CHAPITRE I
Histoire de l'apelofétlqne.
§. 13. Aperçu sur l'aiMlogétique.
Comme l'apologétique ou la démonstration de la vérité du christianisme» bien qu'elle puisse avec raison revendiquer le droit de former une science à part, trouve orcNnairement sa place dans
' V. Cicêron^fie oat. Deor. 1, 34. — * IngeDlom, quod ood stuiio paratar, sed emn Ipn meoUs formaUone geoeratar.
— Biles prolégomènes de la dogmatique, il convient aussi de commencer rhistoire particulière des dogmes par celle de rapologétique. À répoque dont nous parlons, le christianisme était robjet des attaques des Juifs et des Païens. Dès lors kr tâche des apolo^ gètes était triple; elle consistait d*abord à repousser ces attaques, en réfutant les objections sur lesquelles elles se fondaient, puis à prouver les erreurs du paganisme et Tinsufiisance du ju* daïsme*, et enfln à démontrer la vérité du christianisme et sa haute importance pour Thumanité.
§. 14. R^QtatioB des argunente dirigés pir les Juilk contre ie chmtiaoisinf.
Les écrits qui nous font le vaienu connaître les attaques que dirigèrent alors les Juifs contre le christianisme et la manière dont les chrétiens les repoussaient , sont d'abord le dialogue de yuf(mavec le juifTryphonet la partie de Fouvrage d^Origéne contre CeUe^ où celui-ci introduit un Juif qui parle contre le christianisme. On peut y adjoindre le livre de Tertullien Àdver-- 8u$Jud€B08y en remarquant toutefois que la dernière partie^ d^ puis le 9* chapitre, est une compilation du 3' livre contre Marcion, faite à une époque plus récente.
Le plus ancien documentée la polémique contre le judaïsme, la discussion de Jason et de Papiscus, qui plus tard fut attribuée à tort à Ariston de Pella, est malheureusement perdu.'
Le Juif, chez Celse, commence par articuler des calomnies contre la personne de Jésus, disant. qu'il était né du commerce adultérin de Marie avec un soldat romain nommé Paptherus, que par cette raison Marie avait été répudiée par son époux, et que Jésus était venu au monde dans la misère. Ensuite il &it dériver les miracles de Jésus de sortil^es et de moyens magiques, et prétend qu'il n'avait choisi pour ses apôtres que des hommes bas et vils. Comme ces calomnies se reproduisent encore dans des libdles juifs de date postérieure, en particulier dans le livre intitulé TùUot Jesûhu (dans Wagenseil, tela ignea Satanœ), c'est une preuve que Celse ne les a pas imaginées, mais qu'il les a en -
• V. note VI.
— ou —
teoda profimr par des Juifs. Origéne , pour les réfuter» en appelle surtout à la pureté du caractère de Jésus et à la sévérité de sa iBorale, et montre qu*il est impossible d'admettre qtt*un komme si noble et si pur ait eu une origine si déshonorante* liis ap6tres sont à leur tour accusés d'imposture par ce Juif de Celse. Ils doivent avoir forgé en grande partie Thistolre de Jésus, notamment la prédiction qu*il fait de sa mort et le récit de sa résurrection. Pour repousser cette accusalioni ûrigène«ltégue le manque de culture des Apôtres et cherche à prouver leur sioeérité par les passages des Évangiles où sont rapportés desfiiits qui leur sont défavorables.
Ce ne sont pas ces frivoles calomnies que fait valoir Trypbon ; les reproches qu'il adresse au christianisme sont plus précis et plus graves. Il cherche en effet à prouver que les prophéties messianiques de TÂncien-Testament n'ont pas été accomplies en Jésus-Christi puisque les prophètes avaient annoncé un roi puissant et glorieux, tandis que Jésus était apparu dans de misérables conditions^ et avait subi la mont la plus ignominieuse. Trypbon regarde en outre la doctrine chrétienne de la nature divine de Christ comme contraire au monothéisme» et cite en particulier contre elle ce passage dllsaîe (XLII. 8 ) : « Je suis Jehova, — je ne laisserai ma gloire à aucun autre. > Enfin les Juifs reprochaient aux chrétiens de ne pas observer la loi rituelle de HLoîse^ de l'observation de laquelle Dieu faisait dépendre la félicité éternelle. Pour réfuter les Juifs, les apologètes cherchaient tout d'abord à prouver le caractère messianique de Jésus, en signalant les prophéties qui s'étaient déjà accomplies ou qui s'accompliraient plus tard à son égard ; car ils appliquaient les prédictions qui annonçaient l'état glorieux du Messie, au second avènement du Christ. Quant à la divinité du Messie, ils cherchaient à la démontrer par des passages de l'Ancien^-Testament, et ils justifiaient la non observation de la loi mosaïque, en disant que, n'ayant été qu'une institution préparatoire, cette loi ne pouvait avoir» par suite , qu'une valeur typique pour les chrétiens.
La polimiqiie des chrétiens contre les Juifs était soutenue avec dlalMifai^ arguments* parce qu'ils fusaient usage u'uneiaier-
prétatioD généralenieut très-arbitraire , souvent allégorique. Ainsi ils n*bésitaient pas à appliquer à la nature divine de Christ» les expressions de Xiyoç 6eou ou ^^^Aot 6eov, dans tous les passages où elles se trouvaient. Si ce genre d'interprétation ne leur était pas plus préjudiciable» c'est que les Juifs y étaient aussi habitués, en sorte que tout en en rejetant les résultats, ils n'avaient pas ridée d'en attaquer les principes.
Mais ce qui nuisait davantage aux chrétiens, c'est qu'ils ne pouvaient se servir que de la version des Septante, qui, dans bien des passages s'écarte du texte original ; et c'était précisément à ces passages, qu'ils empruntaient souvent leurs arguments contre les Juifs. Dans le fait, la version des LXX était souvent singulièrement favorable aux chrétiens. Ainsi, dans le chapitre VU, verset 4, d'Esaïe, elle rend le mol Alemah^ qui signifie proprement une jeune femme, par iraf6(voç, et au psaume H, % le mol Masehiaeh par xW^^ > <^ qui sans doute convenait aux chrétiens grecs, mais uniquement parce que le mot xp^^'^^ç était devenu chez eux la dénomination ordinaire du Messie. Certains exemplaires de cette version étaient encore plus favorables aux chrétiens, parce qu'ils contenaient bien des passages qu'on avait changés arbitrairement ou qui avaient été interposés, moins peut-être dans l'intention formelle de falsifier le texte que par suite des gloses qui s'y étaient introduites. PeutTétre aussi telle citation de la Septante, que nous rencontrons complètement défigurée chez les Pères de l'Église, ne se trouvait-elle dans aucun manuscrit et ne provient-elle que d'erreurs de mémoire. Ainsi Clément, dans son Epist.^ §. it% cite en ces termes le passage
d'Esaïe, LX, 17 : xaraaTioaa) xoùç ciri^xéirouç avrwv tv ^txouotfuv^» xoc^
Tovç ^laxovovç ôurâv cv ir'ujrti, tandis qu'il y a dans le texte : ^«&(ro>
Toùç apx^vrdcç aoù cv ct^vij) xou ro\>ç ciriaxôirov;* 9ot> tv otxaioovvti. Cette
altération peut être l'effet d'un manque de mémoire. Clément entendait ce passage comme s'appliquant aux évèques et aux diacres, et il y insère aussi leurs noms de mémoire. Cette circonstance, que la version des LXX était souvent très-favorable aux chrétiens, détermina les Juifs grecs, qui jusqu'alors s'en étaient Clément servis, à l'abandonner et à la remplacer pa^^la tradue-
tion rîgoureitsement littérale d*Aquila.^ Dès lors il arriva fréquemment, comme on devait s'y attendre, que dans la polémique entre les chrétiens et les Juifs, ceux-ci contestaient Texactitude de la traduction des passages de TAncien-Testament que les premiers invoquaient contre eux. C'est ce qui détermina Origène à feire, sur la version des Septante, le grand travail qui eut pour résultat les Hexaples, comme il le dit lui-même dans son EpisL ad Africanutn. Son t)ut n'était pas de ramener, dans l'esprit d'une saine critique, cette version à sa forme primitive, mais de montrer le rapport qu'il y avait entre elle et le texte hébreux, et de la rendre ainsi plus utile dans la polémique contre les Juifs.
Cette circonstance même que les chrétiens étaient réduits à ne feire usage que de la Septante et qu'ils trouvaient dans 4eurs exemplaires des passages qui étaient rejetés par les Juifs, les conduisait à faire à ceux-ci l'injuste reproche d'avoir falsifié les livres de TAncien-Testament. Ainsi Justin, dans son dialogue contre Tryphon, accuse les docteurs de la loi d'avoir supprimé, dans la version des Septante, beaucoup de passages dans lesquels il avait été clairement parlé de la mort sur la croix et de la divinité de Christ. H cite comme preuve un passage d'Esdras et deux autres deJérémîe qui auraient été retranchés du texte original. Il afBrmc enfin que dans le Psaume XCXV, (dans l'hébreu XCXVI, 10) . on*avait supprimé, après les mots : ô xuptoç è^aoïXcuccv, les mots : àir^ ToO ÇûXou. Tous CCS retranchements supposés n'étaient probablement que des gloses que Justin avait trouvées dans son exemplaire. Cependant Irénée et Tertullien citent, d'après lui, ces mêmes passages; Tertullien, dans ses ouvrages adv. Marc. IIl, c. 19 et adv. Judœôs, c. 10 et i% le passage du Psaume XCXVI, et l'un des deux passages supposés de Jérémie, Irénée (IV, c. 33), l'autre passage de Jérémie. Dans son traité de habitu miUiebri, c. 3, Tertullien reproche aux Juifs de rejeter le livre d'Hénoch et tout ce qui s'y rapportait à' Christ. Ne sachant que le grec et le latin, il se laissa si bien abuser par le titre du livre, qu'il crut ^rieusement qu'il provenait d'Hénoch et que les Juifs ne le rejetaient que par haine pour les chrétiens.
' V. note VU.
Celle même ignorance de Thèbreu ftisftit supposer dans le texte bien des choses qui ne s'y trouvaient pas. Sous ce rapport, h manière dont on traitait le passage I, 1. de la Genèse est surtout très-curieuse. Comme on partait de Tidée que Dieu avait créé le monde par le Logos , on en cherchait les preuves dans le récit mosaïque de la création. Tertullien et Origène, par exemple, voulaient , en forçant le sens des mots m prineipio, y trouver cette doctrine. D*autres prétendaient, sans s*appuyer sur aucun argument, qu'elle était clairement exprimée dans le texte original. D'après VAUereatio Jasimiê et Paptaet, il devait y avoir dans ce texte : In fitio fénU Deu$ cmlum et ierranti * mais d'après d'autres : In prindpio Deu$ feeU sibi filitxmJ*
Il était naturel que cette absence de critique et d'ex^fèee sensée de r Ancien-Testament nuisit , aux yeux des Juifs , à la caose du christianisme.
%. tS. léfuutioii des objectioiis (pie les Païens faisaient au cbristiaaisaif.
Les objections que les païens faisaient au christianisme ^ont extrêmement-variées et, en partie, même contradictoires. Aussi ne peut-on pas admettre qu'elles aientété formulées toutes à la même époque et par on seul et même adversaire. On doit plutôt croire qu'elles ontdifféré^ selon la différence des lieux et des temps, et que les diffiN*entes classes de la société ont, en proportion du degré de culture auquel elles étaient parvenues , apprécié d'une manière différente le chrislianisme et fait aussi contre I ui des objections diverses. Ce sont surtout les écrits des apologètes qui nous font connaître et les reproches adressés alors au christianisme, et la manière dont se défendaient les chrétiens. Il nous est resté, de l'Eglise grecque du second siède, les apologies de /iMlm mattyr, de Théophile et de Titien, de l'Église latine de la même époque , l'apologie de Minueiue Félix et VApologeticus de TertuMien, Du troisième siède , il est resté , des écrits grecs, l'ouvrage d'Origéne contre Celse et celui d'Eaiêpe contre Hiéroctès; des écrits latins, plusieurs traitée de Cyprien^ notamment eeloi
' BieroB. Qacesl. in Oenesln. — ' Tertoll. t<hr. Prtx. c. 5.
adv. Demetrianum, l'ouvrage i'Amobe adv. Génies et les Im- HtutUmes divinœ de Laeianee, Les reproches des païens peuvent lire ramenés h trois classes principales.
I. Ceux qui se fondent sur de pures inventions calomnieuses. Âinài sur Tobjel de la vénération des chrétiens circulaient les mêmes bruits qu*on avait précédemment .répandus à Tégard des Juifs, et d*après lesquels ils étaient accusés d*adorer les nuages, le ciel, le soleil, ou même une tète d'âne. On accusait en outre les chrétiens de se livrer, dans leurs réunions secrètes, aux excès les plus hideux, de tuer et de manger des enfants et de commettre des actes dMmpudicité contre nature {epulœ Thyesteœ et conçubitus incesti), La fausseté de ces accusations pouvait être facilement démontrée aux hommes sensés ; car la première se réfutait par les déclarations simples et franches des chrétiens sur leurs principes religieux; et les apologètes repoussaient facilement- la seconde, relative aux prétendus excès auxquels les chrétiens se livraient en secret, en montrant le caractère moral du christianisme, et en en appelant à rexpérience,qui prouvait que bien des hommes pervertis avaient été complètement transformés par lui, et qu'en général les chrétiens se distinguaient par .toutes les vertus. Aussi de telles accusations ne pouvaient-elles pas être longtemps soutenues; Tertullien est le dernier apologéte qui s'y arrête, et, au m* siècle, elles paraissent complètement tombées.
Les autres reproches qui avaient, au moins en apparence, quelque fond de vérité, s'adressaient, ou bien au christianisme en général, ou à quelques-unes de ses doctrines.
8. Les reproches qu'on faisait au christianisme en général étaient relatifs d'abord à son origine.
a. On lui reprochait sa nouveauté. Comme le respect qu'où avait pour la religion paternelle se fondait en particulier sur la conviction qu'elle avait été transmise, de temps immémorial, par les ancêtres qui l'avaient reçue des dieux mêmes ; comme, d*ailleurs, toutes les religions étaient étroitement liées avec Torgani satkm des Etats, et que, dès lors, chaque innovation dans la religion paraissait très-dangereuse pour l'Etat, on comprend combien, aux yeux des paiens, le reproche de nouveauté devait
nuire au christianisme. Parmi les apologètes chrétiens, quelquesuns, tels que Clément d* Alexandrie et Arnobe, avouaient cette nouveauté, mais déclaraient quMl était absurde de vouloir rejeter ce qu'il y avait de meilleur, uniquement parce que c'était nouveau; mais la plupart niaient cette nouveauté' du christianisme, car ils le regardaient comme le couronnement et la fin de toutes les révélations qui avaient été faites aux hommes depuis le commencement du monde : toutes ces révélations avaient été données par le Logos qui avait fini par devenir homme en Christ. Le christianisme n'était donc pas quelque chose de nouveau ; mais ses vérités avaient été, par Tintervention du Logos, et dès la création du monde, révélées graduellement aux hommes, en proportion de leurs capacités, jusqu'au moment où le Logos, apparu en Christ, avait donné enfin la dernière et la plus parfaite révélation. Abusés par l'interprétation allégorique, ils croyaient pouvoir prouver que beaucoup de doctrines propres au christianisme se trouvaient déjà dans l'Ancien-Testament; ils considéraient ainsi la religion de l'Ancien-Testament comme un christianisme non encore complètement développé; et ils mettaient par suite Moïse et les Prophètes au nombre des docteurs chrétiens. Il leur était facile, de cette manière, de prouver que la religion chrétienne était plus vieille que toutes les religions païennes, et la vérité plus vieille que l'erreur; et ils se plaisaient à démontrer que Moïse avait précédé non-seulement tous les poètes et les philosophes païens, mais encore tous les dieux du paganisme, puisque ces dieux! n'étaient originairement que des hoihmes.^
Un second reproche que Celse fait aux chrétiens et qui n'est qu'en apparence en contradiction avec le premier, c'est que ce qu'il y a de vrai dans le christianisme, en particulier sa morale, n'est nullement une chose nouvelle, mais se trouve déjà chez les philosophes grecs et notamment chez Platon ; que ces vérités, empruntées par le christianisme, y avaient été revêtues de nouvelles formes barbares et défigurées, parce qu'on les avait mêlées à toute sorte d'erreurs ed de fables. Origène reconnaît que la doctrine de l'unité de Dieu et la morale du christianisme ne sont
' TmtM.^ Apolog», e. 34.
rien de nouveau, puisqu'elles sont gravées dans le cœur des hommes, mais il ajoute qu'ayant été obscurcies par le péché^ elles ont du être inculquées de nouveau ; que Jésus ne peut pas avoir emprunté ces doctrines aux Grecs, par la double raison qu'elles se trouvent déjà dans les livres de TÂncien-Testament^ qui remontent à une époque bien plus ancienne que la philosophie païenne; et ensuite que ni Jésus ni les Apôtres n'ont fait usage de la littérature grecque.
Un autre reproche qu'on adressait au christianisme, c'était d'avoir tiré son origine des barbares, et l'on raillait les livres saints des Juifs et des chrétiens de ce qu'ils étaient composés dans un style commun et grossier. Les apologètes faisaient remarquer, de leur côté, que c'était aux barbares que les Grecs devaient presque toutes leurs sciences et une foule d'inventions^ et que c'était en particulier aux Juifs que les philosophes avaient emprunté les plus pures de leurs connaissances. Contre le reproche que les Livres saints étaient écrits dans un langage inculte, ils faisaient observer que ce qui importait dans l'instruction religieuse, cv u'était pas la beauté de la forme, mais la vérité du fond; que c'était précisément leur style qui rendait ces livres plus faciles à comprendre et plus accessibles aux hommes peu instruits.
b. D'autres reproches avaient pour objet le caractère du christianisme. On objectait contre lui qu'il exigeait une foi aveugle, sans rendre suffisamment compte des raisons qui devaient déterminer cette foi ; qu'il repoussait la sagesse et glorifiait au contraire la folie; qu'il appelait à entrer dans sa communion, non les sages et les' purs, mais les insensés et les pécheurs; que, par suite, il ne cherchait à s'introduire et. ne trouvait d'accueil que chez la^populace, dans les classes les plus basses de la société.^
' Cf. Matth.f V| 5. Bleoheareox sont les paavres en esprit, ctr le royaume des cieax est k eaz. Matth., XI', 5. L'ÉvaDgile est touoncé aux pauvres. Ltic, 2UV, 24» 23. Les iovités n'étaat pas venus, le maître ordonna d'amener les panvres, les impotents, les boiteux et les aveugles, même ceux qui sont dans les chemins et le long des baies. 4 Cor., I, 26, 27. Parmi les appelés, Il n'y a pasbeauiroap de sages selon la cbalr, ni beaucoup de puissants, nt beaucoup de nobles, nais Dieu a choisi les choses folies du monde pour confondre les sages. 4 Gor«, L 20, 111, 49. Ca sagesse de ce monde est une folie devant Dieu.
— et —
Lm apolûgètas répondaieDi à cala que lés hommes devaient croire à la révélation de Dieu, oos^me Técolier à la parole du maltrei le malade à celle du médecin. Qrigène remarque en outre que ceux qui étaient propres aux spéculations théologiques savaient fort bien comprendre les raisons de la foi chrétienne, mais que, comme la plupart des hommes en étaient incapables, il ne leur restait que la rouie de la foi simple et naïve, dont les effets sahi-* taires étaient constatés par Texpérience. Il était plus facile encore de répondre aux autres reprothes ; car la sagesse que rejetait le christianisme n'était que la fausse sagesse de ce monde; et il n*était pas moins évident que le christianisme n'appelait pas seulement à lui ceux qui appartenaient à telle ou telle clasM, mais les hommes de toutes les conditions, et que c'était chea^ les êtres les plus incultes et les plus grossiers qu'il exer^it de la manière la plus éclatante sa puissance régénératrice.
Une autre accusation que les païens lançaient contre le christianisme, c'était d'être dangereux pour l'Etat. A les entendre, c'était une doctrine secrète qui, craignant la lumière, était communiquée clandestinement à des hommes crédules, provoquai! des réunions nocturnes défendues par la loi, et formait des associations illicites; plus les chrétiens étaient étroitement unis entre eux, plus ils s'isolaient des autres et nourrissaient contre eux des sentiments hostiles; ils refusaient de rendre, non-seulement aux Dieux du peuple et de la religion de l'État, mais même aux empereurs, l'hommage qui leur était dû, et entretenaient l'espoir d'une prochaine dissolution de tous les royaumes delà terre, et même de l'empire romain. Le christianisme était donc très-dangéreux pour l'État, puisqu'il divisait les citoyens et qu'il enseignait à ses adhérents à mépriser les lois et h compter sur le renversement de l'Etat.
Au reproche de s'envelopper dans le mystère, les chrétiens pouvaient opposer que leur doctrine était, sans aucun doute, suffisamment connue, même k leurs adversaires. Ils disaient ensuite ce qu'étaient leurs réunions, et montraient qu'il ne s\ pasaiit rien d'illicite, et surtout rien qui fût dangereux pour l'État ; que s'ils évitaient toute participation au culte des Dieux et aux cérémonies païennes, c'était pour eux un devoir de conscience;
mais qu'ils n« haïssaient pas les autres hooimas^ puisque Idor retigioii leur prescrivait d'aimer même leurs anuemis ; quils étaient bîeo moins encore les ennemis de César» puisque si leur religion leur défendait de lui rendre un culte divin, elle leur enseignait en même temps que l'autorité étant instituée par Dieu, avait, par cette raison même, le droit d'exiger des sujets du respect et de l'obéissance ; qu'ils étaient, par conséquent, de fldéles citoyens qui trouvaient précisément dans leur religion les plus pui^nts motifs pour remplir consciencieusement leurs devoirs envers l'État.
Enfin, les païens reprochaient aux chrétiens la multiplicité de sectes et d'opinions qu'on voyait parmteux, en sorte qu'ils semblaient ne pas savoir exactement eux-mêmes quelles étaient les doctrines qui appartenaient réellement à leur religion. Origêne répond à ce reproche qu'on rencontre une pareille diversité d'opinions pour toutes les choses importantes, par exemple, pour la philosophie; que les divergences des chrétiens avaient pour cause un désir très-légitime de bien comprendre les doctrines auxquelles ils croyaient, et qu'elles donnaient à l'esprit d'examen une occasion et un sujet de s'exercer.
A la. fin de cette période, le néoplatonicien Porphyre^ (m. 304) dirigea contre le christianisme des attaques d'un nouveau genra. Il reconnaissait Jésus comme un homme d'uae sagesse et d'une piété extraordinaires, qui avait été parfaitement d'accord avec les Néoplatoniciens , mais il prétendait en même tanpa que ses disciples avaient complètement altéré et défiguré sa doctrine, surtout en y introduisant le dogme de la divinité de Christ, et la défense de toute participation au culte des dieux. Cette attaque était plus dangereuse que toutes les précédentes, parce qu'elle bisait paraître les chrétiens comme une bande de fanatiques, qui, même sans s'en douter, s'étaient écartés de la doctrine de celui qu'ils vénéraient comme leur maître. Aussi Porphyre ne tardat-il pas à rencontrer des adversaires chrétiens dans Méthûétuâ^ évéque de Tyr, et dans Emlbe^ évêque de Césarée« Mais leurs apologies sont perdues, ainsi que celle d'A^oUmctre, évêque de
' V. noie VUi.
Laodicée. Il est facile d'imaginer la manière dont les apologètes chrétiens ont dû repousser ces attaques. Ils n'ont pu manquer d'en appeler au caractère moral des apôtres, qui les rendait incapables d'une telle imposture, puis à leur peu de culture et à leur découragement au début de leur carrière, qui ne laissent pas supposer en eux assez de force et de courage pour commettre une telle tromperje ; enfin, à la manière dont le christianisme s'est répandu et qui montre clairement que Dieu protégeait sa cause.
c. Enfin, les païens trouvaient dans les effets du christianisme un motif pour lui adresser quelques autres reproches.
Une des accusations les plus généralement répandues et le plus souvent répétées, c'était que, depuis la naissance du christianisme, l'empire romain avait été frappé d'une série de toute sorte de calamités, qui n'étaient que l'effet de la colère des dieux excitée par la propagation du christianisme. Car, aussi longtemps, disait*on, que les Romains avaient célébré fidèlement le culte des dieux de leur patrie, ils avaient été heureux et victorieux. r~ I' était facile aux chrétiens de repousser de pareils reproches. Ils faisaient remarquer que les peuples* jadis vaincus par les Romains, avaient adoré les mêmes dieux qu'eux ; que, parmi les pays subjugués par eux, il y en avait que certaines divinités païennes avaient choisi de préférence pour leur demeure, y étant nées et y ayant été élevées; que ce n'était pas,j)ar conséquent, l'adoration des dieux qui faisait obtenir la victoire ni qui préservait du malheur. Les apologètes chrétiens faisaient en outre observer que, bien avant le christianisme, de pareils châtiments avaient été infligés aux hommes à cause de leurs péchés; que des contrées, dans lesquelles habitaient cependant des chrétiens, avaient été préservées de ces calamités ; Cyprien déclare enfin que de tels malheurs étaient autant de châtiments dont Dieu avait frappé les païens, parce qu'ils n'avaient point accepté le christianisme.
Les païens trouvaient même dans les persécutions auxquelles les chrétiens étaient en butte une objection contre le christianisme. Si le christianisme était agréable à Dieu, disaient-ils^ il ne manquerait pas non plus de le protéger contre toutes les perse-
cttiions. De leur côté, les apologètes voyaient dans ces persécutions i*œuvre des démons, irrités de ce que les chrétiens amoindrissaient leur influence et la vénération qu'on avait pour eux sur la terre. A leurs yeux ces souffrances n'étaient du reste que des épreuves ; et les promesses faites aux chrétiens se rapportaient, non à la vie présente, maii; à la vie à venir, en sorte qu'ils s'en consolaient facilement par l'espérance de la vie future.
3. Objections faites contre certaines doctrines du christianisme. On devait naturellement porter sur le christianisme un jugement tout différent, selon le système que Ton suivait et le point de vue auquel on se plaçait.. C'est ainsi, par exemple, que les Epicuriens se moquaient de l'idée de Dieu chez les chrétiens, et surtout de leur doctrine d'une Providence spéciale.* Mais ce qui choquait le plus les païens, c'étaient les deux doctrines de la divinité de Christ et de la résurrection du corps. Ils trouvaient absurde qu'un Dieu fûtdescendu sur la terre, fûldevenu homme, eût vécu dans une humble condition et eût été crucifié; ils ne voyaient en Christ qu'un malfaiteur mis en croix, élevé au rang des dieux par la superstition de ses adhérents. De leur côté, les apologètes chrétiens rappelaient les légendes païennes, bien plus incroyables encore, qui racontaient l'apparition des dieux sur la terre, et ils accusaient les gentils de se mettre en désaccord avec eux-mêmes, en admettant'cette apparition, et en rejetant celle de Dieu en Jésus-Christ. Il est vrai que ce raisonnement ne pouvait faire aucune impression sur les nombreux païens instruits, pour lesquels ces légendes n'étaient aussi que de pures fictions. Pour prouver que la mort de Jésus sur la croix ne pouvait pas amoindrir le respect qui lui était dû, les apologètes invoquaient principalement l'exemple de Socrate, dont la doctrine n'avait rien perdu de son autorité par la mort qu'il avait subie. Les païens ne trouvaient pas moins absurde la doctrine de la reconstitution de notre corps, qui pourtant, après la mort, tombe en poussière et passe dans bien d'autres corps. Les chrétiens cherchaient, de leur côté, à démontrer que cette doctrine était conforme à la rai-
' Minueiui Feliœ, c. 10.
son, et que» s'il devait y avoir uae rémuoération future, il fiiliait néceesairement aussi une résurrection des corps.
Il résulte de cet exposé que si la plupart des objections que faisaient les païens contre le christianisme étaient de nature à pouvoir être facilement réfutées , il y en avait cependant pfu*sieurs qu'il n'était pas fiicile d'écarter de manière à satisftire les païens. Par exemple il était vrai qu'il était impossible aux chrétiens d'aimer l'État , tel qu'il était alors , et d'être de bous citoyens. Car indépendamment des persécutions, qu% avaient à souffrir, comme tous les act^ publics étaient accompagnés de pratiques païennes , ils étaient forcés de se retirer, autant que possible, de la vie publique , et de refuser leur participation au service de l'Etat. Us remplissaient sans doute leurs devoirs de citoyens , quand on l'exigeait d'eux , et qu'ils le pouvaient sans compromettre leurs principes religieux ; mais il leur était impossible d'aimer un État qui était si étroitement uni au paganisme, et ils se seraient difficilement décidés, même dans des cas de nécessité, à soutenir son existence par des sacrifices volontaires. Ils y étaient d'autant moins disposés qu'ils comptaient sur rétablissement prochain d'un royaume messianique , objet de leurs vœux les plus ardents, et qui devait renverser et détruire tous les États qui existaient alors. Cela ne porte toutefois aucuu désavantage au christianisme. L'État (omain se survivait déjà alors à lui-même et avait besoin de se transformer, d'être pénétré d^une nouvelle vie. Cette transformation , cette vie nouvelle, à supposer qu'elles fussent possibles, ne pouvaient lui venir que du christianisme. Si les chrétiens ne se sont pas atlachés avec affection à cet Etat mourant, ce n'est pas là ce qui a hâté sa perte. Mais, d'un autre côté, on ne saurait méconnaître que le patriotisme romain pouvait avoir des raisons très-légitimes pour être hostile au christianisme. De pareilles oppositions, de pareilles luttes éclatent toujours quand un grand principe nouveau entre dans le domaine historique, et durent jusqu'à ce que. ce principe ait triomphé de tous les obstacles.
$. 16. Oljection contré te pigaaisne.
Les apologètes ne se bornaient pas à justifier le christianisme des reproches qu'on avait coutume de lui faire*; ils attaquaient à leur tour le paganisme qui s'opposait à sa marche.
Ils cherchaient tout d'abord à faire ressortir Vabmrdiié de la mythologie et des difierents cultes païens. Ils invoquaient le iait que la plupart des dieux avaient été des hommes, et que Ton montrait encore quelques-uns de leurs tombeaux. Leurs railleries se dirigeaient en particulier sur Antinoiis , phcé au rang des dieux par Adrien, et ils citaient cet exemple , pour faire voir ce que l'on devait penser des anciennes divinités. Quand las philosophes cherchaient à donner une explication allégorique de la mythologie , et présentaient les dieux comme les forces primitives de l'univers , les apologètes montraient à leur tour que les éléments et les phénomènes de la nature ne méritaient nul*lemeot d'être adorés.
Us signalaient ensuite le caractère immoral du paganisme qui, dans sa mythologie, consacrait par l'exemple des dieux , tous les excès et tous les vices, et ne pouvait, par suite, que pervertir toujours plus les hommes , au lieu de les améliorer.
A leurs yeux, tout le paganisme était une oeuvre des démons, qui cherchaient à enlever à Dieu le culte qui lui est dà , pour se l'approprier, et à séduire en même temps les hommes , pour les jeter dans l'erreur et le péché. L'idolâtrie n'avait pris naissance et ne s'était développée progressivement parmi les hommes qu'à une époque moins reculée^, grâce aux moyens de séduction des démons, et cette origine peu ancienne montrait précisément sa fausseté ; pour abuser d'autant plus facilement les hommes, ces démons avaient emprunté à la religion certains éléments qu'ils avaient introduits dans le paganisme, mais en en altérant la forme, ils avaient substitué à l'idée que le Xoyoç, ou la «p^tt) «yvoia, était émané de Dieu, la fable que Minerve , çpmme irp«#rD£irv(Âa, procréée sans union sexuelle , était sortie de la tète de Jupiter ; ' ils avaient si bien calqué dans leur mythologie les prophéties
' Juttin, Apol. maj., c. 64.
de rAncien-Teslament^ relatives à Christ , qu'il semblait qu'elles s'étaient accomplies bieu longtemps avant Jésus-Cbrist. Profitant de la prédiction de TÀncien-Testament que le Fils de Dieu deviendrait homme, et qu'il subirait beaucoup de tourments de la part des hommes , ils avaient imaginé que Dionysos, fils de Jupiter, avait été mis en pièces , puis reçu parmi les dieux ; ils avaient appliqué à Persée la prophétie que Christ naîtrait d'une vierge et monterait au ciel ; et, comme il était prédit qu'il guérirait des malades et ressusciterait des morts, ils avaient inventé la fable d'Ësculape.' Ils avaient de même imité le baptême dans les lustra tions païennes; et, ayant trouvé chez le prophète Esaïe le baptême annoncé comme purification des péchés, ils avaient aussi imposé de pareilles lustrations à ceux qui voulaient entrer dans les temples pour y offrir des sacrifices. Quand les païens, pour prouver la puissance et lactivité de leurs dieux, en appelaient aux oracles et à d'autres signes miraculeux , les chrétiens ne niaient pas la vérité historique de ces faits, mais ils disaient que c'étaient les démons qui rendaient ces oracles et qui faisaient ces miracles. Cette explication pouvait, il est vrai, rendre douteux, quant à leur origine, tous les miracles, même ceux du christianisme; pour éviter cet écueil et prouver que ceux-ci étaient l'œuvre de Dieu , les apologètes s'appuyaient sur le fait que la parole des chrétiens pouvait toujours faire sortir des démoniaques les mauvais esprits qui les obsédaient, et qui étaient forcés de reconnaître ainsi la puissance supérieure qui se manifestait chez les chrétiens. i ,Èi l'égard de la philosophie païenne, les apologètes de l'Eglise grecque faisaient observer que tout ce qu'plle avait de vrai avait jèté puisé dans la révélation , et que c'était cependant encore trèsinsuffisant. C'est en générai avec beaucoup de respect qu'ils parlent des philosophes païens, et ils reconnaissent volontiers tout ce' qu'il y a chez eux de bon et de vrai; mais le plus souvent, ils le font dériver de^ livres sacrés des Juifs, auxquels ilS'prétendenlque les philosophes Tout emprunté. L'opinion générale des chrétiens, qui se trouve déjà formulée chez Philon, était que
' Tiifftm Apol. mi^., cap. 54.
Pythagore et Platon avaient, dans leurs voyages , eu Toccasio^ de connaître ces livres et qu*ils y avaient puisé lenrs idées. Du reste ^ plusieurs Pères de TEglise de cette époque, admettent aussi que le divin Logos, source des révélations accordées aux Juifs, avait étendu son action sur les hommes les plus éminents d*entre les Grecs , et leur avait donné de plus grandes lumières. C'est darts ce sens que se prononcent JusHUy Clément (T Alexandrie et Origène ; ils enseignent que le Logos , semblable à une pluie ou à une semence répandue dans une bonne terre , a, de tout temps, fécondé les cœurs disposés à le recevoir, mais que ces cœurs n'avaient reçu que quelques grains de semence ou quelques gouUes de cette vérité qui s'élait révélée en Christ dans toute sa plénitude. Justin nomme ce Logos <7ircpp«Tixoç , c'est-à-dire le Logos qui se répand comme semence, et Clément lui applique la parabole du semeur, disant que Dieu , comme semeur, n'a jamais cessé de communi(]uer aux hommes le Logos, c*eât-à*dire les grains d'une semence nutritive (Spcirrixà cm^^xa) ; mais que les hommes n'avaient pas montré une égale disposition pour les recevoir dans leur cœur.' Partant de cette opinion , les apologètes pouvaient déclarer insuffisants tous les systèmes philosophiques, et soutenir qu'ils ne contenaient qu'une partie de la vérité, et encore souvent altérée et défigurée; que, par cette raison , les philosophes eux-mêmes étaient en désaccord sur les
.doctrines les plus importantes, et, par suite, nécessairement incapables de satisfaire et d'amener à la certitude ceux qui voulaient s'instruire dans leurs écoles ; qu'en réunissant cependant tout ce qu'il y avait de*vrai dans les différents systèmes, on obtiendrait sans doute une doctrine pure et parfaitement d'accord avec le christianisme ; mais que toute la vérité ne se trouvait qu'en lui ,et que ce n'était aussi qu'en lui que l'homme pouvait trouver la lumière, les consolations et la paix dont il avait besoin. De leur
.côté, les Pères latins, notamment Tertullien, portaient sur la philosophie un jugement plus sévère et ils la r^rdaient comme la mère de toutes les hérésies.^
' Strom. I, c. 7.
* Daéhmê, De yv<a«ii Clém. — Baur^ la Garnis chrétienne (tUem. )•
§• 17. IrgUKits M faveur de U vérilé et de la divifilé du cluistiaijatt.
Les chrétiens cherchaient enfin b prouver à leurs adversaires, avec des raisons positives, la vérité et la divinité du christianisme. S'adressant aux Juifs, ils n*avaient qu'à démontrer que les prophéties messianiques de TAncien-Testament s'étaient déjà aocom pKesen Christ, ou s'accompliraient lors de son second avènement. Ils s'efforçaient, en outre, non*seulement de résoudre les contradictions apparentes qu'on prétendait trouver entre des doctrines chrétiennes et des doctrines mosaïques, mais encore de faire voir que plusieurs doctrines distinctives du christianisme se trouvaient déjà énoncées dans l'Âncien-Testament, ce qu'ils prouvaient h l'aide de l'interprétation all^orique. Mais il fiillait plus pour prouver aux païens la vérité et la divinité du christianisme. Il fallait d'abord les convaincre de l'excellence et de la vérité internes de cette religion, et pour cela, ils en appelaient à ce que renfermait et à ce que produisait la doctrine de rÊvangile.
1. Quant à la doctrine chrétienne^ ils cherchaient à prouver qu'elle était conforme à la raison. Opposant ses principes aux opinions religieuses du paganisme, ils faisaient ressortir la grande supériorité des premiers. Ceux des apologètes q.ui étaient partisans de la philosophie grecque, cherchaient surtout à montrer que les principales doctrines chrélieuues, notamment celle de Tunité de Dieu, avaient déjà été enseiguées, quoique d'une manière moins parfaite, par les philosophes païens les plus éminents. Quant à Tertullien, qui leur étaft moins favorable, il trouve dans un témoignage de l'âme la preuve de la vérité fondamentale du christianisme, la doctrine de l'unité de Dieu. Rappelant les expressions de la vie ordinaire : Deus videt, bone DeuSy Deo commendo^ qui impliquent l'idée d'un seul Dieu, il les fait envisager comme l'expression involontaire d'un profond sentiment del'àme inspiré par Dieu lui-même J
2. Parmi les effets produits par le christianisme^ ils citaient tout d'abord la transformation, opérée par lui, de tant d'hommes
' De tastlmoliio inlnitt.
vieieux qd hommes pieux et honnêtes, el ils montraioBt coinhîiii le monde aurait de paix et de bonheur ai ie christianisme était reçu partout. Us rappelaient aussi la constance et la fermeté des chrétiens dans les persécutions, comme preuve qu'ils ne pouvaient pas être méchants, mais qu'ils devaient être profondément convaincus de la vérité de leur doctrine. Justin déclare^ que c'est le spectacle de cette constance qui a commencé à le gagner pour le christianisme ; d'autres païens, au contraire, et même Marc- Auréle,' n'y voyaient qu'une simple obstination {^In ^^^%^i^ç). Pour démontrer aussi Torigine divine du christianisme les apologétes cherchaient :
i. A prouver la crédibilité hiilorique de léun Hvreê $ain$$, notamment dans le récit concernant Jésus, puis la erédibilité morale de Jésuê lui-même, relativement h ce qu'il avait dit de l'origiue divine de sa doctrine. En faveur de la crédibilité de rAncien-Teatament, ils alléguaient que les prophètes» ayant été des hommes sans culture, n'avaient pas> pu trouver eux-mêmes les vérités qu'ils annonçaient ; qu'ayant d'ailleurs écrit dans des lieux et dans des temps différents, ils auraient pu bien moins en* core s'accorder ensemble si l'esprit de Dieu n'avait pas parlé par leur bouche ; qu'eu outre, l'accomplissement de leurs prophéties garantissait la divinité de tout le reste de leurs écrits.' -*- Quant au Nouveau «Testament, on prouvait la crédibilité des réeits èvangéliques concernant Jésus par le lait que les Apôtres, ayant été témoins oculaires des événements, avaient été parMtement à même de dire la vérité ; et pour prouver qu'ils voulaient la dire, on invoquait leur piété, leur droiture éclatante, leur incapacité pour imaginer une doctrine telle que celle qu'ils enseignaient, et enfin la haine et la persécution qui avaient été la seule récompense de leur prédication. On ajoutait que, si leurs récits n'avaient pas été d'une vérité parbite, au lieu de trouv^r un si favorable ac* coeil, ils n^auraient rencontré partout que la contradiction. Tertollien suppose, en outre, que Pilate avait transmis à l'empereur Tibère lee actes relatib aux dernières destinées de Jésus, et il ren-
' Apol. mlDor., eap. 4S. — * £1$ ««vrev, XI, c. 3. ' V. surtoat Laetance. InsUU, dlv., 1, c. 4.
voie par suite les païens à leurs archives.^ — La crédibilité des Livres saints une fois démontrée, il était facile de prouver que Ton devait croire à Jésus et ajouter foi à son assurance qu'il était le Fils de Dieu et quMI avait été envoyé par lui.
â. Ils tiraient des prophéties qui s'étaient accomplies en Jésus, ainsi que des miracles faits par lui et par ses apôtres, la preuve convaincante de la divinité de sa mission. Celle qu'ils tiraient des prophéties de l'Ancien-Testament pouvait être alléguée, nonseulement à Tégard des Juifs, fnais aussi à l'égard des païens; car du moment qu'il était prouvé qu'elles avaient été réellement écrites à l'époque qu'on leur assignait, et qu'elles s'étaient réellement accomplies en Christ, il y avait nécessairement là pour les païens une preuve très-puissante. Aussi les docteurs chrétiens en appelaient-ils très-souvent aux prophéties de l'Ancien-Testament. Après avoir montré jusqu'à quel point elles se sont déjà accomplies, ils concluent que, puisque tout ce qui a été prédit a reçu jusqu'alors son accomplissement, on peut être certain qu'il en sera de même pour ce qui se rapporte aux temps futurs. Ils s'appuient aussi sur les miracles de Jésus et des Apôtres, mais ils attachent une bien plus grande importance à la preuve basée sur les prophéties qu'à celle tirée des miracles, par la raison qu'il était beaucoup plus facile de prouver la vérité historique des premières que celle des derniers. Origène^ remarque que les miracles avaient pu sans doute être un moyen de conviction pour les contemporains, mais que, plus tard, ils avaient perdu progressivement la force d'amener à la foi, parce qu'on pouvait facilement se laisser aller à les considérer comme fabuleux. Pour faire valoir ces prophéties et ces miracles, les apologètes n'avaient point encore besoin de se livrer à des recherches philosophiques sur leur nature et sur leur rapport avec l'idée de Dieu dans toute sa pureté, ils n'avaient pas non plus besoin d'examiner si, en général, les miracles sont possibles ; car tous leurs adversaires s'appuyaient eux-mêmes, pour défendre leur cause, sur des apparitions de Dieu, sur des miracles et sur des révélations. Mais il y avait précisément en cela une difficulté pour les apologètes. Car les païçns
' Applog.i c. 24. — ' Gonimenl. in Joh.
regardant les oracles et les miracles comme quelque chose qui arrivait très-fréquemment en faveur de leur religion, n'admettaient pas, par cette raison, qu'on pût invoquer comme preuve les miracles chrétiens. Ils croyaient, en effet, à une foule de démons que rhomme, au moyen d'arts magiques, pouvait soumettre à sa volonté ; et ils racontaient un grand nombre de miracles que Pythagore et Apollonius de Tyane devaient avoir faits de cette manière; c'était de même, pensaient-ils, et avec le secours des démons, que Jésus et les Apôtres avaient aussi produit des effets merveilleux. Les chrétiens ne niaient pas absolument les miracles faits à Taide des démons ; ils pensaient, au contraire, que c'était à eux qu'il fallait attribuer les oracles et les miracles du paganisme; ils pouvaient donc seulement opposer à l'opinion des païens l'affirmation que les miracles de Jésus et des Âpôlres étaient divins et nullement faits avec l'aide des démons ; et il leur fallait, pour justifier cette idée, chercher à étabin* les signes et les caractères par lesquels se distinguaient ces deux espèces àe miracles. Origène* dit que le caractère qui fait reconnaître les miracles divins, c'est que leur but a toujours été le salut de l'humanité; qu'ainsi les miracles de Jésus ont été faits pour confirmer une doctrine qui doit sauver les hommes; selon lui, il faut, en outre, que les miracles aient pour auteur un homme que distingue la pureté du cœur. Il partait ici de l'idée que les démons étaient des êtres immoraux et méchants; or, comme les païens ne partageaient pas cette opinion^ son argument, pour prouver la divinité des miracles de Jésus, ne pouvait pas les satisfaire. Tout aussi peu concluant était cet autre argument mis en avant par Arnobius, que les miracles de Jésus étaient inflniment plus grands que ceux faits à l'aide des démons;^. car on racontait d'Apollonius de Tyane des miracles qui n'étaient nullement inférieurs à ceux de Jésus.
Les apologètes s'appuyaient aussi sur les vertus miraculeuses , que possédaient certains chrétiens et qui se perpétuaient dans l'Eglise. Origène voit un titre de supériorité des chrétiens sur les Juifs, dans ce foit que ceux-ci n'avaient plus ni prophètes ni
' Contra Gels., TU, cap. 5, S 3, cap. 4. — M, p. tS.
verias miraculeuses, d*où il coneliit qu*ils étaient abandonnés de Dieu. Tous les écrivains ecclésiastiques de Tépoque donnent ces vertus comme quelque chose d'indubitable, et Origène affirme même avoir été témoin de guérisons opérées par Teflet 4e ces vertus.* C'étaient surtout des expulsions de démons qui, disaiton, devaient se faire au nom de Christ et par le signe de la croix ; et Tertullien va même jusqu'à inviter les pal^s à lui amener un démoniaque , pour se convaincre que le démon , exorcisé par le premier chrétien venu , serait forcé de déclarer qui il était.^ C'est de ces faits qu'ils tiraient la preuve de la divinité du christianisme, prétendant qu'ils ne pouvaient s'accomplir qu'àv«c Paide de Dieu , puisqu'il était impossible que les démons détruisissent leur propre ouvrage. — La perpétuation parmi les chrétiens do don de foire des miracles , affirmée par les Pères de l'Eglise , iut d'abord révoquée en doute par l'anglais Conyerê MkldleUm, bibliothécaire à Cambridge (m. 1750), dans son ouvrage intitulé : Recherches sur le don des Miracles , et bien qu'elle soit encore défendue plus tard par les théologiens, elle est dès lors appréciée assez généralement d'une manière plus sensée. Il est démontré que, dans certaines maladies , de fortes impressions psychiques peuvent produire des effets ressemblant à des miracles , et comme les maladies qu'on attribuait à l'action des démons appartenaient précisément à cette catégorie, on conçoit facilement comment des personnes qui en étaient atteintes et qui croyaient en Jésus, ou qui éprouvaient du moins devant loi un vague sentiment de crainte , pouvaient, lorsqu'il était invoqué et que les démons étaient exorcisés en son nom , ressentir une violente commotion , suivie souvent d'un soulagement de leurs souffrances , parfois même d'une guérison. De pareilles impressions psychiques, lor$qu'elles sont assez fortes, peuvent sans doute produire de funestes effets sur le malade, ou n'avoir absolument aucun résultat; mais, dans de pareils cas, on n'était pas en peine d'expliquer le fait, en disant que le malade avait manqué de foi ou que c'était un pécheur endurci. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que dans un temps où l\>n croit aux toirades,
' Goatr. Geb. 111, cap. 4, g. 9. — ' Apologetteoi, Ca^. 13.
la Toix pnbiiqae exagère souvent singolièrement des ftiits iosi^ gnifiants , et que parfois même il se forme sans raison des légendes sur des miracles qu'on prétend avoir été faits au loin. Origène avoue du reste lui-même que de son temps il ne restait dans l'Église que quelques traces de oe don de faire des miracles qu'elle avait autrefois possédé.'
Les apologètes s'appuyaient également sur des emblèmes du christianisme qui se trou valent, soit dans la nature, soit dans l'Ancien^Testament. Le Nouveau-Testament présente aussi des types de ce genre, propres à symboliser des événements impor* tants; ainsi, dans Matthieu, XII, 40, le séjour que fit Jonas pendant trois jours dans la baleine, représente les trois jours que Jésus passa dans le sein de la terre; et dans Tépttre aux Galates, IV, 24, Paul donne les deux femmes d'Abraham comme type des deux alliances : l'esclave enfentant des esclaves, et la femme libre, des enfants libres. Il y a là réellement une véritable similitude. Mais les Pères de l'Église saisissaient des points de ressemblance purement accidentels, et allaient même jusqu'à en trouver là où il n'y en avait aucun. La typologie était poussée jusqu'à l'absurde ; on recherchait (es rapports les plus éloignés et purement extérieurs, et on leur attribuait la valeur de véritables prophéties. C'est ainsi que Bamabas^ trouve dans les 818 personnes dreoncises par Abraham (6en., XVII) une prophétie conceroant le Christ, attendu que l ( 10) H ( 8) sont les initiales du nom de Jésus, et T (800) le symbole de la croix. Clément de Rome' voit dans le cordon rouge que Rahab suspendit à sa fenêtre pour ceux qui étaient venus épier le pays, un emblème du sang de Jésus. De même aussi Justin Martyr * regarde les deux boucs qui figuraient dans la grande fête de l'expiation comme des types de la double parousie du Seigneur, et les 13 clochettes qui se trouvaient au vêtement du souverain sacrificateur comme re« présentant les douze apôtres. Irénée trouve dans les trois hommes chargés d'examiner Jéricho les trois personnes de la Trinité, etc.
' Orig. c. Ceb., VII, c. 4,8* ^'
' Ep., e. 9. — ' tp. \f t, la. -« * Dlil. e. Trypii., e. 40.
' Aéf . ttcM., IV, SO.
Justin et Minucius Félix faisaient de même remarquer que le signe de la croix se reproduisait dans toute la nature, dans Toiseau avec ses ailes déployées, dans Thomme étendant ses- bras quand il prie, dans la voile du navire, dans les ustensiles du laboureur et de l'artisan. Jonas apparaît déjà dans le Nouveau-Testament comme un type de Jésus; mais Justin voit aussi dans Josoé, et Clément d'Alexandrie dans Isaac, des types du Seigneur
• Non contents d'invoquer les prophéties de TAncien-Testament, les Pères de TÈglise appelaient aussi à leur aide les prédictions apocryphes d'Hystaspe et de la Sybille^ surtout celles de la dernière. On sait que, jusqu'au v« siècle, les chrétiens continuaient à forger des prophéties sybillines, et à leur faire annoncer dans le plus grand détail les actes, les doctrines et les destinées de Jésus. Si Ton est (rappé de voir Justin en appeler déjà aux livres sybillins qui existaient alors, comme à des écrits d'une authenticité indubitable, bien qu'une partie n'en ait certainement été composée qu'à son époque, on doit d'autant moins s'étonner que les païens les aient déclarés en partie supposés, en partie falsifiés,* et qu'ils aient dit : Non esse illa carmina sibyllinay sed à nosiris ficla atque composiia. De son côté, Lactance s'en réfère à Cicéron et à Varron, qui avaient déjà fait mention de la Sibylle Erytréenne.*
Enfin, les apologètes puisaient aussi dans la propagation rapide et universelle du christianisme une preuve de sa divinité. Des hommes incultes et d'une humble condition, comme étaient les Apôtres, n'auraient pas pu, diisaient-ils, répandre ainsi le christianisme avec leurs propres forces, si Dieu n'avait pas été avec eux, et le christianisme lui-même aurait depuis longtemps succombé aux persécutions et aux violences des peuples et des princes, s'il n'avait pas été protégé et conservé par une puissance divine. Lactance^ dans un traité spécial intitulé de morlibus persecutorum^ développe l'idée que tous les adversaires, tous les persécuteurs du christianisme avaient eu une fin malheureuse, et il y voit un châtiment divin de leur hostilité contre les chrétiens.
' Orig. c. Gels., VII, c. 7, S* ^* — Lattanœ, iV, c. 45.
* Reoss, lê$ Sibylles ehrétiennei, doov. revae de ihéol. Vol. VU, p. 495 etsuiv.
Cet intérêt que Ton prenait à Tapologétique entraînait du reste assez fréquemment les écrivains chrétiens à faire de la propagation du christianisme chez tous les peuples de la terre, des descriptions de rhéteurs exagérées, qu*on ne saurait excuser que par leur ignorance de l'étendue du cercle dans lequel le christianisme s^était réellement répandu. On trouve dans Justin * et dans Tertullien^ de pareils passages, qui sentent le rhéteur, et qui ne doivent être allégués dans Fhistoire qu'avec beaucoup de circonspection.
§. 18. De II sécessité de la religion durétienae pour le saiul.
Tous les Pérès sont unanimes à dire que Tunique voie pour arriver à la vie éternelle est le christianisme, et que, par suite, tous les hommes auxquels il est' prêché sont obligés de Tembrasser, s*ils veulent obtenir le salut. Ils déclarent aussi, avec la même unanimité, que Christ est Fauteur de la félicité des Juifs vertueux et pieux qui sont morts avant lui. Car, d'après eux, les révélations de TAncien-Testament, faites aux patriarches et aux • pieux Israélites, étaient bien aussi émanées du Logos, et ceux qui y avaient conformé leur conduite étaient devenus agréables à Dieu ; mais ces révélations n'ayant point encore été complètes, n^avaient pas non plus été de nature à rendre les hommes dignes deTéternelle félicité; c'est pourquoi Christ, étant descendu dans leScheol après sa mort, y avait prêché son Evangile aux hommes pieux de l'ancienne alliance et les avait ainsi amenés à la félicité.
Nous trouvons, au contraire, sur la question du salut des païens , une divergence d'opinions très-remarquable entre les Pères de l'Eglise grecque et ceux de l'Église latine. Les premiers, pleins de respect pour la philosophie païenne, et reconnaissant que le Logos avait déjà exercé son action sur les sages de la Grèce, étaient bien éloignés de méconnaître le mérite'de la vertu chez . les païens. Aussi, Justin déclare-t-il comme chrétiens tous ceux qui, même avant Christ, avaient vécu conformément aux inspirations du Logos, aussi bien parmi les païens que parmi les Juifs,
* Dial. c.Tryph., c. W. — * Ad?. Jad., c. 7.
a«99i bteD Socrate ei Hénclite qu'Abrabam.' Cléneui d'AJesandrie dit de même qu^avant Christ la philosophie avait rendu les Grées, sidoo par&iU, du moios vertueux et agréables h Dieu. Il admet, par suite, que Christ et ses Apôtres avaieot, dans les enfers, prêché avssi rÉvaugile aux païens vertueux, et les avai«it ainsi conduits au adut. Origène, à sou tour, iait dériver la vertu des païens de rinfluenoe qu'a exercée sur eux le Logos, et en reconnaît k mérite.
Les Pères de TÉglise latine sont d*un avis contraire. Méprisant la philosophie grecque, portant même sur Socrate un jugement défavorable, \\s ne pouvaient généralement rien trouver de bon dans le paganisme, et ils devaient même regarder comme douteuses les vertus des païens; ainsi, Lactancedit formellement que ces vertus ne sont qu'apparentes, puisqu'il est impossible d'être vertueux si Ton ne connaît pas Dieu.^ Quiconque n'adorait pas le vrai Dieu , passait aux yeux de TertuHien pour un rebelle , rendant au diable Tbonneur qui n'était dû qu'à Dieu ; et naturellementil pensait qu'un tel homme ne pouvait accomplir aueun acte vraiment vertueux. Les Pères deTEglise latine inclinaient forcément ainsi à admettre la damnation absolue de tous les païens. Ils devaient d'autant mieux se ranger k cette opinion qu'elle s'accordait avec l'idée qu*ils s'étaient déjà alors formée de l'Église, et d'après laquelle, l'assimilant à l'arche de Noé, ils ne voyaient de salut que pour ceux qui se trouvaient dans son sein, et que perdition certaine pour ceux qui restaient dehors.