‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 14 sur 112 · L APOGEE AVEC SAINT THOMAS D AQ · texte numérisé non relu

L APOGEE AVEC SAINT THOMAS D AQ

lonté consiste à présenter la véracité du témoignage divin et à amener ainsi, d'après saint Thomas, le credere Deo ; et l'influence de la volonté sur la raison consiste à prendre la raison et à produire le credere in Deum. La volonté n'agit donc pas seulement négativement en écartant les doutes possibles, mais son action est surtout positive, car elle entraîne la certitude adhaesionis ou la determinatio adunwn. C'est pourquoi la foi divine, en tant qu'elle repose sur le témoignage vérace de Dieu, est infaillible et contient en ellemême un plus haut degré de certitude que la science naturelle (nam Deus nec falli nec fallere potest)(l).

L'objet matériel de la foi divine s'étend aux vérités qui s'occupent de Dieu et des choses créées, dans la mesure où celles-ci ont un rapport avec Dieu. Il embrasse essentiellement ou substantialiter les vérités supra-rationnelles, accidentaliter seulement les vérités naturelles de lareligion, les prœambula; et consequentix pZdei. Son objet formel est la véracité divine (veritas prima) ou plus exactement, le motif de tout acte de foi est le fait de la révélation faite de la vérité en question par Dieu omniscient et absolument vérace (2). La veritas prima peut donc être comparée à la lumière, dans laquelle nous voyons les articles de foi particuliers considérés comme vérités divines, tout comme nous percevons dans lalumière matérielle les objets qu'elle éclaire et colore.

Les explications de saint Thomas sur la coopération de l'intelligence et de la volonté dans l'acte de foi nous fixent sur deux conséquences ou deux détails précis qu'il nous

fnim voluntatis amare. Secundum autem quod ratio voluntatem inclinât ad actus fidei est credere Deo. Ratio enim, qua voluntas inclinatur ad assentiendum his, quaa non videt, est, quia Deus ea dicit, sicut homo in his, quae non videt, crédit testimonio alicujus boni viri, qui videt ea, quae ipse non videt.

(1) Ib. qu. 2, a. 4.

(2) S. th. 2. 2. qu. 1. a. 1 : Sic igitur in fide si consideremus fonnalem rationem objecti, nihil est aliud quam veritas prima. Non enim (Ides de qua loquimur, assentit alicuî, nisi quia est a Deo revelatum.

donne au sujet de la foi. La première conséquence est celleci : celui qui est parvenu à acquérir la science sur une vérité de la religion, ne peut plus faire un acte de foi à cette vérité, par exemple à l'existence de Dieu déjà connue par la raison si ce n'est en manifestant la dispositic n de croire à tous les « prxambula fidei » môme s'il n'était pas convaincu nécessairement et évidemment de leur vérité (i). Dès que l'intellect en effet ne se décide à admettre la vérité que sur son évidence intrinsèque, il n'y a plus de place pour l'acte de la dcterminatio ad union de la volonté. Sur ce point les théologiens qui vinrent dans la suite, s'écartèrent de saint Thomas, ils comprirent autrement la certitude de l'adhésion et estimèrent possible un accroissement de certitude, quand, à la science, vient s'ajouter la foi.

La deuxième conséquence de l'opinion de saint Thomas c'est que, d'après notre docteur, l'examen des miracles et des signes engendre bien la conviction sur le fait de la révélation, il la nécessite môme chez les témoins oculaires, mais la foi théologique surnaturelle ne commence que là où, sur l'ordre de la volonté mue par la grâce, elle prend pour- son motif immédiat et déterminant l'omniscience et la véracité, qui sont la source première de toute vérité(2). Les motifs de crédibilité du fait de la révélation ne peuvent servir de motif à la foi théologique surnaturelle. Dans l'acte de foi théologique l'âme se donne absolument avec toute son intelligence à la vérité divine considérée comme telle et elle se soumet complètement à son empire. L'examen des motiva credibilitatis ne fait donc que retarder la foi en écartant les obstacles de dessus sa route. Mais une foi aux vérités supra-rationelles, basée sur le seul motif de l'évidence irrésistible et nécessaire de la révélation prouvée par les miracles qui l'accompagnent, ne serait

(1) Saint Thomas donne ce détail, et dans son commentaire sur les Sentences, et dans les quzst. dispul.,et dans la Somme Ihéol. (2. 2. qu. I.a4.)

(2) S. th. 2. 2. qu. 2. a. 9 : Ipsum autem credere est actus intellectus assentienti8 veritati divinae ex imperio voluntatis a Deo motae per gratiam.

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