‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 28 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Existence, essence et attributs de Dieu

Preuve ontologique de l'existence de Dieu d'après saint Anselme. — Critique.

Le développement du dogme nous amène au XIe siècle, puisque nous avons déjà dû exposer les premiers travaux médiévistes des théologiens du IXe et du X8 siècle dans la christologie, sur la grâce et sur les sacrements. Avec saint Anselme la science théologique entre dans un nouveau stade; elle commence à s'organiser en système et à soumettre à une étude pénétrante les vérités de la foi. Il inaugure cette période avec ses monographies des dogmes les plus importants du Christianisme, tels que la Irinité, le péché originel, la rédemption, etc..

Ce n'est ni un intérêt d'apologétique, ni un intérêt de polémique qui cotte fois, comme au moyen âge, attirait les esprits à une pareille étude des dogmes, mais l'éveil d'une vie nouvelle qui vers le milieu du XIe siècle commençait à pénétrer comme une brise printanière tout le champ de l'Eglise. Sous son action une atmosphère se produisait où

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grands théologiens se sentaient encouragés et sollicités à prendre un nouvel essor, à s'élever plus haut pour déverser de là de plus vives lumières sur les vérités de la foi. A ces essais les vérités religieuses naturelles présentèrent leur premier objet. Forcément le point de vue philosophique où les théologiens prenaient leur point de départ exerça une grande influence sur ces essais. Or ce fut sur létude des écrits de saint Augustin que se formèrent principalement les théologiens : ce sont donc ces tendances platoniciennes que nous rencontrons tout d'abord chez saint Anselme.

A. C'est ce que nous remarquons d'abord dans la preuve de l'existence de Dieu qui lui est particulière^ celle qu'il présenta d'abord sous la forme d'argument ontologique. Chacun trouve dans sa connaissance l'idée d'un être souverain parfait, le plus parfait que l'on puisse concevoir (quo majus cogitari potest). Or cet être le plus parfait ne peut pas avoir une existence exclusivement idéale dans l'intelligence humaine ;il faut qu'il existe en même temps dans la réalité, car l'être le plus parfait que nous pouvons concevoir comme existant en plus, dans la réalité, serait alors plus parfaitque l'être le plus parfait simplement idéal (1). De l'idée de l'être le plus parfait résulte donc pour nous, immédiatement et avec évidence, son existence même.

De cet être le plus parfait nous ne devons pas seulement admettre nécessairement l'existence ; nous devons lui reconnaître l'être nécessaire et absolu ; il ne peut être conçu comme un être existant d'une manière contingente ; il ne doit avoir dans son être ni commencement ni fin ni subir de changement, mais exister nécessairement de toute éternité ; car cela est impliqué dans l'idée de sa souveraine perfection (2). Dieu en tant que l'être le plus parfait est

(1) Prosî. cl : Et certe id, quo majus cogitari nequit, non potest esse in intellectu solo. Si enim Tel in solo intellectu est : potest cogitari esse in re : quod majus est.

(ï) lb. c. 3 : Nara pote«t cogitari aliquid quod non posait cogitari non

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