La voir dans Mansi, XI
gré. De même l'humanité en Jésus-Christ était toujours et en tout mue et régie par la divinité du Verbe (ÔTTO TTjç auTOλ Toïï Aoyou 6£0Ty)T0ç àei xai Iv tcSjiv à^oi^ivo"^ ÔÊoxivYiTov ^v, col. 536). Malgré cela, continue Sergius, nous avons préféré laisser ces discussions et nous en tenir au langage courant des Pères. C'est à quoi Sophronius a consenti, et ce que nous avons suggéré à l'empereur, en lui envoyant les témoignages des Pères sur l'unique opération et l'unique volonté contenus dans la lettre de Mennas à Vigile. Nous lui avons conseillé de confesser simplement « que le Fils unique de Dieu, vraiment Dieu et homme à la fois, opère, lui unique, les choses divines et humaines, et que du même et unique Dieu Verbe incarné, comme nous l'avons dit, procède sans partage ni division toute opéra» tion, soit divine, soit humaine» (col. 537). C'est là ce que saint Léon a enseigné par son « Agit enim utraque forma cum alterius communione quod proprium est » .
Cette façon de traiter la nouvelle question par le silence ne pouvait que plaire extrêmement à un romain comme Honorius. Il donna droit dans le piège que Sergius lui tendait. On a de lui au patriarche de Constantinople deux lettres qui ont occasionné bien des discussions et qui demandent une analyse attentive.
La première * est une réponse immédiate à la lettre de Sergius ; le pape n'a pas encore reçu le document intronistique de Sophronius. Cette réponse, d'une rédaction confuse, peut se résumer dans les trois idées suivantes : 1° On doit éviter de dire une ou deux opérations : ce sont là des questions nouvelles de
1. On n'a plus l'original latin, mais une traduction grecque reconnue fidèle au yi« concile général, dans Mansi, XI, 537-544. Le latin donné par Mansi et par Migne (P. L., XL, 470-474) représente une vieille traduction faite sur le grec.
LE MONOTHELISME. 169
mots qui scandalisent les simples. Si nous disons deux opérations, on nous prendra pour des nestoriens ; si nous parlons d'une seule opération, on nous croira eutychiens. Nous savons par l'Écriture que Jésus-Christ est Tunique opérateur de la divinité et de l'humanité ; qu'il a opéré d'une multitude de façons; mais ni les évangiles ni les apôtres ni les conciles n'ont parlé d'une ou de deux opérations : et décider s'il est à propos en effet de dire une ou deux opérations n'est pas notre affaire : c'est celle des grammairiens et des philosophes. Qu'on se taise donc sur ce point, ou, si quelqu'un veut s'en occuper, qu'il ne fasse pas de son opinion un dogme de foi. — 2*^ Il faut s'en tenir à ceci : Jésus-Christ, personne unique, a accompli à la fois les œuvres divines et les oeuvres humaines avec le concours des deux natures : le même Jésus-Christ a opéré dans ses deux natures divinement et humainement. — 3° Quant à l'unité de volonté, on doit la reconnaître ; car le Verbe a sans doute pris notre nature, mais non pas notre nature viciée ; il a pris notre chair, sans la loi de la chair qui répugne à celle de» l'esprit. Il n'y a donc pas eu en Jésus-Christ de volonté de sens différent, ni contraire (Siacpopov ^ Èvavn'ov 6£Xr,[Aa) à la loi de l'esprit; et, s'il est dit : Je ne suis ^as venu faire ma çolontéy mais celle du Père gui n'a envoyé [loan.y vi, 38), et: Non pas ce que Je veux y mais ce que vous voulez, mon Père [Marc, xiv, 36), «ela ne dénote pas une volonté différente [de celle du Père], mais seulement l'économie de l'humanité qui a
été prise (oùx zlrsi xauxa Siacpopou 6eXV](AaT0ç, àXXà t^ç oixovofxiaç T^ç àvôpwTTOTriTOç TÎ)? 7rpoaXy)cp6ei<yyiç). jCes paroles ont été dites pour notre instruction, afin qu'imitant l'exemple du Maître, chacun de nous préfère à sa volonté propre celle de Dieu.
La deuxième lettre d'Honorius, dont on ne possède
170 HISTOIRE DÈS OOgMES.
que des fragments * , est postérieure à la lettre synodale de Sophronius dont elle semble blâmer les excès. Elle reproduit à peu près les idées de îâ première. Le pape souhaite encore que l'on supprime de la prédication dé la foi la mention nouvelle d'une ou de deux opérations. L'existence en Jésus-Christ de deux natures est claire d'après les Écritures; mais c'est folie (tcocvu jAdcTaiov) de parler dans le médiateur Jésus d'um ou de deux opérations. Dans le second fragment, Ho norius touche à un moment à la vraie doctrine en reproduisant la formule de saint Léon î chaque nature, unie à l'autre d'une union naturelle, et en communion avec elle, opère et est opérante, la divine accomplissant ce qui est de Dieu, l'humaine accomplissant ce qui est de la chair, sans division, ni confusion, îii con= version. Ce qui n'empêche pas lé pontife de conclurs encore qu'au lieu d'une ou de deux opérations, il vaut mieux parler d'un seul opérateur et de deux natures opérantes. Le pape ajoutait qu'il écrivait dans le même sens à Cyrus et à Sophronius, et que les délégués de celui-ci lui avaient promis que le patriarche de Jérusalem cesserait de parler de deux opérations, pourvu que celui d'Alexandrie voulût bien, de son côté, ne plus parler d'une seule opération.
Ces deux lettres ne pouvaient qu'encourager Sergius à persévérer dans la réalisation de son plan. Toutefois, comme il importait de pallier l'effet produit par l'éclat de Sophronius, il prépara dès 636, et fit signer par l'empereur en 638, lorsque celui-ci revint d'Orient, le texte d'un édit destiné à fixer l'attitude que l'on devait garder dans ces questions : c'est VEcthèse.
L'Ecthèse'^ est une profession de foi. Après avoir exposé la doctrine de la Trinité et de l'incarnation en
1. Grec latin dans Ma«si, XI, 579-582; latin dans P. L., XL, 474, 475.