‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 80 sur 424 · p. G., LXXXVI, 4, col · texte numérisé non relu

p. G., LXXXVI, 4, col

L'ÉVOLUTION DU MONOPHYSISME. 117

àxTiatiTai qui leur fut donné, et dont ils se vengèrent en traitant leurs adversaires de christolatres.

Dans cette voie, il ne restait plus qu'un pas à faire : identifier complètement les deux natures après l'union et en nier absolument toute différence. Ce fut le rôle d'un sophiste alexandrin, Etienne Niobé (v. 570). Il soutint que l'on ne pouvait, après l'union, distinguer ni différencier l'humanité de la divinité sans revenir au nestorianisme : où8è ttiv Siacpopàv twv cpuaewv {xeTot T-^v Ivtocjiv cioCeffôai ocvéyovTcti eiTTsïv, dit le prêtre Timothée ^ Condamné par le patriarche monophysite d'Alexandrie, Damien (578-605), Niobé parvint cependant à faire des prosélytes qui répandirent ses erreurs aux environs d'Antioche. Il fallut qu'un concile tenu dans cette ville par Pierre de Gallinique (578-591) le condamnât aussi.

§ 3. — Le monophysisme sévérien.

Le monophysisme eutychien, dans les sectes que nous venons de nommer, avait poussé jusqu'au bout le principe de l'unité de nature en Jésus-G hrist. Mais ce n'est pas chez lui que se trouvaient les meilleures têtes ni les grands chefs de l'hérésie. A côté de ce monophysisme à tendance mystique, s'en développait un autre de sens plus rassis et plus raisonneur. Son plus illustre représentant est Sévère d'Antioche, et c'est pourquoi on a pu l'appeler, de son nom, monophysisme sévérien ; mais, du reste, il fut soutenu avant Sévère et autour de lui par des auteurs célèbres encore, Dioscore, Timothée iElure, puis Philoxène, Théodose d'Alexandrie, Jean de Telia, Jacques de Saroug et d'autres. Tous unanimement prétendaient rester simplement fidèles à la tradition de saint Cyrille. Cette

\. De recept. haeret., col. 65.

118 Hîî^tOIÉÉ DES bÔMEfe.

afTirttlatiôn ttiéHte d'être véHfîéé. Nous allons ici exposer leurs vties, eii prenant poui' centre la doctrine de Sévère, qui les a plus complètenient approfondies et développées ^

Cette doctrine de Sévère a été jugée très obscUre et Contradictoire par ses adversaires : oii l'a accusé liii-inême d'être un sophiste inconstant et variable''^. Cela Vient uniquement de ce qu'on h'à pas cotnpHs sa terminologie, et de ce qu'on n'est pas assei entré dans sa pensée, qui est èii effet subtile parfois et coihpliquée, mais qui offre d'ailleurs beaucoup de suite.

Sévère cotifotld d'abord dans tih même sens les tiiots cpucriç, ÔTroaTAcii;, icpoffcoîrov. L'idéiltificatiôn dès deux pre-

i. Les sources pour connaître la doctrine de Sévère sont : 4° Ce qui reëte de sêè tèUVi-es : beaucoup est encore inédit. On â édité : L. W. Brooks, The sixth book of the sélect Letters of Severus,patr. of Antioch. Loudon, 4902-4904. R. Duval et M. Brièke, Les Homélies de Sévère d'Antioche, trad. inédite de Jacques d'Edesse, Homélies LU à LXIX, dans la Patrotogla orient, de R. GRAiriN et F. Nau, tom. IV et VllI.

E. W. BR00K.S, The hymns of Severus of Antioch, ibid., tom. VI et VII, 49i4i A. KuGENER, Allocution prononcée par Séoère après son élévation, sur le trône patriarcal d'Antioche, 4902. De plus, on trouve des fragments importàhts dans Quaestiones adi)ersus monophysitas (P. G. LXXXVI, 2, col. 1769-1901); Eustathius monachus, Epistula ad Timothaeum scolast. de duabus naturis adv. Severum (Id., 4, col. 904-942);

F. DiEKAMP, DoctHna Patrum de incarn. Verbi, Munster in W., 4907. V. aussi Mai, Classici auctores, Roinae, 4828-4838 ; Spicilegium romanum, Romae, 4839-4844; J. G. L. Gieselek, Commentatio qua monophys... errores... iltustrantûr, pars II, Gœttingue, 4838. J. B. CéxHôt, bobumenta ad origines monophysitarum iUustrandas, Paris, 4908. M. Lebon, dans son Monophysisme sévérien, à brièvement analysé le livre III de l'écrit de Sévèi'e Cbntra Grammaticunt (p. 527-554), publié quèlcJUes fragments et traduit au cours de soii livre {)lusieurs passages inéditfe. — 2° Les historiens anciens qui se sont occupés de Sévère et du monophysisme, notamment : K. Ahrens et G. KruIîger, Die So^enàrihte Kifchengeschichte des Zacharias Rhetor, Leipzig, 4899. J.-B. Chabot, Chronique de Michel le Syrien, Paris, 4901, 4902. A. Kugener^ Vie de Sévère par Zacharie le ScOlastiljue. Vie dé Sévère par Jean de Èeith-Aphtonia, PariSi 4903, 4904 {Patr. orient., tom. II)* E» J. Goodspeed, The coriflict of Severus, patr. of Antioch, by Athanasius {ibid., tom. IV, 4908).— Travaux : F. Looifs, Lebntiûs von Brjzahz, Leipzig, 488t. j. p. ioStLÀs, Leontius vori Byzanz, Paderbôrn^ 1908, M. PeiSker, Severus von Antiochien, Halle, 4903. J. Lebon, Le monophysisme sévérien, Louvain, 4i)0i).

2. noXOfjiopçoç, [jLUoiôfJLopcpo; leufjpo;, tcoXutcoixiXoç aoçta (Eustathe, op. cit., col. 913, 917, 929).

L'ÉVOLUTION DU MONOPtfYSISME. 119

niiers termes se rencontre chez lui à chaque instant; mais il leur assimile aussi le troisième ^ : « Quand l'union hypostatique qui est parfaite de deux [natures] est confessée, dit-il, il n'y a qu'un Christ, sans mélange, une personne, une hypostase, une nature, celle du Verbe incarné^. » Que si, au contraire, on divise par l'esprit le Christ en deux natures, on n'a pas seulement deux natures, mais aussi deux hypostases et îdeux personnes ^. Le sens qu'il donne à ces trois mots, même à celui de «putriç, est le sens d'individu concret, de sujet, de personne. ^ufft<; n'est nullement l'équivalent d'oùcria : il s*oppose à ouata comme l'individu et le particulier au commun '*. Jésus-Christ n'a pas une seule nature, il es^une seule nature^. Dire comme les chalcédoniens qu'il y a deux natures en Jésus-Christ, c'est être nestorien, car c'est dire qu'il y a en lui deux personnes * : le nombre en effet suppose la séparation, et deux natures sont nécessairement deux personnes^. Et quant à l'expression « deux natures unies », c'est un non-sens, car deux natures unies ne sont pas deux mais une seule nature, une (puffiç n'étant telle qu'à la condition d'être xaô' lauTT^v^.

Ceci posé. Sévère, dans le développement de sa

1. D'une façon peu fréquente cependant. Ainsi, malgré le témoignage d'Eustathe {op. cit., col. 924 A), il est fort douteux que Sévère ait accepté la formule èx Ôuo itpoawnwv, alors qu'il accepte sans hésiter la formule èx ôuo ÛTtoffTaffewv : la première rappelait trop le nestorianisme.

2. Lettre à Sergius, ap. Lebon, p. 243 ; cf. Anastase le Sinaïte, Hodegos, col. 148, 304. M. Lebon ayant utilisé dans sa thèse les textes que je signale ici, et dont plusieurs ne se trouvent que chez lui, j'ai indiqué, à la suite des références, les pages de son livre où on pourra les trouver.

Page 1