LA MÉTAPHYSIQUE ET HENRI DE GA.NH
De cette manière il résout ou nie la plupart des distinctions réelles entre les éléments constitutifs des êtres particuliers. Saint Thomas les avait supposées ou prouvées réelles. L'explication qu'Henri donna de l'hypostase ou du suppositum fit craindre qu'il ne compromît l'être de l'individu particulier. Il n'attribue pas à celui-ci ou au suppositum l'existence actuelle, qui ne survient que comme un accident lié à l'essence et d'une nature telle que Dieu, par sa volonté créatrice, peut l'accorder extérieurement à l'essence. C'est à l'explication de l'union hypostatique que servent principalement toutes ces hypothèses métaphysiques, en majeure partie adoptées par Duns Scot et l'école scotiste. De là proviennent les conceptions et explications diverses et détaillées de ce dogme.
4. Henri ne donna pas non plus toute son importance à l'individu dans l'idée divine. Pour lui, Dieu, n'a des idées différentes que sur les essences des choses spécifiquement différentes. A ces essences comme à ces idées Henri ne reconnaît qu'une indifférence à l'être ou au non-être, à l'universel de la connaissance humaine ou au particulier de l'individu. Il nous représente comme une l'idée qu'a Dieu d'une multitude d'individus de la même espèce ; elle doit rester une quoiqu'elle puisse se rapporter et se rapporte effectivement à de nombreux individus, comme des rayons accessoires se rapportent à un foyer principal (i).
duplex, quia est removens ab intra omnem plurificabilitatem et diversitatem, et ab extra omnem identitatem. ut dicatur ita haec, quod tantum haec, non habendo se. intra se possibilitatem ad esse aliud et aliud, sicut habet forma speciei, et iterum tantum baec, quod non sit aliqua aliarum sure speciei. Et haec duplex negatio omnino formaliter rationem formae déterminât.
(1) Quodl. I. qu. 1. p. 46 : Secundo modo illa una idea respectu essenliae est, utplures respectu suppositorum multipiicarum sub illa essentia. Ita quod &icut ipsa essentia rei una est in se, et plures in relatione ad supposita, sic ipsa idea ejusdem essentiae una est, ut respicit ipsam essentiain absolute, plures est in quantum respicit ipsa supposita sub identi-
tate essentia Sicut si unus radius descendens in aliquod punctum
medii, ab illo reflexus multiplicetur in plures, praeter quod re et subjscto differunt illi radii. Non sic autem isti respectus.
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Les idées divines sur les individus et les choses individuelles ne trouvent pas dans le système d'Henri l'explication qui leur convient et c'est souvent une ombre qui obscurcit la notion de la Providence divine dans ses rapports avec les êtres individuels. Les êtres n'ont une idée en Dieu qu'en tant qu'ils tombent sous la notion et sous l'idée de genre.
5. A d'autres questions métaphysiques Henri donne des solutions originales et personnelles. Le rapport réciproque des principes constitutifs de la nature humaine fut entendu par lui d'une façon nouvelle, inconnue aux théologiens, qui l'avaient précédé. Il s'accorda, en vérité, dans les points les plus importants avec saint Thomas et avec les autres théologiens, en particulier pour la composition de l'homme en forme et en matière. Mais, comme nous l'avons dit plus haut, Henri attribue l'être en général à la matière, non par l'action de la forme, qui sert de terme intermédiaire, mais immédiatement par la création de Dieu, de sorte que l'être essentiel (esse essentiae) de la matière est déterminé par l'idée de Dieu. L'âme humaine, principe spirituel, semble donc avoir besoin d'un intermédiaire pour s'unir à la matière, qui a déjà en elle-même un « esse essentiae » et « existentiae », et c'est grâce à cet intermédiaire qu'elle peut devenir une substance avec la matière. Henri dut admettre dès lors, sans avoir d'ailleurs des motifs suffisants, une forme intermédiaire, qui dispose la matière à un mélange de lame humaine avec la matière tel qu'il en résulte l'unité de substance et de personne. Cette forme a reçu le nom de « forma corporeitatis >> ou bien de « forma mixti (1)... » L'école scotiste a, elle aussi, admis cette hypothèse, qui a été surtout utilisée dans la doctrine de la résurrection et de la transsubstantiation. Henri s'appuie pour la soutenir sur la génération de l'homme et sur le dogme de la sainte Eucharistie. La génération implique une certaine disposition du germe vital à s'unir à l'âme, puisque les parents ne
() Quodl. IV. qu. 13.