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CHAPITRE PREMIER

DES DOCTRINES RELIGIEUSES, PHILOSOPHIQUES ET MO- RALES,. AU MILIEU DESQUELLES LE DOGME CHaÉTIlCN EST NÉ, Et s'est d'aBORD DÉVELOPPÉ.

La source immédiate du dogme chrétien, c'est la prédication de Jésus-Christ et des apôtres. Mais celte prédication n'est pas tombée d'abord dans des cerveaux vides, ni ne s'est adressée à un monde neuf. En Palestine, où elle fut premièrement reçue, dans le monde gréco-romain qu'elle atteignit ensuite, des doctrines, des systèmes régnaient, des institutions et des usages -existaient depuis plus ou moins longtemps, avec lesquels le nouvel enseignement se trouva de suite en contact. Ceux mêmes qui l'adoptèrent et le répandirent avaient été formés, enfants, d'après ces usages et sur ces doctrines, ils avaient grandi au milieu de ces institutions, et il est naturel dès lors de penser que quelque chose a pu s'en glisser dans leurs conceptions et leurs formules du Christianisme. Une histoire du dogme doit donc débuter par un aperçu des idées et des systèmes dominants tant chez les Juifs que dans le monde gréco-romain au moment de l'apparition de Jésus-Christ, et jusqu'au milieu du n^ siècle. Cet aperçu est nécessaire pour marquer l'influence que ces

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éléments ont eue ou pu avoir sur la première expression de la doctrine chrétienne.

^ 1. — Ija religion et la philosophie gréco-romaines à l'époque de Jésus-Christ et jusqu'au xuilieu du IP siècle 1.

Au moment où, Jésus-Christ vint an monde, un renouveau religieux était en train de se produire dans le monde gréco-romain, qui, tout en fortifiant l'attachement aux rites officiels ^ suscitait dans. les âmes des aspirations vers des formes de culte plus person^Ues et plus efficaces, pensait-on, qne n'étaient les Gérëmonies anciennes. Cette renaissance était, en partie, l'œuvre d'Auguste (30 av. J.-C, — 14 ap. J.-C), jaloux d'abriter son pouvoir sou& le respect (ja'inspkent toujours les traditions dupasse. Elle était aassii el sm?tout l'œuvre des cireoiastancesî nouAîelles où se te^tivait la société. Les barrières entre les peuples tombant^les nationalités se mêlaient ^^pkisiejîLplus;; les. ordres et les classes de: citoyens s'effaçaient; sous l'absobitisme grandissant: la liberté se fcêsait rare,^ liaî fortone devenait incertaine,, laj vie même se sentait menacée. Toute la ma^se du peuple était pauvre, affamée j^ et ceux qm posi^daieat la- riehesse en; avaàent teifementabusé pedc

i. À consattep r 6. BoissrsRv La reHlfioiv romaine ^ Auguste aux Anionins, PariSi;*" édit., 1892. C. MAnisA^iXes mo«aïisle&^ sousf Veanffire m' main, Paris, 186»; S" édit., 1886. Révu-le, La religion à-Rome sous les Sévères, Ptois, iSgff. Hatchv Jfte influence ef^gveeftidéasanfd'usagesi^on ■the Christian diitrck, London, 7.° édit., 1898. îaABQeAtîDTjfioMft/scfteSiaaÉ»verwaltung, vol. Ill, Das Sacralwesen, Leipzig, 1878. Zellea, Die Philosophie- der Grieeken:, part, lli; 3« édite, L'elpzig, ISSf. Il^nmor, Die aniike JS^i^t'A:^ Leipzig-, 1887. A. UAi>KAeK,.i)ieMt««tûa utid. Misbrevtung des Chrislentums in den ersten dreiJahrhunderten, Leipzig, 190C. F. GusosT, Les^ religions! orientales' dans l&^pagmvième romain, Paris, ■ 1;90T; Les myslèr&tde Mithr-a^^ édit,,Parifiv.l5J2.,Sur l*s livreB-berméf iiques, voir L. Ménard,. Rérmès trismégiàte, Paris, 1910.

LE MIUEU GKÉCO-B0M*M ET JUIF. fô

Leurs plaisirs, cpi© le dégoût les avaât enfi© 6iiva]n&; et^qu'ils sfî«liaitaîent presse qu'une^ forée éivsm'gèTe vînt, les areaeher aux. jeuissanees qtt]|fe étaient ineapables de; quitter (i'ea3C-naêm€ffii.,B'aistrè part, lapMfosophie, impopulaire àRome jusqu'au-teiïïpsde Gîcér&n (f 43 av. J.-C.), y avaife^coiM^SL aAsaclto droit de cité, et y faisait entendre dés; eaiseigœm'ents plus; sévères. Les cultes, orientiaux, en s'avançant vers F Occident, réveillaient) partouty sur leur passage, un sentiment religieux, intense^ r ils ouvraient; à la piété des horizons nouveaux,, et lui offraient des prati^ttes et des émotions troublantes) sans doutai mais coFFespoadant cependant à des besoins profonds et. d-'autant' plïis forte qu'ils étaient plus mal définis.

Un des premiers résultats de cet état de choses fut l'espèce de syncrétisme religieux qui tendit à fondre en une toutes les religions nationales^ à id^ïtifier eittre eux les panthéons des, vaincus et des: vainqueurs, à ne plus représenter même les dilifférentsdieux quecomîne'desattributs personnifîé&d'uttdieu unique^ eomiaef des manifestations de lafarcejplastiquetUBiiYerseUa qui p^étraifr et gpuvernait.le moade. Les lettrési acqeptiaîeïtt eetta dernière coBceptkMSs, ei;Iie. peiq)Ie, tout ea restant fidèle au polythéisme, et au culte des dieuae. dfetiî^stsî, n'y répugnait pasi Biem. pluis. Il s'en: faut bièai d'iaitteurs^ que l'on se fît des dieuxridée transcendantei cpe nous: avons du Dieu unique, elquerleimotâsôçeût-ï» signification restreinte et exclusive qjje nous lui donnons^^^ . L'essence divine^ était regardée eomim& vms^i, msàsi comme dïvisr» ble, et commimifiable.. De: cette essence étaient' faits le» dieuxide la^nïythâlôgie, keuEeusLebimmiGœtels ; mais^d»

gom. in Psalm.^ dans pitra» Analecla, II„437.;,CicÉRQS,.I>e- le0bvÀ, n, H : « Qnmtam quidem aniraos îmmoriales esse, sed fortiutn boQ.oramqae dâviaoB, »., V..H!4Kue»i. hahrb. dex DQ., I, p* 138,. note 4.

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cette essence était faite aussi Tâme des héros- et des hommes les plus vertueux : il y avait en eux un génie qui devait leur survivre et prendre, après leur mort, place définitive au rang des dieux. L'apothéose des grands ancêtres d'abord, puis des hommes \eh plus considérables, étendue ensuite par 1^ flatterie à tous les empereurs, n'a donc rien qui doive nous étonner. Il fut entendu même, dans chaque famille, que ses membres disparus étaient remontes vers les dieux d'où ils étaient descendus. A plus forte raison ne répugnait-on pas à l'idée de l'apparition des dieux sur la terre. L'opposition que cette idée avait rencontrée d'abord chez les esprits forts tamba peu à peu : au temps des Antonins elle avait conquis une partie de , ses adversaires.

L'immortalité de l'âme était, partant, une doctrine généralement reçue à .cette époque, sauf de l'école épicurienne. L'âme, à sa sortie du corps, était jugée et associée aux dieux si elle avait pratiqué la justice) punie avec les méchants si elle avait été méchante elle-même. L'Elysée ou le Tartare l'attendait. On imaginait cependant quelquefois un troisième séjour pour certains coupables dont les fautes semblaient tenir du malheur plus que de la perversité. Mais du reste, à parties vieilles données de la mythologie, on ne savait, sur la nature du bonheur ou des supplices d'outretombe, rien de précis ni de certain. Les doctrines, de Pythagore, en introduisant l'idée de la métempsychose, axaient brouillé quelque peu les anciennes traditions sur l'éternelle durée de la félicité élyséenne. Virgile, écho fidèle des croyances de son temps, nous a lais^s'é de cette félicité deux descriptions successives qui ne s'accordent pas. Dans l'une, le bonheur dès héros et des justes es t^ s ans ombre et sans fin : c'est la conception vulgaire. Dans la seconde apparaît la pensée de

l'expiation : toutes les âmes, même celles des bons, doivent, pendant mille ans, expier plus ou moins sévèrement les souillures contractées pendant leur vie sur la terre ; après quoi elles boivent l'oubli au fleuve Létlié , et sont renvoyées ^ns le monde pour y commencer une nouvelle exret^îe. C'est la conception pythagoricienne qui s'est juxtaposée à la première, sans la détruire.

Tels étaient les principaux éléments doctrinaux — assez pauvres, on le sent — qui composaient sous Auguste et un peu après lui, le paganisme classique. Ils pouvaient suffire à fonder un culte officiel : ils ne suffisaient pas à étancher la soif de certitude et d'émotions mystiques qui, de plus en plus, tourmentait certaines âmes. Le sentiment religieux, que l'empereur s'était efforcé de réveiller, se détourna plutôt de ces formes vieillies pour s'adresser à des cultes aussi vieux d'ailleurs, mais qui, pour cette société, étaient nouveaux, parce qu'ils lui étaient étrangers. Ce n'est pas que les cultes orientaux présentassent un enseignement théorique plus complet et plus sûr ; mais ils prétendaient, par des initiations mystérieuses et des pratiques inconnues jusqu'ici, justifier le fidèle de ses fautes, et le faire entrer dans une communion intime avec la divinité. Or cette société, du reste si corrompue, paraît avoir vivement ressenti le besoin de l'expiation, et aspiré au commerce avec le ciel. On vit donc les femmes surtout, gagnées par la gravité et l'austérité autant que par les prédications des prêtres d'Isis ou de la Déesse syrienne, jeûner rigoureusement, prendre des bains d'eau glacée, se priver de tels ou tels aliments impurs, s'infliger des pénitences et des macérations, se préparer aux fêtes des dieux en gardant une continence sévère. En certaines circonstances plus solennelles, on célébrait le taurobole, sacrifice expiatoire

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par -exeellenee, ©ù le sang 4e fa "victiàie ■venait p^irifier de leurs fautes et « Té^nérer pour ^éternité » ceux qu'il devait arroser^ . Ces p-ratiques étaient accompagnées ou suivies d'imtiatioBB, où il semblait que l'audelà fût "révélé à l'iiailTié, et que le dieu se montrât à lui dans ses mystères. De tousses cultes, celui qui devait devenir le plus populaire après les Antonins, mais qui apparaît déjà à Rome vers la fin de la République, est celui de Milhra. Mithra est un médiateur et un rédempteur-, il a une îiiérarcMe, un saCT-îfice, un baptême «^t une «ène : finilié mange un morceau de pain et boit à «n calice d'eau^. Les Pères verront là une contrefaçon diabolique du christianisme'^. En tout cas, ce que le païen recherche dans toutes ces cérémonies, c'est cela même que l'âme chrétienne trouvera dans l'Évaiagile et dans ses institutions, le pardon des fautes commises, la purification non pas légale et rituelle, mais réelle et intérieure, le salut, la vie éternelle.

Un lien plus intime tendait donc à s'établir entre la religion et la morale individuelle, la première n'étant plus une institution d'Etat, dont les magistrats étaient les prêtres; et dont la décence publique limitait toutes les prescriptions, mais un ensemble de sentiments personnels, où chacun devait puiser le courage de réformer sa conduite et de refréner ses passions. Pour cette œuvre de rénovation toutefois, le sentiment religieux fut puissamment aide, surtout dans les classes éclairées, par la philosophie.

Dans son enseignement métaphysique, ceîle-cî était, depuis longtemps, en pleine décadence. Chacune des

1. Taurobolio crioboHoque in asternum renatus [Corpus inscript, lalin., VI, 510). La première mention du taurobole se trouve dans une inscription de Naptes, de l'an 133 ap. î.-G.

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