Facundus, Liber contra Mocianiim, col
De cette pièôej adî*essée à Meniias, on n'a conservé que quelques fragments ^ , mais on en cotinaît le dispositif. Le pape y condamnait : 1^ la personne et tous les écrits de Théodore de Mopsueste ; 2° la lettre d'Ibas à Maris, comme contraire à la vraie foi, et tous ceujc qui approuvaient cette lettre; 3° les écrits de Théodoret dirigés contre la vraie foi et contre les anathématismes de saint Cyrille. L'autorité du concile de Chalcédoihe devait d'ailleurs rester au-dessus de toute discussion, et Vigile entendait bien n'y pas déroger.
Tout dans lé ludiùalum en effet était ménagé pour cet objets et le pape avait bien eu soin de distinguer le cas de Théodore des cas de Théodoret et d'Ibas, et de ne condaJnner de ceUx-ci que certains écrits. L'effet û'en fut pas moins déplorable. Pendant que, à Constantinople même, Vigile voyait se séparer de lui et Facundus, et l'évêque de Milan, Dacius^ et ses diacres et son propre neveu, il recevait la nouvelle que les évêques de la Dalmatie et de l'illyrie repoussaient ses décisions, et que ceux du nord de l'Afrique l'avaient excommunié jusqu'à ce qu'il eût fait pénitence ^^ Devant cet orage, le ludicatum fut retiré, et il fut décidé, de concert avec l'empereur, que rien ne serait fait ni pour ni contre les trois chapitres jusqu'à la réunion du concile que l'on projetait^. Dans l'embarras où il se trouvait, Vigile tâchait au moins de gagner du temps.
1. cités par Justinien et par Vigile lui-même, Mansi, IX, 181 et suiv., 104 et feUit.; P. L., Ltlx,lll.
2. Epist. Vigilii ad Rusticum et Sèbastianufn (P. L., LXIX, 43); Epist. clericorum Italiae {ibid., 413, 1-15); Victor de Tunnunum, Chronique, P. L., LXYIII, 058.
6. Mansi, IX, 59. Justinien exigea seulement et obtint un serment écrit, destiné à rester secret, par lequel Vigile s'engageait à procurela&tâlDt que pdsSibie la Condaiilnàtion des itGiû chapitres (Man^i, It, 363). Cette pièce, qui est du i5août 550, fut rendue publique par l'empereur à la septième session dil concile de 553. On en a contesté l'authenticité. Rien cependant ne prouve qu'elle soit fausse^
L'empereur se hâta de tout préparer pour le futur concile. Mais il devint bientôt évident que la condition du silence à garder sur les trois chapitres était trop lourde pour lui, et qu'il ne l'observerait pas longtemps. Effectivement, en 551, excité par Théodore Askidas, il lança contre eux un nouvel édit : c'est T'OfjioXoYia TTiffTstoç 'loucTTiviàvou auTOxpocTopoç xttxà Ttov Toiwv XECpaXaiwv ■* .
Ce document fort long, et qui trahit une étroite parenté doctrinale avec la théologie de Léonce de Byzance, se compose de trois parties : un exposé de foi, une série de treize anathématismes, une réfutation d'objections. Je n'en relèverai que quelques traits plus intéressants.
L'exposé de foi combinait ensemble les décisions d'Éphèse et de Chalcédoine. Le Christ est eTç, cruveeTo; Ix ôeorriTo; xa\ àv6p(07roTir|TOç(col. 541)^. Bien que Justinien affirmât la dualité des natures, il acceptait cependant la formule cyrillienne [iia ipudiç rouôeou Aoyou aeaapxwtXEvy), parce que Cyrille, disait-il, a pris, dans cette formule, le mot cpuffiç dans le sens du mot uTroaradiç (col. 545). La comparaison de l'union de l'âme et du corps dont abusent les monophysites, continuait-il, n'est pas une preuve en faveur de l'unique nature en Jésus-Christ ; car, dans l'homme, le corps et l'âme forment une nature qui peut devenir commune à plusieurs individus ; mais de l'union du Verbe et de l'humanité il ne résulte pas une xpi^^^of^ç à laquelle plusieurs personnes pourraient participer (col. 548,549). Compter lés natures en Jésus-Christ n'est pas les séparer, ce compte ayant lieu [xdvw Xoycj) xal Ôewpia (col. 549). Viennent ensuite sur les notions de nature et de personne des considérations que nous retrouverons plus tard. La conclusion était que la nature^humaine du Christ n'a jamais eu d'hypo-
4. Mansi, IX, S37-S81;P. G., LXXXVI, 1, col. 993-1035 3. Les colonnes indiquées sont celles de Mansi.
stase et de personnalité propre, mais a existé dès le principe dans Thypostase du Verbe, Iv tÎ) uTrocTot^rsi xou
AoYOUT^v dp;<''^,v TT)(; uTcap^eoix; eXaêsv (col. 556).
Les treize anathématismes qui suivaient cet exposé doctrinal ont été à peu près reproduits par le V« concile général, et il en sera question plus loin. Disons seulement que les xi% xii** et xiii® condamnaient les trois chapitres. Quant au reste de l'édit, il répondait aux difficultés que l'on tirait de l'approbation de la lettre d'ibas par le concile de Chalcédoine, et à cette objection que l'on ne pouvait condamner la personne de Théodore, mort dans la paix de l'Eglise. Tout le document s'achevait sur une brève conclusion.
Sa publication, on le comprend, fut extrêmement désagréable au pape. Vigile recommanda d'abord aux évêques de n'y point adhérer ^ ; puis, se sentant en danger, il se réfugia, au mois d'août 551, dans la basilique d'Hormisdas, et ne revint dans son palais sur les instances de l'empereur que pour s'enfuir de nouveau jusqu'à Chalcédoine, dans l'église de sainte Euphémie. C'est là qu'il publia, en janvier 552, une sentence de déposition contre Théodore Askidas et de suspension de communion contre Mennas^. Une epistula encyclica dans laquelle il justifiait sa conduite parut quelques jours après (5 février 552)^.
Cette énergie fit réfléchir l'empereur. Par son inspiration, Mennas, Théodore et quelques autres évêques remirent au pape une profession de foi qui le satisfit*, et Vigile consentit à rentrer à Constantinople. 11 y reçut, le 6 janvier 553, la profession de foi d'Euty-
4. Epitt. encycL; Fragm. damnât. Theodori (Mansi, IX, 50, 59).