‹ Histoire des dogmesChapitre 28 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Histoire de rApologéUqae.

C'était principalenionl contre les Juifs et les Mahoniélans que les Chrétiens devaient à celte époque défendre leur religion et en

démonlror la véKité. Le nombre des écrits qui parurent oonlre eux, surtout en Occident, était Irès-copsidérable, mais le niériie en était ordinairement assez mince. Dans l'Eglise grecque, les œuvres les ])lus importantes, sousce rapport, sont les Vieux grands . ouvrages dogmatiques et polémiques (VEuthyme Zygabene et de Nicelas AcominaluSy ou ChonialèSy dans lesquels on trouve quelques chapitres contre les Aiifs et les Mahométans. Dans rÈglise d'Occident il parut, à partir du commencement de la Scolastique, une foule prodigieuse de pareils écrits, mais qui contenaient peu d'arguments qui leur fussent propres et qui fussent de nature à convaincre ceux qui n'étaient pas Chrétiens. Les plus importants de ces écrits sont ceux que nous allons indiquer.

Pierre-le 'Vénérable,, ^bhé de Cluny (m. 1156), faisant en 1 l^t un voyage en Espagne, y (d traduire en latin le Coran par trois savants chrétiens et par un Sarrasin. Cette traduction ne contient cependant pas tout le Coran, mais seulement un extrait. Pierre écrivit à ce sujet un ouvrage qui n'est point encore complètement imprimé, ïni\lu\é : Adversus nefandam seciam Saracenorum libb. lY. Dans ce livre, il tire la pretivo de la fausseté de la religion mahomét\ine, de ce qu'il est défendu à ses confesseurs d'entendre aucune attaque dirigée contre l'Islam, d'o^ il conclut qu'il ne supporte aucun examen. Il reproche à Mahomet d'avoir emprunté presque tout ce qu'il dit aux livres religieux des Juifs et des Chrétiens, et d'avoir dû, par conséquent, les admettre entièrement. Il réfute l'assertion mahométane quek vraie loi judaïque et les livres religieux des Chrétiens avaient été falsifiés, et prouve ensuite que Mahomet ne pouvait pas passer pour un prophète.^ Un autre écrit de Pierre esi dirigé adversus Judœorum inveleratam durUiem,

Raynwnd Martini, dominicain espagnol et connaissant bien les langues orientales^ écrivit en 1278 le Pagio Fidei (d'après son explication, un poignard, soit pour couper aux Juifs le pain de la parole de Dieu, soit pour transpercer leur impiété et leur

' Cf. Gennade cl Pléthan : L'Aristolêlisme cl le IMaloiiismc dans rÉglise grecque, avec un Irallé sur la polémique contre rislainîsmc au moyen-âge, par Dr W, Gau. Bresiau, 4844.

déloyauté) adversuê Mauros et Jadœos, l'ouvrage le plus important de ce geore qu'ait produit le moyen-àge.* Il se compose de trois parties. La première est dirigée contre ceux qui n*oiîl aucune loi {Nalurales), et qui, en matière religieuse, n'admettent que la philosophie, ainsi que contre ceux qui nient Texistenci". de Dieu et l'immortalité de Tàme, ou qui, tout en reconnaissant ces vérités, affirment en mémo temps réternité du monde et même la Providence,. la résurrection des morts et la rémunération après cette vie. Dans cette partie, l'auteur coml);it particulièrement les philosophes sarrasins, mais, avec eux aussi, autant qu'ils lui sont connus, les anciens philosophes grecs. Raymond n'a dirigé aucune attaque contre la religion mahométane elle-même. Les deux parties suivantes de son ouvrage sont écrites contre les Juifs. Dans la seconde, il cherche à prouver qu'en Jésus s'étaient accomplies les prophéties messianiques de l'Àncien- Testament, et qu'il doit, par conséquent, être considéré comme le Messie ; puis il réfute les raisons par lesquelles les Juifs niaient que le Messie fût déjà venu. Dans la troisième partie, il s'efforce (le démontrer que la foi des Chrétiens est la même ciue celle des prophètes, et veut même prouver qu'aucun des anciens rabbins n'avait nié le mystère de la Trinité. On comprend sans peine quo beaucoup de ces arguments touchaient complètement à faux et ne pouvaient nullement produire sur les Juifs l'impression qu'on en attendait; mais Raymond prouve, dans cet ouvrage, une adrai-« rable connaissance de l'hébraïsme et du rabbinisme , et il se montre si extraordinairement versé dans la littérature rabbinique, que son œuvre, comme recueil, ne manque pas encore aujourd'hui de mérite. Aussi obtint-il bientôt une célébrité si grande et si durable, qu'il est devenu dans la suite la source principale oùont puisé les auteurs qui ont écrit contre les Juifs. Un ouvrage d'une portée apologétique plus générale est cdui de Thomas cPAqain , intitulé : Summa conlra Genliles, libb. IV. ayant pour objet de démontrer les vérités de la religion chrétienne de manière à convaincre même les philosophes qui n'étaient pas chrétiens. Dans les trois premiers livres, il cherche à prou-

' Eil. Jo. Beruid, Carpzmu Lips. 4687; in-P.

ver les vérités générales de la religion naturelle, dans les doctrines qui sont au-dessus de la raison, ou les doctrines positives du Chrislianisine. Cet ouvi*age a surtout de Timportance pour Tliisloire de la théologie naturelle ; mais on n'y trouve pas une seule preuve historique de la mission divine de Christ. Au xv* siècle s'élevaient déjà ouvertement ou secrètement des doutes contre le Christianisme de ta part des philosophes platoniciens. C'est contre eux que sont dirigés les écrits de Savonarole : lYiumphus Chrisli, ei De fidci veritaleJ Marsile Ficiny de Florence, si connu comme philosophe platonicien ( m. 1499 ) , a wTil un ouvTage intitulé : Do religione CkrisUana ed fidei pielaie, il invoque d'abord avec beaucoup d'érudition la preuve historique çn faveur de la divinité du Christianisme , et montre là très -explicitement comment les Apôtres n'ont pu ni tromper ni être trompés. Il développe ensuite la preuve tirée des miracles et des prophéties. Il démontre que la puis.sance divine s'est manifestée d'une manière évidente dans la propagation du Christianisme, et que les caractères internes de la Bible rendent témoignage en faveur de la vérité divine do son contenu. Il chei*che à prouver l'accord des doctrines positives du Christianisme avec la raison, et à démontrer aux Juifs^ par t'Ancien-Testaraent et par l'histoire de leur peuple, la digfûté messianique de Christ, en réfutaifl les objections qu'ils Jui opposent.

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