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PREMIÈRE PARTIE

HISTOIiœ <SÉNÉtJU.6 D£S D06IIBS.

§. 46. CircoDStances qoi, dans celle période, influèreit snr le développeneDt

des dogmes.

La grande transformation qu'opéra dans TE^ise chrélienne le fait que la religion jusqu*alors pensêcutée, devint dans Tempire romain religion de TEtat et objet de la faveur du gouvemement, a eu aussi des résultats d'une très-haute imporiainoe pour le développement des dogmes.

Il y avait dans cette transformation bien des choses qui ne pouvaient manquer de la seconder directement ou indirectement. Plus ropposition des Pai^is s'affaiblissait ou cessait d'être re* doutable, et plus aussi la force intellectuelle qui, jusqu'alors, s'était déployée pour défendre le christianisme contre eux , s'appliquait maintenant à combattre les opinions divergentes qui se produisaient dans son sein. Les discussions théologiques prenaient ainsi toujours plus d'importance et étaient soutenues avec d'autant plus d'acharnement que la lutte contre les adversaires des Chrétiens, les Païens, padait plus de ^n intérêt. Mais tous ces débals théologiques donnaient des résultats favorables au développement des dogmes. Une autre conséquence de oeite grande révolution opérée dans le domaine de l'Eglise, ce fut l'introduction dans la vie chrétienne et dans les coutumes eeclésias*r tiques de bien des éléments nouveaux, qui exercèrent à leur tour une grande influence sur le développement des dogmes. C'est ainsi, par exemple, que les principes du monachisme^ sur la perfection chrétienne, ont influé de la manière la plus décisive sur la doctrine chrétienne du salut, de même que le mépris des sden-

ces et surtout de la philosophie , le goût du merveilleux et la crédulité, répandus par les ordres religieux, ont favorisé dans TEglise la crédulit&et y ont introduit une certaine tendance superstitieuse dans la formation des dogmes. Cet esprit monastique se caractérise tout particulièrement dans un écrit de Jérôme ( Epist. XXII ad Easiaehium) , où il raconte à colle dont il avait été le conducteur spirituel dans sa vie ascétique, cpmment, lorsquHI était jeune homme, il avait lu Cicéron , Piaule etc; comment, ayant été atteint d^une maladie mortelle , il avait été conduit , en esprit, devant le tribunal de Dieu,.et y avait été battu de coups, parce qu'il était plus cicéronien. que chrétien , et avait par suite promis de ne jamais lire des livres païens. Il dit entre autres choses, dans ce traité : Qu*ontà faire ensemble Christ et Bélial , les Psaumes et Horace , les Évaogélistes et Virgile , les ApMres et Cicéron? Le développement des rites ecclésiastiques , si nombreux déjà et si compliqués , ne resta pas non plus sans effet sur celui des dogmes. Le caractère mystérieux que prenaient •ces rites et ces cérémonies fit supposer d'abord et enfin affirmer qu'il y avait en eux des vertus mystérieuses et qu'ils produisaient des effets surnaturels ; et de telles affirmations passèrent enfin comme autant de dogmes dans le système de la doctrine. C'est ainsi que les formes mystérieuses sous lesquelles on célébrait la Sainte-Cène , firent naître et grandir les idées de la vertu inhérente aux éléments de la Cène , qui produisait sur les communiants des effets surnaturels , de même que les témoignages d'une vénération toujours plus profonde que l'on rendait aux martyrs , donnèrent naissance aux idées que l'on se faisait de leur élévation et du pouvoir qu'ils exerçaient sur les vivants

n y avait en outre bien des choses dans les nouvelles conditions de l'Eglise qui influaient d'une manière marquée sur le dé* veloppement des dogmes , surtout alors que ce développement avait pour cause des débats théologiques.

Parmi ces conditions nouvelles figurait en premier lieu le rapport de l'Eglise et de l'Etat. Les empereurs avaient accordé à l'Eglise de grands droits et de grands privilèges , mais en les réservant expressément et exclusivement à l'église catholique ; tous les hérétiques étaient même, sauf au temps de Serviusetde Valen-

tinien, privés de tout droit à la tolérance. Il en arrivait que, lorsqu'il s*élevait dans l'Eglise catholique des discussions sur les questions de foi , chaque parti accusant aussitôt les autres d'erreur-et d'hérésie, les déclarait en même temps exclus de la communion de TEglise. Or, ces accusations étant toujours réciproques et ^yaut une|É*ande importance politique, ce n'était naturellement qu'à Teihpereur qu'il appartenait de décider quel parti devait être regardé comme catholique et jouir des droits de l'Eglise officielle, quel autre parti devait être considéré comme hérétique, et déclaré même indigne d'être toléré. Ce ne fut donc pas par usurpation, mais par une nécessité impérieuse que les empereurs s'emparèrent du droit de décider dans les discussions dogmatiques; ordinairement ils ne prononçaient leur décision qu'après avoir convoqué k ce sujet des conciles et avoir entendu leur opinion ; toutefois quand ce moyen était insuffisant pour rétablir l'unité, à laquelle, par des raisons politiques, ils attachaient une importance immense, ils ne balançaient pas à s'écarter parfois de l'opinion des conciles, tentant toute sorte d'autres moyens et essayant de faire prendre d'autres décisions , toujours en vue de rétablir l'unité , si importante à leurs yeux. Dans de teMes circonstances, les empereurs parvenaient à une influence exorbitante sur le développement des dogmes ; il arrivait souvent que des discussions théologiques se mêlaient à des cabales de cour et étaient décidées par la parole souveraine de l'empereur. C'est sous Justinien que ce rapport de l'Eglise avec l'Etat se montre de la manière la plus éclatante; car, non seulement cet empereur donnait des décisions sur des questions Ihéologiques proposées par d'autres, mais il se posait même, sans que rien l'y autorisât, en législateur théologique ^ et proclamait de nouveaux dogmes qui devaient être acceptés par toute l'Eglise.

Le dévelopement de la dogmatique se ressentit en outre profondément de celui de la hiérarchie qui eut lieu dans cette période. Les laïques et même aussi les classes inférieures du clergé, ayant perdu complètement le droit d'émettre leur opinion dans les questions de religion , tout le pouvoir spirituel passa aux évéques qui, seuls,. avaient le privilège de voter dans les synodes. Depuis que Constantin eut convoqué le synode de Nicée pour lui

faire prendre une décision sur la querelle arienne , les synodes cecuméniques furent considérés comme les cours suprêmes de l'Eglise, auxquelles appartenait le droit de prononcer en dernier ressort, même sur les questions de foi. On ne pensait pas sans doute, dans le principe, qu'à titre de synodes oecuméniques ils possédassent rinfaillibilité. Mais tous les synodes étant considérés (d'après Àct. 15, 28) comme se trouvant sous une direction spéciale du Saint-Esprit, et les conciles œcuméniques passant pour être les cours suprêmes de TEglise, dont les décisions ne pouvaient être réformées par aucune autre autorité, on en arriva naturellement à croire qu'une assistance particulière du Saint-Esprit les rendait infaillibles en matière de foi. En réalité, les décisions de ces synodes dépendaient en grande partie des patriarches, auxquels les autres évêques étaient habitués à obéir, ou étaient prises sous l'influence impériale.

Dans ces conditions, il arrivait naturellement que toutes les questions théologfques avaient pour résultat la fixation de nouveaux dogmes. Dans la période précédente , il y avait eu bon nombre d'opinions théologiques * diflërentes , sur lesquelles FEglise ne s'était point encore prononcée, et qui se toléraient réciproquement, parce que l'on n'exigeait l'unité que dans le domaine de la wwriç et qu'on laissait' entière liberté pour toutes les spéculations qui allaient au-delà. Mais plus la hiérarchie devenait puissante , et plus elle était portée à vouloir dominer dans tout ce qui était du domaine de la religion; dès-lors elle ne supportait plus que difficilement les discussions théologiques, même sur des points que la foi de l'Eglise avait jusqu'alors laissés indécis. Comme la foi de l'Eglise contenait toujours quelques éléments qui pouvaient paraître favorables ou défavorables aux questions controversées , on se laissait facilement amener à s'en servir pour prononcer à cet égard des décisions irrévocables.

C'est ce que faisaient même les partis engagés dans la lutte, qui justifiaient ainsi , sans le savoir, la prétention de la hiérarchie à faire ressortir du domaine de la religion les questions en litige, et à les décider comme y appartenant. C'est dans les synodes que cela se faisait sous les diverses influences que. nous avons indiquées plus haut ; on prenait ainsi sur les divers points

en litige des décisions positives qui, considérées comme formulant la foi de TEglise, étaient par suite imposées à toute la chrétienté. Or, comme ces décisions soulevaient souvent (1er nouvelles questions et donnaient lieu à de nouveaux débats , sur lesquels les conciles étaient encore appelés à se prononcer , il en résultait que le nombre des dogmes s'augmentait considérablement et que le domaine laissé à la libre spéculation se rétrécissait dans la même proportion.

^. 47. Histoire générale de la dogmatique pe&daol les qoerelles de rAriiDÎsiie»

jusquen 381.

Dès le début de cette période, commença la lutte contre la doctrine d'Âriu^, d'après laquelle le Fils avait été créé de rien et avait pris naissance à une certaine époque détermiïiée; et dans le caractère que prit cette lutte , ainsi que dans la manière dont elle fut soutenue, se manifestait déjà très clairement le résultat •du grand changement qu'avait produit dans rEglise,.sous tous les rapports, rélé\'ation du christianisme au rang de religion de l'État. Les débats théologiques qui s'étaient engagés jusqu'alors n'étaient jamais sortis de certaines provinces , mais o^lui-ci se généralisa, dès que l'empereur Constantin s'y fut mêlé, et s'élenditdans tout l'empire romain. Dans les querelles antérieures, l'Eglise s'était bornée à opposer de simples négations aux opinions qui portaient atteinte h la foi; mais daps celle-ci on voit déjà la hiérarchie, que les circonstances extérieures ont fait grandir , disposée à opposer, comme dans les synodes de Nicée, certaines idées dogmatiques bien déterminées à l'hérésie d'Àrius , et à exiger qu'elles fussent admises comme éléments de la foi chrétienne, et crues par tous les chrétiens , sous peine pour eux d'être exclus du salut éternel. Les adhérents du concile de Nicée regardaient la confession du mol ôjioowo? comme la marque indispensable de l'orthodoxie, et parmi les adversaires qui, depuis le second concile de Sirmium (357) , se divisaient en Semiariens et en Ariens rigoureux , les premiers admettaient le buoou<7ioç et les secx)nds avaient pour mot d'ordre àv6fAotoç. A cette lutte de l'Arianisme se ratta^ chaient plusieurs débats secondaires. Marcellus d'Anqffe^ zélé

Nicéen, s'était hissé entraîner par le bpoTMtoç au sabélianisme» professé plus ouvertement encore par son disciple Photin ^ évoque de Sirmium, qui eàcourut pour cela une condamnation (345). Un autre Nicéen^ Appollinaire, évéque de Laodicée, répandit (dep. 371) Topiniott hétérodoxe qu'il n'y avait pas eu une âme raisonnable en Christ, mais que la divinité en avait tenu la place. Lorsque, à partir de 360, il apparut aussi en Orient un certain nombre de Nicéens, ces Niccens orientaux restèrent longtemps encore séparés des anciens Nicéens, qui se trouvaient en Elgyptieeten Occident, parce qu'ils persistaient à prétendre qu'on devait reconnaître rpAç bitoazàatiç dans la divinité, tandis que les derniers ne voulaient admettre que -cpca iz^tana. Enfin on mettait encore .^ en question après 360 , la doctrine du Saint-Esprit , qui dominait parmi les Semiariens et qui comptait même de nombreux adhérents parmi les Nicéens orientaux, doctrine d'après laquelle le Saint-Esprit était une créature et un serviteur de Dieu. Les défenseurs de cette hérésie n'étaient d'abord nommés que irvcufAa- TO|Eift;(0(, plus tard on leur donna le nom de Macédoniens qui, dans l'origine, avait le même sens que celui de Semiariens , parce que c'est chez ces derniers que cette hérésie avait été le plus répandue. Le concile de Constantinople donna aussi une décision positive sur cette doctrine du Saint-Esprit dans la symbole de Nicée , modifié et élargi par Jui.

Quant aux points en litige que nous venons de signaler , l'esprit de cette époque était sans doute rigide et intraitable ; mais il se manifeste d'autant plus de libéralisme à l'égard de toutes les autres matières dogmatiques qui ne rentraient pas dans le domaine des sujets controversés de l'époque. Nous en trouvons une preuve très-remarquable dans le célèbre passage de 'Grégoire de Nazianze (Oral, de TheoL 1 ), où il engage à ne pas faire de ces points en litige un objet de recherches indiscrètes, et donne au contraire le conseil « de philosopher de préférence sur le monde ou sur les mondes , sur la nature , sur l'àme , aur les bons et les mauvais esprits, sur la résurrection, le jugement et les souffrances de Christ. » Tous ces points faisaient sans doute aussi partie de la doctrine de l'Eglise ; mais ils y étaient encore définis d'une manière si générale, qu'une très grande diversité d'opi-

nions était possible et permise à Tégard de leur conception et de leur application.

C'est ainsi que nous trouvons encore , à l'époque des débats provoqués par rAriagisme, malgré la vivacité avec laquelle ils étaient soutenus, une spéculation théologique passablement bardie , pouvant se développer librement sur bien des points ; et , par suite.de cette liberté, un épanouissement de la ^ence théologique tel qu'il s'en est vu rarement de pareil avant la Réformation. Deux Écoles ont surtout soutenu et maintenu, d'une manière particulière, cette tendance scientifique: VÉcoUd'Origène et VÉcole de Syrie ou d'Antioche. Origène, bien qu'un bon nombre de ses opinions personnelles fussent assez généralement repoussées, jouissait néanmoins d'une grande autorité et d'une rare influence. Les Nicéens les plus distingués , tels qu'un Athanase, un Basile-le-Grand et les deux Grégoire, ainsi que de nombreux Eusébiens, tels qu'Eusèbe Pamphili , qui avaient la plus haute estime pour ce graud homme , profitaient avec empressement de ses écrits , et s'ils fermaient les yeux sur ce qui leur paraissait erroné, ce n'était que pour mieux s'approprier les nombreuses idées qu'ils trouvaient justes et lumineuses. De cette manière ils devenaient indulgents à l'égard des opinions dogmatiques nouvelles, pourvu qu'elles ne touchassent pas la grande question qui faisait l'objet des discussions de l'époque. C'est ainsi que les écrits d'Origènc, grâce à l'estime générale dont ils jouissaient, contribuèrent grandement à conserver enfin un principe de libéralisme dans la théologie. C'est pourquoi Grégoire de Nysse et Didyme, les origénistes les plus prononcés de cette époque, pouvaient encore professer ouvertement plusieurs opinions particulières d'Ôrigène (par exemple , celle de la possibilité pour le Diable de se convertir) , sans être attaqués pour cela ; bien plus, Synesius , bien qu'attaché à plusieurs doctrines du Néoplatonisme, n'en fut pas moins consacré évèque de Ptolémaïs, par Théophile , évêque d'Alexandrie. Tandis que l'École d'Origènc, distinguée surtout par ses spéculations théologiques , se laissait trop dominer dans l'interprétation de la Bible par son penchant à l'allégorie , l'École de Syrie ou d'Antioche s'acquérait , de son côté, un grand mérite en ne suivant dans l'explication des Livres-

Saints que le principe historique et grammatical, et en repoussant toute interprétation allégorique. Mais ce même principe , trop rigoureusement appliqué, menait aussi quelquefois à une interprétation littérale de la Bible; nous en trouvons un exemple dans un adhérent de cette École, Apollinaire, évéque de Laodicée , qui défendait encore le Chiliasme.

Il nous reste de cette époque un très grand nombre d'écrits dogmatiques; mais la plupart ne traitent que la question qui fai^ sait alors Tobjet de toutes les discussions , la question- de la Trinité. Ceux de ces écrits qui embrassent Tensemble de la dogmatique chrétienne sont les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem et le Thyùç xxrtïx^Ttxoç ô ,ttcy»ç de Grégoire de Nysse. Pour pouvoir se servir utilement de ce qu'ont laissé les écrivains de ce temps dans l'histoire des dogmes , il faut connaître et distinguer à quels partis ils appartenaient. Du côté des Eusébiens nous en citerons deux : Eusèbe, évèque de Césarée (m. 340) , et Cyrille de Jérusalem (m. 386).

Parmi les écrits (VEusèbe , ceux qui méritent d'être lus en vue de l'histoire des dogmes , sont ses deux ouvrages d'apologétique intitulés , le premier : Prœparalio evangelica , ayant pour but d'amener les Païens au christianisme; et le second : Demonslraiio evangelica , devant convaincre les Juifs de la vérité de la religion chrétienne. A ceux-là se rattachent encore ses deux ouvrages intitulés : Contra 3Iarcellum, lib. Il; et De eccleeiastieâ Theol. , lib. III. Dans ces écrits se montre plu-' tôt un savant collectionneur qu'un pénétrant penseur. Quant à la grande question qui fait l'objet des discussions du temps, Eusèbe se distingue surtout par sa modération ; désirant vivement voir régner la paix dans l'Église, il voulait qu'on fermât les yeux sur les différences dogmatiques qui existaient entre Arius et ses adversaires. Son opinion personnelle sur la question controvM*séc était celle d'Origène, et C'est à tort que ses adversaires l'ont souvent déclaré arien. Il n'eut aucune influence sur le développement dogmatique qui se fit de son temps ; mais si Ton fait abstraction du grand point alors en litige , on reconnaîtra cependant que ses écrits ne manquent pas d'importance pour faire connaître le point de vue théologique de cette époque.

Cyrille de Jérusalem^ dans ses catéchèses , explique elairement et simplement , et de manière à se mettre à la portée des caiéchumènes , la confession de foi chrétienne et les rites sacrés de rÈglise, en se rapportant très-fréquemment à I^Ècritnreâainte. Il était Semiarien , et c'est pourquoi il ne se sert pas des formules de Nicée dans ses catéchèses; mais comme le Seroiarianisme ne s'éloignait pas beaucoup.de la foi ancienne, et que la diflérence qui Ten séparait ne reposait prësqoe que sur les for* mules, il ne fut pas non plus diflBcileà Cyrille, au concile de Conslantinople, d'adhérer complètement, avec béatïcoup d^autres Semiariens , h ce symbole de Nicée. Ses catéchèses ont surtout de rimportance, parce qu'elles font connaître les antiquités ecclé* siastiques , en nous donnant une idée claire de la manière dont on préparait au baptême; mais elles ne sont pas moins importantes pour rhistotre des dogmes, vu qu'elles nous donnent une exposition parfaitement exacte de la foi chrétienne , que Ton peut considérer comme complètement orthodoxe, bien que dans la doctrine de la Trinité elle s'en tienne à des formules plus générales que ne l'étaient celles de Nicée.

Parmi les partisans du coqcile de Nicée, nous devons distinguer les Pères de l'Église grecque et ceux de l'Église latine.

Les plus éminents d^entre les Nicéens, appartenant k l'Église grecque , sont :

I, Athanase^ qui est incontestablement l'écrivain de cette époque qui a le plus d'importance pour l'histoire des dogmes, par la raison que c'est à lui que Ton doit le développement le plus détaillé et le plus précis de la doctrine de la Trinité, et que c'est dans la formule rédigée |)ar lui que cette doctrine a été plus tard adoptée par toute l'Église. Plus on a, dans tous les temps, attaché de valeur à cette doctrine, et plus aussi on a toujours eu en vénération la mémoire d'Àthanase , 4ui a eu tant à supporter et à souffrir pour elle. De son vivant, il avait déjà reçu le glorieux nom de Père de l'Orthodoxie, qui depuis lors lui est toujours resté. La plupart de ses écrits ont pour objet de mettre en lumière et de démontrer la doctrine de la Trinité. Il n'y a que sa Réfutation du Paganisme et son Traité de Tincarnation du Logos, écrit très-

probablement avant la discussian sur rArianisme , qui fassent exception. Alhanase a dû rédiger la plupart de ses écrits trèsrapidement et au milieu de nombreuses interruptions; c'est ce qui explique les défectuosités de leur forme; ils manquent d'ordre et sont remplis de répétitions; son érudition même est médiocre, et sou interprétation de la Bible souvent forcée ; mais partout cependant il se présente comme un penseur pénétrant et subtil , qui savait soutenir sa |;rande lutte contre ses adversaires ^vec habileté et une grande supériorité.

2. Barile-le-Grand y évéque de Césarée, en Cappadoce (m. 379.) Nous avons de lui deux ouvrages dogmatiques d'une plus grande étendue, Tun contre Eunomius, l'autre sur le Saint- Esprit. Nous trouvons chez lui une tendance absolument pratique; il a rarement des idées nouvelles et qui lui soient propres; mais en revanche il sait développer très-clairement celles qui lui ont été données, et les exposer d'une manière éloquente.

5. Grégmfe de Nyue , frère puîné de Bazile , et évêqùe de Nysse (m. après 394)^ est celui des Pères du iv* siècle qui, avec Didyme, s'est le plus rattaché à Origène; et qui« par suite aussi, fait le plus d'usage de la philosophie-dans la théologie. On trouve d^ailleurs chez lui un grand nombre d'opioions ihéologiques qui •lui étaient personnelles. C'est précisément la raison pourquoi il n'a pas obtenu dans l'Eglise la considération et Tautorité dont jouissait son frère ; cependant on rapporte qu'au concile de Constantinople, il fut chargé par l'assemblée de remanier le symbole de Nicée. Il nous reste encore de lui des écrits polémiques contre Eunomius et Appollinaire , puis son grand Catéchisme, le seul essai fait à cette époque d'une exposition complète et scientifique de la doctrine religieuse : Xoyoç xax-nxf^uxhç h ^tycaç.^

4. Grégoire de Nazianze ( m. 390), était plutôt rhéteur que dofmatisle, bien qu'à l'é^rd de la parole il soit encore inférieur à Bazile ; ^pen^aot les cinq discours qu'il tint à Coristantinople sur la doctrine de Dieu et surtout sur la divinité de Christ , lui

' 'QMgeEH It^nenl oralto cutccbelica , igrasoe «llaiinc «d codioes ttonacemes rereBMU /. «.' ErMnger, llootrfaii 4S3ô. 8.

ont rail obtenir une considération particulière et donner le sur* nom de 0 Oco/.ôyo^.

o. Didymêy ôatéchèle à Alexandrie, aveugle de naissance (m. 395), était un partisan d'Origène aussi prononcé que Grégoire de Nysse. Il reste encore de lui son Traité sur le Saint- Esprit, conservé dans la traduction latine de Jérôme, et un autre de Trinilate , en trois livres.

Parmi les écrivains latins ceux qui ont une véritable importance pour rhistoire des dogmes sont :

Bilaire, évêque de Poitiers (m. 368), ferme défenseur du concile de Nicée, et dont tous les écrits se rapportent à la querelle arienne. Son principal ouvrage dogmatique est celui intitulé de Trinilate y Uhh. XII. C'est un écrivain penseur, qui ne manque pas de force , mais souvent ampoulé et qui fatigue ses lecteurs par de fréquentes répétitions.

Ambroise^ évéque de Milan (m. 397), écrit d'une manière beaucoup plus claire et plus agréable que Hilaire; mais il lui manquait de bien connaître la théologie ; ses écrits sont entièrement tirés des principaux Pères de FEglise grecque, ce qui ne les empêcha cependant pas de jouir d'une grande considération dans TEglise occidentale. -Cela s'applique en particulier à son principal traité dogmatique de Fide^ développement de la foi chrétienne , surtout de la doctrine concernant le Fils.

§• 48. Hisloire générale des do|;nie8 pendant les querelles origcniste et pélagienne, jusqu'au f4)BiiBeDcement de la querelle nestorienne.

Déjà dans la période des discussions sur TArianisme s'était développé un parti dogmatique plus rigide que les autres , qui , rejetant toute libre spéculation théologique , n'attachait de prix qu'à conserver et à défendre rigoureusement la doctrine traditionnelle de l'Eglise, et qui, dans tous les points où elle paraissait n'être pas assez arrêtée, aimait à se prononcer pour l'opinion la plus sévère , la plus littérale et la plus favorable au miracle. Cette tendance était surtout soutenue par le monacfaisrae qui , en général, avait fort peu d'estime pour la science et qui regardait

même .comme un péché de s*occuper de sciences profanes , mais qui s'attribuait cependant le droit de prononcer un jugement décisif sur Torthodoxie, bien que son opinion reposât plutôt sur d'obscurs sentiments que sur des connaissances claires et positives. Celui que Ton doit considérer comme le plus ancien représentant de cette tendance à maintenir rigoureusement I9 tradition dans la théologie est :

EpiphanCy évêque de Constantia , Tancienne Salamine, mort en Chypre en 403. Dans son livre intitulé iravà^^iov (cassette de médicaments), composé en 374, il combat avec amertume et violence toutes les idées s'écartant de la doctrine qu'il considère comme orthodoxe, et y marque du sceau de Thérésie bien des idées particulières qui, jusqu'alors, avaient été tolérées sans soulever d'hostilité. C'est le premier qui mit les Nazaréens au nombre des hérétiques et qui stigmatisa comme de grossières hérésies les idées particulières d'Origène. C'était en général tout particulièrement contre Origène que s'emportait Epiphane ; et voyant que la condamnation prononcée contre lui dans le iravà(>iov ne produisait pas encore l'effet désiré , il fut le premier à exciter en 394 les querelles origénistes en Palestine. Car s'étant rendu dans cette contrée, où Origène avait le plus d'adhérents, et ayant tonné contre les hérésies, il réussit à mettre de son côté Jérôme , qui était alors à la tête d'un couvent à Bethléem. Jérôme , plein de soucis et d'inquiétudes pour son orthodoxie , se laissa gagner, bien qu'il eût été jusqu'alors l'admirateur le plus prononcé d'Origène et qu'il se fût très-bien servi de ses écrits pour rédiger les siens ; par contre, Jean, évéque de Jérusalem, etRufin, moine sur la montagne des Oliviers , ne se laissèrent pas détourner de leur estime pour Origène et devinrent pour cette raison l'objet de la haine et des attaques d'Epiphaneet de Jérôme. La lutte se termina en Palestine, par l'entremise de Théophile, en 397, et ne se continua plus que par une polémique violente entre Rufin et Jérôme; mais dès l'année 399, ce même Théophile, qui peu auparavant avait été le médiateur de la paix, poussé par les instances des moines, se présenta en Egypte comme un adversaire de l'origénisme, et lui imprima^ à Faide d'Épiphane et de Jérôme, lïne flétrissure qui le discrédita dans toute l'Eglise. A son exemple ,

Anastase , éveque de Rome (401), condamna à son tour rbérésie origéniste; et Chrysostôme , dénoncé par Théophile, fut déposé en 403 , pour avoir favorisé les Origénistes. Depuis lors les opinions particulières d'Origène passèrent pour des hérésies; rien que le fait de s*occuper des écrits d'Origène rendait déjà suspect. Il n'était plus permis de reconnaître le» qualités de cet homme , bien qu*on ne manquât pas de reconnaître ses erreurs. Il en résulta naturellement que le principe libéral disparut dés-lors de la théologie ; que Ton regardait même avec défiance remploi de la philosophie dans la théologie, et que pour toutes les assertions théologiques on avait grand soin de rechercher et d'invoquer les autorités des anciens Pères orthodoxes , afin de ne pas s'attirer le reproche d'hérésie.

Il y avait cependant encore bon nombre de théologiens qui, appartenant à l'école exégètiquede Syrie, conservaient une culture scientifique plus libérale. Nous citerons en particulier Diodare , évèque de Tarse (m. avant 394) , très célèbre comme ex^te , mais dont tous les écrits sont perdus. Il était le maître des deux suivants :

Jean Chrysostôme^ évèque de Constantinople , qui mourut en exil en 407. Bien que formé dans l'école de Syrie , il avait une grande considération pour Origène et faisait usage de ses écrits. Chrysostôme s'est distingué comme prédicateur. Dans les nombreuses homélies qui nous sont restées de lui, il se révèle comme un heureux interprète de la Bible. Quant à la doctrine religieuse , il a une tendance absolument pratique ; aussi ne se livre-t-il pas à de simples spéculations dogmatiques qui n'auraient eu aucune importance pratique.

Théodore, évèque de Mopsueste(m. 429) , fut un des exégètcs les plus distingués de l'ancienne Église; mais ses écrits ont été malheureusement pour la plupart perdus , parce qu'on le chargea plus tard du reproche d'hérésie. Nous trouvons chez lui les traces d'une critique historique appliquée aux livres bibliques, critique qui / est restée étrangère à tous les autres Pères de l'Église. Il avait aussi des sentiments libéraux sous le rapport de la dogmatique ; c'est ce qu'il prouva en admettant , avec son

maître , que les peines de Tenfer sont finies , et en prenant ouveHement la défense de la liberté de Thomme contre Jérôme. Tandis qu'en Orient les discussions provoquées par les idées d'Origène tuaient le principe libéra) dans la théologie , celles qui s'étaimil élevées entre Augustin et les Pêlagiens avaient le même résultat en Occident.

Augustin, évèque d'Hippone (m, 430), était sans doute, quant à la science théologique, inférieur à bien des Pères de l'Église , et notamment à Jérôme ; mais il occupe assurément la première placé entre tous comme penseur subtil, pénétrant et logique. Il avait en outre déjà développé dans sa première vocation le talent d*exposer les choses et les idées d'une manière

gracieuse et claire, ce qui explique Ténorme influence qu'il exerça pendant sa vie sur TÊglise latine , et qu'il conserva après sa mort par ses écrits. Ce fut avec une grande supériorité et un véritable succès qu'il combattit tous les hérétiques de son temps, et d'une manière très-remarquable qu'il traita dans ses écrits presque toutes les matières dogmatiques. Il fortifia la doctrine de l'Eglise par une foule de nouvelles explications , de définitions et de preuves , et l'enrichit d'un très-grand nombre de termes techniques et de doctrines nouvelles. L'Église d'Occident n'avait jamais eu un pareil docteur. N'ayant eu généralement jusqu'alors que fort peu de penchant pour la libre spéculation théologique, et préférant s'en tenir -invariablement à la tradition , elle n'avait pris aucune part active au développement dogmatique qui avait eu lieu dans l'Église grecque » et se bornait à accepter ce qui lui paraissait acceptable et utile , mais sans vouloir prendre, sous ce rapport , une position indépendante: Trouvant désormais dans les écrits d'Augustin une série de développements de la doctrine religieuse aussi lumineux que pénétrants , et dont, d'ailleurs, l'orthodoxie lui était suffisamment garantie par le nom de l'auteur et par sa lutte vietoriq^se contre toutes les hérésies, elle admettait toutes ses œuvres comme des oracles de l'orthodoxie, ce qu'elles restèrent pendant tout le moyen-âge. Comme il a écrit sur tous les points de la doctrine religieuse , on se contentait de s'en rapporter à lui dans toutes les difficultés dogmatiques , et de se courber aTouglément

SOUS son autorité. On en vint même jusqu'à regarder comme certain, peu de temps après lui , et à considérer comme des articles de foi ce qu'il n'avait donné que comme des' hypothèses ; en sorte que , quand plus tard on croyait devoir s'écarter dans certains points de la doctrine d'Augustin , on n'osait cependant pas avouer cet écart , qu'on cherchait à voiler par une interprétation forcée de ses écrits. Aussi, bien qu'il procédât lui-même avec une grande liberté dans ses spéculations théologiques, et qu'il recoonût la valeur des arguments qu'on lui opposait et l'importance de l'usage de la raison, l'exorbitante autorité qu'on lui accordait fit qu'on renonça toujours plus , dans l'Église d'Occident , à se servir de la raison et qu'on se soumit volontairement au joug du système d'Augustin. Ce fut surtout là l'effet de la doctrine du péché originel , telle qu'elle fut développée par lui dans sa lutte avec Pelage; car, en déclarant la volonté et la raison de l'homme complètement corrompues par la chute, il en arrivait naturellement à mépriser la raison individuelle et à s'abandonner de préférence à la foi d'autorité. La plupart de ses écrits traitent certains sujets spéciaux. Mais il explique et développe tout le fond de la doctrine chrétienne, telle que l'avait exposée et résumée le symbole , dans son écrit de fide et symbolo^ de l'année 393. Nous avons un aperçu du système théologique adopté plus tard par lui dans son Enckiridiofi seu de fide^ spe et charitaie ad Laurentium^ urbis Romœ primtcertum, de l'année 421. Il ramène ici le christianisme k ces trois points capitaux : la foi , la charité et l'espérance ; mais c'est le premier qu'il traite avec le plus d'étendue. — L'Église d'Occident avait à côté d'Au> gustin un docteur non moins célèbre , mais qui ne peut pas lui être comparé quant à l'importance dogmatique.

Jérôme j depuis 386, h la tête d'une congrégation monastique à Bethléhem (m. 420), était, comme interprète de l'Écriture, le plus distingué de tous les Pères de l'Église ; mais ni son caractère ni l'attitude théologique qu'il prenait ne pouvaient le faire estimer. Il lui manquait complètement la connaissance approfondie et philosophique de la théologie , ce n'était qu'un érudit qui savait se servir*, pour l'explication des Saintes-Ecritures , de sa connaissance de la langue et des travaux des autres, mais

qui souvent travaillait avec une facilité et une rapidité beaucoup trop grandes. Son caractère est absolument celui d*un moine ; aussi trouVons-nous chez lui tous les défauts d'une éducation monastique : un orgueil clérical démesuré, se couvrant du masque de Thumilité , un sentiment de mépris pour tout ce qui n'est pas moine, une rudesse presque brutale à Tégard de ceux qui lui font une opposition quelconque, une sollicitude extrême pour sa réputation d'orthodoxie et une disposition à tout lui sacrifier, même sa conviction. Ainsi , après avoir été d*abord un admirateur d*Origène, il n*hésita pas à le renier, quand il vit Ëpiphane s'élever contre lui, et à devenir le plus ardent adversaire des Origénistes. De même, après avoir reconnu la liberté humaine dans toute son étendue , il s^associa avec Augustin , quand il le vit combattre Pelage, et se déclara si fortement contre cette liberté, que Théodore de Mopsueste se vil obligé de la défendre contre lui. Dans d'autres écrits polémiques dirigés contre Helvidius, Vigilance et Jovinien, il défend avec» une violence extrême les opinions et les cérémonies superstitieuses qui s'étaient nouvellement glissées dans TÉglise, et contre lesquelles ces hommes s'étaient prononcés. Jérôme a peu influé sur le développement des dogmes ; mais ses écrits ont de Timportarice pour leur histoire, parce qu'on peut y puiser des renseignements certains sur ce qui était généralement admis comme orthodoxe à cette époque.

§. 49. Histoire générale des dogmes dejmis le rommeDceraent des querelit^s Neslorieiuieâ jusqu'à la iio de cette période.

Cette restriction apportée à la liberté de la science dans le domaine de la théologie, et qui s'introduisit en Orient à la suite des querellés provoquées par l'Origénisme, se manifesta aus^i dans la manière dont furent soutenues les controverses nestoriennes et les suivantes. L'arme principale dont on se servait dans ces luttes était la tradition, et l'on prenait l'habitude de tirer de tous les anciens Pères passant pour orthodoxes tous les passages se rapportant au sujet de la controverse, que l'on con> sidérait comme les arguments les plus importants et Jes plus

décisif, et k oMè desquels les raisons allégttées par ia philosophie n'obtenaient qu'une place subordonnée. Dans ces conditions, le libre examen dans le domaine de la tiièologie devenait mèmevn danger; et ce qu'il y avait de plus sûr et de plus commode était de se contenter de dire et de répéter ce que les Pères avaient dit. La conséquence naturelle en fut le dépérissement progressif de toute science théologique. Pendant les querelles Nestoriennes et Eutycbiennes se rencontrent pourtant encore quelques hom^ mes qui méritent le nom de tliéologiens. Ce sont, dans rÉgiise grecque, les deux suivants :

Cyrille, éyèque d'Alexandrie (m. 444), qui fut au moins u& écrivain fécond et renommé. Son style est d'une prolixité fatigante ; les recherches nouvelles et personnelles lui sont complètement étrangères ; il attache en revanche une haute valeur aux opinions des anciens Pères, et cherche de toute manière à les défendre et à les faire accepter comme faisant partie de la doctrine reçue par l'Église. Moins il montra un caractère estimable dans sa lutte avec Nestorius, et plus il déploya d'ambition , d'esprit d'intrigue et de domination , ce qui ne l'a cependant pas empêché d'acquérir dans l'Église une grande réputation comme défenseur de l'orthodoxie ecclésiastique.

Théodoreij évèquede Tyr (m. 457), beaucoup plus estimable que le précédent, se distingue par son caractère pacifique et par son érudition. Dans la lutte Nestorienne, il fut longtemps l'adversaire de Cyrille. Plus tard , bien que l'opinion se fût prononcée, à l'égard du point controversé, plutôt en faveur de Théodoret que de Cyrille, celui-ci n'en a pas moins toujours été considéré comme le patron de l'orthodoxie, tandis que Théodoret a été parfois suspecté et même taxé d'hérésie. C'est surtout comme exégète et comme historien de l'Église qu'il se distingue; mais il se fait aussi remarquer par la clarté et la précision de ses traités dogmatiques , de même que par le soin qu'il prend à ne jamais y perdre des yeux le but de l'importance pratique. Il nous a donné un résumé assez développé de toute la dogmatique dans le V« livre de son Hwretiearum fàlnUmrum cùmpmidiuin.

Dans I^Eglise latine se iait aussi remarquer comme dogmatiste, k la même époque, Léon-le-Grand^ évéque de Rome (m. 461 ). C'est à lui et à son Episi. ad Flavianum qu'on dut la décision prise par le concile de Chalcédoine relativement k la question de rSntychianisme alors en litige.

Après le concile de Chalcédoine s'arrête la série des théologiens distingués de l'Eglise grecque, parce que dès-lors toute liberté d'examen se trouva paralysée aussi bien par Paveugle foi d'autorité que par le pouvoir illégitime que s'attribuaient \es^ empereurs dans les querelles théologiques. Ce qui a encore de l'importance pour l'histoire des dogmes ce sont les écrits publiés probablement en Egypte , vers la fin du v* siècle, sous le nom de Denys l'Aréopagite. Ils renferment des idées mystiques, empruntées en grande partie à la philosophie néoplatonicienne ; un de ces écrits est sur la hiérarchie ecclésiastique, un autre sur la hiérarchie céleste ou sur la nature et les différentes classes d'anges ; un troisième traite de la théologie mystique ; un quatrième, de la nature et des noms qui conviennent à Dieu. La fable, bientôt admise par la crédulité, d'après laquelle ces livres provenaient d'un disciple de PabI, et l'assurance avec laquelle ils promettaient de dévoiler les plus profonds mystères, les firent aussitôt accueillir partout et entourer d'un profond respect; d'où vient qu'ils ont exercé une énorme influence sur la dogmatique et qu'ils peuvent être considérés comme les fondements de la théologie mystique parmi les chrétiens. Dans l'Eglise latine le Semipélagianisme conservait encore en Gaule quelque indépendance vis-à^vis d'Augustin^ et sa lutte avec l'Augustinisme tenait encore éveillée une certaine liberté théologique, comme nous en avons la preuve dans, les écrits de Gennade^ presbyter à Marseille qui, dans son traité de eceleaiasiieiê dogmatibuSj réunit les éléments d'une complète confession de foi; dans ceux de Fauste, évéque de Riez (m. vers 490), défenseur du Semipélagianisme ; et dans ceux de Fulgence^ évéque de Ruspa (m. 533), qui était un ardent augustinien. Au VI* siècle, la condamnation des trois chapitres provoque eneore à prendre leur défense plusieurs occidentaux, dont le plus éminent est Faetmduê^ évéque d'Hermiane (m. vers 570). L*éyèqueafric^ Jumiiuêy qui vivait vers l'an 550, dans son traité in-

iitulé : De partibus divinœ legis Hbb. Il, expose les dogmes chrétiens d'après un plan . nouveau , en les classant sous ces trois chapitres : de Dieu, du monde préseul et du monde futur. Plus tard, celui qui se distingue tout particulièrement dans i'Eglise d'Occident, est Grégoire-le-Grand, évèque de Rome. Il lui manquait une éducation scientifique et philosophique ; il méprisait même les sciences et était dominé par bien des idées supers* titieuses ; mais il possédait beaucoup de talent naturel, de Texpérience, de la piété, du zèle pour TEglise et pour Torlhodoxie, et l^'est ce qui a fait que ses écrits ont joui de la suprême autorité eu Occident et ont été les plus généralement employés.

Tels sont les faits les plus importants qui se sont produits dans le domaine de la tiiéologie après le concile de Chalcédoine. La plupart des autres productions littéraires ne sont que des compilations. Au vi* siècle commença dans Texégèse la série de ce qu'on appela les Catenœ, dans lesquelles on se contentait de classer et de mettre simplement à côté les unes des autres les explications des saintes écritures données par les plus anciens pères. C'est dans ce genre qu'Isidore, évèque de Séville (m. 636), a écrit ses sententiœ, qui ne sont qu'un recueil de toutes les affirmations dogmatiques des pères ; son exemple eut pour effet de rendre très-commun en Occident l'usage de cette sorte de manuels dogmatiques, ce qui fit donner à ceux qui en étaient les auteurs le nom de senlentiarii.

Au vi« siècle, les établissements pour renseignement de la théologie, faisaient déjà complètement défaut dans l'empire romain. On n'en connaissait généralement pas d'autre que l'école des Nestoriens à Nisibis, qui s'y était formée des débris de l'école d'Edesse, détruite en l'année 489, et qui, par la manière approfondie dont on y expliquait l'Ecriture, s'était acquise une telle réputation que l'évéque africain /a»t7fttô déclara hautement, vers 550, avoir tiré de l'écrit d'un certain Paul, qui y avait été élevé, les règles hermépeutiques qu'il avait posées dans son ouvrage de partibus divinœ legis, sains craindre l'objection que l'école de Nisibis et celle de Paul étaient également hérétiques.

Cassiodore s'efforça au vi« siècle, de concert avec le pape Agapet, de fonder une école Ihéologique à Rome, dans le genre des

écoles de grammaire et de rhétorique qui y existaient déjà ; mais ses efforts restèrent infructueux. H n*y avait pas d'autre enseignement ecclésiastique que celui que donnaient un certain nombre de clercs à des jeunes gens qui voulaient se préparer aux fonctions ecclésiastiques, et encore cet enseignement n*avait-il ordinairement d'autre but que de dresser au service de TEglise.

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