LA SOUFFRANCE ET LA KORT IH SEIGNEUR
trine on n'aurait pas été porto a en tirer aucun profit de plus. Par son enseignement oral et par ses dispensateurs vivants et visibles, le Christ voulait donc unir tous les fidèles à son Eglise en une grande société visible et les grouper en un organisme vivant. Si le Seigneur avait rédigé sa doctrine par écrit, chacun se serait attaché uniquement à la parole morte et aurait brisé ou détendu le lien qui le rattachait à l'Eglise.
La souffrance et la mort du Seigneur, son œuvre satisfactoire pour nous (suite).
Par les vues profondes de son ouvrage Cur Deus homo, saint Anselme avait donné un branle puissant à la spéculation chrétienne sur le dogme fondamental de la satisfaction représentative du Christ et, en même temps, tenté de démontrer par des arguments rationnels la nécessité de la satisfaction représentative d'un Homme-Dieu et celle de l'Incarnation. Parmi les autres essais d'explication qui suivirent, celle du docteur angélique est cependant la plus heureuse et la plus parfaite. Il tient notamment le juste milieu entre son devancier saint Anselme et son successeur Duns Scot. Il n'admet donc ni la nécessité de l'Incarnation, ni celle de la satisfaction représentative par l'Homme-Dieu, considéré comme étant l'unique moyen possible de racheter l'homme du péché et de la misère. Encore moins peut-on soutenir dans ce sens la nécessité d'une dure souffrance et d'une mort de l'Homme-Dieu comme l'unique moyen par lequel le salut de l'homme pût être opéré. Le moyen suivi par l'Homme-Dieu n'était pas même nécessaire, en ce sens que le Seigneur eût été contraint par une puissance extérieure irrésistible. Dieu pouvait notamment remettre purement et simplement, sans punition, l'offense du péché d'Adam, parce que, en tant que juge dans sa propre cause,
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il n'était pas contraint par la justice dans l'intérêt des autres et qu'il pouvait renoncer à son droit. Dans la cause des autres, le juge ne peut pas léser les droits des autres, e* porter ainsi atteinte au bien de toute une communauté (bonum commune) (1). Il ne résulte pas cependant encore de cette possibilité que Dieu puisse eu général laisser le péché impuni ou que dans sa réglementation de l'ordre moral il puisse tout à fait renoncer à lamanifestation de sa justice. Il est admis seulement que Dieu peut dans certains cas remettre le péché, même sans châtiment, à ses créatures raisonnables pendant leur temps d'épreuve et, dans certaines circonstances, allonger pour elles le temps d'épreuve. Dieu veut nécessairement, selon sa justice, la fin dernière et les moyens indispensables pour cela, mais la punition et la satisfaction pour le péché ne sont pas, dans tous les cas donnés, un moyen nécessaire pour la conservation et consolidation de l'ordre moral. Cependant en ce qui concerna une nécessité relative de l'Incarnation notre saint docteur ne s'accorde pas avec saint Anselme. Il soutient que si Dieu avait tout d'abord résolu d'obtenir dans toutes les rigueurs de sa justice une satisfaction proportionnée à l'offense de l'homme comme condition de sa rédemption, il n'y aurait eu d'autre moyen possible que la satisfaction représentative de l'Homme-Dieu. Dans l'hypothèse d'une décision divine à propos de l'exigence d'une satisfaction équivalente, saint Thomas considère donc l'Incarnation comme un moyen nécessaire (2)
De plus le mode et le genre de satisfaction offerte par le Christ, sans être en soi nécessaire, était bien le plus con-
(1) Qu. 46. a. 2 : Ad tertium dicendum quod haec etiam justitia dependet ex voluntate divina, ab kumano génère satisi'actionem exigente pro peccato. Nam si voluisset absque omni satisfactione hominem a peccato liberare, contra justitiarr» non fecisset. Ule enim judex non potest salva justitia culpam sine poena dimittere, qui habet punire culpam in alium commissam, puta vel in alium hominem, vel in totam rempublicam, sive in superiorem principem.
(2) Ib. a. 1.
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wnable et le plus avantageux. En effet, par la souffrance. et par la mort Je l'Homme-Oieu uous connaissons combien Dieu nous a aimés, nousavonsen lui le plus parfait exemple de vertu pour toutes les situations de la vie et pour tous les besoins où nous pouvons nous trouver ; maintenant nous n'avons pas été seulement délivrés de tout péché, ce qui aurait pu nous échoir par le simple effet du pardon, mais nous avons reçu des droits à la grâce et à la gloire éternelle. Par celte môme souffrance et mort de l'Homme-Dieu nous sommes d'autant plus puissamment inclinés à ne plus retomber dans le péché et ainsi nous avons un membre de notre race qui a vaincu le démon et a reconquis notre honneur en face du diable (i).
La mort sur la croix a été particulièrement la satisfaction la plus convenable pour le péché ; car par la mort la plus ignominieuse, le Christ a offert la plus grande satisfaction et nous a donné l'exemple le plus sublime. Par la mort sur le bois il a effacé le péché commis sous l'arbre du paradis terrestre et, par cetle mort subie si publiquement sous les regards du monde, il a délivré le monde, de la manière la plus convenable (2).
Ce que nous avons dit plus haut de la nécessité relative de l'Incarnation, une fois que Dieu a décidé d'exiger une satisfaction équivalente, saint Thomas l'établit par le fait qu'une satisfaction équivalente pour nos péchés devait être infinie, et partant supérieure aux forces de la créature. Le péché, en effet, renferme une offense infinie et est un mal infini ; et cela parce que l'offense du péché doit être mesurée d'après la majesté infinie de l'offensé ; ensuite parce que le péché d'Adam est devenu le péché de la nature humaine et peut se reproduire dans une série infinie d'invidus (3). Il est donc au-dessus des forces d'un
(3) In Sentt. 3. dist. 20. qu. ». a. 2 : Ad hoc autem quod satisfactio esset condigna, oportebat quod haberet virtutem infinitam. quia peccatum pro quo fiebat satisiactio infiaitam quandam habebat ex tribus. Primo
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être fini d'offrir une satisfaction proportionnée à ce péché, et cela absolument parlant, comme il résulte du premier motif cité ci-dessus. Le caractère infini de la faute, en raison de la majesté infinie de l'offensé, ne saurait être effacé que par un mérite et une satisfaction qui tiennent de la majesté infinie de celui qui les offre une valeur infinie. Celui qui offrirait satisfaction devait donc être Dieu lui-même et d'autre part un homme s'il voulait subir un châtiment et par là offrir une expiation et en appliquer les fruits aux hommes ses frères.
2) Pour offrir cette expiation équivalente exigée par Dieu, il fallait que Dieu se fît homme, et il l'a offerte par l'acceptation volontaire des peines du péché et principalement de la mort par amour et obéissance pour le Père céleste ; et de ces peines du péché dont l'acceptation était compatible avec la divine personnalité de l'Homme-Dieu (i). L'Homme- Dieu a acquis des mérites par chacune de ses actions libres qui procédait de son amour pour Dieu ; mais il a offert sa satisfaction en subissant les peines temporelles du péché contre lesquelles se soulevaient les tendances sensibles de. la nature humaine. Cependant pour qu'il y ait mérite et satisfaction, il faut qu'il y ait acceptation volontaire de l'action, en d'autres termes que celui qui mérite ou qui satisfait soit le maître (dominns) de son acte. Cette acceptation volontaire ne fit point défaut à l'Homme-Dieu quand il subit les souffrances et la mort. Il n'avait pas seulement la puissance de repousser la violence qui lui était fuite, (il le prouva en renversant à terre la cohorte qui voulait le
ex infinitate rnajestatis divinae, in quantum offensa fuerat per conteiutum inobedient'se ; quanto enim major est in quem peccatur, tanto esi gravior culpa. Secundo ex bono, quod per peccatum auferebatur quod est infinitum, id est ipse Deus , cujus participatione homines fiunt beati Tertio ex ipsa natura quae corrupta erat, quae quidem infinitatem quamdam habet, in quantum possunt supposita in infinitum multiplicari. Actio autem purae creaturae non potest habere infinitam efficaciam. (1) Voir plus haut § 60.