‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 86 sur 1102 · Adv. haer., m, 22, 4; v, 19, 1; Démonstr · texte numérisé non relu

Adv. haer., m, 22, 4; v, 19, 1; Démonstr

268 LA THÉOLOGIE ANTÊNICÉENNE.

tion avec Dieu, l'image de Dieu restaurée en nous, la filiation divine, mais surtout l'immortalité et la vie incorruptible reçues en Jésus-Christ et par lui (m, 18, 7 ; m, 19, 1 ; m, 23, 1, 7 ; m, 24, 1 ; iv, 14, 1 ; v, 1, 1 ; V, 12, 6; V, 14, 1, 3; V, 16, 2, 3).

8 6. — Les mystères chrétiens.

« L'unique moyen d'obtenir la rémission de nos péchés et d'espérer l'héritage des biens promis, dit saint Justin à Tryphon, est de reconnaître le Christ et, après avoir été lavés par ce baptême de la rémission des péchés, qu'Isaïe a prêché, de passer sans péché le reste de votre vie^ » Ce baptême, saint Justin en avait décrit le rite dans sa première apologie (surtout Lxi). Il était précédé de l'instruction et de la profession de foi des catéchumènes et de leur promesse de vivre selon la doctrine chrétienne (2). Puis les catéchumènes priaient, jeûnaient, faisaient pénitence avec la communauté entière (3). Cette' préparation terminée, ils étaient plongés dans l'eau « au nom de Dieu le Père et maître de toutes choses, et de Jésus-Christ notre Sauveur, et du Saint-Esprit » (3, 10, 13). Ce baptême est nécessaire, continue notre auteur, car le Christ a dit : « Si vous ne renaissez, cous n'entrerez point dans le royaume des deux » (4). Or cette renaissance s'accomplit précisément dans le bain de la régénération. Dans notre première génération en effet, « nous venons au monde avec des habitudes mauvaises et des inclinations perverses » , qui ne tar« dent pas à nous entraîner au péché. Mais le baptême répare ce double mal. Il est tô ÛTrsp àcpsaeojç àjjiap-ciwv

\. Dial., XLiv, 4

xaWtç àvaYsvvviffiv Xouxpov (lxvi, i). Il efface d'abord nos péchés passés, et poussant plus avant son effet, nous renouvelle et nous consacre à Dieu (lxi, 1) ; il fait de nous les enfants « de l'élection et de la science » (10) ; il est une illumination (çtoTicpioi;), « parce que ceux qui reçoivent cette doctrine ont l'esprit illuminé » (12). En même temps, il est le rite initiateur qui introduit dans l'Eglise chrétienne (lxvi, 1).

Nos autres auteurs se sont moins étendus sur le baptême que saint Justin. Théophile d'Antioche cependant note aussi que le baptême opère, avec la rémission des péchés, une régénération (iraXiYYsvsai'a, ir, 16). Même enseignement dans saint Irénée : le baptême administré au nom des trois personnes divines est un sceau, une palingénésie*. Il donne le Saint- Esprit (m, 17, 2). Le saint docteur suppose formellement qu'on le confère aux petits enfants (ii, 22, 4).

L'appellation ffçpayfç appliquée au baptême est, comme on le sait, un héritage des Pères apostoliques. Elle se retrouve dans l'inscription d'Abercius, qui est, au plus tard, de la fin du ii^ siècle : Xaôv â' elSov Ixeî XafJiTTpàv acppaYêtoav l^^ovTa.

Sur l'eucharistie 2 et le service divin, on connaît la précieuse description qu'a laissée saint Justin dans su première Apologie, lxv-lxvh, et qu'il a complétée dans \q Dialogue avec Trî/phon,y.i.i, lxx, gxvii. A côté du sens d'action de grâces, et du sens actif de consécration [èiiycipiaûtt Tou apTou xat toîî TtotYipiou, DiaL, ex VII, 1), le mot eô^^apiuxia a aussi le sens de pain et vin consacrés : i\ Tpo^-/) autï] xaXeÏTai Trap' r)[Awv eÙ5(api(jTta

[ApoL, LXVI, 1). De cette eucharistie donc la matière

\. Démonstr., 3.

a. Voir ici P. BxTiFfOL, L'Eucharistie, 5* édit., Paris, 1913.

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est le pain et le vin mêlé d'eau ^ Le président de l'assemblée (ô TcposdTwç) les eueliaristie « par un discours de prière qui vient de Jésus-Christ » (Si' e^x^î Xo'you toïï TCap' aÛToïï), c'est-ài-dire parles paroles mêmes de rinstitution que saint Justin rapporte dans la phrase suivante {ApoL, lxvï, 2, 3). Dès lors, on ne prend pas « ces choses comme du pain vulgaire ou comme un breuvage vulgaire, mais, do la manière dont, fait chair par le Verbe de Dieu, Jésus^Ghrist notre Sauveur eut une chair et du sang pour notre salut, ainsi aussi l'aliment eucharistie par un discours de prière qui vient de lui -r- aliment dont notre sang et nos chairs sont nourris en vue de la transformation — est la chair et le sang de ce Jésus fait chair, ainsi n<î)us l'a-t-on enseigné » [ib., 2). Le pain et le vin sont donc devenus le corps et le sang de Jésus--Chms!t, corps et sang aussi véritables et physiques que le corps et le sang de son incarnation, corps et sang matériels qui nourrissent notre sang et nos chairs. En conséquence, « il n'est permis à personne de prendre part à cet aliment sinon à celui qui croit vrai ce que nouâ enseignons, et qui a été baptisé du baptême de la rémission des pécliés et de la nouvelle naissance, et qui vit comme -le Christ a enseigné » [3., 1). Ce dernier mot marque la pureté nécessaire pour communier. Mais, en principe, reucharisitie est distribuée à «tous len frères présents jau sjervice liturgique, et envoyée aux absents par les diacres [Apol.j lxvii, 5). Un des effets de cette manducation est la transformation indiquée par l'apologiste, 1^ % (Tpasp^ç) «T[a« xai adlpxei; xaTa (jiexa- 6oXr,v TpççovTKt ^jxôiv, c'est-à^dire le principe 4'immor-

1. C'est à tort que M. Harnack a soutenu que saint Justin n'admettait pas le vin comme matière de rEucliarislie [Brot und Wasser die euchastischen Elemente bei Justin, dans Texte imd Unters., VH, 2, Leipzig, 1891). Cf. Scheiwiler, Die Elemente der Eucharistie in den erstendrei J^rhunderteriiMsinz, 4903.

telité qu'elle dépose en nos corps. Saint Justin ajoute que la célébration des mystèries a lieu le dimanche : elle est accMJmpa^ée de prières, de l'action de grâces du célébrant, du haiser de paix, de la lecture des Mémoires des apôtres où des écrits des prophètes, de rinstruetion et exhortation du président de l'assemblée (idenfclque au célébrant), et enfin des offrandes des fidèles pour les indigents et les pauvres.

Dans les chapitres indiqués du Dialogue, saint Justin, argumentant contre Tryphon, met surtout en relief le caractère -sacrificiel de l'eucharistie. Il en trouve la figure anticipée dans l'offrande de farine prescrite par le Lévitique, xiv, 10; et il le voit annoncé dans les prophéties de Màlachie, i, 10-12, et d'Isaïe, xxxni, 13-19. L'eucharistie, c'est-à-dire le pain et le vin consacrés sont un sacrifice (6u<rta), que Jésus-Christ a ordonné d'offrir en souvenir de sa passion et de son sang (elç «vàftvsqff.tv toj TraOouç — eiç àvau.v?i(jiv tou «tjjLàTOî aÙTOu — Bt ^ .(îTpotpîj) xa\ toû Trdcôoyç S -rtércovôs Si' auto'bç ô mo^ TOU sou (^éfx,ys(]Tat) : sacrifice qui est offert dans le monde entier et le -seul que Dieu agrée.

Dispersée -un peu partout dans son grand ouvrage contre les hérésies, ia doctrine eucharistique de saint Irénée n'est pas moins ferme que celle de saint Justin. Lui ;aussi rapporte l'in'Strtution de l'euGharistie par Notre- Seigneur^ et comnacnce déjà à affirmer l'identité du pain et du vin consacrés et du corps et eu sang de Jésus-Christ (iv^ 17, 5). Cette identité est toaj ours affirmée comme une chose acquise (iv, 31, 2; v, 2, 3, 22);, tellement acquise et tellement reçue même des adversaire^ que i'évêque de Ljon ne craint pas d'y appuyer son argumentation contre les gnostiques. Geux-ei ne veulent pas que Jésus-Christ soit le Fils du Créateur, parce que Je Père n'est pas le Créateur. Mais alors, demande Irénée, comment admettent-ils

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que le pain eucharistie est le corps du Seigneur, et le calice le calice de son sang? (iv, 18, 4). Ce pain et ce vin n'appartiennent pas au Sauveur, mais au démiurge : il n'a pas le droit de les faire siens : « Quomodo autem iuste Dominus, si alterius Patris exsistit, huius conditionis quae est secundum nos accipiens panem suum corpus esse confitebatur, et temperamentum calicis suumsanguinemconfirmavit? » (iv, 33, 2; v, 2, 22). Les gnostiques enseignent que la chair se dissout dans la corruption et ne ressuscite pas. Peut- on dire cela de la chair « qui est nourrie du corps du Seigneur et de son sang? Qu'ils changent donc d'opinion, ou qu'ils s'abstiennent d'offrir ce que l'on vient de dire » (iv, 18, 5). Si la chair n'est pas capable d'immortalité, « neque calix eucharistiae communicatio sanguinis eius (Christi) est, neque panis quem frangimus communicatio corporis eius est » (v, 2, 2, 3).

Nul doute sur le réalisme d'Irénée : le pain et le vin eucharisties sont vraiment le corps et le sang de Jésus-Christ. Comment acquièrent-ils ce nouvel être? Par une invocation, une parole de Dieu qui les fait devenir ce corps et ce sang : « Quand donc lecalice [de vin] mêlé [d'eau] et le pain reçoivent la parole de Dieu et qu'ils deviennent l'eucharistie, [c'est-à-dire] le corps du Christ... ^ ». Et un peu plus bas : le pain et le vin « recevant la parole de Dieu deviennent l'eucharistie, ce qui est le corps et le sang du Christ ^ ». Et ailleurs : « De même que le pain qui est de la terre,

1. V, 2, 3 : "Onors ouv xat tô «expa^iÉvov TiOTr,ptov xal6 ysY^vàç àptoç litiSÉxeTai Tov iôyov Toy ôsoû, xal yivexai (•/)) EC/apiaxia ffû[iaxPKiTo3. Le sens du texte n'est pas douteux. Ms^ Batiffol propose He supprimer % et de sous-entendre, après eûxftpH'tta, les mots onsp ïsx'., comme dans le texte suivant, car on ne peut dire que l'eucharislie devient le corps du Christ.

2. npoffXa[i6av6[JtEva tôv Xôyov toû 6eoû eOx*pi<rtta '{i-ifzw., iitep ^«ri ffwjia xaî atp.a tou Xpioîoû.

recevant Tinvocation de Dieu, n'est plus un pain commun, mais l'eucharistie, composée par deux éléments, l'un terrestre, l'autre céleste, de même nos corps recevant l'eucharistie ne sont plus corruptibles, ayant l'espérance de la résurrection pour l'éternité ^ ». 11 se produit donc, en vertu de la parole de Dieu, de la prière liturgique, dans le pain et le vin une conversion qui les fait devenir, être le corps et le sang de Jésus- Christ. Et cela physiquement, car Irénée remarque que de cette eucharistie la substance de notre chair est nourrie et augmentée^. Et cette eucharistie, saint Irénée dit qu'elle est composée de deux éléments, l'un terrestre, l'autre céleste, non pas dans le sens d'une consubstantiation, puisque les éléments sont devenus le corps et le sang de Jésus-Christ, mais ou bien dans le sens des apparences extérieures et de la réalité interne, ou mieux en ce sens que l'eucharistie contient et l'humanité et la divinité du Sauveur.

Le caractère sacrificiel de l'eucharistie a trouvé également en saint Irénée un témoin formel. Après avoir refait le récit de l'institution, il ajoute que par là Jésus- Christ « novi testament! novam docuit oblationem, quam Ecclesia ab apostolis accipiens in universo mundo offert Deo, ei qui alimenta nobis praestat », et il rap-

i. IV, 18, 5 : 'Q; ■yàp ànb -YÎiî apxo; iipO(ï)iaji6avôiJ.£vo; -riiv ÉxxXrjcriv xoù Geoù oOxÉTi xotvb; âpto; ÈaTiv, à),X' eùxaptaita, èx 5iJ0 TtpayiiàTtùv cyvcffTïixuïa, èntYeîou te xal oûpavtou, oûici) xtX. Le mot êy.x>.Yi(riç, et ailleurs, à propos des prestiges de Marcus (i, 13, 2), le mot /éyoç t^; èitixAriffetûi; employés par saint Irénée, ont fait croire à quelques auteurs que la liturgie de l'évêque de Lyon contenait déjà lépiclése. C'est à tort : ces mots n'ont ic; que le sens général d'invocation, prière. S. Irénée est dans la tradition de Justin. I.e >.ôyo; toû Geoû qui convertit le pain et le vin, c'est très probablement les paroles de l'institution, quoique l'expression puisse, à la rigueur, s'entendre de toute la prière liturgique. — Sur la doctrine eucharistique des gnostiques, V. Batiffol, op. cit., p. 189.

2. V, 2, 3 : Èx TOÛ TCOTYipîou aÙToO S èfftt xô al[jt.a aÙTOû xpéçETat, xal êx toû âpTou, 6 iffTi TÔ ffâ[tK ocùxoû aO^exai.

274 LA THÉOLOGIE ANTÉx\lCÉEiN«É.

pèlie le texte classique de Mâlacliie, i, iQ\ 11. Ce sacrifice est pur et agréable à Dieu (iv, 17, S»; 18, 1).

En dehors de saint Justin et de saint Irénée, les auteurs conservés de la seconde moitié du ri^ siècle n'ont point parlé de reuch'aristie. Mais il faut mentionner, outre les indicalions très claires des monuments figurés dont il a été déjà cfuestion ' ^ les deux inscriptions de Pectorius d'Auiun et d'Abereius d'Hiérapolis qui contiennent à ce mystère des allusions évidentes. On sait que, dès la haute antiquité, le poisson était regardé comme le symbole^ du Christ, le mot l/p<k se composant des premières lettres des mots 'r/i<?ouc XpKTtôç ÔEOu utoç ffWTï]p. OîT dâHS Ics premicFs vers de l'inscription de Pectorius, écrits, semble-t-il, à la fin du 11^ siècle, après une mention dti baptême, nous lisons :

« Ami, refais ton âme aux flots éternels de la sagesse qui donne les trésors. Reçois l'aliment doux comme le miel dû Sauveur des saints. Mange à ta faim : tu tiens le poisson dans tes mains*. »

Et dans celle d'Abereius :

« Partout la foi était mon guide, et partout elle m'a donné en nourriture l'Î^Oiis de la source^, le grand, le pur que la Vierge immaculée a péché el olïre à manger aux amis; elle a aussi du vin délicieux mélangé d'eau qu*elle donne avec le pain ^. »

Il suffit de rapprocher ces mots de la description donnée par saint Justin potir en comprendre tout le sens.

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