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V. noie XXV

eondles tenus en Afriqfie, celui d'Hippone (393) et ie troisièine concile de Cartbage (397) , firent des catalogues des livres bibliques, dans lesquels les livres de Tappendioe étaient placés au ooéme rang que les autres , parmi les Scripturœ canonicm. Depuis lors > TÈglise latine s'est constamment prononcée dans le même sens ; car quelques voix exprimant une divergence d'opinion à cet égai^ , comme par exemple celle de Grégoire-Ie-Grand , quand il déclare le premier livre des Maccabées librum non eanmiewh , sont complètement isolées , et ne s'expliquent que par le fait que parfois des docteurs d'une autre époque, adoptant des déclarations d'anciens Pères de TEglise fort considérés, comme par exemple de Jérôme, étaient ainsi entraînés à se prononcer dans le même sens.

Le canon du Nouveau- Testament prit plus d'extension an fv* et au t« siècles, par suite de la disparition successive des doutes qui s'étaient élevés sur plusieurs livres, et peu à peu il arriva à être généralement reconnu et adopté sous la forme dans laquelle nous Tavons aujourd'hui. Cela ne fut pas le résultat de grandes recherches, mais plutôt des relations toujours plus intimes qui s'étaient établies entre les communautés chrétiennes. Car les Eglises qui nourrissaient encore des doutes à Tégard de certains livres , voyant qu'ils étaient reçus et déclarés authentiques avec une pleine assurance par d'autres Églises , croyaient devoir supposer qu'il y avait dans ces Églises une ancienne tradition digne de foi, à laquelle il convenait de se soumettre. D'ailleurs le principe de la catholicité qui pénétrait toujours plus l'Église, conduisait aussi à aspirer à une harmonie et k une unité aussi complètes que possible dans toutes les choses concernant l'Église. Cest ainsi, qu'au iv« siècle, les doutes qu'on avait conçus à l'égard de quelques épitres catholiques , étaient déjà complètement dispairus, et que toutes les sept étaient admises partoutd'un commun accord. Jérôme, dans son Epist. ad Dardanumiy remarque que les seules différences d'opinion qui existaient encore de son temps, relativement au canon du Nouveau-Testement, consistaient en ce que les Églises latines refusaient d'admettre l'épHre aux Hébreux, et les Églises grecques l'Apocalypse, tandis que lui-même regardait chacun de ces écrits comme authentiques.

Cependant, mémedu temps de Jérôme, TépUre aux Hébreux n'était pas généralement rejetée dans l'Eglise occidentale , et en Afrique elle était, au contraire, comptée au nombre des livres canoniques, comme le prouvent les catalogues d'Augustin et des conciles d'Hippone et de Carthage. Jérôme n'avait probablement en vue, dans le passage cité, que TEglise romaine, qui elle-même, cependant, adopta bientôt après celte épitre, en se laissant peutêtre déterminer à cela, précisément par l'autorité de ce Père. Innocent 1, dans son EpisL ad Exsuperium (405), la met parmi les livres canoniques, et depuis lors disparait jusqu'à la dernière trace de l'opposition dont elle avait été l'objet.

Une opposition plus grande et plus importante fut celle que rencontra l'Apocalypse dans l'Église d'Orient. Elle n'était admise qu'en Egypte^ comme nous l'apprennent Âthanase et Cyrille d'Alexandrie ; dans le reste de l'Orient, elle était presque partout exclue du Canon; et il n'y avait que quelques docteurs, tels que Ephraem le syrien et Epiphane qui eussent l'idée de l'y placer. Elle manque dans le catalogue des livres bibliques ^e Cyrille de Jérusalem et de Grégoire de Nazianze; et ce dernier remarque que la plupart niaient son authenticité. Chrysostômeet Théodoret n'en font pas même mention. Cependant, à partir du y\^ siècle, ces doutes disparaissent et l'Ègliàe grecque reçut elle-même l'Apocalypse dans le Canon, ce à quoi contribua peut-être l'exemple de Denys l'Aréopagite, dont les écrits obtinrent tout à coup une si grande influence. Ce qu'il convient encore de remarquer, c'est qu'Athanase range aussi dans les trois classes ci-<lessus indiquées les livres qu'on prétendait avoir un droit quelconque d'être admis dans le Canon du Nouveau-Testatnent. Les xavovi^ôfjieva sont pour lui ceux que nous plaçons aussi dans le Canon. Il donne le nom de avayivwffxôfAcva au iivrc intitulé la Doctrine des Apôtres et au pasteur ci'Hermas. Les â7roxpu;pa sont , d'après lui, des écrits attribués faussement aux Apôtres. Rufin admet également trois classes et désigne comme libri ecclesiaslici du Nouveau-Testa* ment, le pasteur d'Hermas et le Jugement de Pierre fJudiciufn Pétri), C'est ainsi que les livres qui, dans la première période, étaient assez souvent cités comme livres saints , furent dans celleci distingués d'une manière plus tranchée des livres canoniques.

§. 55. Doclriie de TiDspiralion de rÉcrilure-Siinle.

Bien que dans cette période on ait constamment soutenu l'opinion que l'inspiration des auteurs sacrés différait de celle des Montanistes et des Païens , en ce qu'au lieu d'étouffer la conscience, elle lui avait au contraire donné plus d'intensité et de clarté 9 cependant l'idée d'une inspiration littérale des Saintes- Écritures était toujours dominante, en sorte qu'on les considérait comme étant réellement des écrits du Saint-Esprit, et leurs auteurs comme de simples instruments dont il s'était servi pour les écrire. Avec cette manière d'envisager l'inspiration, bien des Pères pouvaient facilement accueillir fa tradition .que les livres mosaïques, après avoir été perdus pendant l'exil , avaient été reproduits par Esdras, avec l'assistance du Saint-Esprit. Or , les Pères alexandrins n'hésitèrent pas à appliquer également cette idée de l'inspiration à la version alexandrine de l'Ancien-Testament, parce qu'ils trouvaient dains la tradition de son origine miraculeuse la preuve d'une action divine sur les traducteurs. Augustin * crut même pouvoir expHquer et justifier les divergences qu'il trouvait entre la Septante et le texte hébraïque, en supposant que, guidés par une impulsion divine particulière, les traducteurs avaient arrangé leur récit de manière à répondre aux besoins des Païens. — A cette notion rigoureuse de l'inspiration se rattachait encore l'idée que , dans l'Ècriture-Sainte , chaque phrase et même chaque parole, renfermant une abondance inépuisable de pensées, n'est jamais superflue et n'a jamais un sens de moindre importance qu'une autre, comme cela arrive souvent dans les écrits des hommes. Par cette manière de voir se justifiait naturellement aussi l'interprétation allégorique et arbitraire, qui, bien que trouvant à cette époque une forte opposition chez les docteurs de l'École de Syrie , et notamment chez Dibdore et Théodore,* était cependant soutenue par la majorité.

Il n'y a que de rares exemples d'hommes dont les idées sur l'inspiration s'écartassent de la manière dont on l'envisageait généralement alors. De ce nombre était Théodore de Mopsue^te qui

' De docir. Christ., H, c. 45. ~ ' V. note XXVI.

avait des opinions toutes particulières sur plusieurs des livres bibliques. Il croit , par exemple , qu» Salomon , dans ses écrits , n*avaii pas eu le don de la prophétie , mais celui de la sagesse , et que le Cantique des Cantiques était un poëme inconvenant fait par lui à l'occasion de son mariage illégitime avec une princesse égyptienne ; il blâme Tauteùr du livre de Job à cause de son ambition et de ses allusions choquantes à la^Mjrfhologie païenne. Il est évident que Théodore ne peut pas avoir considéré ces livres comme inspirés. Du reste, son opinion ne produisit que peu d'effet ; car peu après sa mort il passa généralement pour avoir été hétérodoxe, et il fut condamné comme hérétique, sous Justinien.

S. 56. De rEcritare-Saiole el de U tradilioa, considéré» eoone dwaiieols da Ghristianiuie , el de leir rapport réciproque.

Au début de cette période nous trouvons encore l'opinion, développée dans Thistoire de la période précédente, que les principes dogmatiques de TÉcriture-Sainte et ceux de la tradition sont exactement les mêmes , d'où Ton concluait que si ces deux sources, la Bible et la tradition , ne se complétaient pas mutuellement , chacune d'elles pouvait du moins. aider à bien comprendre l'autre et donner plus de force aux arguments qu'on en tirait. Chez plusieurs Pères du iv< siècle se trouvent des passages très clairs, dans lesquels ils déclarent de la manière la plus formelle que l'Écriture-Sainte renferme absolument tous les dogmes et qu'elle en est Tunique source. C'est ainsi que Cyrille de Jérusalem * dit qu'il ne fallait pas avancer la moindre chose sur les mystères de la Foi , sjans s'appuyer sur les Saintes-Écritures, et il engage même ses auditeurs à ne croire à aucune parole sortie de sa bouche, s'ils ne la voyaient pas confirmée par des preuves tirées de l'Écriture-Sainte. Athanase déclare les livres saints pleinement suffisants (àuràpxciç) pour faire connaître la vraie doctrine.^ Augustin dit que les passages clairs de la Bible renferment tout ce qui est nécessaire pour la vie et la foi (in iis qaœ

' Gatech.,IV. — ' Adver. genteè init. aOràpxci; p.cv eloivxi àyiai xat Oco9rvcv9r9i

aperle in Scripiuris posiia suni^ invenimltir illa omnia quœ oaniineni fidem moremqae Vivendi, spem scilicet et charitatemj , et dans son EpisL 49 cul Hieronimum de Peiro reprehenso à PaiWo, ii présente comme les deux sources delà vérité, rÉcriture- Satnteethraison : Ego solis eis Scripturarum libris, qui jam catHmiei appetlanlur , didici hune limorem honoremque déferre, ui nullum ewrum aiu:iorem scribendo aliguid errasse fifimssime eredam : — alios aulem t(a lego, ut quanlalibei mncUkUe dodrinmqi/ye prœpolleani] non ideo véro putem, quia ipsi Ha senserrmt, sed quia mihi, vel per ilios auclores canonicos vel probabili ratione , quod « vero non abhorreat^ persuadere non potuerunt.

Du reste les hérétiques en appelaient aussi à TEcriture-Sainte. Les Ariens se donnaient en. particulier beaucoup de peine pour y trouver la preuve de la vérité de leur doctrine et embarrassaient singulièrement leurs adversaires orthodoxes par les nombreux passages qu'ils citaient, ce qui, pour ceux-ci, était une raison de maintenir avec dVulant plus de force l'ancien principe que la Bible devait être expliquée à Taide de la tradition dogmatique. Les Pères qui mettaient ce principe en avant, tout en affirmant la suffisance et la clarté de rEcriture-Sainte^ devaient évidemment croire que les hérétiques s*aveuglaient à dessein sur le sens de passages scripturains parfaitement clairs et ne pouvaient par suite être réfutés que par le témoignage de ia tradition. II arriva ainsi que , dans les querelles dogmatiques de cette éf)oque , il se forma, & Tégard des passages bibliques que les partis opposés citaient ordinairement dans leur sens, certaines interprétations stéréotypéss, dont l'adoption passait pour qne preuve de catholicité. CTest ainsi que le premier synode de Sirmium (349) prononça Tanathème contre quiconque verrait dans ce passage de la Genèse : « Faisons Thomme à notre image» (1, ^6) non pas des paroles adressées par le Père au Fils , mais un entretien du Père avec lui-même.

Lorsqu'à partir du iv* siècle, le développement des dogmes prit une marche plus rapide , la tradition , élément naturellement mobile, suivit sans difficulté ce développement ; mais tout esprit non prévenu, ne pouvait manquer d'être frappé du fait que toutes

ces subtilités dogmatiques^ auxquelles on attachait une sigmnde importance, étaient étrangères à rËcriture>Sainte ou du moins ne s'y trouvaient énoncées que d'une manière obscure et presque méconnaissable. C'est ce que reconnaissaient déjà au iv* siècle plusieurs théologiens de l'école d'Origène , qui renoncèrent par cette raison au principe, d'ailleurs généralement admis, de la suffisance et de la clarté de l'Ecrit ure-Sain le, et cherchèrent à motiver d'une manière différente les nouveaux dogmes. Les uns admettaient que la tradition dogmatique était, à côté de l'Ecriture-Sainte, une seconde source de la doctrine chrétienne qui non-seulement en éclairdssait les enseignements, mais les complétait; et en cela ils ne faisaient que suivre l'exemple d'Origène qui avait parlé d'une tradition secrète comme source de la <îlnose. 11 y avait sans doute ici cette grande différence qu'ils appliquaient à certaines parties de la TrWrtç ce qu'Origèue n'avait affirmé qu'à l'égard de la Gnosis ; toutefois les Origénistes pouvaient dire que les nouvelles idées dogmatiques n'appartenaient pas nécessairement à la ttWtiç , mais que pour dissiper les erreurs qui l'avaient altérée, il fallait la rectifier par la tradition jusqu'alors restée secrète, et se servir même de celle-ci pour la compléter. C'est dans ce sens que Basile dit,dans son traité de Spirilu S.,c. 37, que nous tenons une partie des doctrines de la foi chrétienne des Saintes-Ecritures (xr/pûypara), et l'autre de la tradition apostolique , qui nous l'a transmise sous forme de mystères (^oy^ara), et qu'elles ont toutes deux la même autorité. Par cette déclaration, Basiie justifie son assertion que le Saint-Esprit doit être adoré à l'égal du Père et du Fils. Il reconnaît qu'on ne trouve absolument rien à cet égard dans l'Ecriiure-Sainte ; mais c'est de la tradition qu'il fait découler cette doctrine comme beaucoup d'autres choses mystérieuses. Grégoire de Nazianze* prend une autre voie pour établir l'égalité de la dignité du Saint-Esprit avec celle du Père et du Fils. Jl reconnaît qu'elle n'est pas enseignée dans l'Ecriture-Sainte, mais il affirme que les vérités divines ont été révélées graduellement; que l'Aucien-Testament n'avait révélé que le Père et donné sur le Fils que des indications obscures ; que le

• Oral. 37.

Nouveau-Testament , en' donnant une pleine connaissance du Fils s'était borné à quelques indications sur le Saint-Esprit ; mais qu'à répoque actuelle le Saint-Esprit se faisait connaître aux Chrétiens par Faction quMl exerçait sur eux. Grégoire admet

ainsi que même après les temps apostoliques, TEglise avait encore reçu de nouvelles révélations, au nombre desquelles il compte la doctrine de la divinité du Saint-Esprit. Cependant cette manière de voir n'a pas été généralement admise danis TÈglise, et même Topinion que la tradition dogmatique , que Ton faisait remonter aux Apôtres, contenait des doctrines toutes nouvelles qui ne se trouvaient nullement enseignées dans TEcriture, ne s'est pas développée ultérieurement ; l'opinion qui est réellement devenue dominante est celle qui se bornait à admettre que les doctrines qui n'étaient indiquées qu'obscurément dans l'Ecriture-Sainte avaient reçu leur véritable explication de la tradition. La conséquence naturelle de cette manière de voir était que l'on se tournait de plus en plus du côté de la tradition, persuadé qu'on était qu'elle offrait dans leur clarté et dans leur développement véritables les doctrines sur lesquelles on ne pouvait trouver dans l'Ecriture- Sainte que des explications obscures et peu intelligibles. Telle est la direction que nous voyons évidemment prendre à l'Église a partir du v^ siècle. Cyrille d^ Alexandrie ' conseille déjà à ceux qui tiennent à demeurer fermes dans la foi, d'étudier avec soin les écrits des Pères orthodoxes et de suivre leurs opinions, puisque ces Pères, dont l'esprit avait été rempli de la tradition apostolique et qui avaient sainement traité des doctrine^ de la foi, en s^appuyant sur TEcriture-Sainte, étaient les flambeaux du monde. Un ouvrage qui mérite particulièrement ici de fixer notre attention est celui de Yincent de Lerins (m. vers 450) , intitulé : Cotnmonitoriam pro calholicœ fidei antiquilale ei universitate adversus profanas omnium hœrelicorurrè novitales, qui entre dans les plus grands développements sur ce sujet , c'est-à-dire sur les rapports de la tradition avec l'Ecriture-Sainte. Son but est de tracer des règles positives et générales, d'après lesquelles on puisse distinguer la vraie foi catholique des opinions hérétiques.

' Apologia adv. OrieDiales.

Il indique deux moyens pour trouver la véritable foi : Téiude de l'Ecriture-^iate et la tradition. Pour lui rEcriture est sans doute suffisante {cuih sil perfeclus êeripturaram fionon Mique ad omnia su^ieial etc.) ; mais comme elle est Tobjet des interprétations les plus diverses, surtout de la part des hérétiques, il fout avoir recours , pour lui donner son véritable, sens , à la tradition, et Texpliquer dès-4ors « quant aux doctrines de la foi, selon la tradition de TEglise catholique. Mais d'après lui , cetie tradition ne se composait que de ce qui avait été cru partout , toujours et par tous {qitod ubigne « semper el ab ommbuM aredUum est). Après avoir établi ces principes ,' Vincent donne des règles pour reconnaître la véritable tradition catholique. D*aprés lui , ce n'est pas ce qu'ont enseigné tels ou tels docteurs , mais ce qui a été enseigné constamment en différents endroits par des docteurs d'une autorité reconnue , ou ce qui a élé arrêté par des conciles œcuméniques. Quelque précises que p|^ssent paraître ces règles, Tapplication n'en pouvait être qu'arbitraire; car chez les premiers Pères se trouvent déjà des divergences d'opinions très-notables à l'égard de bon nombre de doctrines dogmatiques ; or, comme en pareil cas il était complètement impossible d'appliquer la règle principale tracée par Vincent , chacun se décidait naturellement pour l'opinion qui semblait alors dominer dans l'Eglise, dans la supposition qu'elle y avait toujours dominé et qu'elle devait avoir sa source dans la tradition apostolique il est intéressant de voir désormais les décisions des conciles , surtout des conciles œcuméniques, se confondre de plus en plus avec la tradition et être envisagées corn me en faisant partie. On considérait tous les synodes catholiques (d'après Act. 15 , 38) comme étant placés sous la direction immédiate du Saint-Esprit ^ et l'on croyait par suite devoir à leurs décisions un respect tout particulier. Partout où la vérité chréUenne était exprimée avec une vivacité et une clarté frappantes, on croyait voir l'effet du SaintrEsprit. C'est ainsi que Léon-le-Grand attribue l'inspiration non -seulement aux conciles (iBp. 114, 2; 145, 1), mais aussi aux Empereurs et à leurs décrets en matière de religion (Ëp. 148 , 84, 1 ; 162 , 3) ; et il va plus loin encore , puisqu'il se l'attribue k lui-même (Ep. 16 et Serm. 35).

On oe leur reoMout sasis doute pas tout d'abord use complète inftillibiiité ; car Auguslia déclare expressément' qu'il n'y a que rÉcriture^Saiole qui soit absolument infaillible , puisque les dédsioos des conciles soat susceptibles d'être rectifiées, que les conciles provinciaux sont inférieurs aux conciles généraux, et qu'on a même parfois vu ce qui avait été décidé par d'anciens conciles généraux, corrigé par des conciles postérieurs. Cependant les décisions des coneile(s^ oM^uméniques étaient considérées comme prononcées en dernier ressort, et elles obtenaient en effet une autorité universelle et absolue, dés que les luttes qui en avaient été l'objet se trouvaient apaisées. C'est ce qui fait dire à* Grégoirele^rand^ qu'il accepte les quatre premiers conciles caeuméoiques à régal des quatre Evangiles. Cette autorité des conciles, qui n'était originairement que cdie d'une cour de dernière instance, trouva plus tard un appui dans la conviction que toutes les déci* sions des conciles étaient parfaitement justes ; et il en découla l'opinion que celles qui étaient prises par les conciles généraux devaient être acceptées sans réserve, opinion à laquelle se rat* tacha plus tard encore la théorie que tout synode ^néral, légalement convoqué, possédait, grâce à l'assistance du Saint-Esprit, l'infaillibilité en matière de foi. Quoiqu'il en fût, on ne pensait cependant pas que les doctrines formulées par les synodes fussent de nouvelles révélations. L'opinion commune était qu'elles avaient été de tout temps en vigueur dans l'Eglise, et que les synodes n'avaient fait que les formuler d'une manière plus claire; qu'imparfaitement comprises jusqu'alors, ce n'était qu'aux synodes qu'elles devaient d'être entrées avec une pleine clarté dans la conviction de tous les fidèles. Aussi considérait- on ces décisions dogmatiques des synodes, auxquelles les deux premiers conciles oecuméniques donnèrent la forme de confessions de foi, et les suivants celle de décrets (ofoi), comme étant aussi des éléments de la tradition. ^ Cette haute valeur attachée à la tradition et l'empressement avec lequel on faisait dériver de la tra«dition apostolique, sans le moindre examen critique, toutes les doctrines et tous les usages qui régnaient dans l'Eglise et dont on

' De bapUsmo contra Ddnatisl. II; c. 3. — ' Kpist. Mb. I. Bp. 24.

ignorait la véritable origine, favorilsaient naturellement beaucoup le développement des dogmes. Lorsque, comme cela se présentait assez fréquemment, les doctrines nouvellement admises se trouvaient en désaccord avec des passages de l'Écriture ou avec des paroles des premiers Pères, on avait recours à toute sorte de subtilités pour faire disparaître ces difficultés. Quant à rÈcriture Sainte, pour la mettre d'accord avec ces doctrines, on trouvait un moyen facile dans l'interprétation allégorique alors en usage. Et quand ce moyen ne suffisait pas, on avait recours à Texpcdîent ou bien d'accuser les hérétiques d'avoir falsi6é rÈcriture, ou bien de soutenir que les auteurs sacrés avaient ainsi parlé par pure condescendance (xar' owovo/nav ou xarà ffvyxaràÇoKTtv), c'està-dire que, par égard pour la faiblesse de leurs lecteurs, ils n'avaient pas exprimé leur véritable opinion. C'est ainsi que, quand les Ariens en appelaient à Marc, 13, 32, où il est dit que le Fils de Dieu ignorait le jour du jugement dernier, pour prouver la subordination du Fils, leurs adversaires catholiques, Âthanase, Basile, Hilaire et surtout Chrysostôrae,* ne craignaient pas de répondre que Jésus avait simplement fait semblant de ne pas connaître ce jour (xar'oixovofxiav), afin que ses disciples ne lui posassent pas d'autres questions. Des expédients de ce genre étaient motivés par la morale trop peu sévère des Pères de l'Eglise, qui autorisait le mensonge fait dans un bon but. Od comprend facilement combien de pareils procédés devaient rendre incertaine toute l'interprétation de l'Ècriture-Sainte, et combien ils devaient empêcher d'y puiser directement et exclusivement les doctrines de la foi. — On avait recours à de semblables expédients pour expliquer la divergence d'opinions des premiers Pères, ou bien on déclarait non authentiques les livres dans lesquels elle se prononçait, ou bien on soutenait du moins que les passages en question avaient été interposés ou altérés par les hérétiques, ou bien encore on prétendait que les Pères s'étaient exprimés ainsi, %%t ' ouovorjiiav, pour réfuter d'autant plus victorieusement certains hérétiques, ou bien enfin on cherchait à prouver que les Pères avaient attaché un autre sens à leurs

^ Id Kvwg. Maiih., hom. 78.

paroles. Quand tous ces expédients n'aboutissaient pas, on avouait parfois qu'un ancien Père s'était trompé et on Texcusaii par la raison qu'à son époque l'Église universelle ne s'était pas encore prononcée péremptoirement sur ce point. C'est ainsi, par exemple, qu'Augustin excuse Cyprien d'avoir rejeté le baptême des enfants, et qu'il pardonne aux premiers Pères d'avoir enseigné tout autrement que lui relativement au rapport de la grâce de Dieu avec la volonté humaine. Indulgent envers les erreurs des premiers Pères, on était d'une sévérité inexorable à l'égard des divergences dogmatiques des contemporains ; car on envisageait les erreurs des premiers comme involontaires, mais les divergences d'opinions des derniers comme punissables, parce qu'elles attestaient un manque de respect pour les décisions de l'Église.

§. 57. De Tosage voiversel de la Bible pamt les Chr&eiis de cette période.

Pendant toute celte période nons n'entendrons encore aucune objection contre l'usage général que les Chrétiens faisaient alors de la Bible. Nous trouvons au contraire les plus pressantes exhortations à tous les Chrétiens de lire les Saintes-Ëcritures. Aucun des Pères n'insiste plus fréquemment et avec plus de force sur la lecture assidue et générale de la Bible, que Chrysostâme. Il cite différents prétextes par lesquels on cherchait à s'excuser de ne pas remplir ce devoir , et s'attacha à les réfuter. Parmi ces prétextes un des plus remarquables est celui que la lecture de la Bible n'était obligatoire que pour les moines ; mais non moins remarquable est la réfutation de Chrysostôme, qui prouve que la lecture de la Bible est beaucoup plus nécessaire encore aux autres Chrétiens qu'aux moines, puisque dans le tumulte du monde la vertu était exposée à de bien plus grands dangers que dans les couvents. De semblable^ exhortations se rencontrent chez beaucoup de Pères de cette période et même encore chez Grégoire-le-Grand. Plusieurs Pères font cependant l'observation que les livres bibliques ne devaient pas être lus par tous sans un certain choix. Basile^le-Grand / par exemple, déconseille aux faibles la lecture de l'Âncien-Testament , parce

qu'«H« poorraR Jhriltfment \mr devenir naisibte. Grégçnfé «le Namnze trouve aussi qu'il convient de faire ui) eheit entne les Kvres bibliques qui sont à lire.

A, ees recommandations de lire la Bible , correspondent les efforts que Ton faisait à cette époque pour rendre les livres bibliques accessibles à tout le monde. Les copies de la BiMe se multipliaient extrêmement. Dès qu'on peuple était converti au christianisme , on avait soin de lui offrir la Bible^ traduite dans soa propre ktioine.

Cependant dans les derniers temps de cette période la leelurc de la Bible devint moins fréquente chez les Isoqiies. Ce qui y eentribna le plus dans les pays occidentaux , ce f«t renvahissemeot de rignorance et de la barbarie^ qui eut pour résultat de diminuer considérablement le nombre de ceux qui savaient lire.Lf*eflet produit par ces causes fut augmenté par quelques autres dont l'action se fit sentir aussi dans TEglise orientale. L'interprttation allégorique et arbitraire de la Bible devait naturellement dégoûter le laïque de la lire« Car si en la lisant snnplement ^ il ne pouvait rien y voir de ce que cette interprétation y trouvait, il devait arriver à croire qu'il était inoapable de comprendre rEcriture^inte. D*ailleurs il y avait alors tant de doctrines dogmatiques considérées comme dés éléments essentiels à la foi qui sauve , et dont cependant la Bible ne parlait pas, qui se trouvaient même en contradiction avec certains passages de TEcriture-Sainte, qu'il devait sembler au laïque dangereux de la lire , et qu'il devait trouver préférable et plus sûr de puiser ses convictions religieuses dans les écrits des Pères , ou de suivre simplement les instructions de son directeur' spirituel .

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