‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 17 sur 112 · LA MÉTAPHYSIQUE ET HENRI DE GAND · texte numérisé non relu

LA MÉTAPHYSIQUE ET HENRI DE GAND

être de la matière lui vient de son essence même, (c'est l'esse essentiae), puisque Dieu l'a créée comme un être potentiel, une chose intermédiaire entre le néant et l'être, un principe potentiel d'une multitude infinie de choses, car elle peut s'unir à d'innombrables formes. C'est dans cette potentialité que consiste son essence ou son être essentiel. Le troisième être, qui est l'être parfait, achevé, vient à la matière de son union avec la forme ; par celle-ci, la matière devient un élément constitutif de la substance ou l'être particulier (c'est l'esse actualis existentiae). En fait la matière n'a jamais le premier être sans recevoir aussitôt le troisième, mais il serait possible à la toute-puissance divine, de maintenir dans ce premier stade l'être de la matière, indépendamment de toute forme déterminée. Il en est bien ainsi des accidents de la substance du pain qu'après la consécration la toute-puissance de Dieu maintient dans leur être, sans qu'ils reposent sur un suppôt substantiel, qui n'existe plus (i).

2. Henri explique autrement que saint Thomas le rapport de l'essence à l'être. Il distingue entre eux l'être de l'essence (esse essentiae), l'être de l'existence (esse existentiae) et l'être idéal des choses dans la connaissance humaine (esse rationis). L'être de l'essence, de l'humanité ou de l'animalité, par exemple (humanitatis ant animalitatis) ', doit

(1) Quodl. I, qu. 10 : Est igitur secundum jam dicta in materia conssiderare triplex esse : scilicet esse simpliciter, et esse aliquid duplex : unum quo est forniarum quaedam capacitas ; aliud quo est compositi fulcimentum. Esse primum quo materia habet dici ens simpliciter, habet participatione quadam a Deo in quantum per creationem est effectus ejus, sicut et alia ut dictum est. Esse secundum quo materia est capacitas quaedam, habet a sua natura, qua est id quod est differens a forma.'... Esse tertium non habet materia nisi per hoc, quod jam capiat in se illud, cujus de se capax est ; unde et id quod capit dat ei taie esse; et quia illud forma est quae non potest alteri dare nisi quod habet : esse igitur quod habet forma ex natura essentiae suae per hoc, quod perficit potentiam et capacitatem materiae, communicat materiae et toti composite et taie esse est illud quod materia habet in actu, et per hoc habet actualem existentiam.

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