HISTOIRE I»F
porter en lui-même les caractères de nécessaire et d'éternel, mais en môme temps apparaître indifférent à l'existence ou à la non-existence, au général ou au particulier, indifférent enfin à devenir l'objet de la connaissance sous la forme d'universel (esse rationis). Mais l'essence est déjà un ens, et en même temps quelque chose de nécessaire et d'éternel, en tant qu'elle existe comme idée en Dieu ou qu'elle fait objet de la pensée de Dieu. Les pures images de l'homme ne peuvent donc avoir aucun esse essentiae. Cet être d'essence est donné aux choses par Dieu, qui est la cause idéale la plus élevée (causa exemplaris) ; c'est de Dieu aussi que découle l'existence ou le esse existentiae, car Dieu est la cause créatrice et effective de toutes choses (1). Le caractère particulier de cette opinion, qui se distingue ainsi de celle de saint Thomas, c'est que Henri n'attribue pas la généralité mais seulement la quiddité à l'être de l'essence, qui est le même dans l'idée de Dieu. La pensée seule de l'homme donne à l'essence le caractère d'universalité en la concevant comme propre à plusieurs individus. Au général ne correspond donc que quelque chose, qui est dans notre esprit.
Les autres Scolastiques n'admettent pas cette distinction ainsi comprise entre Yesse essentiae et Yesse rationis, quoique Dieu saisisse les choses dans son idée d'une manière infiniment plus parfaite que nous ne les saisissons nousmêmes. Henri de Gand ne se sépare pas moins de saint Thomas en se refusant à reconnaître une distinction réelle entre l'essence et l'existence. Lui aussi fait cependant dériver l'existence de la volonté créatrice de Dieu et ne la
(1) Quodl. III, qu. 9 : Triplicem quidem habet intellectum verum.sicut et très modos habet in esse. Unum enim habet esse naturae extra in rébus : alterum vero habet esse rationis ; tertium vero habet esse essentiae. Animal enim acceptum cum accidentibus suis in singularibus est res naturalis ; acceptum vero cum accidentibus suis in anima est rationis ; acceptum vero secundum se est res essentiae de qua dicitur quod esse ejus est prius, quam esse ejus naturae vel rationis, sicut simple* est prius composite