LE RATIONALISME DE II. LULLE ET L'EMPIRISME DE R. BACON
dialogue avec un ermite sur 140 points controversés des sentences, de sa Disputatio Fidelis et lnfidelis. Cependant il ne donne généralement aucune preuve nouvelle ; ce sont les mêmes que les Scolastiques avaient déjà présentées comme des preuves de convenance. La hardiesse avec laquelle il soutenait ses assertions en séduisit bien quelquesuns, mais ceux qui approfondirent sa doctrine virent bientôt le défaut de sa théorie de la connaissance. D'ailleurs ses écrits étaient en grande partie fastidieux, surtout ceux dans lesquels il essaya de réduire la métaphysique et de résoudre les problèmes les plus difficiles de la première par une combinaison de chiffres qui devaient signifier autant de vérités (lj.
Sous les papes Honorius IV et Boniface VIII il demanda à professer publiquement à Rome, mais il n'en obtint pas la permission. Le dominicain Nicolas Eyméric, inquisiteur dans l' Aragon, entreprit l'examen de sus écrits, en tira quelques propositions fondamentales et les soumit au pape Grégoire XI, qui les condamna en 1376.
Enfin, il n'a exercé aucune influence considérable sur la science théologique ni sur son développement.
2. Si l'on peut comparer Lulle à une étoile errante apparaissant à l'horizon de la philosophie du moyen âge, on doit dire de Roger Bacon (2), de l'ordre des Franciscains, (né en 1214 à Uchester en Angleterre) ou mieux encore de sa méthode, que c'est un foyer de lumière dont l'éclat posthume illumina une partie considérable de l'horizon et éclaira les voies pour la découverte de tout un monde d'idées incon-* nues. S'il n'a pas le mérite d'avoir ouvert lui-même ces voies nouvelles de la science, il a celui de les avoir indiquées en suivant les traces d'Aristote, des médecins arabes et d'Albert le Grand, son contemporain. Il sut ainsi accen-
(1) Cf. Erdmann, Grundriss der Gesch.der Phil. § 212.
(2) Cf. Emile Charles, Roger Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines. Paris, 1861.
" tuer le progrès des sciences exactes. Il leur donna au moins ' un nouvel essor et traita dans son ouvrage : Opus majus ad Clemnntem IV de la linguistique, aes mathématiques, ' de la physique et de l'optique en particulier (l). De cette façon il orienta les efforts de la science vers l'étude approfondie des faits particuliers fournis par l'histoire et par la nature, vers l'observation, la découverte, l'invention, la recherche du concret pour tirer de là de nouvelles vérités générales ou pour confirmer les vérités déjà connues. C'est surtout en cela qu'a consisté le triomphe de la science des temps modernes, tandis que le moyen âge s'était surtout appliqué à l'étude de la théologie, de la logique et de la métaphysique. Les doctrines de Roger Bacon s'écartent trop de l'objet de l'histoire des dogmes pour que nous nous y arrêtions davantage.
Le nominalisme repris par Occam ; partisans de ce système.
Aux deux principaux systèmes philosophiques de la brillante période du moyen âge, le réalisme tempéré des thomistes et le formalisme des scotistes, s'ajouta au XIVe siècle un troisième système, le nominalisme présenté sous une forme un peu différente de celle que Roscelin lui avait donnée au début du moyen âge. Cette doctrine, parce qu'elle était un extrême opposé, s'acquit de nombreux adhérents parmi les Scotistes ; l'histoire de la philosophie et des hérésies nous montre beaucoup d'exemples de ce passage d'un extrême à l'autre. La critique spéciale à cette école, quelquefois subtile et pointilleuse, portait sur les hypothèses métaphysiques et sur les fondements delà ratio theolor/ica, ou motifs de convenance de la vérité révélée. Elle aboutit très souvent à un résultat purement négatif
(1) Edit. Jkpp, Lonl. 1733. Krdmann, loc- cit. \ 206 donne une analyse des principales propositions.