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Soite de l'histoire de la Doctrine après Aiigustis

La doctrine d'Augustin, grâce aux décisions de plusieurs synodes tenus en Afrique, surtout du synode général de Carthage„ de 418 , et à l'assentiment des évêques de Rome , Innocent V^ et Zosime , fut non seulement déclarée la doctrine de l'Eglise en • Occident^ mais parut même bienf^t après trouver accès en Orient. L'Église d'Orient n'avait pris qu*une très-faible part à la querelle pélagienne, et encore était-ce en faveur de Pelage. Car le syiiode de Diospolis, en Palestine (Lydda), tenu en 415, l'avait disculpé des accusations portées contre lui par les Occidentaux , et Théo-

doretde Mopsueste s'était vu engagé, par les écrits de Jérôme contre les Pélagiens, à en écrire lui-même un , dirigé contre ceux qui avançaient que si les hommes péchaient, c'était par la forée, non de leur volonté, mais de leur nature. Aussi les évêques pelagiens, expulsés de TOccident, se rendirent-ils à Constantinople, espérant d'autant plus y trouver un appui qu'ils croyaient que les écrits de Chrysostôme leur étaient complètement favorables. *Ils s'adressèrent aussi à Nestorius qui, depuis 4^, était évèque de Constantinople. Cependant le bruit les avait précédés que les Pélagiens niaient toutes les funestes conséquences de la chute , et qu'ainsi ils s'écartaient ^ussi de la doctrine de l'Eglise grecque, ce qui fit que Nestorius lui- même prononça quatre disc/ours contre les Pélagiens, dans lesquels il exposait que, par suite de la chute d'Adam, la mort et toute espèce de maux s'étaient répandus sur sa postérité. Cependant le bruit avait été en tout cas exagéré. Les Pélagiens s'accommodaient facilenient de la doctrine de l'Eglise grecque dans le but de trouver au moins un appui en Orient contre la doctrine d'Augustin , qui leur semblait détruire toute moralité. Or, Nestorius, auquel ils l'exposèrent, n'ayant pu faire autrement que de la désapprouver, se vit obligé par là d'écrire à l'évéque de Rome, Célestin, pour lui demander las raisons de la déposition de ces évéques. Mais cela fut interprété par ses adversaires comme s'il s'intéressait aux Pélagiens et s'entendait avec eux , raison suffisante pour eux de répandre le faux bruit qu'il y avait des rapports, et même une intime connexion entre le Pélagianisme et le Nestorianisnie ; ils voulaient ainsi les rendre odieux, le premier en Orient et le second en Occident ; et par ces menées, ils réussirent, au synode d'Ëphèse de 431, à faire condamner les adhérents de Célestin et de Pelage , en même temps que les Nestoriens, sans pourtant que leur doctrine y fût expressément désignée. Du reste, cela ne modifia nullement la théorie des Orientaux relativement à ce dogme, et ils n'en restèrent pas moins*, après comme avant, très-éloignés de celle d'Augustin, que l'Eglise grecque n'a jamais admise.

MJis en Occident même, malgré les. déclarations favorables des conciles et des évéques de Rome , la doctrine d'Augustin ne parvint pas à dominer généralement. Il était naturel que les moines

surtout ia trouvassent choquante; car tandis qu'ils s'imaginaient non -seulement accomplir les commandements de Dieu, mais mémo faire plus encore qu'il n'exigeait d'eux, cetle doclrine leur déclarait que l'homme ^e pouvait absolument rien faire de bien par sa propre force. Ce fut dans un couvent d'Adrumète (en Afrique) que se manifesta la première opposition contre la doctrine d'Augustin ; mais il s'en forma une à Marseille plus durable et plus raisonnée, à laquelle Jean Cassierij disciple de Chrysostôme , prit la part la plus importante. Il enseignait que les maux physiques, la mort, les souffrances de l'enfantement, la sueur causée par le travail, étaient sans doute une conséquence de la chute d'Adam; mais qu'Adam n'avait pas perdu par cette chute l'intelligence , la sagesse sublime et la connaissance parfaite de la nature dont il était doué; qu'il les avait au contraire transmises à la postérité de Seth, et que ce n'avait été qu'après que ces descendants de Seth se furent unis par des mariages aux descendants de Caïn, qu'ils avaient été entraînés à toute sorte de superstitions, et avaient perdu cette connaissance de la nature; en sorte que dès lors la publication d'une loi écrite était devenue nécessaire; que les avantages moraux de l'homme, tels qu'une entière liberté de la volonté et l'absence complète d'un antagonisme entre l'esprit et la chair, en quoi consistait l'image de Dieu , avaient sans doute été très-amoindris par la chute, mais non pas anéantis. Cassien ne nie pas le péché originel, mais il ne Je conçoit pas, ainsi qu'Augustin, comme la cause d'une corruption complète; il n'y voit qu'un affaiblissement de la nature morale de l'homme, et il est d'avis que l'on ne doit pas faire dériver cet affaiblissement uniquement de la chute d'Adam, mais qu'il a augmenté depuis que les descendants de Seth se sont mariés avec les filles des Caïnites. Ainsi , d'après Cassien , la liberté de ia volonté existe toujours dans l'homme , et il peut, de son propre mouvement, commencer le bien; mais, pour y persévérer, il a besoin de la grâce divine. — Ces opinions eurent beaucoup de succès en Gaule, et particulièrement à Marseille. Augustin combattit bien encore dans ses dernières années ce nouveau parti, qu'il désigne comme celui des ifo^t/tem, nom auquel les Scolasliques substituèrent plus tard celui de Seinipélagiens. Cependant ni ses

réfutatiofi», ni l'attaque phis violente eiieore que tmne dirigea eontre ee système, ne produisirent d'eQet en Gavle. Le Semipélagianisine y devint au contraire le systèmedominant, QUqoeladhérèrent tous tes théo1ogiei>s gaulois, notamnaent Yincenl de Lérins^ Fauste de Riez, Fauteur du livre intitulé Prœdestinm- IM et Gennade. Ce n'était pas sans doute sous le nom de doctrine d'Augi»s<fn, que TA^gustinisme était repoussé, mats soos relui de Prédestianisme; et rkoslilité aRatt si lofir , qu'un prêtre nommé lucide , qui adhérait au système augustinien , ' Ait accusé pour cette raison, par Fauste de Riez, à un synode ré«ni k Arles eu 475, et. obligé de se rétracter. Par son traité De graHà Dei et humanœ mentis libero arbitrio, Ub. II, qai fut même signé par les membres de ce synode, Fauste, est devenu un des principaux organes du Semipéfagianisme. Ce fut naturellement auss eonfre lui que se dirigèrent les premières attaques des adversaires qui s*élevèraiit contre le Semipélagianisme gaulois. Ce furent d'abord les moines scythes qui (r>%)), soutenant auprès du pape Homisdas Torthodoxie de la thèse qu'une personne de la Trinité avait souffert, déclamaient en même temps contre Fauste, et excitaient aussi les évéques africains exilés en Sardaigne, à la tète desquels se trouvait alors Fntgence, évêque de Ruspa^ pour défendre TAugustinisme contre Fauste , mort depuis longtemps ; Fulgenoe écrivit son ouvrage De veritiUe prmdestinatianis et gratià Dei, lib. m. Le résultat en fut que le Semipélagianisme fut alors rejeté, même en Gaule, au synode d'Orange (5^9) , et que le système augustinien y fut confirmé, sans pourtant que les docteurs de rÊglfee^ qui avaient adhéré au premier, fussent personnellement condamnés. Cette victoire de la théorie augustinienne ne lui assura cependant pas une longue domination en Occident , bi^ que ses formules eussent été sanctionnées par quelques synodes ; on s'efforça bientôt d'en adoucir le sens, et les recrudescences dé la lutte furent suivies d'une longue trêve pendant laquelle on renonça peu à peu à la sévérité originaire du système. On en était déjà venu à ce point au vi' siècle. Dans sa seconde moitié, l'évèque africain Junilias suit complètement l'exemple des Pélagiens, quincl U afttribue uniquement au Hb^e arbitra des hommes toutes leuru pensées et toutes leurs œuvres , soit bonnes soit mau-

vais€»; ' et à la fin de ce sièeie, Qtigmre denuTs^ dans ses récits des miractes des saints, fart dérirer leur piété et leur juslice, en majeure partie , de lecir propre mérite, supposant ainsi dans rhomme un libre arbitré qui le rend capabledu bien.

g. 66. Théodkxe.

Les efforts que faisaient les Doetairs dEe FÉglise povr jistifier Dieu des imperfections qui se trouvent dans le monde, sont principalement provoqués |>ar les Manichéens qui, précisénient à cause de ces imperfections , croyaient deVoir admettre un être primitif noauvais. Une objection qu'ils faisaient fréquemment aux catholiques, c'était que , si Dieu est Tauteur de tout Tunivers , il Test aussi du mal qui fait partie du monde. À cela les Docteurs de TEglise répondent que le mal n-est pas une substance, ({ue ce n'est pas même quelque chose de réel ; mais que c'est une négation (un ^x ov), une absence du bien , de même que les ténèbres ne sont qu'une absence de la lumière ; que si ^ par conséquent , Dieu a tout créé , il n'a cependant pas créé le ruai, puisque le mal n'est pas une réalité.

Les Pères de TEglise déclarent d'ailleurs qu'il n'y a d'autre mal réel et vrai que le malmoraly le péché, qui tire son origine de la liberté des créatures raisonnables et dont la faute ne doit donc pas être imputée à Dieu , mais à ces dernières; que ce mai n'a sans doute pas non plus lieu sans Dieu , mais' qu*il se dit par sa permission (cMyx^^^^toiç) et non par son action (cvcpyti«). Car , comme le dit Augustin : ' Non fit-oHquid nui omnipotens fieri velUy vel sinendo ul fialy vel ipse fadendo. Quant à cette objection : Pourquoi Dieu a-t-ii donné à l'homme la liberié, puisque ce n'est que par elle que le péché est devenu possible, et pourquoi u'a*t'il pas créé l'homme de telle sorte qu'il ne puisse pas pécher, on répondait que le bien n'aurait absolument aucun mérite s'il ne se faisait que par nécessité et non librement ; que dans ce cas ri ne pourrait pas y avoir de vertu, puisque la vertu ne peut découler que d'une libre résolution, et que pour être capable de s*élever

' De parUbas divios legis, II, c. 42. — * Enchtrid. ad LaHrenl. e. 94*

à la vertu ^ rhomme doit aussi être capable de faire le mal.' A Tautre objection : Pourquoi Dieu u Vt-il pas placé Thomine à ur plus haut degré de perfection spirituelle, pour lui r-endre le péché plus difficile, Augustin répond que la perfection de Tunivers exige une grande diversité d'êtres, et par conséquent des créatures d'espèce inférieure et d'espèce supérieure; que les mauvais penchants existent pour, exercer notre force et pour nous rendre plus parfaits par le triomphe que nous devons remporter sur eux.

Plus tard , quand Augustin eut complètement développé sa doctrine d^s conséquences de la chute , ce fut naturellement pour lui une tâche plus difficile encore de justifier l'œuvre de Dieu relativement à l'état actuel des hommes. Car d'après celte doctrine, les hommes étant désormais incapables de se préserver du péché, se trouvaient fatalement sous le coup de la réprobation et de la condamnation. Mais alors s'élevait avec raison cette objection : Comment Dieu a-t-il pu créer une race d'être qu'il savait cependant d'avance devoir tomber dans cet abime de misère dès son entrée dans l'existence ? Augustin répond à cela que la permission donnée par Dieu à l'homme de faire le mal lui est salutaire, parce que c'est précisément par l'opposition du bien et du mal que le mérite du premier apparaît avec plus d'éclat et frappe plus vive* meut les yeux ; '^ que, d'ailleurs, l'existence misérable de l'homme vaut encore mieux que le iièant, et qu'en laissant exister le mal, Dieu trouve dans les châtiments qu'il inflige l'occasion de faire éclater sa justice.' Il est évident que ces explications ne pouvaient nullement justifier l'œuvre de Dieu, tantqu'on voulait maintenir dans toute sa rigueur le système augustinien de la corruption radicale des hommes et d'une damnation menaçant le plus grand nombre d'entre eux. Car, que l'existence misérable des hommes, même de ceux qui étaient prédestinés à une éternelle condamnation, valût encore mieux, comme le pensait Augustin, que le néant, c'est ce que personne ne pouvait cr'oire. C'est une aflreuse idée

' Cf. Basil li hom. qaod Deos non sii aactor peccaU. Titus Bostreosls contra Manicli. Greg., Nyss. Orat., Gatecb., c. V, 7. — ' fiochirld. ad Laurent., c. 27. — • De illwro arbilr. Ill, c. 5-9.

de penser que le mal existe pour que Dieu ait ToccasioD de faire briller sa justice. S'il en était ainsi, les malheureux qui seraient destinés à cette glorification de la justice criminelle de Dieu, ne seraient plus ici pour eux-mêmes, mais ne seraient que des moyens pour contribuer au développement moral des autres hommes.

Quant aux maux physiques qui régnent dans le monde, celui qui allègue le plus d'arguments pour justifier la divinité à cet égard, est Titus de Bostra.* Il fait observer que ce ne sont réellement pas des maux ; qu'ils n'opposent pas d'obstacle à la vertu, qu'ils y conduisent au contraire souvent les hommes en les portant à réflédiir sur eux-mêmes. Il déclare ensuite que les phénomènes physiques, considérés comme des maux, tels que les ténèbres, les bêles féroces, etc., contribuent à la beauté du- monde, qui demande la variété, et au bien-être des hommes, et il remarque que la sagesse de Dieu apparaît avec le plus d'éclat dans ce merveilleux mélange de tant de choses différentes et disseniblables. En partant de ces prémisses, on arrivait facilement à concilier riuégalité des rémunérations dans cette vie avec la justice de Dieu. Les docteurs de TÉgiise rappellent que l'homme vertueux renonce sans peine aux biens terrestres, et que la privation n'en est pas pour lui une perte, pas plus que la possession n'en rend heureux l'homme vicieux ; qu'en général, ce n'est point encore dans cette vie que s'accomplit la rémunération ; que les souffrances sont souvent imposées à la vertu comme moyen de s'exercer, et que ce n'est que dans l'autre vie qu'il y aura une rémunération exactement conforme au mérite des hommes.

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