». Bien plus, il possède, pour entrer en contact avec le fini et le contingent, une aptitude que ne possède pas le Père. Celui-ci, Dieu incommensurable et transcendant, ne saurait ni apparaître surJa terre ni être présent en un lieu déterminé : et aussi ne saurait-on lui rapporter les théophanies de l'Ancien Testament. Mais le Verbe, lui, peut se manifester, être vu, contenu dans un lieu ; et c'est de lui en effet qu'il est question dans les récits bibliques sur les apparitions divines ^.

\. s. Justin, Liai,, lvi, 4, 11 ; lx, 2, 5 ; lxi, 1 ; cxxvi, S ; cxxvii, 4 ; 1 Apoh, XIII, 3, 4.

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