L'ÉCOLE DE SCOT
ricorde a attribué à l'œuvre dérivant du libre vouloir de l'homme cette valeur infinie : L'œuvre bonne de l'homme doit par la gracieuse acceptation de Dieu obtenir également une valeur infinie, tout comme la faute présente un caractère infini. Mais dans cette opposition aussi bien pour le mérite que pour la faute il y a une fausse conception du caractère infini. En effet Scot fait principalement consister le caractère infini du péché et de la faute d'Adam en ce qu'ils ont entraîné la perte d'un bien infini et qu'ils ont paru si graves aux yeux de Dieu que à cause d'eux une quantité infinie d'homme sont perdu la félicité éternelle. Par contre dans la doctrine de saint Thomas le péché d'Adam n'a pas le caractère d'un mal infini, à ces deux points de vue seulement; il a le caractère d'une faute infinie, principalement pour un troisième motif, à savoir parce qu'il offense Dieu dont la majesté est infinie. La personne de l'offensé et surtout sa majesté infinie est donc ce qui rend infinie la faute du péché (1). Il résultait de là que au sens de Duns Scot une satisfaction de valeur infinie pouvait être offerte, même par une créature. Gomme en effet le péché d'Adam, d'après lui tirait son caractère du mal infini surtout de ce fait qu'il faisait perdre aux hommes un bien infini et pouvait éven" tuellement rejaillir sur un nombre infini d'hommes, il attribuait au mérite ou à la satisfaction d'une créature une valeur infinie à un double point de vue ; d'abord par rapport à l'objet de l'acte vertueux ensuite par rapport au nombre infini d'hommes auxquels la satisfaction pouvait profiter. Et même ce caractère de mérite ou de satisfaction d'une valeur infinie devait pouvoir s'appliquer à uneaction parfaitement bonne au point de vue moral, par le fait de la libre et gracieuse acceptation de Dieu. De cette façon la rédemption aurait pu être effectuée par un acte d'amour d'Adam ou d'un ange, pourvu que Dieu dans sa pure et libre bonté l'eût acceptée comme satisfation représentative pour
(1) C. In. Sentt. 3. dist. 20. qu. 1. a. 2. Voir plus haut § 71.
toul lf monde I . Il eût été également possible que tout homme oîTrît satisfaction pour lui-même.
Nous pouvons admettre en tout cas que toute action héroïque peut, par une gracieuse acceptation de Dieu, recevoir de l'importance et de la valeur pour une série infinie d'hommes, tout comme le péché d'Adam a suffi à entraîner dans la perdition un nombre infini d'hommes. Mais ceci n'est pas encore une valeur infinie au sens positif du mot. Un acte de charité héroïque n'a pas davantage une valeur infinie, parce que Dieu en est l'objet. La gracieuse acceptation de Dieu ne rend pas le fini infini. Un acte héroïque ne devient infini en valeur que par la dignité infinie de celui qui l'accomplit et c'est là ce qui n'a pas lieu dans la théorie de Scot.
2) Dans ce que nous venons de dire il est déjà marqué que l'œuvre satisfactoire de l'Homme- Dieu n'est nullement relevée par Duns Scot, mais qu'elle est plutôt amoindrie, puisqu'elle est assimilée à l'œuvre méritoire des créatures et qu'elle est censée avoir besoin de la libre acceptation de Dieu. Il faut toujours admettre une libre et gracieuse acceptation de l'œuvre satisfactoire du Christ, en tant que représentative pour tous les hommes. De môme que Dieu a librement et par pure bonté établi Adam comme le chef et le représentant de l'humanité dans le paradis terrestre, de même il a aussi élevé l'Homme-Dieu à la dignité de chef de l'humanité et il a décidé dans sa bonté de laisser attribuer ses mérites à tous. Mais Dieu n'a pas attribué par bonté la valeur infinie aux actes héroïques de la vie du Sei-
(I) Reportt. i. 3. dist. 20 qu. 1. schol. 3: Quia si Adam per gratiam datam et charitatem habuisset unum vel multos actus diligendi Denm propter ae ex majori conatu liberi arbitrii, quara fuit conatua in peccando. talis dilectio sudecisset pro peccato suo et redimendo et remittendo, et fuisset satisfactio ; et tune propositio illa est falsa, quod debuit oSerre Deo aliquid maju9 omni eo pro quo peccare non debuerat : sed sicut pro amore creaturae, ut objecti diligibilis, non debuit peccare, ita satisfaciendo debuit offerre Deo aliquid majus attingendo per actum objective quam sit creatura, scilicet amorem attint-enteni Deum propter se.