‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 32 sur 112 · LA CONNAISSANCE MÉDIATE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE MÉDIATE DE DIEU

dans cette imperfection de notre connaissance naturelle de Dieu un indice du besoin qu'elle a d'ôtre complétée et achevée par la foi Cl).

Saint Thomas, dont nous avons déjà exposé brièvement la doctrine sur la connaissance naturelle que nous avons de Dieu ('2), se sépare de saint Bonaventure en considérant les essences des choses naturelles comme l'objet le plus immédiat de la connaissance intellectuelle de l'homme qui est à la fois intelligence et sens. Sa faculté cognitive s'exerce d'abord sur les choses matérielles dont il abstrait les idées d'être, d'essence, de genre, d'espèce, de puissance, d'accident, etc. Quoique n'existant pas dans les choses de la même manière qu'elles sont connues, ces notions sont liées à la matière; elles y ont une réalité ; en les y saisissant, notre intellect leur transmet la nature de l'intelligible, les revêt des caractères de généralité, de nécessité et d'éternité (3). Toutes les autres chosesquin'apparaissent pas sous des accidents matérielsne nous sont connues que médiatement, soit par analogie avec les objets connus, soit par opposition à ces mêmes objets. Il en est ainsi de notre connaissance d'un être purement spirituel (4), à plus forte raison de notre connaissance de Dieu. En effet, Dieu n'est pas la substance des choses matérielles, mais seulement leur principe créateur. Toutes les choses finies ne sont que l'ouvrage de sa puissance et de sa sa-

propter hoc autem, quod causatum non attingit causae perfectionem, 8equitur necessario, quod non attingit perfecte rei rationem. (1) S. th. 1. c. qu. 15 m. 3. — (2) Cf. plus haut § 13, et suiv.

(3) S. th. 1, qu. 84, a. 7. — qu. 85, a. 1.

(4) S. th. 1, qu. 88, a. 2 : Ad primum ergo dicendum quod ex rébus materialibus ascendere possumus in aliqualem cognitionem immaterialium rerum, non tamen in perfectam, quia non est sufficiens comparatio rerum materialium ad immateriales ; sed similitudines, si quae a materialibus accipiuntur ad immaterialia intelligenda, sunt multum dissi-

miles Ad secundum dicendum quod de superioribus rébus in scientiis

maxime tractatur per viam remotionis. . . Unde multo magis immateriales substantiae a nobis cognosci non possunt, ut earum quidditates apprehendamus ; sed de eis nobis in scientiis documenta traduntur per viair remotionis.

gesse, sans avoir toutefois épuisé l'énergie adéquate de ces attributs. Par conséquent les œuvres de Dieu ne nous le révèlent que comme leur cause première efficiente et idéale; encore faut-il faire passer en Dieu toutes les pei ■ :lions des choses finies et en écarter (via negationis sive remotionis tous les défauts. C'est la double condition indispensable de toute compréhension exacte de Dieu etde toute juste pra ratio de ses attributs (1). Mais les perfections des choses (inies,la bonté, la sagesse sont réellement distinctes de l'être, de la substance et de l'essence. Dans ce sens-là elles ne peuvent donc pas être attribuées à Dieu; on ne peut même pas les énoncer iniivoce de Dieu et des créatures, parce qu'en Dieu êlre, essence, bonté, sagesse, etc. sont une seule et même chose. On ne peut pas davantage les énoncer de Dieu aequivoce, c'est-à-dire dans un sens équivoque et trompeur, mais seulement dans un sens analogique (analogice), car c'est de cette sorte qu'elles appartiennent à Dieu comme à l'auteur et à la cause idéale de toutes choses ; encore faut-il entendre ces analogies dans un sens autre et plus élevé que les choses créées (2). D'après saint Thomas l'idée de Dieu peut être ainsi appelée.

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