LA CONNAISSANCE MÉDIATE DE DIEU
ciel. Sur le premier point il n'admet aucun cloute, il appelle la connaissance de Dieu une connaissance innée* c'est-à-dire attachée à une disposition qui s'impose plus nécessairement comme actuelle, après l'éveil de la connaissance intellectuelle, à tout observateur attentif du monde (1). Sa certitude résulte de la certitude avec laquelle nous percevons les premiers principes de la pensée; cette certitude est déclarée infaillible par saint Bonaventure (2), comme par saint Thomas. -
\ En ce qui concerne le second point, à savoir le caractère médiat de notre connaissance de Dieu, Dieu*; son existence et son, essence ne sont pas chronologiquement le premier objet de notre connaissance intellectuelle-:.: Sans doute, le docteur séraphique diffère de saint Thomas en ce qu'il ne regarde pasl'essence des choses matérielles comme l'objet propre de la connaissance humaine. Il admet même aussi des idées et des vérités qui n'entrent pas par la porte des sens dans l'âme et que l'âme acquiert par son commerce avec Dieu et avec les choses spirituelles,, des idées enfin qu'elle perçoit dans la lumière immortelle dont Dieu l'entoure et l'éclairé (3). Le docteur séraphique ne décrit pas, il est vrai, bien clairement la manière dont nous acquérons ces idées spirituelles et supérieures sans aucune collaboration préalable des sens. Mais, il explique ailleurs la lumière sous laquelle nous percevons les vérités naturelles comme une lumière créée qui est propre à notre in-
(l)Hexaem. sermo 11 : Neque enim divinorum librorum auctoritas tantummodo praedicat, sed omnis, quae nos circumstat, ad quam nos etiam pertinemus, universa rerum natura proclamât, se habere praestantissi» mum conditorem, qui nobis mentem rationemque dédit.
(2) De septeru itin. aet. It. S, dist. 4, a. 3 ; Accipitur etiam intellectus quandoque, ut est virtus intellectualis - sive ut est habitus principiorum naturalium, quae sub lumine sunt naturali, et sic ostendit intellectus veritatem infallibiliter. Dicitur namque inlibro de Spiritu-et anima, qnod intellectuali visione nunquam fallitur anima; aut enim tantum intelligit et verunvest, aut si verum non est, non intelligit, et ideo intellectus eic acceptus dicit manifestum aspectum et infalljbilem circa principia.
(3) Itin. J.
telleot, en tant qu'intellect us a<jens et qui par là éclaire les choses matérielles jus [u'à pénétrer dans leur être intime et à dégager l'essence des cnoses (1). Grâce à cette lumière nous arrivons à connaître Dieu ici-bas non immédiatement, mais en abstrayant des représentations sensibles les concepts et les notions des essences des choses. Dieu ne rentre point immédiatement avec son essence dans le monde visible il n'y produit que son reflet; il n'est reconnu que par ses effets (2). Ainsi nous ne connaissons ici Dieu que comme dans un miroir et son plus parfait miroir c'est le Fils de Dieu fait homme. Parmi les créatures la plus rapprochée de lui c'est l'ange, puis vient l'homme et au dernier degré se tiennent les créatures sans raison qui ne présentent plus des images de Dieu, mais seulement quelques-unes de ses traces (3). Ainsi la connaissance que nous obtenons par l'image de Dieu, c'est-à-dire par les créatures raisonnables, est-elle plus parfaite que la connaissance émanant de l'observation du monde matériel (4).
Lorsque dans un autre passage le docteur séraphique affirme que l'âme humaine est immédiatement (immédiate) éclairée par Dieu et qu'elle est liée à la vérité absolue comme à sa forme (5), il entend parler ou bien de l'illumination surnaturelle fournie par la grâce ou de la lumière naturelle que l'intelligence humaine reçoit de la nature par 1 -■] (8). 3 stte illumi ta ion vient donc immédiatement de
( ) In Senti. 2. dist. 24, p. 1, a. 2, q. 4 : Perfectio et compleinentum 8ubst.\ntiae intellectualis lux est spiritualis, igitur illa potîntia, quae consequitur animam ex parte intellectus sui, quodJam lumen est in ipsa, de quolumine potest intelligi illud psalnii : Signatum est super nos lumen vuitus tui Domine. Et hoc lumen videtur philosopkus intellexisse esse intellectum agentem.
(2) 1b. dist. 23, a. '2, qu. 3. — (3) Ib. — (4) In Senti. 3, dist. 14, dub. 3.
(5) In Sentt. 2, dist. 1, a. 2, qu. 2 : Daus immédiate influit in mentem etpropterea ipsa mens immédiate a prima veritate lormatur.
(6) lb. dist. 3 pars. 2, a. 2, qu. 2 : Ad illud quod objicitur, quod est spéculum clarum, dicendum, quoi Deus refulget in omni creatura tanquam causa in effectu suo, et ex omnibus potest cognosci et maxime in creatuia, quae jpsius Dei est iasiguita imagine ; sed illa rtiulgentia lu-
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Dieu. De plus la connaissance de Dieu n'a pas pour intermédiaire une image intellectuelle (species abstracta) que nous tirerions des choses matérielles. Nous connaissons Dieu par ses œuvres sans le secours de cette species, mais non pas immédiatement comme dans le ciel, lorsque nous contemplerons Dieu dans son essence. Il y a en effet trois connaissances distinctes : une première per species, une seconde per substantiam et une troisième per effectum : la première nous vient des choses matérielles, la deuxième, de la vision béatifique et la troisième, est la connaissance que nous avons de Dieu ici-bas (1). La nature même de notre connaissance de Dieu tirée de ses œuvres nous révèle le triple moyen d'acquérir cette idée de Dieu : per caitsalitatem, per ablationem, per excellentiam {via causalitatis, negatioiiis, eminentiae). En effet, d'après la nature des œuvres, nous pouvons conclure aux qualités de l'ouvrier, de la nature de l'image aux qualités de l'original, en niant les imperfections et en élevant à un degré infini les perfections (2).
Le troisième point étudié plus haut se résout de luimême d'après ce que nous avons dit. La connaissance parfaite de Dieu per essentiam étant la vision immédiate de l'essence divine, aussi bien pour les anges que pour les hommes, n'est la récompense que des élus (3). Un petit
minis, par qui m videtur Deus facie ad faciem, non est naturae, sed condescensionis et giaUae. Nec est simile de luce corporali, quae naturaliter influit lumen in haec inferiora : non sic débet intelligi de luce aeterna.
(1) lb. dist. 3. pars. 2, a. 2, qu. 2 : Ad illud quod objicitur, quod aut per speciem, aut per essentiam etc. dicendum, quod adhuc est tertius modus cognoscendi, se. per effectuai. Cognoscitur autem Deus per effectus visibiles at per substantias spirituales et per influentiam luminis connaturalis potentiae cognoscenti, quod est similitudo quaedam Dei non abstracta, sed infusa, inr'erior Dei, quia in inferiori natura, sicut dicit Aug. de trin. 9, 11.
(2) lb. 1, dist. 22, a. 1, qu. 2.
(3) lb. 2. dist. 3, p. 2, a. i, qu. 2 : DicenJum quod angelu3 natnrali cognitione divinam essentiim non poterat viderein essentia, sive claritate sua : et hoc patet quia haec cognitio est primum praemium, quo habito,
l"8 BI9T0IRE DE8 DOGMES
nombre d'Ames justes peuvent bien être favorisées déjà sur cette terre par anticipation de cette connaissance, mais ce ni' sont que de rares exceptions; on ne peut les considérer comme formant un degré intermédiaire dans le développement de notre connaissance de Dieu.
Albert le Grand a mis plus en lumière ce qu'il y a de médiat dans notre connaissance de Dieu. Nous avons déjà étudié dans le préambule(l) plusieurs aspects de cette question. Pour lui il insiste d'une part sur la nécessité d'un intermédiaire pour arriver à la connaissance de l'existence de Dieu ; de l'autre, il le place dans les œuvres de la création (2), Dieu y a laissé et des traces de lui-même qui nous donnent de lui et de ses attributs une connaissance négative, et des images de ladivinité dans les ôtres raisonnables, qui présentent une plus grande ressemblance avec Dieu (3). L'étude des êtres de la création peut nous donner, sous maints rapports, une certitude absolue autant sur l'existence que sur l'essence et les attributs de Dieu. Nous y arrivons naturellement par nos facultés cognitives et par les objets extérieurs, les choses créées, qui témoignent en faveur de Dieu leur auteur (4). Mais nous ne pouvons pas arriver à une compréhension adéquate de Dieu. Dans cet intermédiaire même il y a déjà un principe qui vicie notre connaissance de Dieu. Dieu en effet n'est connu que de trois façons: via jierjationis comme un être exempt de toutes les imperfections qui enveloppent les choses créées, via caasàlitatis comme le principe de tout être, de toute vérité et de tout bien, via eminenliae comme la cause première et idéale de toutes les perfections (5). Il y a enfin
mens creata quiescit tanquam beata et perfecta. Hoc autem praemium nemo obtinet nisi gratuita Dei influentia.
(l)Cf. § 12, 49. — (2) S. th. p. 1, tract. 3, qu. 15. m. 1.
(3) Ib. m. 2. — (4) Ib. qu. 14, m. 1.
(5) De causis et processu universitatis 1, tr. 3, c. G : Propter quod non est univoca praedicatio, quando haec de primo et secundis praedicantur : propter imitationem enim causati ad causam nomen formae, in quo causatum imitatur causam, praedicatur tam de causa, quam de causato :