‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 856 sur 1102 · Ibid., col · texte numérisé non relu

Ibid., col

LA THÉOLOGIE GRECQUE DU V AU VII' SIÈCLE. 2iQ.

aitinventté l'argimieiit de toutes pièces. Or, de cette cGnveBsianijlui, Théodorety qui parle par la boncÈe de l'optliodoxe, Be veut point. Il réplique que^ précisément, le fait invoqué es* faux. « Après la sanctification, les symboles mystiques ne perdent pas leur nature propre; ils demeurent et dans leur substance première^ et dans leur apparence, et dans leur forme, visibles et tangibles comme auparavant. On ne peut que concevoir ce qu'ils deviennent, et le croire, et l'adorer comme s'ils: étaient ce que l'on croit ^ . »

Tbéodoret tfadmet donc pas que le pain et 1& vin soient convertis dans leur nature et leur substance ((pudiç, oôoîa) par la consécration. Mais alors que fait cette consécration? Gar enfin, poursuit l'orthodoxe, les noms sont changés : le pain n'est plus appelé pain; il est appelé corps.

Ge qu'opère la consécration dans les éléments, Théodoret a essayé de l'expliquer dans le premier dialogue de VEranistes ^. Là, il constate qu'en effet le pain et le vin sont appelés corps et sang, mais il constate aussi que le Ghrist a appelé son corps « froment », et qu'il s'est appelé lui-même « la vigne » , dont le vin est le: sang. Or, ajoute-t-il, le but de ces changements de noms est manifeste pour les initiés :

« Le Christ voulait que ceux qui participent aux divins mystères ne s'attachassent pas à la nature de ce qu'ils voient, mais considérant le changement des noms, eussent foi ea la conversion qui est le fait de la grâce (îiiffT£ÛEtvT5èxT^îX«P''f°'Jïs-Ye^f^^ (lETaêoX^). Car, s'il a appelé son corps naturel froment et pain, comme il s'est appelé lui-même vigne, il a honoré les symboles qui se voient du nom de corps et de sang, non pas qu'il ait changé la nature, mais parce qu'il a ajouté la grâce à la nature. »

1. OùSl.yàp |jjETà Tov- àyiaffjiôv xà iivtTftKà sOjiSoXa t^C olxeta; âÇcctatai fiaewi' (lévei yàp èirl •riji; upoTÉpaç oùffi'a;, xal xoy ayri\i.0L'TOi, vtal •îoû £Ï8ouî, xaî ipaTocèaxi, xal àntà, oïa xai TrptjTepov î^v xtX,

i. Col. 83, m.

La consécration opère donc une |xsTa6oX^. Mais cette iitTixSokif, n'est pas la conversion au corps de Jésus-Christ de la substance du pain : cette substance acquiert seulement une grâce, une dignité qui lui vient de son union avec le corps du Sauveur produit et présent, union qui permet entre le pain et le corps cet entr'échange d'appellations que l'on constate. Théodoret n'insiste pas sur la production, dans la consécration, du corps de Jésus-Christ : c'était un point acquis; mais il nie que cette production soit le résultat d'une conversion des oblata, et il explique que ces oblata sont vis-à-vis du corps de Jésus-Christ dans une relation analogue à celle où l'humanité de Jésus-Christ se trouvait par rapport à sa divinité. De ce corps il découle en eux une vertu ou une grâce qui les sanctifie, sans changer ni détruire leur nature.

Nous avons donc bien affaire ici avec un vrai dyophysisme eucharistique. Cette théorie se retrouve dans une lettre (apocryphe) de saint Jean Chrysostome au moine Césaire^ dont l'auteur vivait après le concile de Chalcédoine. Césaire, comme Eranistes, est un monophysite qui, pour établir son erreur, s'appuyait sans doute sur le mystère eucharistique : « Est-ce que nous ne recevons pas fidèlement et pieusement le corps et le sang de Dieu? Assurément. Non que le divin ait possédé par nature chair et sang avant l'incarnation, mais on dit qu'il les possède parce qu'il se rend propre (îStoTcotEtTai) ce qui est de la chair ^. » Ce raisonnement est juste, mais l'auteur de la lettre, qui est pour le moins un nestorianisant et qui ne veut pas de la communication des idiomes, n'accepte pas l'expression « corps et sang de Dieu », et, tout en avouant que le pain est appelé corps, il nie qu'il goit substantielle-

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