‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 34 sur 112 · LA SIMPLICITÉ DE DIEU D'APRÈS ALBERT LE GRAND · texte numérisé non relu

LA SIMPLICITÉ DE DIEU D'APRÈS ALBERT LE GRAND

habe.nt fundamentum in re des attributs n'ont pas seulement leur fondement en Dieu et dans l'opposition qui existe entre les relations de Dieu et les divers êtres du monde, mais que ses attributs sont encore distincts de l'être divin indépendamment des rapports de Dieu avec le monde. S'il existe en Dieu des distinctions réelles, en particulier entre les trois personnes, il s'ensuit que les attributs delà connaissance et de la volonté, principes de ces distinctions réelles, sont en eux-mêmes et par eux-mêmes {per respectum adintra) distincts de l'être divin et existent indépendamment des rapports de Dieu avec le monde. Tandis que l'homme sur terre ne connaît Dieu que par ses œuvres et par les rapports de Dieu avec ses œuvres, Dieu au contraire se connaît lui-même, connaît son essence et ses attributs immédiatement, c'est-à-dire sans rapport avec ses créatures. Les bienheureux dans le ciel voient de même l'être de Dieu immédiatement et toutes les autres choses en lui, et cependant ils distinguent en Dieu la sagesse, la bonté, la justice, etc. (1). Henri est d'avis qu'il faut distinguer une triple pluralité dans un même être un et absolu dont la simplicité reste intacte : une pluralité d'idées qui provient des relations diverses de Dieu avec le monde et nous est révélée par les images extérieures via vestigii ; un pluralité d'attributs que nous révèlent les perfections du monde et les ressemblances de Dieu et que via eminentiae nous appliquons à Dieu même ; enfin une pluralité ou mieux une trinité de personnes réellement distinctes entre elles.

Parmi les Scolastiques qui vinrent dans la suite, Denys le Chartreux (2) s'est prononcé en faveur de cette opinion particulière à Henri. Mais, abstraction faite de la connaissance et de la volonté, les autres attributs de connaissance

(1) Quodl. 5 : Ideo absque omni respectu et comparatione ad creaturas, oportet in Deo secundum rationem distingui intellectum et voluntatem, eorumque actiones et per consequens cœtera attributa.

(2) In Sentt. I, dist. 2, qu. 2.

ou de volonté tels que la sagesse, la justice, la bonté ne sont distincts on Dieu que par rapport aux diverses relations de Dieu avec le monde.

Les preuves de la simplicité de Dieu d'après saint Thomas.

Parmi les attributs de Dieu la simplicité est considérée par saint Thomas dans sa Somme théologique comme la première des qualités de l'être. En elle se résume la perfection absolue de Dieu comme son essence et son être absolu; elle exclut de Dieu ces images inexactes que les sens de l'homme se forment trop facilement ; elle sauvegarde la pureté de l'idée de Dieu et elle est une garantie contre tous les essais panthéistes tendant à introduire le fini en Dieu. La conception plus adéquate et le fondement de la simplicité ont une connexion étroite avec cette question philosophique si difficile de la réalité des universaux, dont la Scolastique s'est occupée presque sans interruption et non sans motif. Car, la réponse à cette question fixe la vérité de notre pensée et précise ses rapports avec les choses extérieures. Suivant qu'on la résout de façon à ne faire de nos idées que des signes que l'esprit se forme à l'aide de la connaissance des choses, sans que celles-ci contiennent une réalité qui leur corresponde, ou qu'au contraire, on la résout en faveur du réalisme, les distinctions des attributs en Dieu revêtent un sens absolument différent.

Saint Thomas opine pour le réalisme modéré, d'après lequel les distinctions des divers attributs en Dieu n'ont pas sans doute un être spécial, comme la substance, ou une réalité existant en elle-même, mais n'ont pas non plus la seule signification de purs et simples signes. La distinction entre les divers attributs tient le milieu entre la distinction réelle et la distinction purement idéale ; elle résulte de la

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