‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 19 sur 112 · LA MÉTAPHYSIQUE ET HENRI DE GAND · texte numérisé non relu

LA MÉTAPHYSIQUE ET HENRI DE GAND

considère que comme un accident de l'essence. La distinction ne doit pas être seulement une distinction de raison (differentia rationis) mais une differentia intentionis. S'il en était autrement, l'existence actuelle devrait toujours être unie à l'essence, ce qui n'arrive pas.

A l'essence d'une chose, déjà existante dans l'idée de Dieu, est toujours unie la possibilité d'exister, que Dieu peut réaliser par un acte libre de sa volonté créatrice. L'existence actuelle n'est pas nécessairement liée à l'essence. La créature ne se conçoit pas sans son essence, puisqu'en l'essence elle a son être, mais elle reçoit de la volonté libre de Dieu l'existence actuelle et de la sorte la créature n'est pas son être (1). Il ne faudrait pas croire cependant que l'être des créatures soit réellement distinct de l'essence, pas plus au reste que le principe éclairant de la lumière, le principe vivant de la vie. Ce qui frappe ici c'est la tendance platonicienne à accentuer et à retenir sur tout l'être de l'essence qu'ont les choses en tant qu'idées de Dieu. Leur existence actuelle n'en serait même pas réellement distincte, ce ne serait qu'une é fulguration de l'être de l'essence (esse essentiae) qu'ont les choses en Dieu, éfulguration conditionnée toutefois par la volonté libre de Dieu (2). Le danger ordinaire de cette doctrine c'est de verser dans des opinions panthéistes.

(1) Quodl. I, qu. 9 (p. 11. éd. Ven. 1613) : Si vero loquamur de secundo esse creaturae : illud licet non differtre ab essentia creaturae, non tamen diflert ab illa sola ratione, in quantum intellectus drversis conceptionibus capit de ea, quod est et quod taie quid est substantia Tel accidens, sed etiam diflert ab illa intentione, quia quantum ad taie esse ipsa essentia creaturae potest esse, et non esse. Esse enim habet in quantum alterius effectus quidem est, non esse autem habet de se, et in illud non esse cadit, quando ille qui fecitquod est, conservare desinit; et ideo de tali esse non potest concedi, quod essentia creaturae est esse suum.

(î) 1b. (p. 10) : Unde si sol libéra veluntate posset radium per se subsistentem producere, radius ille quantum est de se et natura sua indiflerens esset ad esse et non esse, et quantum esset non ens quoddam ; quantum autem est ex parte solis posset esse in se recipere, et reciperet cum fieret in effectu a sole, et esset ille radius factus et stans in se, et lumen quoddam secundum suam essentiam et similitudo lucis solaris participans per

Ht) HISTOIRE DES DOGMES

On conçoit Dieu comme l'être absolu, qui réalise les essences des choses par sa volonté libre, si bien qu'elles ne puissent plus être empêchées de passer à leur existence actuelle.

3. Henri de Gand n'admet pas non plus la distinction entre l'essence et la personne ou bien entre la nature et l'individu qui supporte la nature. Il résout la question du principe d'individuation autrement que saint Thomas et les Pères. Ces derniers en avaient établi le fondement pour la nature humaine dans les accidents et qualités (idiomata) des êtres particuliers. Henri prétend que ces idiomata ne surviennent qu'après l'individualisation de la forme et ne peuvent dès lors l'individualiser.

Saint Thomas, après Aristote, plaça dans la materia signata le principe d'individuation des individus parce qu'à chaque forme est réservée une partie déterminée de la matière et ne jugea pas nécessaire de rechercher pour les esprits purs un principe d'individuation, puisqu'ils sont individuels d'après leur essence, en tant que substantiae sive formae separatae. Henri admet que le principe d'individuation, en dehors de l'idée et de l'essence, repose dans la forme dont il accompagne la production. Ne se trouvant pas dans la nature de la chose produite, il ne peut être quelque chose de positif, autrement il serait lui-même produit et devrait s'ajouter comme forme particulière à la nature de la chose. Il n'introduit dans l'essence ou la forme qu'une double négation, qui explique l'origine de l'individu, la négation de la possibilité d'une multiplication à l'intérieur, et la négation d'identité avec un autre individu à l'extérieur (1). On doit appeler, dit-il, cette négation un accident.

hoc ipsa luce solis, etita esset ille radius quaedam participatio lucis solaris per suam essentiam, et in sua essentia non per aliquid additum suse essentiae receptum in ipsa re differens ab ipsa, sicut lumen receptum in aëre differt ab ipso.

(1) Quodl. V. qu. 8. p. 246 : Quae quidem negatio non est simplex, sed

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