‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 303 sur 424 · Sermo CCL, 1, 2; CCLVIII · texte numérisé non relu

Sermo CCL, 1, 2; CCLVIII

2. Saint Césaire en effet, quand il parle de pénitence publique, en fait ordinairement mention expresse.

3. Gennade remarque que l'on pouvait commuer en quelque sorte la pénitence publique, quand elle était due, en pénitence privée, par l'entrée dans un monastère; et il ne semble pas qu'alors l'absolution fût donnée : la rémission des fautes était obtenue par la vie d'expiation du moine : « Sed et sécréta satisfactione solvi mortalia crimina non negamus. sed mutato prius saeculari habitu »et confesso reltgionis

11 est donc avéré que, au plus tard au temps de Césaire et de saint Avit, c'est-à-dire dans la première moitié du vi° siècle, la pénitence privée était pratiquée dans le midi de la Gaule et probablement en Italie. Deux faits contribuèrent à étendre et confirmer cette pratique.

Le premier est la fondation de l'ordre et la rédaction de la règle de saint Benoît (vers 480-543). L'iniluence de cette règle se fit certainement sentir en dehors des monastères pour lesquels elle avait été écrite. Or, elle demandait aux moines des coulpes et des confessions fréquentes. Les fautes publiques étaient publiquement amendées ; « si animae vero peccati, continue la règle, causa latens fuerit, tantum abbati aut spiritualibus senioribus patefaciat, qui sciant curare sua et aliéna vulnera non detegere et publicare ^ » .

L'autre fait, d'une influence plus directe, fut l'importation en France et en Italie, par saint Golomban, des usages bretons sur la pénitence privée 2. A l'extrémité nord-ouest du monde chrétien d'Occident en effet, en Irlande et en Angleterre, vivaient des chrétientés qui paraissent avoir ignoré ou du moins laissé tomber très tôt chez elles la pratique de la pénitence

studio per vilae correciionem et iugi, immo pçrpetuo luctu missrante Deo » (De eccles. dogm., 53). Cf. Fauste, Sermo HI (P. L., Lvni, 875) : € Detur paenitentia saeculari, cuius adhuc cervix sub iugo dependet saeculi... Caeterum, si abrenuntians saeculo et eius militiae, et spondens se cunctis diebus serviturum Deo, cur paenitentiam mereatur?... Igitur abrenuntianti ;publica paenitentia non est necessaria, quia conversus ingemuit, et cum Deo aeternumpactum inivit. Ex illo igitur die non memorantur eius delicta quae gessit in saeculo... Ergo post cliirographum de quo se monachus debitum ex tota fide promisent adimplere, etsi fidelis factus peccaverit in saeculo, post aljreauntiationem iteruin factam,dominicum corpus nondubitet accipere. » Laprofession monastique était regardée comme un second baptême.

1. Régula, XVI (P. L., LXVI, 694). Les spirituales seniores dont il est »ci question n'étaient cependant pas l'équivalent des Traxspe; 7rvev;(xa- Tixoî des grecs, c'est-à-diro des moines confesseurs.

2. Sur ce qui suit v. 1). L. G;)L'.;.\ld, Les chrétientés celtiques, Paris, 1911, p. 274 et suiv.

LA THEOLOGIE LATINE DE 430 A 771. 40l

publique, et ne connaissaient que la pénitence privée. A la fin du v' ou au début du vi® siècle, une littérature commence à s'y former, la littérature des pénite miels, dont les monuments, se rattachant aux noms vénérés de saint David (f 564), de saint Vennian (f 552), de saint Gildas (f 565 ou 570) et plus tard de Cumméan (f 661), fixent pour chaque espèce de péché l'expiation à imposer au pénitente L'emploi de ces petits livrets, d'abord restreint aux églises celtiques et bretonnes, se répandit, au vii^ siècle, après la conquête anglosaxonne, dans les églises établies chez les vainqueurs par saint Augustin de Cantorbéry et ses successeurs. Théodore de Cantorbéry (f en 690) écrivit lui aussi un pénitentiel ; de même Bède et son disciple Ecgbert d'York (év. de 735 à 766) 2. Or le pénitentiel de Théodore déclare explicitement que « Reconciliatio ideo in hac provincia publiée statutanon est, quia etpublica paenitentia non est^ ». C'est précisément cet usage breton de la pénitence exclusivement privée que saint Colomban avait apporté sur le continent, vers 590 à Luxeuil, puis à Bobbio en 613''. Malgré l'opposition que rencontrèrent d'abord en général saint Colomban

i. Voir ces différents écrits dans les éditions de Wasseuschleben et de SciiMiTz, opp. cit. Nous ne les avons plus dans leur teneur originale : on les retrouve engages et combinés avec d'autres éléments dans des pénitent iels postérieurs, où l'on peut, dans une certaine mesure, les discerner.

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