‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 401 sur 424 · Ibid., III · texte numérisé non relu

Ibid., III

6. « ItadivinaScripturaloquituruteaquaecapitissunt, Idest Christi, referautur ad corpus, id est Ecclesiam, et ea quae corporis sunt ascribantur capiti.— Nihil enimhabere potest Ecclesia quodad vilam etpie-

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voyaient dans la filiation — nous l'avons déjà dit, et c'est la cause fondamentale de leur erreur — un attribut non de la personne mais de la jiature, étaient persuadés que leur opinion était une conséquence de la dualité des natures en Jésus-Christ, et n'hésitaient pas à traiter leurs adversaires d'eutychiens et de docètes : Elipand les traitait même d'ariens et de bonosiens ^ Reste, avant de reprendre l'histoire de l'adoptianisme, à se demander d'où venait cette erreur etpourquoi l'Espagne l'accueillit avec tant de facilité : car l'affaire de Migetius peut bien expliquer l'altitude d'Elipand, mais non celle de Félix et de ses amis. Or, on a voulu rattacher l'adoptianisme soit au monothéisme musulman, soit à l'arianisme visigothique, soitauphotinianisme ^. Mais il est trop évident qu'il es\ en dépendance du système nestorien, qui tend à faire de l'humanité du Christ une personne en soi : les écrits de Félix et d'Elipand contiennent des formules absolument

tatem pertineat, nisi quoda capite suo, id est Christo, acceperit » (ap. Agobard, Lib. adv. Felic, XXXVII). La conclusion est à l'inverse de celle de saint Atlianase. De ce que Jésus-Christ est pour nous le principe, par sa rédemption, de notre filiation adoptive, saint Albanase concluait qu'il est Jui-mème fils par nature : Félix en concluait qu'il est de quelque façon fils adoptif.

1. ÉLiPAND, Epist. IV, 3, 19; Epist. ad Fideletn, col. 919; Alcuin, Adv. Felic. lib. septem, I, 8; II, 12; ni, 17.

2. Je ne dirai qu'un mot de l'opinion de M. Harnack (Lehrbuch der DG., III, 275 et suiv.), qui voit dans l'adoptianisme la continuation légitime de la christologie chalcédonienne et augustinienne, parce que les deux natures du concile de Chalcédoine n'étaient, au fond, que le nestorianisme, et que saint Augustin a présenté Jésus-homme comme l'objet par excellence de la grâce gratis data et de la prédestination gratuite. Mais les adversaires de l'adoptianisme étaient assurément chalcédoniens et augustiniens : saint Cyrille n'était pas précisément leur docteur, et ils ont cependant repoussé les conclusions de Félix et d'Elipand. L'attitude des théologiens catholiques actuels est la môme. Et sans doute, Jésus-homme, prévenu de la grâce, serait fils adoptil de Dieu, s'il n'était d'ailleurs son fils naturel par l'union hyposlatique : mais étant donné cette union, il n'y a plus de place pour une filiaiion adoptive. Un fils naturel et un fils adoptif vis-à-vis du même père sont nécessairement deux fils, c'est-à-dire deux personnes. C'est ce qu'Alcuin a très bien vu, Libell. adv. haeres. Felic, XXXV, col. lOl.

nestoriennes. D'où vient ce nestorianisme ? On peut répondre que les adoptianistes, qui admettaient expressément l'unité de personne en Jésus- Christ, n'ont pas vu toutes les conséquences qu'entraînait cette affirmation, et ont raisonné sur le point en litige comme s'ils admettaient le contraire : la difficulté de la question expliquerait qu'ils se soient trompés. Mais on peut soupçonner aussi que des livres nestoriens avaient pénétré en Espagne avec les Arabes. On sait en effet que c'est par des traductions syriaques faites par les nestoriens orientaux que les Arabes ont été initiés à la philosophie grecque^. Il est aisé dès lors de conjecturer qu'entre les feuillets de ces traductions, apportées par les Arabes en Espagne, se sont glissés quelques traités de Théodore de Mopsueste ^ ou autres nestoriens en vue, dont la lecture aura impressionné les chrétiens de la péninsule. N'avons-nous pas vu plus haut qu'à Cordoue l'adoptianisme comptait des partisans instruits et décidés?

Revenons maintenant à l'histoire, l^es efforts d'Élipand et de Félix pour répandre leur erreur devaient naturellement trouver des résistances. Entre les pre^ miers opposants qu'ils rencontrèrent furent l'abbé Beatus de Libana dans les Asturies , et l'évêque Heteplus d'Osma. L'un et l'autre, naturellement, nous sont dépeints par les adoptianistes sous les plus noires couleurs. Nous ignorons de quelle façon ils attaquèrent d'abord la doctrine d'Élipand : ce fut probablement sous forme d'une lettre qu'ils lui adressèrent. L'irascible vieillard en fut exaspéré; il répandit sa bile dans une lettre à Fidelis ^, qui est du mois d'octobre 785.

i. Voir R. DuvAL, La littérature syriaque, p. ?60,

2. On sait que, depuis l'affaire des trois chapitres, on possédait en Occident des traduetioiis latines des traités de ihéodore,

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