FÉLIX, ap. Agobard, Lib. adv. Felie.y XIX
de deux fils. Malgré eux, le dualisme de leur pensée reparaît : « Quia non per illum qui natus est de virgine visibilia condidit (Deus), sed per illum qui non est adoptione sed génère, neque gratiasednatnra^ ». « Qui suceptus est cum eo qui suscepit connuncupatur Deus — impassibilis in suo, passibilis in alieno 2. » Mais une fois l'homme en Jésus-Christ ainsi considéré d'une façon abstraite, à part du Verbe en qui il subsiste, il est naturel qu'on le traite comme un homme ordinaire et qu'on lui attribue la condition native et les impuissances delà pure humanité. Félix surtout apoussé à l'extrême ces conséquences, et s'est parfois exprimé comme l'aurait pu faire un Théodote ou un Paul de Samosate. Ainsi, Jésus homme est par sa condition serviteur, serf^ws, servus conditionalis, et le Verbe est le Seigneur de ce serviteur, de cet esclave, Dominus sen^i^. Jésus ignorait vraiment et le jour du jugement et les choses sur lesquelles il questionnait ^ : il n'était en soi ni impeccable ni bon naturaliter : il Tétait seulement ex dono gratiae ^. Son adoption par la grâce n'a pas été essentiellement différente de la nôtre : elle n'a été que plus parfaite^. Comme nous, il a dû, après être né de la Vierge, renaître par le baptême"^, et il semble, dans un texte assez obscur, que Félix fasse même de Jésus
4. Symbol, fid. elip., col. 917 ; cf. Élipand, Epi$t. IV, 10.
2. FÉLIX, ap. Alciin, Adv. Fel. lib. septem, VII, 3; v, il; ap. Ago- BARD, Lib. adv. Fel., XIX. Cf. Paclih d'Aqdilée, Contra Felic. Urgel.,\\l^
3. FÉLIX, ap. Alcuin, ^di). Fel. lib. septem, III, 3; VI, 3, 4; Élipand, Epist. IV, 10; Epist. episc. Hisp. ad episc. GalL, XI.
4. FÉLIX, ap. Agobard, Lib. adv. Fel., V; Pallin d'Aquilée, Contra Felic, III, 42.
5. FÉLIX, ap. Pacun, Cow<r. Fel., I, 30; III, 11; Alcuin, Adv. Felic. lib. septem, II, 18 , V, 10; VII, 8.
6. Alcuin, Libell. adv. haeres. Felic, xyi^W; Epist. episc. Hisp. ad ep. GalL, IX ; Symbol, fid. elip., col. 917.
7. Alcuin, Adv. Fel. lib. septem, II, 16; Epist. ad. Elip-, V, col. 238; Adv. Elip. lib. quator, I, 16, col. 2o2.
un mort spirituel qui n'a reçu que dans son baptême sa filiation adoptive ^ Bien plus, par son union avec le Verbe, Fhomme Jésus n'est pas devenu réellement Dieu : il l'est seulement devenu nominalement, nuncupative Deus ^. La grande loi de la communication des idiomes est oubliée, et le nestorianisme apparaît à nu dans des textes comme celui-ci : « Certe catholica fides crédit quod non proprius Dei Filius qui de substantia Patris genitus est et per omnia Patri similis pro nobis traditus sit, sed homo assumptus ab eo '^. »
Les arguments dont les adoptianistes appuyaient leur opinion nous sont connus par leurs écrits et ceux de leurs adversaires. C'étaient d'abord les textes de l'Ecriture qui désignent plus spécialement en Jésus- Christ l'homme ou le Dieu, et qu'ils opposaient les uns aux autres comme marquant ou sa filiation naturelle ou sa filiation adoptive *. C'étaient ensuite des témoignages des Pères : saint Ambroise, saint Jérôme,
1. Ap. AixuiN, Adv. Fel. lib. septem. H, 16. Félix réclame pour Jésus une double naissance, « prlraam vidai icet quam suscepit ex Virgine nascendo; secundam vero quam iniliavit in lavacro a mortuis resurgendo ». Vçir la discussion d'Alcuiu, ibid., 16-18.
2. FÉLIX, ap. Alccin, Adv. Fel. lib.septem, IV, 2. Voici tout le passage, qui résume assez bien les vues de Félix : « Dei Filius Dominus et redemptor noster juxta humanitatem, sicut in natura ita et in nomine, quamvisexcellentius cunctis electus, verissime tamen cum illis communicat, sicut et in caeteris omnibus, id est, in praedestinatione, in electione, in gratia, in suscepiioue, in assumptione nominis servi, atque applicaiione seu caetera his sirailia, ut idem qui essentialiter cum Pâtre et Spiritu sancto in unitate deitatis verus est Deus, ipse in forma liumanitatis, cum electis suis, per adoption isgratiam, deificalus fieret. et nuncupative Deus. >• Cf. Alcdin, Adv. Fel. libri septem, I, 1 ; V, 't-\Epist. ad Elip.y m, col. 237; Paulin, Contra F elic.,1, 41.
3. FÉLIX, ap. Agobard, Lib. adv. Felic, XXXVI : Elipand, Epist. IV, 13.
4. Ainsi Prov., VIII, 25 et suiv.; J?cch".,XXIV, 5; Psalm. CIX, 3;XLIV, 2; Isaïe, XLV, 23 désignent le Fils naturel. Au contraire, Marc, XIII, 32 ; Luc, I, 80; XVUI, 19 ; Matth., XVII, 5 ; loan., 1, 14 ; X, 33, 36 ; XIV, 28 ; Rom., VIII, W;ICorinth., XI, 3; Philipp., II, l;IIoann., III, 2, et plusieurs passages de l'Ancien Testament, Deuter., XVIII, 15; Psalm. II, 8; XXI, 23; XLIV, 8; /saie, XI, 2, 3, etc. doivent s'entendre du fils adoptif. V. par exemple Epist. episc Hisp. ad episc GalL^ IX, col. 1324-1326.
saint Augustin, saint Léon, saint Isidore, etc. ^ Il s'est fait, dans toute cette controverse, un étalage prodigieux d'érudition patristique. Mais, entre les autorités alléguées, Élipand faisait une place spéciale aux textes tirés de la liturgie mozarabique en usage à Tolède et dont il citait huit passages ^. Et enfin les adoptianistes en appelaient au raisonnement. Le Christ, en tant qu'homme, disait Félix, a deux pères, Dieu et David ; or, on ne peut être le fils naturel de deux pères : le Christ homme est donc fils naturel de David, de qui il tient son humanité, et fils adoptif deDieu^. Et encore: Marie était ancilla; or « quid potuit de ancilla nasci nisi servus ? » *. Et encore : « Nullo modo credendum est ut omnipotens Deus Pater qui spiritus est de semetipso carnem generet ^. » Puis Félix insistait sur l'intérêt sotériologique de sa doctrine. Notre salut, observait-il, se fait par la grâce de notre adoption comme enfants de Dieu. Or notre grâce est la grâce même de Jésus-Christ, et nous ne recevons rien, et l'Église ne reçoit rien que ce qui est dans son chef et le nôtre. Si donc notre filiation est adoptive, c'est donc qu'il y a en Jésus-Christ aussi une filiation adoptive : nous avons été adoptés en lui^. Mais du reste les adoptianistes qui
1. ÉLIPAND, EpisMV, 8-40 ; Epist.episc. Hisp.ad episc. Gall., Wll. Ces témoignages sont quelquefois mal rapportés et mal compris. Il s'y agit de notre adoption à nous, ou bien les Pères prennent le mot adoptio dans le sens d'assumptio. V. sur ce point J. Bach, op. cit., p. 404-106, notes.
S. Epist. IV, 44 ; cf. Epist. episc. Hisp. ad episc. GalL, xni. On a pu identifier tous ces textes grâce à l'édition du Liber sacramentorum mozarabe deD. Ff,i\otin. Plusieurs de ces textes ne viennent pas ad rem; d'autres doivent s'interpréter dans le sens d'assumptio. On en peut voir la discussion dans ALCcm, Adv. Elipand. libri quatuor, II, 7.