LES THOMISTES ET LES RÉALISTES MODÉRÉS
cessantes et le maintien des traditions de leurs écoles et surtout des puissantes directions de saint Thomas. De noureaux adversaires s'élevèrent vers le milieu du XVe siècle, particulièrement en Italie dans les pays cisalpins où les théologiens eurent à lutter ici contre les Averroïstes, qui depuis Pierre d'Albano (f 1315) avaient fondé une école à Padoue, là contre les nouveaux Platoniciens ou les Néo- Aristotéliciens et partout contre les humanistes.
B. Dans leurs grandes lignes les travaux de la Scolastique, tant dans l'école des thomistes et des scotistes que dans celle des nominalistes, diminuèrent d'éclat au XVe siècle, surtout si nous voulons les comparer avec ceux du XIIIe et d'une partie du XIVe siècle ; la science théologique, comme étranglée par les liens d'un Aristotélisme étroit, se dessécha semblable à un squelette qui a perdu les formes vivantes et n'inspire plus que l'horreur et le dégoût. Le réveil des vieilles études classiques, l'essor de l'Humanisme, la demande presque unanime d'une réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres, l'apostasie d'une grande partie des peuples germaniques, qui chercha sa justification dans la décadence de la Scolastique et dans la corruption du chef et des membres de l'Eglise, tous ces événements imposèrent à la théologie une tâche nouvelle que la Scolas tique sous la forme et dans l'état où elle était dans la plupart des pays ne pouvait plus remplir.
L'objet de la Scolastique considérée comme science humaine, abstraction faite de son objet divin inaltérable et spécial qui est le dogme, fut emprunté en grande partie ainsi que sa méthode à la philosophie d'Aristote. A la première invasion de l'Aristotélisme arabe dans le monde intellectuel de l'Europe chrétienne, c'est-à-dire à la fin du XIIe siècle et au début du XIIP, la théologie, sous d'heureuses influences et de favorables auspices, prit un essor tout à fait extraordinaire ; elle s'asservit absolument ces doctrines, étrangères en apparence, qui paraissaient vouloir la déborder, et les soumit à son service. Mais il
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arriva aux théologiens qui vinrent plus tard ce qui arrive à une armée qui se repose dans sa victoire. Après avoir conquis un territoire ennemi sous la conduite de héros qui l'avaient menée à la victoire avec une tactique et des armes nouvelles, elle se contente de conserver pendant une trop longue paix une tactique et des armes vieillies ; l'ennemi revient à la charge et la surprend avec des procédés jusqu'alors inconnus. La Scolastique pendant les XIVe et XV" siècles ne reçut pas assez d'éléments nouveaux pour aller de l'avant et dominer ses adversaires. La méthode aristotélicienne s'était montrée sous la direction de ses chefs, déjà bienconnus, capable de traiter rationnellement et de pénétrer les dogmes : elle n'avait encore laissé voir en elle rien.de lourd ni d'usé. En tête de l'article se plaçait d'abord la thèse, puis venaient par ordre les arguments des adversaires auxquels étaient opposées les preuves extrinsèques d'autorité; suivaient ensuite le développement rationnel de la thèse, puis enfin la réfutation des objections. Mais la discussion dialectique de la thèse devint bientôt un labyrinthe d'opinions diverses si nombreuses qu'on ne peut en deviner le sens qu'avec les plus grands efforts. Tel fut bien l'abus de la Scolastique déjà chez Duns Scot, Occam, et surtout les théologiens du XVe siècle, même ceux qui ont un nom comme Denys le Chartreux et Gapréolus, sans parler des autres écolâtres.
La méthode des études dogmatiques devint trop exclusivement une opération de la raison abstractive. Celle-ci préparait un lit de Procuste où elle étendait les questions de chaque article sur l'essence, l'être, les distinctions réelles ou virtuelles, la forme et la matière et toutes les possibilités imaginables. Il en résulta une monotonie fatigante et fatale à la Scolastique elle-même. La méthode moderne appliquée aux sciences et qui consiste dans l'étude et la connaissance du particulier, individuel et concret, devait nécessairement l'emporter sur la vieille méthode. Chaque jour lui apportaitdes éléments nouveaux. On appliqua à la théo-