‹ Histoire des dogmesChapitre 29 sur 41 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Histoire de la doetrine deii docameiito

dn ChrietianlAnie.

Le canon de l'Ëcriture-Sainte resta dans les deux Ëglises tel qu'il avait été fixé dans la période précédente. L'Eglise latine comptait au nombre des livres canoniques de l'Ancien- Testament les écrits grecs qui lui avaient été envoyés. L'Église grecque

' Cf. Hudelbaeh, Jérôme Savonarole. Hamb., 483B, p.. 375 (altem.,.

tes déclarait bien pour des écrits utiles et édifiants, mais les distinguait rigoureusement des livres canoniques. C*esl aussi le jugement que porte sur eux Jean Damascène {De fide orihodoxa IV, c 18), dans son catalogue des écrits bibliques. Un fait Irès- Vemarquable, c^est que ce catalogue est tout ce qui se trouve sur ta Bible dans Touvrage de ce dogmatiste.

I^a divinité de Torigine de rEcriture Sainte était plutôt supposée que démontrée par Jean Damascène , de même que par la plupart des Scolastiques de TOccident. D\An8 Scol est le premier qui, da-ns son Commentaire sur Lombard, traite ce sujet plus en détail ; il démontre, au moyen de dix arguments , l'origine divine de TEcriture et son autorité divine fondée sur cette origine, et répond ensuite brièvement aux objections avec lesquelles on avait coutume d'attaquer la divinité de la Bible. À^ùté de Tautorité de l'Ecriture-Sainte se posait ainsi Taulorité de la tradition comme source de la doctrine, et même celle de TEglisc qui se trouvait dans une étroite connexité avec cette dernière; cependant le rapport de ces sources entre elles n'était pas exactement déterminé, ce qui fait qu'on trouve à cet égard les opinions les plus contradictoires chez les Scolastiques. Ainsi les questions si FEciiture renfermait toutes les doctrines du Chrislianisilie, ou si quelques-unes n'étaient venues que parla tradition; si enfin, après le temps de Christ et des Apôtres, l'Eglise avait eu de nouvelles révélations, n'étaient nullement décidées, et les Scolastiques eux-mêmes, selon que la démonstration des différentes doctrines sentblait l'exiger, penchaient, tantôt pour l'une de ces suppositions, tantôt pour celle qui lui était contraire. Duns Scot, par exemple, admet dans l'ouvrage allégué, ci-dessus «que, bien que toutes les doctrines ne soient pas expressément énoncées dans l'Ecriture-Sainte, elles peuvent cependant toutes être déduites de* ce qu'elle enseigne formellement Cela ne l'empêche pas de déclarer ,^ dans un autre passage de ce livre, que la doctrine du caractère sacramentel ne peut être démontrée ni par TEcriture- Sainte, ni par la raison, ni par la tradition , mais que, pour lui , s'il l'admet, c'est uniquement sur l'autorité de l'Eglise romaine.

' Ad llbb. IV., DUl. 6, Qii. 9, v. 43.

On cherchait sans doule, en général, à faire remonter à Christ et aux Apôtres les doctrines qui s'étaient nouvellement produites^ et Ton exprimait ainsi le sentiment que ce qui ne provenait pas d'eux ne pouvait pas être un élément essentiel de la doctrine de la foi. C'est ainsi que Nicolas de démange fait l'éloge des anciens Pères,* parce qu'ils n'avaient rien affirmé qu'ils n'eussent pu prouver par des témoignages de l'Ecriture, et c'est en le louant et en l'approuvant, qu'il cile ce passage de Jérôme : Quod de scripturis sacris non habei aiicLoriiatemy eadeth fuLcilHate conteni" nitur quam probatur. Cependant quelques docteurs émettaient ouvertement l'idée que certaines doctrines n'avaient été révélées ijue plus tard à rEglise. Gerson, dans le Sermo de conceplione Mariœ Virginis, dit nettement que l'Esprit-Saint révèle prfois à l'Eglise des choses qu'il n'a pas révélées jusqu'alors, et il met aussi au nombre de ces choses la doctrine de l'Immaculée-Conc«ption et de l'Assomption de Marie. Ùaillaame Occam dit^ que la doctrine de la transsubstantiation ne se trouve pas dans l'Ecriture, mais qu'on croit qu'elle a été révélée aux saints Pères par Dieu. Le rapport de la tradition dogmatique avec l'Ecriture-Sainte n'était donc pas invariablement fixé; aussi les divergences d'opinions sur ce sujet n'étaient-elles remarquées qu'autant qu'elles portaient directement sur les différents dogmes et leur étaient opposées. Ce n'est qu'à partir de la Réforma tion qu'on s'en occu|)a, et ce n'est aussi que depuis lors que s*est fixée la doctrine de la tradition dans l'Eglise catholique. Quant à tout ce qui coficernait les règlements extérieurs , quelque élroit rapport qu'il y eut entre eux et ta doctrine, on revendiquait expressément pour l'Eglise le droit d'y faire des changements et des innovations. Ainsi Grégoire VII soutient déjà eir 1080,^ en opposition au duc de Bohême, Wralislas II, la prohibition du culte divin slavon ; à l'objection que de saints liommes l'avaient cependant toléré précédemment, il répond que la première Eglise avait aussi fermé les yeux sur bien des choses qui, plus tard, lorsque le Christianisme se fut plus affermi,

' Ub. de studio theologiœ. — * Tract, de sacramenlo Allaris. • Ub. vu, Ep. 11.

avaieDt été changées par les Pères. C'était principalement à Tégard de la doctrine des Sacrements que les Scolastiques faisaient valoir cette autorité de TEglise. Alexandre de Ualès va même jusqu'à dire que des sept Sacrements il n'y en avait que deux qui, pour la forme et le fond, eussent été institués par Christ, et que les autres n'avaient reçu leur forme que de rEglise. De son coté, Thomas d'Âquin remarque que Christ à la vérité peut seul établir un Sacrement ; mais qu'il en a institué quelques-uns seulement par promesse et sans les mettre encore en usage. Du reste, au xni'^ siècle, les Scolastiques attribuaient généralement à FEglise le pouvoir d'u|)j)orter des changements dans ta manière d'administrer un Sacrement, défendant ainsi le droit qu'elle revendiquait de priver les laïques de la coupe dans la Sainte-Cène.

Les opinions sur la question de savoir de quel côté Ton devait attendre des décisions infaillibles sur des points de doctrine, (Haient lout aussi incertaines. L'Eglise romaine s'était depuis longtemps déjà glorifiée de s'être constamment opposée à toutes les hérésies, et de n'avoir jamais admis une doctrine religieuse erronée. Léon IX est le premier qui ait trouvé l'explication de ce fait dans ces paroles de Luc, *23, 3*2 : « J'ai prié pour toi que la foi ne défaille ps ; > il appuyait sur ce même passage l'assertion que depuis lors l'Eglise romaine ne pouvait plus jamais tomber dans l'hérésie. Celte .doctrine fut bientôt généralement admise et donna lieu à ce préjugé si favorable au i^ape, qu'en niatièw de foi il ne pouvait pas facilement tomber dans l'erreur. Cependant innol'cnt m est encore d'avis que le Pape n'est pas absolument préservé de toute erreur; car il dit • que C(î ne serait que dans le cas où il S'écarterait de la vraie foi qu'il pourrait être jugé par l'Eglise. Au xvn* siècle, Thomas (TAquin attribuait'^ au Pape le pouvoir de décider ce qui faisait partie de la foi, et, dans le cas où il le trouverait nécessaire, (le rédiger une nouvelle confession de foi. De cette manière l'opinion que le Pape était infaillible en matière de foi, devint et resta l'opinion générale, jusqu'au moment oùje schisme de la papauté obligea à chercher un juge supérieur, qu'on ne trouva que dans le concile général. Que l'autorité

' De consecr. l'onlificis sermo 111. — * Secunda secund» Quaist. 1^ art. 40.

absolue appartint . à nCglise dans le$ questions de foi, e*est ce qu'on avait toujours admis, mais on entendait par là, h t'exem* pie de Vincent de Lérins,, l'Eglise entière, qui, depuis les temps des Apôtres , s'était perpétuée jusqu'au jour présent. On était Clément habitué à aecorder une foi absolue aux conciles œcuméniques et à leurs décisions, non pas cependant parce que, comme candies œcuméniques, ils étaient infaillibles, mais parce que leurs décisions s'accordaient avec la vraie doctrine. Ce ne fut qu'à répoque où la nécessité d'avoir un juge supérieur entre plusieurs papes qui se disputaient, fit réunir les Conciles de Pise et de Constance, que fut posée et soutenue )a théorie qu'un xîoncile ^néral représente l'Eglise universelle, et qu'il est par cette raison infiiillible dans ses décisions. Ceb fut généralement admis, notamment au cx>ncite de Constance^ «t défendu trèsvivement en paKiculier par Gerson dans ses écrits. Cette théorie ne fut cependant pas universellement reconnue, car on lui en opposa au contraire deux .autres. L'une ne voulait nullement accorder qu'un concile général représentât t'EgKse de telle sorte q'u*rl pût revendiquer l'iRbillibilité qui n'appartient qu'à l'Eglise. Guiflaiime Occam avait déjà formulé cette idée au xiv» siècle ; à l'époque du concile de Constance, Pierre (T Alliacé ei Thomas de Vaud (WaktenêisJ , provincial carmélite en Angleterre, l'émirent de nouveau et elle fut encore reproduite plus tard par plusieurs théologiens du xv« siècle. D'un autre côté, cette théorie fut attaquée par les adhérents du Pape, qui soutenaient que tous les eof»ciles ne tenaient leur autorité que du souverain pontîfe, qui seul était par conséquent réellement infaillible, tandis qu'eux ne l'étaient que quand leurs décisions étaient prises sous la présidence du Pape, ou quand elles avaient obtenu son approbation. Parmi toutes ces doctrines, les plus répandues étaient celle qui attribuait rinfaillibilité au Pape et celle qui la revendiquait pour les conciles généraux , et ce sont celles aussi qui aujourd'hui encore sont en lutte l'une avec l'autre dans l'Eglise catholique.*

C'est encore dans cette période que les laïques furent pri-

' Histoire criUqœ de l'iaCBiIUibillié ecclésiastiqae (par le prêtre Fel. Ant, Blau rfe Mayenee). Francforl, 4794 (altem.)

vés du libre usage de la Bible dans TÈglise latine. La doctrine s*était accrue d'un si grand nombre de dogmes, qui ne pouvaient pas se trouver dans TÈcriture, que les prêtres ne voyaient plus la nécessité de recommander avec autant d'instance qu'auparavant Tusage fréquent et général de TËcriture. Il était impossible que le doute n'ébranlât pas la foi de bien des laïques, quand ils cherchaient en vain dans la Bible certaines doctrines auxquelles les prêtres donnaient une si grande importance ; par cette raison , il a dû arriver de bonne heure que le clergé dissuadât les laïques de lire la Bible. La* première trace historique s'en trouve dans Peirx seculi (870) liistoria Manichœorum, Une Paulicienne qui convertit Sergius , si célèbre plus tard comme docteur des Pauliciens, doit lui avoir demandé pourquoi il ne lisait pas TÈvangile, et elle aurait reçu de lui hi réponse, qu'il ne convenait pas aux laïques de le lire , mais seulement aux pcêtres. Cependant la lecture de la Bible n'a jamais été réellement interdite dans l'Église grecque. Mais comme dans la France méridionale, les Vaudois lisaient et répandaient avec un grand zèle des traductions de la Bible dans la langue du pays, et qu'ils tonnaient contre bien des abus de l'Église, en leur opposant des passages scripturaires, le synode tenu à Toulouse, en 1^39, sous l'autorité pontificale , interdit aux laïques de posséder les livres de l'Ancien et du Nouveau-Testament , à l'exception des psaumes, leur permettant seulement d'avoir, outre ce livre, un bréviaire ou les heures de la Sainte Vierge, et encore avec la condition expresse que ces livres seraient en latin, et non pas dans une traduction en langue vulgaire. Confirmées dans deux conciles tenus à Béziers, en 1233 et 1246 , ces décisions furent généralement admises dans l'Église; bien qu'elles n'eussent être prises que par des conciles provinciaux et particulièrement en vue de certaines provinces, on s'y soumit par la considération qu'elles avaient été prises sous l'autorité pontificale. Aussi la traduction anglaise faite par WicleiT, en 1380 , fut-elle aussitôt décriée par le clergé comme une œuvre hérétique; et le concile d'Oxford de 1408 défendit à qui que ce fût de traduire en anglais et de publier un texte biblique, .à moins que l'évéqucou un synode provincial n'eût approuvé la traduction* C'est sans doute avec raison qu'on

affirme, du côté d€| l'Église catholique, qu'uue interdiction générale de ta lecture de la Bible n'a jamais été piibliéo pour toute TËglise d'Occident; mais ces règlements particuliers' avaient cependant pour effet de faire considérer la lecture de la Bible comme dangereuse pour les laïques et en même temps comme un signe d'iiércsie, et cette opinion adoptée généralement équivalait à une réelle interdiction de la Bible.'

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